‹ La Cour d'assies, tableau-vaudeville en un acteChapitre 2 sur 13 · CHOEUR · texte numérisé non relu

CHOEUR

Dieu ! quelle foule et quel fracas !

On n'entre pas... ne poussez pas , etc. ( Les gendarmes forcent la foule à rentrer dans la galerie à droite , et se

tiennent à la tête de la queue. ) MAD. SABATIER, arrivant avec nanine par le fond, h gauche. Dépêchez-vous donc , ma fille... vous êtes d'une lenteur... Vous serez cause que nous n'aurons pas de place.... Voyez plutôt.

NAniNE.

Maman , ce n est pas ma faute... vous avez voulu faire une grande toilette.

MAD. SABATIER

Pas d'observations... [^En s'adressant à Luceval.) Monsieur, ne pourriez-vous pas nous faire entrer par faveur? luceval.

Je n'ai point ce crédit-la, madame; je ne suis ni juré, ni magistrat... je suis simplement avocat stagiaire.

MAD. 8ADATIEB.

C*est dommage... car je n'aime point à être derrière les autres... Je viens ici chercher des émotions fortes pour ma santé'... il m'en faut ahsohiment... Vous me direz : on en trouve

à la Gaîtc , à l'ylmhign»

Air : Elle a trahi ses sermena et Majoi. (l'est un lissu<lo charnianles horreurs; Chaque théâtre offre les inéiivs pièces... (le sont partout des bandits , des chauffeurs, Et des voleurs de toutes les espèces.

LICEVAL.

Voilà pourquoi le public, maintenant, Craint à bon droit d'y porter son arguent. MAD. sabatieh.

Mais je l'éprouve , cehi ne suffit pas... la fiction ne Taut pas îa realitc^... la reflexion de'lruit feffct. Au théâtre vous n'avez que des coupahles de convention, des scele'rats à tant par soire'e... c'est un état... c'est presque toujours la même figure qui représente tous les crimes,.. M. Beauvalet ou M. Marty.., et une fois qu'on les connaît, adieu fillusion... Ici , le drame est bien plus énergique... c'est une suite de sensations qui de'chirent famé d'une manière dc'licieuse.

LUGE VAL

Je conçois... {^Montrant Naniiie.) C'est votre fille qui vous accompagne?.

MAD. SABATIER

Oui, monsieur.... A son âge, il ne serait pas convenable qu elle restât seule à la maison... aussi je femmène partout avec moi.

LUCEVAL

J'applaudis à votre prudence.... mais, entre nous, vous pourriez la conduire à meilleure école.

Air : T'en souviens-tu.

Quand le coupable , abjurant l'espérance , ^

Entend sonner l'heure du jujjeinent , râle , abattu , dans un afFreux silence , C'est lui spectacle horrible et déchirant... Il peut flétrir un cœur encor novice.

Ne montrons pas à des yeux ing^énus Le châtiment qui iloil frapper le vice. Mais la couronne assurée aux vertus.

Gela peut être vrai, monsieur... mais une fille ne risque jamais rien avec sa mère.

NAisiNE , à part , regardaîii dans la coulisse.

Je crois que j'ai aperçu M.Théophile!... Comme le cœur me bat !

MAD. SABATIER

Viens avec moi... 11 faut essayer d'acheter une place en tête delà queue. [Luceval s'éloigne un moment et va causer avec tin avocat qui passe dans les galeries.)

MAD. GIBOLX.

Eh! c'est Mad. Sabaticr! une bourgeoise de notre rue. {A

(5) une femme qui se trouve à côté d'elle.) Ma voisine, gardez" moi ma place... ( Au gendarme. ) Gendarme , on me garde ma place.

MAD. 8ABATIER.

Comment! vous ici , Mad. Giroux?

MAD. GIROUX

Prête à vous servir, madame, si j'en e'tais capable : madame est-elle contente de la rampe en fer que mon mari a eu l'honneur de poser à son escalier? Il vous a fait attendre... mais nous sommes si occupes !

MAD. SABATIEB.

Ce qui ne vous empêche pas de passer Ici votre matine'e.

MAD. GIROUX

Je n'aurais pas voulu pour tout au monde manquer la séance... Je n'en manque jamais une... Aussi, dès ce matin , j'ai dit à mon homme que j'allais passer la journe'e chez ma cousine, qui demeure à la montagne Sainte-Geneviève.

Et vous n'y êtes pas allée...

MAD. GIROUX

C'était un pre'texte pour venir ici... Il faut bien que les femmes aient un peu de bon temps.... J'ai laissé à la maison mon mari , qui enrage de ne pouvoir venir. Ce sera si intéressant !

MAD. SABATIER

Vraiment ?

MAD. GIROUX

Nous avons d'abord une affaire de fausses clefs... Ce ne sera pas grand'chose...

MAD. SABATIER

Ensuite ?

MAD. GIROUX

Une cause d'outrage à la pudeur.

MAD. SABATIER

Ah ! mon Dieu î je suis bien fâchée d'avoir amené ma fille...

MAD. GIROUX

Cela se plaide à buis clos...

MAD. SABATIER , entre les dents.

Quel dommage !

MAD. GIROUX

C'est ce que je dis : les détails ne sont que pour le tribunal... Les magistrats sont toujours favorisés... Enfin nous aurons l'affaire de M. de Germeuil, un voleur de bon genre, qui habite la Cliaussée-d'Antin.

MAD. SABATIEB.

Vraiment ?

MAD. GIROUX

Oui... il pai ait même qu'il n est pas le seul dans ce quartierlà ; mais c'est le })rcmier que l'on prenne : il y a commencement à tout.

MAD. 8AUATIER, cherchant à 8e rappeler.

Gerineuil ! n'est-ce pas ce jeune homme qui volait lete' dernier dans les maisons de campajjne ?

MAD. GIROL'X

Précisément! un particulier très-connu...

MAD. SAKATIEB.

Qui est , dit-on , très-riche.

MAD. GIROL'X

Il trouvait peut-être qu'il ne l'était pas encore assez.

MAD. SARATIER.

Et nous qui l'avons rencontre' l'e'te' dernier au hal de Saint- Mande'.

Air : j4h! si madapic me voyait.

Ah ! comme l'on est exposé !

Avec lui lu dansas , ma fille; Il te trouvait môme g:entille, Car avec lui moi j'ai causé , Moi-même avec lui j'ai causé.

MAD. GIROOX.

Il vous a pris quelque chose peut-être r'

MAD. SABATlJCn.

Non... mais , par l'onibre lavorisé ,

Il pouvait... Ah ! dans un hal champêtre ,

Voyez comme on est exposé!

Ah! comme l'on <'Sl expose!.

MAD. GIROLX.

Toute la Chaussée-d'Antin y sera... et vous verrez quel coupd'œil... C'est une affaire à toques et à marahouts... presque pas de bonnets ronds.

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