‹ La coupe (volume 2)Chapitre 5 sur 91 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

c( Elle est pour nous la Providence visible. Sacrifions-nous pour reconnaître sa bonté. » Bertha n'osa résister; elle dit à Hermann : « Emporte vite mon trésor, cache-le, va-t'en ; si je lui don-

nais un seul baiser, je ne pourrais plus m'en séparer. » Et quand il eut fait trois pas, elle courut après lui, couvrit l'enfant de caresses et se roula par terre, cachant sa figure dans ses cheveux dénoués pour étouffer ses sanglots. « Ah! cruelle fée! s'écria Hermann vaincu, non! tu n'auras pas notre enfant!

— Est-ce là ta parole? dit Zilla, qui l'avait furtivement suivi et qui contemplait avec stupeur son désespoir et celui de sa femme ; crains mon mépris et mon abandon ! — Je ne crains rien de toi, répondit Hermann; n'es-tu pas la sagesse et la force, la douceur par conséquent? Mais je crains pour moi le parjure et l'ingratitude. Je t'ai promis ma fille, prends-la. » Bertha s'évanouit, et la fée, s'emparant de l'enfant comme un aigle s'empare d'un passereau, l'emporta dans la nuit avec un cri de triomphe et de joie.

Ni les larmes ni les caresses de la mère n'avaient troublé le sommeil profond et confiant de

la petite fille; mais quand elle se sentit sur le cœur étrange et mystérieux de la fée, elle commença à rêver, à s'agiter, à se plaindre, et quand la fée fut loin dans la forêt, l'enfant s'éveilla glacée d'épouvante, et jeta des cris perçants que Zilla dut étouffer par ses caresses pour les empêcher de parvenir jusqu'aux oreilles d'Hermann et de Bertha.

Page 1