‹ La coupeChapitre 29 sur 82 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

ANGELO, priant, absorbé. LUPO, qui entre en regardant derrière lui, masqué et les vêtements en désordre.

LUPO

Holà! l'ermite, cède-moi la place.

ANGELO, surpris.

Qui êtes- vous?

LUPO

Un proscrit, un fugitif. Je réclame ici le droit d'asile.

Entre dans ma grotte, frère; tout ce que j'ai t'appartient.

LUPO

Ta cellule ne me protégerait pas ; c'est sous la voûte de la chapelle que je veux être, au pied de cette statue qui est réputée inviolable.

ANGELO

Tl suffit que tu sois dans cette enceinte de lnvec;

c'est un lieu consacré. Ne profane pas inutilement le sanctuaire de la madone.

LUPO

Je ne veux rien profaner. Tu vois bien que je suis sur les dents; il faut que je dorme une heure ou que je crève, et c'est là que je veux dormir. Ote-toi !

A.NGELO.

Mon frère, je te supplie...

LUPO

Veux-tu que je t'administre trente soufflets ?

A.NGELO.

Je dois tout souffrir pour l'amour de Dieu.

LUPO

Alors je vais te découdre le ventre avec ma dague ; sache que je manque çie patience.

A.NGELO.

Je cède à la menace pour t'épargner un crime.

LUPO, regardant la madone.

Est-ce vrai, ce qu'on raconte de cette image ?

ANGELO

Qu'est-ce qu'on t'a dit?

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LU PO

On dit qu'elle sait d'avance le secret des jugements de Dieu, et que, pour désigner ceux qui doivent aller au ciel après leur mort, elle étend ses bras de pierre et présente le Bambino.

ANGELO

Mon frère, c'est la vérité.

LUPO

Est-ce une poupée à ressorts?

ANGELO

N'y touche pas, si tu ne veux que la foudre éclate sur toi!

'LUPO

J 'y veux toucher ; je me méfie de la ruse, («touche la Btatue.) Ma foi, non ! c'est une vraie statue de rnar bre ; combien de fois lui as-tu vu étendre ses bras sur les prédestinés?

ANGELO

Jamais : le nombre des élus est si petit !

Mais, pour toi du moins, elle a fait le miracle?

ANGELO

Hélas! j'ai en vain arrosé ses pieds de mes

larmes durant des nuits entières : elle est restée immobile.

LUPO

Alors tu es un grand pécheur, ou ta madone ne vaut rien, ou bien encore il te faut un miracle pour croire à la bonté de Dieu. Tu portes la robe de moine ; qui sait si tu as plus de religion qu'un chien? Assez! j'ai soif: va me chercher à boire.

ANGELO

J'y vais, mon frère ! u pan.) Que ma soumission devant les outrages des manants serve, ô mon Dieu, à expier mes erreurs! (ii entre dans l'autre grotte.)

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