SCÈNE II
QUINTANA, puis ANGELO.
Q TJI N T A N A .
La madone, c'est une belle pièce, je ne dis pas, et je voudrais avoir eu une maîtresse faite à son image; mais je veux être écorché vif si je lui ai
jamais vu remuer le bout du petit doigt. Aussi je ne me donne plus la peine de la prier quand personne ne me regarde... Mais qu'a donc mon maître? Est-ce qu'il devient fou? (Angeio est sorti de ia
grotte, et il suit des yeux avec émotion Tisbea, qu'il voit descendre la
montagne.) Que regarde-t-ii?.. . Maître, que souhaitez-vous?
ANGELO, égaré.
Rappelle cette jeune fille.
QUINTANA.
A quoi bon? elle n'apporte rien à mettre sous la dent.
ANGELO
Peu importe ! j'irai ! Non ! . .. Seigneur, ayez pitié
de moi! (Il se frappe la poitrine.)
QUINTANA.
Êtes- vous malade?
ANGELO
0 vil ennemi ! Satan ! De coupables pensées m'assiègent, ô faible chair!
O noble chair du porc salé ! si j'avais seulement une bonne tranche de jambon !
ANGELO
Écoute-moi, mon frère. Le démon me tente par le souvenir de mes égarements passés.uisejetteàterre.)
QUINTANA.
Que faites-vous?
ANGELO
Je me jette ainsi sur le sol pour que tu me foules sous tes pieds. Viens, frère, piétine-moi à plusieurs reprises.
QUINTANA.
Volontiers. Je suis très-obéissant. — Est-ce bien comme cela?
ANGELO
Oui, frère.
QUINTANA.
Cela ne ne vous fait pas de mal?
Marche, et ne te mets pas en peine.
QUINTANA.
En peine, père ? et pourquoi serais-je en peine? Je vous foule et vous refoule, père de ma vie, et je ne trouve pas que cela m'incommode.
LU PO LIVERAN 129
AXGELO.
C'est assez, mon fils; va-t'en chercher des racines et des herbes pour notre dîner.
QUINT AN A, à part.
Je n'irai pas loin, je n'ai pas envie de rencontrer les brigands ! [« sort.)