SCÈNE PREMIÈRE
TISBEA, QUINT AN A, qui a un froc de moine. QUINTANA.
Belle Tisbea, que le ciel bénisse tes yeux noirs, et tes épaules de safran, et tes mains mignonnes,
et ton pied léger, et ton sein virginal, et ton panier
rebondi... (U veut prendre le panier qu'elle porte.) TISBEA.
C'est trop de compliments pour un religieux, frère Quintana! Si le père Angelo vous entendait...
QUINTANA.
Le père Angelo a fait bien d'autres madrigaux, et même il ne s'arrêtait pas souvent aux paroles.
TISBEA.
Je sais qu'il a été un grand débauché, du temps qu'il menait la vie de seigneur à Naples; — mais depuis cinq ans que la grâce a touché son âme, il mène ici une vie angélique, et c'est un grand bonheur pour vous d'avoir un tel maître.
QUINTANA.
Oui, je l'ai suivi au désert pour mon salut; mais je croyais la chose plus agréable qu'elle ne l'est.
TISBEA.
Vous me faites l'effet d'un homme mal converti à la chasteté.
QUINTANA.
Ce n'est pas la paillardise, — je veux dire la
concupiscence, — qui me tient; hélas! non, ne le crois pas, belle enfant. Tu me flatterais le museau de ta blanche main, que je la mordrais peut-être plutôt que de la baiser.
TISBEA.
Êtes-vous enragé?
QUINTÀNÀ.
Non,- car la rage ôte la faim et la soif, et moi je suis si affamé que quelque jour je me manderai moi-même.
TISBEA.
J'entends : votre maître vous condamne à trop de jeûne?