SCENE VI 3 i
JOSSELIN
Il lui donna un rendez-vous.
Thibaut.
Elle y vint ?
Josselin.
Est-ce qu'on peut résister aux présens?
Thibaut.
Et comment cela se passa-t-il ?
Josselin.
En excuses du côté de la dame, en soufflets de la part du mari.
Thibaut.
Elle les souffrit patiemment?
Josselin.
Oui ; mais... quelques jours après...
Thibaut.
Il but encore dans la coupe?
Josselin.
Oui.
Et que fit la coupe?
Josselin.
Elle répandit.
Thibaut.
Quand on n'a que ce qu'on mérite, on ne s'en doit prendre qu'à soi.
Josselin.
Il s'en prit à tout le monde, et vint de dépit se loger dans ce château écarté, pour ne plus entendre parler de femme de sa vie.
Thibaut.
Avec la coupe?
Josselin.
Avec la coupe.
Thibaut.
Et de quoi lui sert-elle, puisqu'il n'a plus de femme?
Josselin.
Elle sert à lui faire voir qu'il a beaucoup de confrères, et cela le console.
Thibaut.
Et comment le voit-il?
Josselin.
Il engage tous les passans que le hasard conduit ici d'en faire l'épreuve.
Thibaut.
Et depuis quand fait-il ce métier-là?
SCKNE VI 2 3
JOSSELIN
Depuis quatorze à quinze ans.
En a-t-il bian vu depuis ce temps-là?
Josselin.
Oh! en quantité.
Thibaut.
S'en est-il trouvé bieaucoup qui aient bu dans la coupe sans qu'elle ait répandu? Josselin.
Cela est si rare que je ne m'en souviens quasi pas.
Thibaut.
Par ma figue! voilà tout fin droit ce qu'il faut pour bouter notre maître et son bieaufrère à la raison. L'un est un bon Normand qui a épousé une Languedocienne, sœur de l'autre; et l'autre est un Gascon qui a épousé une Parisienne : comme ils sont logés vison visu, ils se tarabustont toujours sur le chapitre de leux femmes. Je vas leu dire que la coupe les mettra d'accord. Ils rodont autour de cette montagne, pour apprendre des nouvelles de leu fille... Mais quel est ce vilain Monsieur-là?
JOSSELIN
C'est le maître de la coupe et le seigneur de ce château.