A LOUIS ULBACH
Excellent ami, je vous avais promis une étude sur les squares et jardins de Paris, autrement dit sur la nature acclimatée dans notre monde de moellons et de poussière. Le sujet comportait un examen sérieux, intéressant, que j'avais commencé ; mais la maladie a disposé de mes heures, et ce n'est plus une étude que je vous envoie; c'est une impression rétrospective que je dois avoir la conscience et l'humilité d'intituler simplement : La rêverie à Paris. C'est qu'en vérité je ne sais point de ville au monde où la rêverie
ambulatoire soit plus agréable qu'à Paris. Si le pauvre piéton y rencontre, par le froid ou le chaud, des tribulations sans nombre, il faut lui faire avouer aussi que, dans les beaux jours du printemps et de l'automne, il est, « s'il connaît son bonheur, » un mortel privilégié. Pour mon compte, j'aime à reconnaître qu'aucun véhicule, depuis le somptueux équipage jusqu'au modeste sapin, ne vaut, pour la rêverie douce et riante, le plaisir de se servir de deux bonnes jambes obéissant, sur l'asphalte ou la dalle, à la fantaisie de leur propriétaire. Regrette qui voudra l'ancien Paris : mes facultés intellectuelles ne m'ont jamais permis d'en connaître les détours, bien que, comme tant d'autres, j'y aie été nourri. Aujourd'hui que de grandes percées, trop droites pour l'œil artiste, mais éminemment sûres, nous permettent d'aller longtemps, les mains dans nos poches, sans nous égarer et sans être forcés de consulter à chaque instant le commissionnaire du coin ou l'affable épicier de la rue, c'est une bénédiction que de cheminer le long d'un large trottoir, sans rien écouter ri