‹ La coupe (volume 2)Chapitre 29 sur 91 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

ANGELO, QUINTANA.

QUINTANA.

Venez, mon maître, ne restons pas ici. La maison est entourée de figures étranges. Lupo ne paraît pas s'en tourmenter ; moi, je ne me sens pas en sûreté, et je commence à regretter l'ermitage où nos haillons n'étaient pas suspects.

ANGELO

J'irai voir ce qui se passe, suis-moi. (Hs sortent.) SCÈNE IX.

Entrent par le fond LL PO, GALYAN et LISANDRO. LUPO, urrité.

Comment, vous venez chez moi festoyer avec l'argent que je gagne à la pointe de 1 epée!...

GALYAN, qui l'amène.

Parlez moins haut, expliquez-vous sans bruit. Si vous êtes sûr de vos gens, nous ne pouvons répondre des nôtres, et tous vos amis ne connaissent pas votre secret. Vous bravez trop l'opinion, vous vous ferez arrêter.

LUPO LIVERANI i65

LUPO

Je défie l'univers, et vous, vous craignez de vous compromettre. Vous êtes tous des lâches !

GALVAN.

Si vous êtes ivre, dites-le, ou bien...

LUPO

Je ne le suis pas. Je n'ai rien pris depuis hier, j'ai couru toute la nuit, tout le matin, et je tombe de fatigue ; mais vous m'exaspérez...

LISANDRO.

Faites-vous une raison : nous n'avons pas d'argent.

LUPO

Quoi ! pas même entre vous tous une misérable somme de mille ducats?

GALYAN,

Nous avons fait comme vous, nous avons ruiné nos parents, et quand le jeu nous est contraire, comme à vous les promenades au clair de lune, nous sommes lavés et rincés comme les cailloux de la mer.

LISANDRO.

Aussi nous venions chez vous avec l'espoir de nous refaire un peu en jouant sur parole.

166 LUPO LIVERAr^I

LUPO

Oui, vous refaire à mes dépens, comme toujours!

G AL VAX.

Un gentilhomme reproche-t-il à ses amis l'argent qu'ils lui gagnent?

LUPO

Je vous reproche de me refuser une misère, à moi qui ne vous ai jamais rien refusé.

LISANDRO.

Vous, c'est différent, vous rançonnez les voyageurs ! Vous vous procurez tout ce qu'il vous faut.

LUPO

J'ai dévasté le pays, j'ai porté l'épouvante sur tous les chemins. Mon nom n'est plus un secret et il faut que je change le théâtre'de mes exploits. Mes dernières campagnes m'ont coûté plus de peine qu'elles ne m'ont rapporté d'écus, et pourtant jusqu'à ce jour je vous ai donné sans compter. Où a passé tout le produit de mes prises ? Mon pauvre père se contente du strict nécessaire ; oui, mes amis et mes maîtresses ont seuls profité de mon péril, de ma fatigue, de ma sueur et de

mon sang! Allons! vous devriez rougir de l'insistance où vous me réduisez. Vous deux mes meilleurs amis, ceux qui me doivent le plus... Vous surtout, Galvan, qui êtes riche par votre oncle... Voyons, écrivez-lui, j'enverrai un exprès à Naples. Dites-lui que c'est une dette d'honneur, Roland ira lui-même et lui donnera confiance. Écrivez, je n'ai pas un jour à perdre.

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