XVI DIVISION DU TRAVAIL
fait en quelques lignes, Thistoire de ce nouveau syndrome, très peu connu jusqu'ici, nous nous sommes efforcés d'en établir les caractères distinctifs, à l'appui de nos observations personnelles. Nous rapportons ensuite quatre observations personnelles suivies d'autopsie et étudiées sur coupes microscopiques sériées de ce syndrome, puis trois observations cliniques et enfin nous donnons le résumé des observations publiées par les auteurs.
Nous terminons cette deuxième partie par un chapitre de Physiologie pathologique, dans lequel nous discutons la part qui revient à la couche optique, dans la production des différents symptômes présentés par les malades.
A la fin de notre travail enfin, se trouve un chapitre de conclusions GÉNÉRALES .
0^^ INTRODUCTION
La constitution anatomique du cerveau, son architecture, sa structure nous sont en partie connues aujourd'hui. Tout n'est pas fait dans cette voie cependant et les connexions, le rôle physiologique de certaines régions de l'encéphale présentent encore bien des points obscurs ; c'est le cas en particulier pour les noyaux gris centraux. Malgré l'intérêt que présente cette question, malgré le grand nombre de travaux dont elle a fait l'objet, nous ne savons encore que peu de choses sur les connexions réciproques de ces noyaux, sur leurs rapports intimes avec les antres parties de l'encéphale et de la moelle, sur tout ce qui a trait à leur physiologie enfin.
Les différentes méthodes employées pour étudier Tanatomie et la physiologie des centres nerveux — à savoir la méthode expérimentale ou physiologique pure, la méthode anatomo-clinique et la méthode anatomo-physiologique — ont cependant été utilisées dans l'étude des noyaux gris centraux. Chacune d'elles a rencontré dans son application de nombreuses difficultés provenant de la situation même de ces ganglions qui les rend difficilement abordables pour l'expérimentation, des connexions intimes qu'ils affectent entre eux ainsi qu'avec les organes voisins, de leur distribution vasculaire enfin qui leur est commune avec d'autres parties du cerveau.
Voyons rapidement en quoi consistent ces différentes métho des et comment elles ont successivement concouru à l'étude des centres nerveux.
\àdi. méthode expérimentale , la première en date, sur laquelle repose la physiologie tout entière, a pour objet d'étudier les phénomènes vitaux chez les animaux, de provoquer chez eux des lésions d'organes déterminés, de constater les modifications physiologiques ou pathologiques qui en résultent et d'appliquer par. analogie à la physiologie humaine les résultats obtenus par l'ex-
Roussy I
INTRODUCTION
périmentation. On conçoit quelles difficultés on rencontre, quand on veut appliquer cette méthode à l'étude d'organes aussi hautement spécialisés que le cerveau. L'expérimentation ne peut s'adresser qu'à des animaux supérieurs comme le chien, le chat et surtout le singe, et même alors, on n'a pas le droit de conclure à l'analogie complète des phénomènes observés chez l'homme et chez l'animal, et d'appliquer à la clinique les résultats sortis du lahoratoire.
En outre, les conditions dans lesquelles se trouve l'animal en expérience diffèrent de celles du sujet normal et il faut en tenir compte dans l'appréciation des résultats.
A ces difficultés d'ordre général, s'ajoute celle que crée la situation des noyaux gris centraux enfouis au cœur des hémisphères, et partant difficilement ahordables pour l'expérimentation. Cette situation profonde rend en outre presque impossible leur lésion isolée sans participation plus ou moins grande des régions voisines.
C'est pour toutes ces causes qu'entre les mains des expérimentateurs et des physiologistes, l'étude des fonctions cérébrales en général, et des noyaux gris en particulier, ne pouvait guère avancer au delà d'une certaine limite.
Loin de nous cependant, la pensée de ne point reconnaître à la méthode expérimentale les services énormes qu'elle a rendus et qu'elle rend encore tous les jours à la neuropathologie. Mais nous croyons qu'elle ne peut avoir de A^aleur pour le sujet qui nous occupe, qu'autant que les résultats en sont continuellement comparés et mis en parallèle avec ceux de la clinique. C'est là, ce que ne faisaient pas les anciens physiologistes, qui cherchaient à éclairer les fonctions cérébrales au moyen de l'expérimentation pure.
11 fallait donc approfondir la question à l'aide d'autres méthodes, et c'est ainsi que furent créées : la méthode anatomoclinique et la méthode anatomo -'physiologique.
A l'exemple des Charcot, des Vulpian, on se mit à mieux étudier les faits cliniques et à comprendre que souvent une bonne observation clinique, appuyée de constatations anatomiques précises
INTRODUCTION
faites à l'autopsie, avait une valeur plus grande qu'une expérience. C'est aux lueurs de la méthode anatomo-c Unique que furent éclairés et résolus bien des problèmes, jusque-là restés obscurs, de l'anatomie et de la physiologie du cerveau. C'est en elle que nous devons espérer, pour avancer à pas lents, mais sûrs, dans la connaissance exacte des fonctions des différentes parties de l'encéphale, en sachant attendre les hasards capricieux delà pathologie humaine, et surtout en sachant, lorsque tel cas se présente, l'étudier avec soin, pour en retirer tous les enseignements qu'il comporte. Inutile ici de donner des exemples, mais l'étude des hémiplégiques, des aphasiques, n'est-elle pas pour le neurologiste une mine inépuisable de ressources et de renseignements?
Malheureusement, dans l'étude des noyaux gris centraux — des couches optiques en particulier — la méthode anatomo-clinique, comme la méthode expérimentale, n'a donné jusqu'ici que fort peu de résultats utilisables. Ceci provient de deux raisons :
1° La distribution vasculaire de la couche optique fait que les petits foyers d'encéphalomalacie siègent avec prédilection dans le domaine de distribution des artères lenticulo-optiques, qu'ils se localisent par conséquent surtout au niveau du noyau externe de la couche optique, et intéressent ainsi forcément la partie correspondante de la capsule interne.
2° Les gros foyers par hémorragie des noyaux centraux, si fréquents au niveau du thalamus, tuent les malades rapidement ou après les avoir laissé survivre pendant quelques jours, mais plongés dans le coma, ce qui rend toute observation délicate impossible.
Tels sont les faits qui nous expliquent que, malgré le grand nombre de travaux parus sur la matière, nos connaissances relatives à l'anatomie et surtout à la physiologie des couches optiques soient encore loin d'être très complètes. On a fait cependant dans ces dernières années de grands pas en avant dans ce domaine, grâce à la méthode de l'observation clinique consciencieuse, jointe à l'étude des dégénérescences secondaires sur coupes microscopiques sériées, méthode qui seule permet lorsqu'il
INTRODUCTION
s'agit (l'étudier les connexions intimes d'un organe encéphalique, d'en fixer d'une façon précise les relations, l'origine des fibres qui en partent ou qui s'y rendent, leur trajet ou leur terminaison. Cette étude sur coupes microscopiques sériées, des pièces oi)tenues par expérimentation chez l'animal, constitue la méthode anatomo-physio logique ; elle est de date beaucoup plus récente que la méthode anatomo-clinique, et n'a été mise en pratique jusqu'ici que par un j)etit nombre d'auteurs Ainsi enlevée du laboratoire du physiologiste pour passer dans celui du neurologiste,à la fois clinicien et expérimentateur, la question de l'étude physiologique des noyaux gris centraux, de la couche optique en particulier, va faire de rapides progrès. Après la destruction expérimentale de tel organe, l'on ne se contentera plus de faire chez l'animal en expérience, comme le faisaient les anciens physiologistes, la constatation simple et grossière des symptômes observés, suivie d'un examen anatomique macroscopique élémentaire et partant insuffisant, mais en mettant à profit les méthodes actuellement employées dans l'étude du système nerveux, les auteurs pourront fixer exactement les lésions qu'ils ont produites. Cette méthode anatomo-physiologique, jointe à la méthode anatomo-clinique, a donné entre les mains de quelques auteurs et donnera encore, croyons-nous, de fort beaux résultats.
Voulant mettre à profit pendant les années que nous avions à passer à la Salpêtrière et à Bicêtre, les richesses incomparables des services de nos maîtres, le professeur Dejerine et le D^' Pierre Marie, nous avons entrepris à nouveau l'étude des Couches optiques .
Une communication du professeur Dejerine faite avec Egger à la Société de Neurologie de Paris, sur deux cas d'ataxie d'origine centrale avec lésion thalamique(l ), devait être le point de départ de nos recherches. Notre maître mit libéralement à notre disposition
(1) Dejerine et Egger, Société de Neurologie, séance du 2 avril 1903.
INTRODUCTION
ces deux pièces pour l'étude anatomique complète, nous l'eu remercions tout particulièrement. Nous avons pu réunir d'autres cas anatomiques et cliniques grâce à l'extrême obligeance de notre maître Pierre Marie, qui nous permit de disposer des ressources immenses de son service ; quil reçoive ici l'expression de notre profonde gratitude. Nous devons enfin à notre excellent collègue et ami Long (de Genève), deux observations des plus intéressantes, dont une avec examen anatomique.
Les pièces anatomiques de l'un de ces cas, nous ont été remises par le professeur Bard (de Genève) auquel nous adressons ici nos meilleurs remerciements ainsi qu'à notre ami Long qui prit la peine de couper les pièces dans son laboratoire et de nous donner, pour notre étude, toute la série de ses coupes.
Dans ce mémoire, nous avons largement mis à contribution et la mélliode anatomo-clinique et la méthode anatomo-physiologique,et nous n'avons pas hésité à faire l'étude de toutes nos pièces, humaines ou expérimentales, sur coupes microscopiques sériées et rigoureusement numérotées. Si les hasards de la clinique nous ont favorisé, en nous permettant de réunir en deux ans et demi un certain nombre d'observations de syndrome thalami que dont plusieurs suivis d'autopsie, nous n'avons pas été aussi heureux dans la partie expérimentale de nos recherches. Nous trouvant en butte à des difficultés matérielles de tout ordre dont quelquesunes insurmontables, nos résultats expérimentaux sont loin d'être aussi nombreux que nous l'eussions voulu. Par les renseignements anatomiques et physiologiques qui en découlent, ils seront cependant, nous osons l'espérer, dignes d'attirer l'attention des auteurs qu'intéresse la question si passionnante des fonctions et des relations des couches optiques.
Nous ne pouvons prétendre avoir résolu un problème aussi ardu, mais nous voudrions avoir réussi, tout au moins, à poser sur cette route difficile et pleine d'écueils, quelques jalons pouvant être utiles à ceux qui s'y aventureront après nous. Si nous y sommes parvenu, ce sera pour nous une récompense et un encouragement précieux.
La physiologie des couches optiques est encore aujourd'hui plongée dans l'obscurité. Il suffit, en effet, de parcourir les traités classiques de physiologie, français ou étrangers, pour être de suite frappé du peu de place qu'occupent les articles qui traitent ce sujet et du manque de clarté et de précision dont ils sont empreints. La plupart se bornent, en effet, à rapporter à la suite les unes des autres, les opinions diverses et souvent contradictoires des auteurs, sans même les faire suivre d'une étude critique ou de la moindre note personnelle.
Dans ce chapitre d'historique, nous essayerons de faire rapidement, mais aussi complètement que possible, l'histoire de la physiologie des couches optiques. Après avoir parcouru ainsi les différents travaux relatifs à cette question, nous tenterons, dans une étude synthétique, de mettre en lumière les différentes conceptions émises sur le rôle de ces ganglions. Nous verrons ainsi quels sont les points cjui restent encore à élucider.
Un premier fait a frappé de tout temps les auteurs : c'est le rapport des couches optiques avec l'appareil de la vision, d'où leur nom, qui, dans les différentes langues, rappelle cette idée première (allem. Sehhûgel, angl. optic thalamus). Mais à mesure que nos connaissances anatomiques sur le cerveau se sont étendues, on est revenu peu à peu sur cette première conception et on a enlevé aux couches optiques en entier, le rôle de ganglions principaux de la vision, pour l'attribuer aux organes annexes de ces noyaux gris : aux tubercules quadrijumaux, aux corps genouillés, ainsi qu'à la partie toute postérieure du thalamus, le pulvinar.
§ t. — Pérîo«le ancienne.
Il faut remonter à la fin du xvin*' siècle pour voir pour la première fois, les physiologistes s'intéresser au rôle joué par les cou-
ches optiques. Saiicerotte (1), le premier, parle des fonctions motrices de la couche optique à laquelle il attribue surtout un rôle moteur pour le membre supérieur. Les faits de Saucerotte sont confirmés par Serres et Loustau (2) dans leurs expériences sur les chiens.
C'est également un rôle moteur que leur attribuent Laffar- ^ue (3), Magendie (4), Longet (5), et Flourens (6), qui observèrent chez les animaux des mouvements de manège, après lésion expérimentale du thalamus. Schifî (7) parle aussi de ces mouvements de manège qu'il étudie avec plus de soin. Pour lui, une lésion des trois quarts antérieurs de la couche optique donne un mouvement de rotation en manège dirigé du côté de la lésion ; une lésion du quart postérieur, un mouvement dans le sens opposé. Schiff admet en outre, une action des couches optiques sur la contraction de l'estomac et de l'intestin, opinion également défendue par Valentin (8) et Budge (9),
Jusqu'ici, les idées émises sur le sujet qui nous occupe sont contradictoires ; elles reposent, en grande partie, sur les résultats acquis par une expérimentation des plus élémentaires et qui consiste à faire, avec un instrument tranchant ou contondant, uue section de la couche optique à travers les hémisphères, qu'on lèse forcément, et à blesser ainsi des organes de voisinage, en particulier le pédoncule cérébral. Le défaut des auteurs précités est d'une part, de ne pas assez tenir compte de la topographie exacte de la lésion qu'ils produisent^ pour rapporter à chaque organe ce qui lui revient, et d'autre part, de n'examiner leurs animaux que pendant un laps de temps très court après le moment de l'inter-
(t) Saucerotte, Mémoire sur les contrecoups dans les lésions de la tête, 1769. (2) Serres et Loustau, Anatom. comp. du cerveau, 1827, 2 vol. (-3) Laffargue, Thèse de Paris, 1888.
(4) Magendie, Leçons sur les foliotions cérébrales, 1839.
(5) Longet, Anat. et phys. du syst. nerveux, 1846.
(6) Flourens, Recherches expérimentales sur les propriétés et les fond, du syst. nerv., 2« édit., Paris, 1842.
(7) ScHiFF, Lehrbuch der Phys. des Menschen, liv. I, 1857-18S9.
(8) Valentin, Lehrbuch der Physiologie.
(9) Budge, Untersuch. ûber das Nervensîjstem.
vention. Ceci ne leur permet pas de faire la part, dans les phénomènes observés, des symptômes relevables du déficit de l'organe lésé, et de ceux dépendant des actions inhibitrices ou dynamogénétiques avec lesquelles il faut toujours compter, lorsqu'on expérimente sur un organe comme le cerveau.
§ 3. — Période iiioderne.
Pour donner plus de clarté à notre exposé, nous diviserons l'étude historique de cette période en deux parties ; nous ferons d'un côté, l'histoire des faits expérimentaux et, d'un autre, celle des faits et résultats obtenus par la méthode anatomo-clinique.
A. — Faits expérimentaux.
Les procédés d'expérimentation employés par les anciens physiologistes étaient tout à fait insuffisants ; aussi s'agissait-il de trouver d'autres méthodes permettant de léser les couches optiques sans blesser les organes voisins.
C'est ainsi que Fournie (1) mit à contribution le moyen préconisé quelques années auparavant par Bannis (2), pour produire dans le cerveau des destructions localisées, au moyen d'injections interstitielles de liquide modificateur et destructeur. Par un orifice pratiqué dans la voûte crânienne, il injecte dans la couche optique, à l'aide d'une aiguille fine pénétrant à travers l'hémisphère cérébral, quelques gouttes dune solution caustique de chlorure de zinc, colorée en bleu par l'aniline, ou de soude concentrée, colorée par le carmin. Dans une série d'observations faites sur le chien, l'auteur note des phénomènes d'excitation cérébrale, des convulsions, du galop dans l'espace,— l'animal étant couché sur le flanc, — des cris et une abolition complète de la sensation à la piqûre et à toute autre impression périphérique. (1 y a abolition, dit-il, du sentiment cinq fois sur sept ; de l'olfaction, quand la lésion siège dans la partie antérieure, et de l'audition
(1) Fournie, flécher, exp. sur les fond, du cerveau, Paris, 1873.
(2) Baunis, Bull. Acacl. de méd., 1858 ; Gaz. ?néd., Paris, 1872.
quand elle est postérieure. La couche optique est donc « le centre des 'perceptions simples, centre auquel viennent aboutir toutes les fibres impressionnantes , et sa destruction, cjui a coïncidé avec la perte de tous les sens et la conservation du mouvement, nous autorise à admettre .cjue Icpointoii le mouvement impressionneur est transformé en perception ou en chose sentie se trouve dans les couches opticiues ».
La méthode employée par Fournie est susceptible denomJDreuses critiques. L'injection interstitielle est un mauvais moyen à employer pour obtenir des destructions localisées ; en effet, le liquide diffuse rapidement, s'infiltre dans les espaces lymphatiques péri-vasculaires ou même est repris par les A^aisseaux et répand ses effets bien au delà du siège de la piqûre. On est donc loin d'av^oir une lésion exactement localisée. L'auteur lui-même le reconnaît et rapporte des cas dans lesquels, après injection faite en pleine couche optique d'un seul côté, il trouve à l'autopsie le thalamus du côté opposé ramolli en plus ou moins grande partie.
Une seconde critique est la suivante : Fournie, pour opérer chloroformise ses animaux, et comme ils ne survivent au maximum que deux heures à l'intervention, ce n'est que pendant ce court laps de temps qu'il peut les examiner, alors qu'ils sont encore obnubilés par le traumatisme cérébral qu'ils viennent de subir et, le plus souvent, en pleine crise convulsive . On comprend aisément, qu'une goutte de liquide destructeur survenant brusquement en plein tissu nerveux et portant immédiatement ses effets sur les cellules et les fibres qu'elle rencontre, soit susceptible de provoquer un choc ayant sa répercussion à distance : d'où les phénomènes d'obnubilation, d'excitation, observés par l'auteur, les cris, les convulsions qui ne doivent être attribués qu'au choc cérébral subi par l'animal, et que l'on peut rencontrer du reste, après toute intervention sur le cerveau, en quelque lieu que ce soit. Un an après, Veyssière (1), élève de Charcot, fait paraître un travail sur le même sujet, dans lequel il se propose de con-
(1) Veyssière, Thèse de Paris, 1874.
trôler expérimentalement l'existence de l'hémianesthésie de cause cérébrale. L'auteur s'efforce de faire des destructions localisées à la capsule interne, au noyau caudé et à la couche optique. Pour ce faire, il emploie tout d'abord la méthode des injections interstitielles de Bannis. Tl injecte quelcjues gouttes d'acide chromique (une à deux gouttes), puis plus tard, de la gomme épaisse pour éviter la diffusion du liquide, puis enfin il essaie l'iode finement pulvérisé. Enfin, se rendant très bien compte des défauts de la méthode, que nous avons signalés ci-dessus, il se sert d'un instrument spécial composé d'un trocart fin ordinaire, dans l'intérieur duquel pénètre une petite tige munie à son extrémité inférieure d'un ressort. Le tout est enfoncé dans le cerveau en un point déterminé ; puis, le trocart étant maintenu en place, on pousse la tige intérieure, ce qui fait sortir de l'extrémité inférieure du trocart le ressort, qui se coude à angle droit. Il suffit alors de faire subir à l'instrument un mouvement de rotation sur place pour produire une destruction localisée en un point. On retire ensuite la tige dans l'intérieur du trocart, puis on enlève l'instrument. Veyssière fait ainsi chez le chien des lésions intéressant le corps strié, le thalamus ou la capsule interne et produit des hémianesthésies durant de quatre à huit jours. Il conclut de ses expériences que, pour provoquer de l'hémianesthésie, il faut cjue la lésion intéresse la capsule interne dans sa partie postérieure et supérieure, c'est-à-dire le pied de la couronne rayonnante, les lésions de la couche optique ou du corps strié seules, ne donnant pas de troubles de la sensibilité.
Veyssière reconnaît lui-même cjue ses expériences ne sont pas assez nombreuses pour être convaincantes ; dans l'interprétation des faits anatomiques qu'il étudie, on peut se demander pourquoi il tient pour si peu importante, dans la détermination de l'hémianesthésie, la lésion des noyaux gris et en particulier du thalamus cjui souvent sont intéressés par le foyer de destruction. La lésion isolée de la couche optique, dit-il, ne s'accompagne pas de troubles de la sensibilité. Faisons remarquer, en terminant, qu'à cet égard les expériences de Veyssière sont insuffisantes.
La même année, un auteur allemand, Nothnagel (I), par des méthodes semblables, arrive à des résultats un peu différents. En injectant dans la couche optique du lapin, 1/4 à 1/2 a^outte d'acide chromique, ou en faisant des destructions avec un trocart et une canule, comme Veyssière , il ne trouve aucun trouble de la motilité et pas d'anesthésie, mais bien de la parésie dans les mouvements de protection et de défense, et la perte de la notion de position des membres, surtout des pattes antérieures. De plus, l'animal bondit et saute quand on le pince. L'auteur conclut de ses travaux que les voies de conduction de la motilité volontaire ne passent pas par les couches optiques et que les fibres qui conduisent les sensations jusqu'à leur centre de perception, ne traversent pas, ou tout au moins pas exclusivement, les couches optiques. Il fait des couches optiques le « centre où se transforment en mouvement les impressions sensitives ». Il y a là une erreur d'interprétation des faits observés. N'est-il pas bien plus simple, en effet, d'attribuer la perte de la notion de position des membres à l'altération de la sensibilité profonde (sensibilité articulaire, musculaire, tendineuse, osseuse qui, réunies, concourent à nous renseigner sur la position qu'occupe tel ou tel segment de nos membres), que d'imaginer l'existence dans la couche optique, d'un centre hypothétique de transformation d'une perception sensitive en impression motrice ?
Quant aux sauts et aux bonds que fait l'animal, ce sont, ainsi que le fait observer Ferrier (2), les mêmes phénomènes que ceux que l'on retrouve chez les animaux privés d'hémisphères cérébraux (Flourens, Longet, Yul^'mn). « Il ne faut pas confond?'e, dit Ferrier, les simples réactions aux perceptions sensitives avec les vraies sensations.» Ferrier a pu du reste vérifier les expérien-
(1) NoTHNAGEL, Traité clinique du diagnostic des maladies de l'encéphale (Trad. franc., Paris, 1885) ; Zeilschr. f. klin. Med., 1889 ; Congr. /. imiere Medic, zu Wiesbaden, 1887.
(2) Ferrier, Les fonctions du cerveau (Trad. franc., Paris, 1878). l'orlesung. uber Hirnlocal. (deutsch. von Weiss. Wien, 1892).
ces de Nothnagel et il a constaté que les membres conservaient la position qu'on leur donnait et que les animaux supportaient l'application du fer rouge sans douleur. Nous adressons enfin une dernière critique aux travaux de Nothnagel : le lapin est un animal réellement trop inférieur au point de vue cérébral pour servir de sujet d'étude ; son intelligence est trop rudimentaire, trop différente de celle de l'homme pour permettre un raisonnement par analogie, quelque réservé qu'il soit.
C'est alors que paraissent en Allemagne, les travaux de Fritsch et Hitzig (1) sur l'excitabilité cérébrale, travaux qui ont eu un si grand retentissement dans le monde scientifique, et qui ont été de suite mis à profit par les auteurs s'occupant de la physiologie du cerveau.
David Ferrier, physiologiste anglais dont les beaux travaux sur les fonctions du cerveau font époque, soutient que l'excitation électrique faradique du thalamus est négative et que cet organe ne possède pas d'action motrice. Il arrive à léser, chez un singe, la couche optique, en pénétrant latéralement par la face externe du cerveau à travers le lobe temporal et, après une première expérience qui ne donna qu'un résultat négatif, il réussit, dans une seconde expérience, à provoquer des troubles de la sensibilité et de la cécité unilatérale. L'auteur, tout en faisant remarquer qu'il est plus difficile d'interrompre les voies d'impression centripètes que les voies centrifuges et qu'il faut, dans le premier cas, une destruction plus complète, conclut qu'il est nécessaire de faire une lésion étendue de la couche optique pour provoquer des troubles sensitifs. C'est là, pour lai, Texpli cation des faits négatifs obtenus parles auteurs ; il considère le thalamus comme le ganglion « interrupteur des tractus sensitifs ». Pour Ferrier, « les ganglions de la base, le corps opto-strié, forment un centre inférieur au centre supérieur hémisphérique pour le lien cpii existe entre l'impression et V action, centre inférieur qui suffit chez certains animaux [lapin et chien) pour tous les mouvements devenus automatiques ; mais chez le singe et chez F homme, ces mouvements sont
(t) Fritsch et Hitzig, Arch. von Reichert K/îrf Du Bois-Reymond, 1870.
devenus trop complexes, trop différenciés, pour pouvoir se passer du concours et de laide de V intervention hémisphérique, champ conscient. »
Deux Français, Carville et Duret (l),daiis un travail sur les fonctions des différentes parties des hémisphères cérébraux, montrent également au moyen de l'excitation galvanique^ que l'excitation des couches optiques est négative. Pour ce faire, ils enlèvent à leurs animaux la masse hémisphérique et mettent à découvert le thalamus. De leurs différents travaux, ces auteurs concluent que les couches optiques sont, ou bien le siège de perception brute des sensations périphériques, dont l'élaboration se ferait peut-être dans les lobes occipitaux, ou bien le lieu de transformation, d'élaboration des sensations.
A partir de cette époque, nous voyons de nouveau rentrer en faveur l'idée que la couche optique est un organe ayant des relations intimes avec les perceptions sensitives ; cependant, la conception d'un rôle moteur joué par ce ganglion est encore mise en avant et défendue parmi certain nombre d'auteurs.
Laborde (2) et son élève Lemoine (3) observent, comme Ferrier, de l'anesthésie du côté opposé, après destruction expérimentale de la couche optique d'un seul côté. Mais Lemoine, après avoir, comme Fournie et Nothnagel, recouru aux injections interstitielles (acide osmique) sur le conseil de Laborde, eut l'idée ingénieuse de produire dans la masse cérébrale des hémorragies expérimentales. Il se rapprochait ainsi le plus possible des conditions de la clinique. Par un trocart introduit dans le cerveau en un point et à une profondeur déterminés, il fait pénétrer une quantité déterminée de sang dans l'encéphale. Le sang provient d'un second animal (lapin), dont une artère est reliée au trocart par une canule et un tube de caoutchouc ; une serre-fine permet d'ouvrir ou de fermer le conduit. C'est ainsi que Laborde et Lemoine arrivent à faire des hémorrasries centrales. Dans un seul
(1) Carville et Duret, Arch. de Phijs., 1875.
(2) Laborde, Traité élém, de Phys., 1892.
(3) Lemoine, Thèse de Paris, 1880.
cas rapporté dans la thèse de Lemoine (Ohs. 4), le foyer hémorragique est presque uniquement localisé au thalamus ; Fauteur note alors des troubles de la sensibilité générale et spéciale du côté opposé. Malheureusement, les résultats de Lemoine sont trop peu nombreux — l'auteur le reconnaît lui-même — pour être convaincants. L'animal qu'il étudia ne survécut pas longtemps à la lésion et présenta des phénomènes d'excitation cérébrale ; enfin, la topographie macroscopique grossière du foyer de destruction faite par l'auteur est insuffisante pour permettre de conclure avec certitude au rôle joué par le thalamus dans ce cas. Laborde constate également que la faradisation des couches optiques n'est pas suivie de phénomènes moteurs (opinion conforme à celle de Ferrier, Carville, Duret) et, de ses expériences faites avec Lemoine, il conclut que « les couches optiques constituent des centres dévolus à la fonction de la sensibilité ». Parlant du rôle joué par les noyaux gris centraux, il dit : « Sont-ce des centres supérieurs d' élaboration fonctionnelle^ notamment des centres réflexes supérieur socles foyers récepteurs de transformation des impressions sensitives en mouvements volontaires, en rapport organique et fonctionnel avec les centres de contrôle qui président à laperception consciente [centre psychicjue que nous allons apprendre à connaître^ ? Cela est possible, probable même si l'on considère la situation, la connexion et la constitution propre de ces masses ganglionnaires, qui sont moins des lieux de passage pour les fibres conductrices que des composés d'éléments nobles ressortissant à la substance fondamentale d' élaboration fonctionnelle, ou substance grise cérébrale. Peut-être y aurait-il lieu, en vue de cette interprétation, de ne point séparer, fonctionnel lement, les deux gang lions cérébraux^ et^nèmede les considérer solidairement avec les conducteurs inter-ganglionnaires de ï expansion pédonculaire^ constituant de la sorte, ainsi que nous étions déjà amenés à le remarquer plus haut, un double système sensitif et moteur, ou sensitivo-moteur, moteur par sa portion antérieure ou lenticulostriée, sensitif par sa partie postérieure ou lenticulo -optique. » C'est en 1883 qu'un auteur russe, Bechterew (l), pubha son
(1) Bechterew, P//M^er's Archiv. XXXI ; Neur. Cent., 1883 ; Arc/i. f. Pstjch.,
premier travail sur les fonctions du thalamus, travail notablement augmenté et complété dans les Archives de Virchow de 1887. Depuis lors, le nom de ce physiologiste est intimement lié au sujet qui nous occupe. En effet, dans toute une série de travaux, dont une grande partie sont laits en collaboration avec son élève Mislawski, cet auteur décrit, au moyen des résultats obtenus par Félectrisation, une foule de centres spéciaux dans la couche optique. Nous allons rappeler brièvement les idées de Bechterew, telles qu'elles se dégagent delà lecture de ses nombreux travaux.
Bechterew opère sur des animaux divers, oiseaux et mammifères^ et excite le thalamus, soit par simple piqûre, soit par électrisation faradique en enfonçant de fines électrodes dans ce ganglion, après avoir ouvert le ventricule latéral pour aborder la couche optique.
Il conclut, d'un grand nombre d" expériences, que cet organe joue un double rôle, moteur et sensitif .Moteur : la couche optique est en rapport avec la fonction des mouvements involontaires, innés et réflexes d'ordre compliqué, elle est le centre des mouvements réflexes de l'expression — opinion qui fut aussi soutenue, comme nous le verrons, par Nothnagel, à l'appui de faits cliniques ; sensitif : elle est un centre important de perceptions sensitives.
En outre, Bechterew et Mislawski (l) sont arrivés à localiser et à différencier une foule de centres d'innervation dans le thalamus. Bechterew confirme tout d'abord l'opinion de Réthi, à savoir que le centre sous-cortical des mouvements de mastication et de déglutition a son siège dans le thalamus (segment postérieur) ; pour ces auteurs, c'est là que se passe l'acte de la coordination des différents mouvements nécessaires à l'acte normal de manger.
Le centre cortical de ces mêmes mouvements est placé par
vol. 26 ; Virchow s Archiv, vol. 110 ; Rev.de Psych. et Neur. iWi ; Monatsch. /. Psijch. und. New., 1905. Les voies de conduction du cerneau et de la moelle (trad. française. Paris, 1900). Neurolog. Cenlr. : 1894, 1906.
(1) Bechterew et Mislawski, Arch. f. Anal, und Phys., 1889, 1891. Neurolog. Centralb : 1886, 1888, 1890, etc.. (voir index bibliographique).
Réthi (1) en avant et en dehors du centre cortical des extrémités. Pour Becliterew et Ostankow(2)le centre cortical de la déglutition siégerait au niveau de la partie antérieure de la 2® circonvolution, en dehors du « gyrus sygmoïde ». Ces faits relatifs à la couche optique furent confirmés par A. W.Trapesnikow (3), qui observa des mouvements de déglutition, par excitation du segment postérieur de la conche optique et des deux tubercules quadrijumeaux antérieurs.
Pour Bechterew et Mislawski, le segment antérieur de la couche optique a une action inhibitrice sur le pylore et la région pylorique, et l'excitation de ce segment arrête les mouvements du pylore pendant un certain temps, avec de faibles contractions de l'estomac. L'excitation du noyau externe du thalamus a une influence sur la sécrétion intestinale ; elle arrête les mouvements péristaltiques de l'intestin grêle avec relâchement intestinal. Cette opinion confirmée par Ott et Woodfield (4), vient à l'appui des travaux antérieurs de Bechterew sur les oiseaux et sur les mammifères.
L'excitation de la partie moyenne du thalamus provoque une contraction exagérée des mouvements péristaltiques ; celle du noyau externe, une contraction intense avec mouvements péristaltiques du gros intestin, amenant l'acte de la défécation. Cette influence se fait par l'intermédiaire des nerfs vagues, de la moelle et des nerfs sympathiques.
Ces faits sont confirmés par W. Sinkler qui, chez l'homme, à la suite d'un foyer hémorragique dans la couche optique droite, observa une hémorragie intestinale. Schiff, Lusana et Ebstein (5) avaient également observé des hémorragies de l'estomac et de l'intestin chez des animaux à la suite de lésions du thalamus.
Dans la partie tout à fait antérieure de la couche optique se
(1) RÉTHi, Phxjs. Inst. der K. K. Universit. in Wien. Su:, heric/ile. d. K. Acad. d. Wiss. in Wien., 1893.
(2) Bechterew et Ostankow, ISeur. Cent., 1894, p. 580.
(3) A. W. Trapesnxkow, Neurol. Centralb., 1897.
(4) Ott et Woodfield, The Journ. ofnerv. and ment, deseaaes, 1879. (^) Ebstein, Virchow's Arcli.., vol. IL.
ïilSTORIQUE
trouveraient, pour Bechterew et Mi slavvski, les centres d'innervation de la vessie, du rectum et du vagin ; tous ces centres sont des intermédiaires aux centres corticaux ayant même action physiologique.
Continuant et complétant leurs recherches, Bechterew et Mislawski ont encore pu produire, par excitation du thalamus opticus ainsi que du globus pallidus et de la partie postérieure de la capsule interne, une élévation de la pression sanguine.
Ces auteurs ont montré, en outre, que l'excitation de la partie externe du thalamus amenait un arrêt du cœur en diastole, et ils supposent que les fibres partant du centre cortical, par eux établi, passent par le thalamus pour se rendre à la périphérie.
Les deux savants russes ont aussi noté dans leurs expériences, une influence évidente de la couche optique sur la sécrétion lacrymale ; en excitant la partie antérieure delà commissure grise, ils provoquent une sécrétion lacrymale des deux yeux, surtout prononcée du côté opposé, de la dilatation pupillaire et de la profusion des globes oculaires. Ils concluent que « le principal centre réflexe de la sécrétion lacrymale est localisé dans les couches optiques^ Cj[ue les voies centrales du sympathicjue cervical s'y trouvent aussi et que, de là, leurs prolongements montent jus^ qu'à Vécorce des hémisphères du cerveau antérieur ».
Bechterew, dans ses différents travaux, parle de l'influence des couches optiques sur l'accélération de la respiration ; le fait a été constaté également par Schukowski (1), qui observa un arrêt des mouvements respiratoires en excitant le segment antérieur du thalamus et la queue du noyau caudé, du rythme de Cheyne- Stokes par piqûre de la partie moyenne de la paroi du troisième ventricule, et enfin, par la piqûre de la partie postérieure, de rares mouvements respiratoires qui deviennent plus fréquents sous l'influence de la stimulation électrique.
Bechterew attribue enfin, avons nous-dit, une action motrice à la couche optique, dont il fait le centre des mouvements d'expression involontaire. A l'appui de toute une série d'expériences
(1) Schukowski, Neur. Centr., 1898- Roussy
consistant à décérébrer des oiseaux ou mammifères, il constate que les animaux privés du thalamus ont perdu la faculté de manifester leurs émotions psychiques par des actes réflexes compliqués, comme le mouvement des oreilles, de la queue, le hérissement des poils chez le chien, le redressement des plumes chez les oiseaux, quoique la motilité volontaire soit conservée et répondeàune excitation périphérique. «Ce sont là,à\i Bechterew, des mouvements d'expression innés psycho-réflexes, l'excitation des thalami est ici déterminée par des processus psychiques ». Par destruction d'une couche optique l'expression de la mimique est abolie du côté opposé. Tous ces faits ont reçu des confirmations cliniques par les observations de Bechterew lui-même, de Nothnagel, et d'autres auteurs dont nous parlerons plus loin.
En résumé, il ressort des recherches expérimentales de Bechterew et de ses élèves, que les couches optiques ont une action sur la respiration, sur les mouvements du cœur, de l'estomac, de V intestin, sur le rectum, la vessie et le vagin ; sur la sécrétion lacrymale et le système nerveux vaso-moteur. En un mot, les couches optiques président aux fonctions de la vie végétative ; en outre, elles renferment des centres pour l'expression des mouvem^ents innés réflexes, rôle moteur ; — elles jouent enfin un rôle dans la sensibilité.
La détermination des nombreux centres, placés par Bechterew dans la couche optique chez les animaux, est basée sur des résultats obtenus, pour la plupart, au moyen de l'excitation électrique. Cette méthode est susceptible de certaines critiques ; il faut en effet tenir compte de la diffusion du courant faradique ou galvanique d'un point à un autre, diffusion qui a été prouvée par les expériences de Carville et Duret(l). Ces auteurs ont montré en effet, que le fluide électrique ne suivait pas nécessairement et uniquement les mêmes voies que l'influx nerveux physiologique. Il faut également faire la part de l'extrême sensibilité des centres nerveux à toute excitation électrique et de la facilité très grande, avec laquelle on obtient des phénomènes d'épilepsie
(1) Carville et Duhet, Arch. de phys., 1875.
organique par excitation d'un point quelconque de l'encéphale. Nous ne pouvons ici que signaler ces faits, sur lesquels nous nous proposons de revenir dans des recherches ultérieures. Il nous semble donc que, sans enlever aucun mérite aux travaux de Bechterew, on doive n'accepter qu'avec une certaine réserve les conclusions de cet auteur, dont les travaux ont besoin de nouvelles confirmations.
A propos des centres vaso-moteurs et thermiques de la couche optique, il faut citer encore les travaux d'Isaac Ott (1), qui place le centre thermogénique au niveau de la face antéro-interne du thalamus ; ce centre fait ainsi partie des différents centres de vaso-constriction et de vaso-dilatation que cet auteur cherche nltérieu rement à établir dans les différentes parties de l'encéphale.
M. Haie VVhite prétend que les lésions du thalamus élèvent pendant quelques heures la température du corps, mais moins cependant que celles du noyau caudé. Bartolomio Baculo fait les mêmes observations et dit que l'élévation thermique est surtout prononcée du côté des extrémités antérieures.
Lo Monaco (2), en Jtahe, entreprit également en 1897 de faire des destructions expérimentales de la couche optique et, il imagina pour cela, le procédé suivant : sur des chiens, on fait un volet crânien médian, puis, après section de la dure-mère et ligature du sinus longitudinal supérieur, on arrive, en écartant légèrement les hémisphères, sur la face supérieure du corps calleux qu'on sectionne longitudinalement pour tomber dans le troisième ventricule dont la paroi externe est formée par la couche optique. Un coup de curette peut alors en enlever une plus ou moins grande partie. Après avoir perdu beaucoup d'animaux, par suite de l'hémorragie considérable que cette opération détermine et du traumatisme énorme qu'elle provoque, Lo Monaco réussit à conserver quelques animaux, et ceci pendant 15 jours ; l'auteur ob-
(1) IsAAc Ott, Med. Cent., 1885 ; Joui^n of New. and ment, deseases, 1887.
(2) Lo Monaco, Aixh. de Farmac. Sperim. a Scienze, Affim., 1904 ; Rivist. de pathol. nervos. et ment., 1897. Recher. de p/iysiol. du prof. Luciani, Milan,
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serva ainsi des troubles de la sensibilité cutanée du côté opposé, consistant en une légère parésie et une perversion du sens musculaire.
Les observations physiolos^iques de Lo Monaco ne sont pas très complètes ; il insiste peu sur les troubles de la perversion musculaire dont il parle et se contente, pour la vérification anatomique, d'un simple aperçu macroscopique, sans pousser plus à fond l'examen histologique de ses pièces. Enfin, la méthode sanglante qu'il a employée et qui a donné entre ses mains quelques résultats heureux, est vraiment bien incertaine dans ses suites opératoires. Ainsi que nous le verrons plus loin, il nous a été impossible de conserver par cette méthode un seul animal plus de huit jours. Du reste Lo Monaco revient, dans un travail récent, sur sa première opinion et modifie ses conclusions antérieures. Le thalamus, dit-il, doit être considéré comme un centre visuel et rien ne permet d'admettre, jusqu'ici, un rôle moteur ou sensitif.
Sellier et Verger (1) (1898), en France, appliquèrent alors le procédé de destruction par Félectrolyse à l'étude des centres nerveux. Renonçant à la méthode de l'électrolyse monopolaire qui avait été employée par Golsinger en 1895, ils eurent recours à l'électrolyse bipolaire sur le conseil du professeur Bergonié, de Bordeaux ; parce procédé, ils obtinrent une destruction tout à fait localisée autour des deux pôles des électrodes et entre ces pôles.
Sellier et Verger réussirent ainsi à faire des petits foyers de destruction localisée au noyau caudé, à la capsule interne et à la couche optique. Dans ce dernier cas ils notent : 1° des troubles de la sensibilité tactile et de la notion de position des membres, troubles qui disparaissent au bout de quelques jours ; 2° l'absence de modifications de la sensibilité à la douleur et de troubles de la motilité.
Les auteurs concluent de leurs travaux :
1° Que les lésions même petites du thalamus, amènent le
1) Sellier et Vergkr, Arch. de phijsioL, 1898 ; Soc. de biol. de Bordeaux (Mém. de biol. de Paris), 1903 ; Arch. d'élech\ méd., 1895 et 1898.
syndrome typique de V hémianesthésie dite organique ou capsulaire ;
2° Que la destruction du segment antérieur ou externe du thalamus ne donne pas de troubles visuels ;
H" Que,même après destruction du gyrus sygmoïde, la guêrison de r hémianesthésie peut se faire ;
4° Que ïélectrolyse bipolaire est le meilleur procédé pour obtenir des destructions localisées, que les deux tiers des animaux sont utilisables, alors que Lo Monaco nen peut conserver qu'un cinquième et c^u enfin par ce procédé, on obtient des lésions vraies sans participation de mouvements forcés qui sont dus à des lésions surajoutées.
Nous reviendrons plus longuement sur le procédé employé par Sellier et Verger dans une autre partie de ce mémoire, procédé que nous avons nous-même largement mis à contribution dans l'étude physiologique des couches optiques.
La même année, Ferrier et Turner (1) observent de l'anesthésie peu considérable et peu durable, après la destruction expérimentale de la région sous-optique et de la partie postérieure de la couche optique.
Nous ne ferons que signaler ici, pour mémoire, les travaux de von Monakow (2) qui ont plutôt trait à la question anatomique de la couche optique. Cet auteur, à l'appui de ses nombreux travaux expérimentaux et cliniques, fait des couches optiques une partie importante des appareils centraux pour la perception des impressions sensorielles et sensitives.
Nous arrivons enfin aux importants travaux de Probst (3) de
(1) Ferrier et Turner, Phil. Transac, 1894.
(2) VON Monakow, Arch. f. Psych., 1893, Gehirnpathologie, 190S.
(3) Probst, Archiv f. Psych., Bd. XXXIII, H. 1 et H. 3. Bd. XXXV, H. 1 . — Deutsche Zeitschr. /. NervenheiL, Bd. XIII, Bd. XV, Bd. XVII. — Monatschr. f. Psych. undlYeur., Bd. IX, Bd. V, idem 1902. — Arch. f. Anat. und Phys. Anatom., Abteil. 1902. — Wiener, klin. Wochenschr . , 1902. — Aus den Sitzunzsberich. der Kaiser, akad., d. Wissensch in Wien., Mathom. natur. Klasse, Bd. CXIV. Abt. III, April 1905.
Vienne, dont les nombreux ouvrages, consacrés à l'étude des couches optiques, méritent de nous arrêter quelque temps.
Probst, pour produire la destruction des couches optiques, reprend le procédé de Veyssière, légèrement modifié. Au moyen d'une « hackencanule » (canule avec crochet) composée d'un trocart, dans lequel pénètre un fil-ressort très fin qui reste caché dans son enveloppe, il pénètre dans la scissure inter-hémisphérique à travers le corps calleux. Il pousse ensuite le ressort qui sort de la canule par son extrémité inférieure, et, par des mouvements de rotation, il produit une lésion dans le thalamus. Rentrant alors le ressort dans l'appareil protecteur, il retire le tout en dehors. Probst réussit à faire des lésions plus ou moins localisées à la couche optique sur des chiens, des chats, et enfin, tout dernièrement, sur un singe. Chez ces animaux, de suite après l'opération, il note de la déviation et de la contracture de la tête, du nystagmus et des mouvements de manège qui se font du côté de la lésion, que cette lésion porte sur la partie antérieure ou sur la partie postérieure du thalamus (opinion contraire à celle de Schiff dont nous avons parlé plus haut). Ces phénomènes sont de courte durée, disparaissent au bout de quelques jours et sont, ainsi que les convulsions légères dans les membres, considérés par Probst, comme étant, soit des symptômes de destruction, soit des symptômes d'excitation.
Comme phénomènes durables. Fauteur note de l'hémianopsie du côté opposé, une diminution de la sensibilité tactile, la perte de la notion de position des membres de ce même côté et enfin, un léger degré de parésie que l'auteur considère comme étant de la paralysie psychique (Seelenlâhmung) ; ces troubles se manifestent chez les animaux dans les mouvements délicats et combinés, comme dans l'acte de saisir avec la main chez le singe, alors que spontanément les différents mouvements des doigts et de la main sont tous possibles.
Probst note enfin des troubles du goût et de l'odorat tout à fait douteux.
• P. Castellino (1) (de Gênes) fît, comme Nothnagel et Veyssière,
(1) Castellino, Vtfiener klin. Woch., 1895.
des destructions du thalamus au moyen du trocart chez des pigeons, des lapins et des chiens et ohserva, aussi bien dans les lésions antérieures que postérieures, des mouvements de manège du côté opposé de la lésion, avec tendance à tomber de ce côté.
Ces faits, confirmatifs de ceux de Magendie et Lusana, sont en opposition avec ceux de Schiff et Longet. L'auteur note, que dans les lésions postérieures du thalamus, le cercle décrit par lanimal en tournant est plus grand que dans les lésions antérieures (1). Il se garde d'attribuer une trop grande importance à ces phénomènes moteurs et de les faire résulter uniquement de la couche optique ; pour lui, les couches optiques sont des organes complémentaires des centres moteurs, principalement des centres du sens musculaire et susceptibles de les suppléer.
Enfin, dernièrement, un auteur anglais, May (2), fit chez une série de singes, des destructions du thalamus et observa de l'hémianesthésie et de Thémianopsie du côté opposé, de la déviation de la tête du côté de la lésion, en même temps que l'oreille de ce côté est rapprochée de l'épaule. Dans quinze cas sur seize, l'auteur note de la paralysie motrice du côté opposé, en raison de la lésion concomitante du faisceau pyramidal ; dans neuf cas, de l'hémianopsie définitive ; dans huit cas, de la déviation de la tête ; clans quatre cas enfin, de l'inégalité pupillaire. Parfois, l'auteur observa du nystagmus.
(1) De fréquentes discussions ont lieu entre les physiologistes, relativement à la détermination du sens de rotation par rapport à la lésion. — D'après Prévost, ces discussions auraient pour point de départ, non pas les résultats divergents des expériences ou des observations, mais la façon différente dont on définit le mouvement du sujet observé, par rapport à luimême et par rapport à celui qui l'observe. Pour cet auteur, la déviation conjuguée des yeux et le déplacement de la tête qui l'accompagne, sont souvent le point de départ de mouvements de rotation par extension aux autres muscles du corps. La relation de cette déviation par rapport à la lésion est facile à établir et peut servir à spécifier le sens de direction du mouvement de manège.
(2) May, cité par G. Mann, in British Journ., February, 1905.
B. — Faits anatomo-cliniques.
Pendant que les auteurs précédents cherchaient par la méthode physiologique à éclairer les fonctions de la couche optique, d'autres poursuivaient simultanément le même but à l'aide de la méthode anatomo-chnique. Cette méthode est plus longue, plus difficile, plus incomplète souvent, mais les résultats en sont, pour la physiologie cérébrale, supérieurs à ceux que donne l'expérimentation, puisqu'il s'agit d'un organe qui n'atteint jamais chez l'animal le développement auquel il parvient chez l'homme, et qu'en outre, la clinique fait des lésions que l'expérimentateur le plus habile n'arrive pas à réaliser. Dans cette méthode anatomoclinique, plus encore que dans l'expérimentation, la patience et l'observation la plus minutieuse des faits sont de rigueur.
Pour l'étude historique du paragraphe B, contrairement au plan suivi dans le paragraphe A, nous classerons les faits, non pas en partant des auteurs pour en exposer les idées, — ce qui nous obhgerait à de nombreuses redites — mais bien en prenant comme point de départ les différentes fonctions supposées des couches optiques, pour les attribuer ensuite à leurs défenseurs respectifs.
Troubles de la sensibilité. — Pour la première fois deux auteurs anglais, Todd et Carpenter (1) parlent du rôle que joue la couche optique dans l'interprétation de nos sensations périphériques. Elle est pour eux le centre, l'aboutissant des impressions tactiles, le siège de ce que l'on appelait alors, depuis Galien, le « sensorium commune », l'aboutissant final de toutes les impressions sensitives que d'autres auteurs avec Vulpian et Longet, plaçaient plus bas dans la protubérance annulaire. L'opinion de Todd et Carpenter fut soutenue et confirmée par Broadbent(2), qui assimile, au point de vue physiologicjue, la couche optique à l'axe gris de la moelle et plus tard par Hughlings Jackson (3) ;
(1) Todd et Carpenter, Clin. Lect. on Paralysies, London, 18S6.
(2) Broadbent, Med. Soc. London, 1865.
(3) Hughlings Jackson, Lancet, 1872.
ces auteurs attribuent, dans un cas clinique, la causede Thémianesthésie à la lésion thalamique trouvée à l'autopsie. En Allemagne, Schrœder Van der Kolk (1) admet la même idée et Turck (2) note, que dans certains cas d'anesthésie, on peut trouver la couche optique lésée, en même temps que le noyau lenticulaire et la capsule interne. De même, sont encore à signaler les conceptions de Meynert (3^ et de son élève Huguenin (4), qui font de la couche optique le centre réflexe des mouvements inconscients, et celles de Wundt (3) qui défend la même opinion.
En France, Luys (6) en 1865, plaça dans les couches optiques le « sensorium commune » ; il divise ce ganglion en une série de noyaux distincts, centres et premiers lieux de perception des impressions sensitives. Luys décrit un noyau antérieur, centre des perceptions olfactives, un postérieur, centre des perceptions acoustiques, un noyau moyen, centre des perceptions visuelles et enfin un médian, centre de la sensibilité générale. « Les impressions sensorielles, dit-il, traversent la série des ganglions qui se trouvent sur le trajet des différents nerfs sensitifs et y subissent des modifications successives. Après avoir été ainsi perfectionnées et épurées, ces impressions viennent toutes se concentrer dans les cellules ganglionnaires des différents centres de la couche optique. Ces noyaux absorbent ces impressions , les traoaillent en quelque sorte en leur faisant subir une action métabolique qui, en leur donnant une forme nouvelle, les rend plus perfectionnées et plus assimilables pour les éléments de la substance corticale oit elles vont se répartir. »
On comprend que ces idées purement hypothétiques, ne reposant la plupart du temps que sur des observations plus ou moins exactes, n'aient qu'une bien minime A^aleur. Aussi, peu de temps après, Yulpian (7) (1866) pouvait-il dire que nous ne savions
(1) Schrœder Van der Kolk, Falhol. und Therap. der Geisten Krankheilen.
(2) Turck, Sitzgs. d. Wiener Akad., 1859.
(3) Meynert, Med. Jalirb. d. Gesellsch der Aerzte. Wien, 1872.
(4) Huguenin, ylî?i^ Bericht uberdie Werwaltimg der med. des Can^Zurich,187G.
(5) Wundt, Beitrage zur Theor. der Sinne, Leipsig, 1861.
(6) Luys, Rech. sur le syst. nerv. cérébro-spinal, 1865.
^7) VuLPUN^ Lee. sur ta physiol. génér. el comp. du syst. nerv., 1866.
rien sur les fonctions des couches optiques, et que pour lui, leur rôle dans la sensibilité et dans la vision était tout à fait nul. Ainsi donc l'idée d'un rôle sensitif joué par le thalamus, émise par Todd et Carpenter et soutenue par Luys en France, ne reposait jusqu'ici que sur des bases fragiles ; aussi allait-elle rencontrer de violents contradicteurs.
C'est alors en effet, que naquit avec Charcot (1) et l'Ecole de la Salpêtrière la doctrine du « carrefour sensitif ». localisant le siège de l'anesthésie organique dans la partie postérieure du segment postérieur de la capsule interne, dont la lésion produisait le syndrome de l'hémianesthésie dite capsulaire. Cette doctrine est basée sur l'existence d'un soi-disant faisceau sensitif venant du pédoncule cérébral, et passant par la partie postérieure du segment postérieur de la capsule interne. A ce niveau, les fibres sensitives formeraient un faisceau compact, absolument distinct de celui formé par les fibres motrices pyramidales. Charcot refusait ainsi à la couche optique la faculté de jouer un rôle quelconque dans la production des troubles de la sensibilité. Cette idée fut soutenue et défendue par toute une série de ses élèves : Virenque(2),Veyssière (3), Pierret, Pitres(4), J^épine (5), Laffargue (6), Rendu (7), Raymond (8;, Grasset (9) et Ballet (10) qui, tous, ne tenant pas compte de la lésion thalamique qu'ils rencontrent cependant souvent, mettent au premier plan la lésion capsulaire et en font la cause essentielle et unique de l'hémianesthésie. Ballet, dans sa thèse, s'étonne de voir des physiologistes
(1) Charcot, Lee. sur les local, dans les malad. du cerveau., 1875; Malad. dusyst. nerv., 1877.
(2) ViRENQUE, Th. Paris, 1894.
(3) Veyssière, Th. Paris, 1875.
(4) Pitres, Gaz. méd., 1875 ; Congrès méd., 1880.
(5) LÉPiNE, Th. agrég-., 1875.
(6) Laffargue, Th. Paris, 1888.
(7) Rendu, Th. agrég., d875.
(8) Raymond, Th. Paris, 1876 ; Clin, des malad. du syst. nerv.
(9) Grasset, Des toc. dans les malad. cérébrales, 1880 ; Trait, pral. des mal. du syst. nerv.
(10) Ballet, Th. Paris, 1881.
éminents persister à localiser dans la couche optique le centre des perceptions sensitives, opinion qui, dit-il, ne tient pas devant les faits.
Nothnagel,dans son Traité clinique du diagnostic des maladies de Vencéphale (1885), analyse les faits cliniques relatifs à cette question et, en les comparant entre eux, cet auteur arrive aux conclusions suivantes : « Sans doute, nous basant sur les matériaux d'observation existant, nous ne tenons pas pour probable que les foyers de la couche opticjue engendrent de Tanesthésie, mais nous ne pouvons mettre V ensemble des faits cl accord avec cette opinion. »
A ce moment, grâce à l'introduction des nouvelles méthodes de coloration et de la pratique des coupes microscopiques sériées, l'anatomie du cerveau faisait de grands progrès, et ceux-ci devaient nécessairement concourir à éclairer bien des points encore obscurs de la physiologie de l'encéphale. En effet, à l'appui de cette méthode, Dejerine et Long (1), M. et Mme Dejerine dans leur Traité d Anatomie des centres nerveux, en France, et von Monakow en Allemagne, combattent et renversent définitivement l'existence d'un faisceau sensitif distinct et autonome dans le segment postérieur de la capsule interne, et font jouer à la couche optique un rôle de première importance dans la production de Tanesthésie. Ces faits tout récents sont du domaine de l'histoire contemporaine ; aussi nous arrêtons-nous ici, nous réservant de revenir ailleurs plus longuement sur cette question.
On voit donc, par l'exposé que nous venons de faire, que la question du rôle joué par le thalamus dans la sensibihté, a passé jusqu'ici par trois étapes successives :
Une première, dans laquelle les couches optiques sont considérées comme le centre du sensorium commune (Todd, Carpenter et Luys) ;
Une deuxième, dans laquelle elles ne jouent aucun rôle sensitif (Charcot et l'Ecole de la Salpè trière) ;
Une troisième enfin, où avec Dejerine, Long et vonMonakow,
(1) Dejerine et Long, Soc. de BioL, 10 et 24 décembre 1898.
on revient, à l'appui de notions anatomiques précises, aux idées des anciens cliniciens et physiologistes.
Troubles de la motilité. — Comme pour la sensibilité, la fonction motrice jouée par la couche optique a rencontré tour à tour ses partisans et ses adversaires. L'idée du rôle moteur joué par ces ganglions dans la production de paralysies motrices, fut émise ponr la première fois, comme nous l'avons vu, par Saucerotte, à l'appui de faits expérimentaux. Serres et Foville (1) citent des faits pathologiques confirmant l'opinion de Sancerotte, à savoir : que les lésions du thalamus déterminent avant tout une paralysie du membre supérieur du côté opposé.
Andral dans ses « Cliniques », faisant le relevé statistique de 75 cas d'hémiplégie, s'élève contre cette idée et prétend que rien ne permet d'assigner aux mouvements des membres supérieurs un centre distinct.
L'opinion, qu'une paralysie motrice pouvait être produite par les lésions thalamiques, a rencontré d'autre part de nombreux adversaires. Cohn (2) n'admet pas le rôle moteur de cet organe. Gintrac (3) fait observer que dans les hémorragies de la couche optique, l'hémiplégie manque souvent et que, lorsqu'elle existe, elle est incomplète, respecte ordinairement la face et frappe principalement le membre supérieur.
Bastian (4) dit de même : « // semble avant tout que la paralysie motrice occasionnée par les lésions qui occupent les parties profondes ou périphériques de la couche optique, soit moins prononcée que celle qui aurait été produite par les lésions d'égale étendue et homologues du corps strié ; dans cjuelcjue cas , cette paralysie serait totalement absente. »
Petrina (5) n'admet l'existence de troubles paralytiques que dans les tumeurs volumineuses du thalamus, avec atteinte mar-
(t) Serres et Foville, Anat. comp. du cerveau, 1824-1826, 2 vol.
(2) Cohn, Klin. der EmboL, Berlin, 1860.
(3) Gintrac, Traité théor. etprat. du syst. nerv., 1869-1871.
(4) Bastian, On Paralys. from brain desease in ils common forms. London,
(5) Petrina, Zei7.sc/i. fur Heilk., 1881.
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quée des parties voisines : fibres de la coaronne rayonnante frontale ou corps strié.
Nothnagel s'est occupé à plusieurs reprises de cette question, soit au point de vue expérimental, soit au point de vue clinique. Après avoir hésité dans ses affirmations premières, il arrive définitivement à cette conclusion : « que les foyers qui limitent exactement leur action à la couche optic^ue ne déterminent pas de paralysie motrice, mais que celle-ci est due, lorsqu' elle existe, à r atteinte de systèmes voisins , en particulier du pédoncule cérébral ou de la capsule interne ». Ce fait explique, d'après Nothnagel, pourquoi ce sont les lésions un peu volumineuses du tiers moyen du thalamus qui donnent des phénomènes moteurs. Les rapports intimes de cette partie de la couche optique avec la capsule interne d'une part, et le pédoncule cérébral d'autre part, donnent la clé de ce phénomène. Dans les lésions du tiers antérieur de la couche optique, il y a ordinairement paralysie motrice. mais le plus souvent le corps strié et la capsule interne sont lésés ; dans les foyers bien limités de cette partie aatérieure (Notlmagel, Lauenstein), il peut ne pas y avoir de paralysie motrice.
Quant aux foyers siégeant dans le tiers postérieur, les observations de Veyssière, de Jackson et d'autres, semblent montrer que lorsqu'ils sont exactement limités au thalamus, sans atteinte des tubercules quadrijumeaux, ils ne donnent pas de paralysie motrice accusée ou durable.
En résumé, la question du rôle moteur joué par la couche optique, sans être définitivement résolue par la méthode anatomoclinique, ne semble plus guère aujourd'hui rallier d'adeptes.
Hémichorée.— Hémiathétose. — Depuis longtemps, les auteurs ont été frappés des rapports des lésions thalamiques avec certains symptômes moteurs observés chez les hémiplégiques, tels que riiémichorée, l'hémiathétose ou rhémitremblement post-hémiplégique. C'est aux lésions thalamiques, en effet, qu'on rapporte tout d'abord ces phénomènes d'excitation motrice, à l'appui de constatations anatomo-cliniques.
En Angleterre, Broadbent, Turkwell, en Allemagne, Mey-
nert (1), Lauenstein, Leyden et surtout Gowers, en Italie enfin, Assagioli (2) et Bonvecchiato se font les défenseurs de cette théorie. Nothnagel confirme également l'opinion de Gowers ; à l'appui de cas cliniques et par une analyse minutieuse des observations publiées sur la question, il arrive à cette affirmation, que seule, une lésion du thalamus ou de ses fibres de projection, en quelque lieu que ce soit, peut provoquer l'hémichorée. Cette opinion enfin, a été acceptée plus récemment par Bechterew et von Monakow.
En France, Andral (3), Charcot, Grasset, Veyssière et surtout Raymond dans sa thèse, s'élèvent contre cette hypothèse et refusent à la couche optique la faculté de produire et Fhémichorée et les autres phénomènes moteurs cloniques post-hémiplégiques, dont le centre siégerait pour eux dans la partie postérieure de la capsule interne, au niveau du carrefour sensitif.
Réflectivité- — Crichton Browne (4) a signalé une diminution de la réflectivité générale, cutanée ou tendineuse du côté du corps opposé à une lésion thalamique. Dans la plupart des cas cités par l'auteur, les lésions n'étaient pas uniquement localisées au thalamus, ainsi qu'il ressort des faits rapportés et des critiques émises sur la question par M oeli (3), LafTargue et Nothnagel. L'opinion de Crichton Browne n"a pas reçu de nouvelle confirmation et parait donc erronée.
Mouvements réflexes. — Dans le même ordre d'idées, on a fait jouer à la couche optique un rôle dans la production des mouvements inconscients, dont le centre siégerait dans ce ganglion ; c'est l'opinion de Meynert et de Wundt,
Halipré (6), dans sa thèse sur les «Paralysies pseudo-bulbaires d'origine cérébrale », admet que les noyaux gris peuvent devenir
(1) Meynert, Med. Jahrb. d. Gesellsch. der Aerz-te, Wien, 1878.
(2) Assagioli, Centr. f. Nervenheilk., 1879.
(3) Andral, Clin. Méd., 3e éd., a^oI. V.
(4) Crichton Browne, West. Rid. Lun. Asyl. Report., 1875, vol. V. (3) MoELi, Deutsches Arch. f. klin. Med., vol. XXII
(6) Palipré, Thèse Paris, 1894.
des centres d'activité réflexe ; ces centres automatiques psychoréflexes auraient pour but de seconder l'action corticale.
Raymond admet dans ses « Cliniques » que « les réflexes originaux des ganglions centraux, seraient le produit cF une sorte d'automatisme demi-volontaire qui n'échapperait pas entièrement au contrôle de la conscience ».
Comme centre psycho-réflexe, la couche optique jouerait surtout un rôle dans l'expression des mouA^ements involontaires par lesquels s'extériorisent nos sensations intimes, nos émotions : tels l'expression mimique, le rire ou le pleurer.
C'est à Charles Bell (1) que revient le mérite d'avoir su le premier, différencier la paralysie de la mimique de la paralysie volontaire de la face (paralysie du nerf facial). Ces faits sont signalés également par J\]agnus (2), par Stromeyer (3) et surtout par Romberg (4), qui insiste sur ce fait que dans une paralysie faciale , certaines émotions psychiques produisant soit le rire, soit le pleurer, peuvent amener des contractions musculaires de la mimique expressive aussi bien du côté de la face paralysée que de l'autre côté, ce que la volonté ou une excitation extérieure ne sont pas susceptibles de faire.
Nothnao-el, dans une série de travaux, a attiré l'attention sur cette question et le premier il songea, à l'appui d'observations cliniques, à placer le centre réflexe des mouvements d'expression dans la couche optique. Sans être tout à fait affirmatif et sans vouloir certifier que les lésions thalamiques provoquent la paralysie de l'expression mimique, il dit : « lorsque dans une lésion en foyer s'' accompagnant d'hémiplégie et de paralysie faciale^ la motilité volontaire des muscles de la face est suppri')née, tandis que les deux parties dit visage prennent part égale aux émotions psychiques [rire, pleurer^ douleur), on peut admettre que la couche optique et ses fibres de projection à l'écorce cérébrale sont intactes ». Rosenbach consacre un travail important à
(1) Charles Bell, cité par Rosenbach.
(2) Magnus, Muller's Arcli., 1837, cité par Rosenbach.
(3) Stromeyer, cité par Romberg.
(4) Romberg, Lehrb. der Nervenkrcmk. des Menschen, 1853.
32 tJISTORIQUÉ
l'étude de Finnervation des mouvements d'expression et cite une observation clinique, à laquelle manque la confirmation anatomique, mais dans laquelle, avec une parésie légère, on note de la paralysie de la mimique d'un côté et de rhémianopsie,ce qui plaide fortement en faveur d'une lésion thalamique.
Gowers et Gayet rapportent des observations semblables ainsi que Kirilzew (1), Pick et Bruns (2).
Becliterew enfin vient donner un appui considérable à cette thèse par de nombreuses expériences sur l'animal, dont nous avons parlé, expériences dont il donne la confirmation clinique, basée sur des observations personnelles.
Brissaud (3), dans une étude qu'il fit sur le rire et le pleurer spasmodiques, dans ses « Leçons sur les maladies nerveuses », admet que c'est par le faisceau psychique ou par le faisceau d'Arnold que les incitations corticales arrivent au thalamus, ces faisceaux passant par le segment antérieur de la capsule interne. Tl place dans la couche optique, le centre de coordination des différents mouvements réflexes afîectifs, tels que le rire et le pleurer. Une lésion de ces fibres expressives (partie inférieure du faisceau psychiqueou dufaisceau d'Arnold), en quel lieu que ce soit, amène le syndrome du rire ou du pleurer spasmodiques, et ceci en supprimant leur action inhibitrice sur le thalamus, qui agit alors d'une façon désordonnée et sans frein. C'est donc pour cet auteur dans le segment antérieur de la capsule interne, au niveau du genou, que sont réunies toutes les fibres cortico-thalamiques inhibitrices du centre de coordination des mouvements de la mimique, et c'est dans cette région que siègent les lésions en cas de rire ou de pleurer spasmodiques. Cette théorie ingénieuse de Brissaud n'est jusqu'ici qu'une hypothèse, puisque l'existence du soi-disant faisceau psychique est loin d'être admise par les anatomistes modernes ; l'auteur en convient du reste lui-même.
Mingazzini (4), en Italie, soutient à peu près les mêmes idées
(1) Kirilzew, Neur. Centr., 1891.
(2) PicK et Bruns, Rech. sur les lésions du centre ovale, 1877.
(3) Brissaud, Lee. sur lesmalad. nerv., 1893-1894.
(4) Mingazzini, Hiv. Sperim. di hren., XXIII, 1893.
que Brissaiid, sans cependant topographier exactement le siège de fibres inhibitrices cortico-thalamiques dans tout le segment antérieur de la capsule interne ou dans une petite partie seulement de celui-ci.PourMingazzini, le centre de coordination des mouvements de la mimique — le thalamus — est en relation avec les centres corticaux d'élaboration des fonctions psychiques, qui tend continuellement à régler, à ordonner la façon dont doit répondre le thalamus, et ceci sous « ï effet d'une longue et ancienne éducation ». Un déficit, un développement incomplet de ces neurones d'association corticaux donnent une émotivité exagérée par défaut des centres d'élaboration des sensations psychiques, tandis que la suppression des fibres reliant ces centres aux couches optiques, en laissant agir ces organes par eux-mêmes, provoque, sans excitation périphérique sensitive ou sensorielle, les phénomènes désordonnés, irréfléchis et absurdes, du rire et du pleurer spasmodiques.
Von Monakow admet aussi cette opinion, mais il fait remarquer que le fait de n'observer des troubles de l'expression mimique que dans certaines lésions du thalamus, implique qu'il y a autre chose qu'une question de quantité ou de lieu et que c'est la qualité de la lésion qui importe vraisemblablement. Pour lui, il ne s'agit pas simplement de symptômes de déficit, mais probablement de phénomènes d'inhibition, d'excitation ou d'arrêt. « Selon nous, dit Monakow, il est vraisemblable qu'une partie de V arc réflexe sensible du rire et du pleurer émotifs a son siège dans la couche optique. »
Sens musculaire et perception stéréogaostique. — La notion du sens musculaire, connue depuis l'observation classique de Charles Bell, est relativement récente ; aussi n'est-il pas étonnant de ne pas la voir signalée par les anciens auteurs. Longtemps imbu de cette idée qu'il devait s'agir là d'un véritable sens spécial, on comprend qu'on ait voulu en localiser le siège en un point déterminé du cerveau.
Aussi Meynert parle-t-il, dans un cas de lésion thalamique, d'attitudes bizarres de la tête et des membres d'un côté du corps, et attribue le fait à la perte du sens musculaire. Il dit qu'il y a
Rouasy 3
34 HlSTOniQUE
chez son malade de véritables « conceptions délirantes ». Jackson note, dans un cas analogue, la perte de la notion de poids, du côté hémiplégie.
La perte du sens stéréognostic est signalée également dans plusieurs observations avec lésion de la couche optique.
Nous ne faisons ici, dans ce chapitre d'historique, que rappeler brièvement ces faits, sur lesquels nous reviendrons plus longuement dans la partie clinique de notre mémoire.
Sens spéciaux. — Vue. — Les anciens auteurs déjà, avaient observé des troubles visuels dans les lésions du thalamus. Luys parle dans ses observations de troubles de lavue,d'amblyopie on d'hémianopsie.
Rémy (1), Foerster (2), Jackson, Veyssière, notent tantôt de rhémianopsie homonyme latérale, tantôt de l'amblyopie ou de l'amaurose. Mais ces notions sont encore peu précises ; du reste, dans la plupart de ces observations, il s'agit tantôt de lésions en foyer, tantôt de tumeurs.
Nothnagel fait remarquer que les foyers de déficit de la couche optique occupant la partie antérieure ou moyenne ne donnent pas de troubles de la vision : « Ceux, dit-il, qui en occupent le tiers postérieur peuvent déterminer des troubles visuels ; on ne saurait encore établir actuellement si ces troubles consistent en une hémianopsie latérale homonyme ou en une amblyopie ou amaurose croisée unilatérale. »
Depuis les travaux des anatomistes, de Monakow, de Dejerine et de Vialet (3), on connaît l'explication de ces faits. La lésion qui provoque l'hémianopsie doit intéresser les fibres de projection thalamo-corticales réunissant la partie postérieure de la couche optique (pulvinar), le corps genouillé externe et le tubercule quadrijumeau antérieur, au centre cortical de la vision. C'est donc dans les lésions thalamiques postérieures qu'on rencontre l'hémianopsie.
Ouïe, odorat, goût. — Jackson, dans un cas de lésion de la
(1) Rémy, Bull, de la Soc. anat., février 1875.
(2) Foerster, In Graef's und Saemisch's, Handb. der Aiujenheilk., 1877.
(3) ViALET, Thèse de Paris, 1893.
couche optique, note l'afFaiblissement de l'odorat ou peut-être de la sensibilité générale de la narine ; de la diminution douteuse du goût d'un côté de la langue ; de l'affaiblissement, — douteux également, — de Vouïe du même côté.
Douleurs. — Plusieurs auteurs ont noté que les lésions de la couche optique étaient douloureuses. Bechterew observa des douleurs dans les lésions des tubercules quadrijumeaux et du thalamus. Greiff nota chez une malade hémiplégique du côté gauche, des douleurs vives et persistantes jusqu'à la mort. A l'autopsie, il trouva deux foyers dans la couche optique droite. Henschen (1), Eisenlohr (2), rapportent des cas semblables ainsi que Goldscheider (3j, Edinger (4), Dejerine, etc..
Nous ne faisons ici que signaler ces faits dont nous reparlerons en détail dans le chapitre consacré à l'étude physiologique du c( syndrome thalamique » .
Troubles vaso-moteurs et trophiques. — On a signalé dans les lésions de la couche optique, des troubles vaso-moteurs et trophiques : de la rougeur, de la chaleur dans les extrémités opposées (Uspensky (3), Petrina, Jackson et Rémy), de l'œdème, de l'abaissement delà température des extrémités (Anton) (6), de l'hyperhydrose, enfin de l'affaissement unilatéral du pouls (Probst).
Tschetscherini, Naunyn et plus récemment Ott (7) et Woodt placent un centre modérateur des combustious organiques dans la couche optique, centre que Ott localise dans la partie antérieure de cet organe.
Borgherini, Eisenlohr, Darkschewitsch, Quincke et Nothna-
(1) Henschen, Palh. des Geliirns, 1903,
(2) Eisenlohr, Jahr. der Hamb. Staadlkr.^ 1889; Arch. f. Psych. u. iVer^ venk. , IX.
(3) Goldscheider, Notes et mémoires, 2^ vol. ; Zeit. fur klhi. Med., 1888 Arch. f. Psych. u. Nervenk., vol. XIV, Berlin, klin. Woch., 1894.
(4) Edinger, Deutsche Zeitsch. f. Nervenk., 1891.
(5) Uspensky, Virchow's Arch., vol. XXX.
(6) Anton, Prag. med. WocJiensch., 1899.
(7) Ott, Cenlr. f. New., 1880.
gel parlent d'amyotrophie précoce dans les foyers de la couche optique. Pour Quincke, il s'agirait directement d'un trouble trophique , pour Darkschewitsch, de troubles vaso-moteurs. Monakow estime ces deux explications insuffisantes et, tout en constatant la coexistence fréquente des troubles vaso-moteurs, et trophiques,et de ceux de la sensibilité, il fait remarquer que c'est là « un complexus symptoînatique insuffisant jjour faire un diagnostic de localisation thalamiqiie ».
Centres sphinctériens. — D'après Nothnagel, les corps striés et les couches optiques contiennent des centres d'innervation de la vessie. Von Ezylharz et Marburg citent des observations confîrmatives à cet égard ainsi que, tout dernièrement, Auguste Hamburger. Ce dernier admet qu'un foyer de ramollissement unilatéral dans le corps strié ou la couche optique ne provoque qu'une incontinence d'urine passagère, et qu'au contraire le ramollissement bilatéral de ces organes donne une incontinence durable. On a vu plus haut la confirmation expérimentale de ces faits, apportée par les travaux de Bechterew.
§ S. — Couclusious. — Résuiué.
Les couches optiques ont des fonctions multiples, ainsi qu'il ressort des travaux des physiologistes et des observations des cliniciens ; les unes paraissent être définitivement établies, d'autres sont encore fortement discutées. Nous les résumons rapidement.
1° RÔLE MOTEUR. — Admis autrefois par les physiologistes avec Magendie, Longet, Flourens, Schiff et Vulpian et par les cliniciens avec Goivers, il est combattu par Meynert, Gintrac, Bastian et Nothnagel, pour lesquels les troubles moteurs observés sont vraisemblablement dus à des lésions ou à des phénomènes de compression des parties voisines : corps strié, pédoncule ou capsule interne.
En outre, les phénomènes moteurs spasmodiques notés chez les hémiplégiques, tels cpue l hémichorée et Vhémiathétose ou r hémitremblement, sont rapportés à la couche opticiue par Broadbent,
Goicers., Nothnagel, opinion combattue par Charcot^ Raymond et leurs élèves.
Dans le même ordre d'idées, la couche optique jouerait le rôle de centre coordinateur des mouvements psycho-réflexes ou mouvement d'expression involontaire, tels que F expression mimique (Bechterew, Nothnagel), le rire et le pleurer spasmodiques (Brissaud, Mingazzini, Monakow).
2° Rôle sensitif. — Sensibilité superficielle. — En ce qui concerne la sensibilité superficielle, ce rôle entrevu déjà par Todd et Carpenter, admis par Luys, est tour à tour rejeté et accepté par les auteurs qui se sont occupés de cette question, tant physiologistes qiœ cliniciens. Rejeté par Char cot et ses élèves (Veyssière, Raymond, Ballet), il est admis par Bechterew, Probst, Monakoio, Sellier et Verger, et Dejerine.
Sensibilité profonde. — La perte des sensibilités profondes et du sens musculaire nest que timidement attribuée à la couche optique par Meynert et Jackson, plus fermement admise dans les lésions de cet organe par Dejerine et Probst.
3° Sens spéciaux . — Les troubles de la vue, dans les lésions du pulvinar, du corps genouillé externe, sont admis par les auteurs modernes, d'après les travaux de Dejerine, de Vialet, de Monakow.
Pour rouie, r odorat et le goût, la question est encore en suspens.
âf° Centre de la vie végétative. — La couche optique serait le centre de nombreuses fonctions de la vie végétative (centre de la déglutition, de la mastication, du pylore, de l'intestin, de la vessie, du rectum, du vagin., etc., etc.) (Bechterew), ainsi qu'un centre vaso-moteur et trophique (Quincke,Darkschevitsch, Monakow).
On voit donc combien il est difficile aujourd'hui de se faire une opinion exacte sur les fonctions des couches optiques, leur rôle moteur ou sensitif étant tour à tour confirmé ou infirmé par les observations ou les expériences des auteurs les plus compétents.
Nous allons nous-même essayer d'apporter quelque lumière dans cette question obscure, à l'appui des faits expérimentaux et cliniques que nous rapportons dans ce mémoire.
Nous croyons être utile au lecteur, et lui faciliter la lecture de ce mémoire, en plaçant ici, un résumé succinct de nos connaissances actuelles surFanatomie du thalamus, et sur les connexions qui le rattachent au reste de l'encéphale.
Les couches optiques forment, avec les noyaux caudés et les noyaux lenticulaires, les ganglions de la base du cerveau. Elles représentent un amas de cellules nerveufjes, situé sur les côtés du troisième ventricule, en avant et en dehors des tubercules quadrijumeaux, en arrière et en dedans du corps strié.
§ 1. — Développeiucnt.
Les couches optiques naissent du cerveau intermédiaire, développé lui-même aux dépens de la moitié postérieure du cerveau antérieur primitif, on première vésicule cérébrale. Le cerveau intermédiaire s'aplatit de bonne heure dans le sens transversal pour limiter la cavité du troisième ventricule ; ses parois supérieure et inférieure se réduisent à l'état de minces lames membraneuses, tandis que ses parois latérales s'épaississent considérablement et donnent naissance, sur leur face interne, à deux saillies longitudinales ; l'une supérieure, déA eloppée aux dépens de la zone dorsale, est la lame alaire, qui sera l'origine de la couche optique, l'autre inférieure, développée aux dépens de la zone ventrale, répond à la lame fondamentale, et donnera naissance à la région sous-thalamique de Forel. Les deux formations sont séparées par un sillon horizontal, le sillon de Monro, qui commence en avant au trou de Monro, et se perd en arrière vers l'aqueduc de Sylvius.
La partie postérieure de la lame alaire, ou portion rétro-thalamique, formera le pulvinar et le corps genouillé externe, la