‹ La coupeChapitre 60 sur 82 · BOL AND · texte numérisé non relu

BOL AND

Vous étiez décidé pourtant, puisque vous voilà ici. C'est bien ici qu'il doit passer ce soir?

LUPO

J'étais décidé à le surprendre et à le voler lâchement.

ROLAND

Vous?

LUPO

Oui, moi! Les cris de mon père sur le chevalet ont tué mon orgueil. Je ne suis plus un chef de brigands, je suis un larron de la plus vile espèce !

ROLAND

Il ne faut pas, mon cher maître ! il n'y pas de honte à commander de hardis aventuriers et à faire ce que nous appelons la guerre de montagne. C'est le pays qui le veut, et c'est la richesse de l'habitant. Moi, j'ai eu mon père bandit clans

192 LUPO LIVERAXI

l'Abruzze; je n'en rougis pas, et si le vôtre pensait

comme moi Mais il a le respect des lois. Des

idées de famille! chacun les siennes, n'est-ce pas? Avec lui, je dis comme lui ; mais avec vous je dis : Vous n'êtes pas d'un sang à tirer la laine. Il ne s'agit pas de dérober, il faut rançonner. Un noble a ce droit-là sur les vilains; quand il l'exerce sur gens de toute condition, il manque aux lois, mais non à la fierté de sa race ! Allons, mon jeune capitaine, reprenez votre rôle. Où sont vos bons compagnons, votre vaillante petite armée? 11 faut la rassembler, l'heure approche.

LUPO

Mes hommes ! je n'en ai plus, je viens de les congédier.

ROLAND

Bonté divine ! pourquoi avez-vous fait cela ?

LUPO

Je ne sais ! un dégoût de cette vie que mon père expie si cruellement, un repentir peut-être, l'idée que chacun de mes complices enveloppait comme moi ses proches dans sa ruine. Bref,

j'ai i('sisi(' à leurs prières, à leurs menaces même, et ils se sont dispersés pour rentrer chez eux.

ROLAND

Et vous comptiez attaquer seul le vieux Galvan?

LUPO

Oui, l'effrayer par certain moyen et profiter du trouble de son escorte pour faire le coup, voilà ce que j'avais résolu.

ROLAND

On peut vous aider; mais, s'il n'a qu'un millier de ducats, ce n'est pas de quoi délivrer mon vieux maître.

LUPO

C'est vrai, il faut le tuer, Galvan le veut! eh bien, on le tuera! fasse le ciel qu'il se défende!... Si je le sommais de délivrer mon père?

ROLAND

Il promettra tout, et, l'entré à Naples, il vous dénoncera.

LUPO

Si je le suppliais?...

194 LUPO LIVERÀNI

ROLAND

C'est un cœur d'airain, il est pire que le cardinal !

LUPO

Il aimait pourtant mon père, j'en suis sûr.

ROLAND

Depuis que vous êtes ruiné, il l'a abandonné.

LUPO

Eh bien donc, malheur aux avares ! ce ne sont pas des hommes ! Si mon oncle était là, je le tuerais aussi ! Allons un peu examiner le chemin : je ne saurais rester en place.

ROLAND

Que ferai-je de ce cheval fourbu?

LUPO

Amène-le, je sais où le cacher.

ROLAND, à part.

Un cheval qui erre sans cavalier, c'est un indice; je vais le saigner pour qu'il ne bouge plus. La vue du sang réveillera mon maître.

(Ils sortent.)

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