SCÈNE V
QUINTANA, ANGELO, DELTA.
DELIA, qu'entraîne Angelo.
Je n'irai pas plus loin; je ne peux plus! (Eiie
tombe sur l'herbe, épuisée.)
QflNTANA, à part.
Mon maître ne me paraît pas plus encouragé que moi par le sexe.
Que fais-tu ici? Ne t'ai-je pas dit d'aller tout préparer à l'ermitage poui' me recevoir?
QUINTANA.
J'y allais, maître; mais une racine m'a fait tomber, et je boite.
ANGELO
Va toujours ! (Qulntana s'éloigne; à Délia.) AllonS, eUCOrC
un peu de courage! nous sommes près du gîte.
DELIA,
Quel gîte peux-tu m'offrir dans cet endroit sauvage? Tu me trompes ; au lieu de me ramener à Naples, tu m'égares et m'éloignes de plus en plus.
ANGELO
Tu m'as promis. . .
DELIA.
J'ai payé ma dette : j'ai subi tes baisers, dont la violence m'effraie.
ANCELO.
Tu as promis d'être à moi seul.
DELIA.
Ne suis-je pas^ à toi seul depuis trois jours que nous errons ensemble, comme des chiens perdus dans la montagne et dans la forêt, avec des brigands pour escorte et des antres pour palais? Si tu m'aimes, viens partager à Naples mon luxe et mes plaisirs. Je n'ai pas promis d'être la compagne d'un bandit.
ANGELO
Lupo était-il autre chose qu'un bandit?
LUPO LIVERÀNI 199
DELIA.
Il ne m'emmenait pas dans ses courses. Il ne m'obligeait pas à gagner péniblement avec lui l'argent qu'il me donnait. J'ai juré d'être ta maîtresse, c'est bien assez, sans devenir ton esclave.
ANGELO
Tu me hais ?
DELIA.
Je te haïrai si tu me contraries davantage.
ANGELO
Prends patience, demain j'aurai une litière et des serviteurs pour te reconduire à la ville. Viens seulement jusqu'à l'ermitage de la madone du Cèdre.
DELIA.
C'est un lieu saint. Ne crains-tu pas de le souiller par de profanes amours?
ANGELO
Je ne crains ni le Ciel ni les hommes. Je ne crois plus à rien.
DELIA.
C'est pour cela que tu me fais peur!
ANGELO
Si je te fais peur, tu ne songes qu'à m'échapper; mais c'est en vain. Lève- toi et marchons.
DELIA.
Non j'aime mieux mourir là.
ANGELO, menaçant.
Mourir là? Prends garde de dire la vérité! (Uveut
rentraîner, elle résiste.)