XIII. — LE PROBLÈME DU NOIR ET DU BLANC
Un des problèmes les plus troublants pour le peintre est celui du noir et du blanc, Déjà Leone Battista Alberti le posait en termes précis.
J\otre blanc le plus brillant n'a pas V éclat d'un linge blanc exposé à la lumière du soleil ; notre noir le plus noir n'est qu'un gris par rapport à l'ombre absolue. Si notre palette ne nous fournit ni l'ombre , ni la lumière , comment pourrons-nous rendre le modelé de la nature ? L'exposé seul de la question prouve qu'il y aura toujours dans l'œuvre de l'artiste une part d'interprétation.
Les maîtres vont nous dire comment ils conçoivent la solution de ce pi'oblème.
Leone Battista Alberti (1404-1472).
...Il faut se souvenir qu'aucune superficie ne doit être peinte tellement blanche qu'il ne soit pas possible de la blanchir encore. Même en représentant des vêtements blancs, il faut se tenir bien en deçà de l'extrême couleur blanche; car le peintre n’a qu'elle pour imiter le dernier éclat des surfaces les plus brillantes, de même qu’il ne possède que le noir pour rendre les plus épaisses ténèbres de la nuit. C'est pourquoi, pour peindre des vêtements blancs, il faudra prendre une des quatre espèces de couleurs claires et brillantes, de même que, pour peindre un manteau noir il faut au contraire employer une couleur à l'extrême opposé qui ne s'écarte guère du ton de l'ombre, comme serait celui d’une mer sombre et profonde. Enfin cet assemblage du blanc et du noir a une telle puissance, qu'em* ployé avec art et méthode, il peut représenter, dans la pein-
ture des surfaces, Y or, l’argent et la splendeur du verre. On ne saurait donc trop fortement blâmer les peintres qui emploient le blanc sans modération et le noir avec négligence. C’est pourquoi je voudrais que la couleur blanche fût vendue aux peintres beaucoup plus cher que les pierres les plus précieuses. Il serait à souhaiter que la couleur blanche et la noire se fissent de ces perles que Cléopâtre liquéfiait dans du vinaigre ; cela ferait qu’on en serait plus parcimonieux.
De la Peinture (Traduction Claudius Popelin).
A. FélSbien (1619-1695).
Et parce que le peintre n’a point d’autre couleur que le blanc avec lequel il puisse exprimer les derniers éclats de lumière, il faut se souvenir d’éviter dans un tableau de représenter le corps du soleil, la neige, et les brillants des corps luisans; et lorsqu’on ne peut les éviter, il faut éteindre autant qu’il se peut tous les blancs, et réserver le blanc pur pour imiter les éclats de lumières que l’on voit sur le naturel. Et de mesme il doit penser aussi qu’il n’a que le noir pour représenter ce qu’il y a de plus obscur. C’est pourquoy les Peintres manquent beaucoup lorsqu’ils emploient inconsidérément trop de blanc et trop de noir. Et c’est de quoy Zeuxis, qui estoit le Titien des anciens Peintres, reprenoit quelques-uns de son temps, lesquels ignoroient combien cet excès estoit préjudiciable à leurs Tableaux.
Entretiens.
Joseph Vernet (1712-1789).
Si l’on veut bien voir la couleur des choses, il faut toujours les comparer les unes aux autres...
Il est rare que l’on puisse employer du blanc pur dans les objets que le soleil éclaire. Si l’on introduit surtout le foyer de