‹ La coupe (volume 2)Chapitre 24 sur 91 · SCÈNE Ilï · texte numérisé non relu

SCÈNE Ilï

ANGELO, QUINTANA, par le fond.

QUINTANA.

Pour entrer ainsi céans, vous connaissez donc le manoir de Monlelupo?

ANGELO, qui regarde le côté par où Lupo est sorti.

Non, mais il n'est pas difficile d'entrer dans un logis si peu gardé.

Il est certain que la valetaille n'est pas nombreuse et qu elle n'a pas l'air zélé des gens qu'on paie bien. Pourvu que la cuisine ne soit pas vide!

ANGELO, qui regarde à toutes les portes et qui paraît faire ses observations.

Tu ne songes qu'à manger !

QUINTANA.

Écoutez donc, seigneur Angelo, il y a cinq ans que j'ai faim ! et puis, pour commencer, vous me

faites tirer l'épée J'en avais perdu l'habitude,

et l'émotion ça creuse le ventre.

ANGELO

Poltron! tu t'es caché au lieu de m'aider à disperser ces archers.

QUINTANA.

Dame! vous voulez que je sois ruffian, et puis moine, et puis bandit! Donnez-moi le temps de m'habituer à ces fortunes diverses. Un homme n'a qu'une vie à dépenser, et vous m'en mettez trop sur le corps. Quelle idée fantasque avez- vous

eue tout à l'heure de porter secours à Lupo, qui se serait fort bien tiré d'affaire sans vous !

ANGELO

11 était perdu sans moi!

Ce n'eût pas été un grand mal.

ANGELO

Je veux qu'il soit mon obligé.

QUINTANA.

Il n'a pas seulement fait attention à vous, pressé qu'il était de rentrer chez lui sans être reconnu.

ANGELO

Il m'a vu, il m'a fait signe. Il compte me revoir ailleurs; mais moi je veux le voir chez lui et savoir comment il y agit pour mériter la faveur céleste.

QUINTANA.

En ce cas, je vais voir, moi, si le garde-manger est

approvisionné par les anges.., (Allant au fond et revenant.)

Peste! voici une dame de grande allure, sans doute la maîtresse de Lupo.

ANGELO

Laisse-nous.

QUIiNTANA.

Je crains pour vous l'aiguillon de la chair; vous piétinerai-je?

ANGELO

Va-t'en! (Apan.) Mes passions sont déchaînées et repoussent à jamais le frein !

Page 1