PLUSIEURS VOIX
Avancez.
d'autres voix.
Vous poussez.
Finissez...
Ab ! que vous nous pressez...
TOUS
Avançons Et poussons , Et nous arriverons.
( Plusieurs dames viennent se mettre encore à la queue et montent avec la foule , ce qui complète le tableau ; tout le monde entre: il ne reste en scène que Luceval. )
&tèttC 7.
LUCEVAL, seul.
Enfin , ils sont entres... ils ont obtenu le prix de trois heures d'attente... Homme du monde , et homme du peuple , riches et gueux , gens oisifs et gens qui ne devraient pas l'être , confondus pêle-mêle, se coudoyant, en habits noirs ou en veste , vont maintenant se disputer les meilleures places.... {Avec ironie.) Il est en effet si doux d'observer l'abattement de l'accuse' , la pâleur de son visage... '^Changeant de ton.) Ce qui me re'volte le plus , c'est de voir des femmes... assister à de pareilles scènes, à ce spectacle douloureux... Ce n'est point à de telles fêtes que je rencontre celle que j'aime... Mad. de Mercourt sait mieux employer son temps... elle connaît trop bien le rôle qui convient à son sexe !... Modeste , timide , réservée , fidée d'un tribunal lui fait peur ; et ce n'est qu'en tremblant qu'elle passe à côté du Palais de Justice... {Se retournant , et vorjant Mad. de Mercourt qui entre par le fond , à gauche.) kh.\ mon Dieu! qu'ai -je vu!... moi qui la croyais loin de Paris... Comment se fait-il?... il faut que quelque procès aithâté son retour... et ne pas m'en avoir parlé.
LUCEVAL , Mad. DE MERCOURT.
MAIL DE MEHCOURT.
Ahî VOUS voila , monsieur... Aussitôt mon arrivée, j'avais envoyé chez vous.
Archives de la Ville de Bi ixelles
(ao )
LUGE VAL
Il serait possible !
MAD. DB MEBCOVRT.
Vous dtiez sorti; et je suis bien aise de vous rencontrer... N'est-ce pas ce matin que se jujje l'affaire de M. Germeuil? LtCEVAL , à part , avec beaucoup d'élonncment.
Comment!... elle aussi! ( Haut.) Oui, madame, c'est ce matin... (D'un air piqué. ) Est-ce là ce qui vous amène?
MAD. DE MERCOURT
J'ëtais en voyage , quand j'ai appris les détails de celte affaire, qui m'intéresse plus que je ne peux dire.
LUCEVAL
Vous n'êtes pas la seule! toutes les dames de ma connaissance...
MAD. DE MERCOURT
Elles ont bien raison... moi plus que toute autre. {En confidence.) Nous sommes au de'sespoir.... Un jeune homme de vingt-deux ans, d'une grande fortune et d'une famille... ( A demi-voix, ) S'il faut vous le dire , qui est alliée à la mienne.
LUCEVAL
0 ciel ! et vous no m'en parliez pas!
MAD. DE MERCOURT
Ah ! c'est à vous surtout que j'aurais voulu le cacher.
LUCEVAL
Quoi ! vous pourriez croire...
MAD. DE MERCOURT, vivemcnt.
Il est innocent... je vous le jure... J'en ai la preuve, et cependant tout me fiiit craindre qu'il ne soit condam né.
LUCEVAL
Ce n'est pas possible \
MAD. DB MERCOURT
Ah! vous ignorez combien sa position est bizarre... Je puis tout vous confier... Je connais votre discrétion , et j'ai tant besoin de vos conseils.
LUCEVAL
Parlez, de grâce!...
MAD. DE MERCOURT, après avoif regardé ai personne ne l'écoute.
Une jeune dame que ses parens croyaient aux eaux de Néris, habitait depuis quelque temps une campagne où elle vivait très-retirée, ne voyant personne, et laissant ignorer jusqu'à son nom.
LUCEVAL
Elle avait probablement pour cela des raisons...
MAD. DE MERCOURT
Peut-être.
LUCEVAL
Je ne cherche point a les connaître... Continuez, je vous prie.
MAD. DE MERCOURT
Un matin elle est obligée de quitter cette maison qu'elle
avait lonee , et de revenir en toute hâte k Paris... Je ne vous dirai point le motif de ce brusque départ.... Mais le soir même on entend du bruit dans la chambre qu'elle avait quittée.... on y monte.... on trouve un jeune homme qui avait péne'tré dans l'appartement en brisant un carreau de la croise'e... On l'arrête ; c'était M. Germeuil... On l'interroge... il balbutie... On le presse de questions , il ne répond pas : on l'accuse de vol, son silence semble un aveu. D'un mot il pourrait se justifier...' Il ne le veut pas.
LUCEVAL
Et comment savez-vous tous ces détails ?
MAD. DE MERCOURT
Par une personne que je connaissais à peine... que je suis loin d'excuser... mais que je ne puis m'empêcher de plaindre.. Elle est venue ce n atin se jeter dans mes bras ; elle m'a tout avoué... Ils s'aimaient depuis long-temps.:. Un hymen odieux les a séparés... Elle a un nom , une famille respectable , et si elle doit elle-même proclamer son déshonneur, elle est décidée à mourir.
LUCEVAL
Grand Dieu !
MAD. DE MERCOURT
D'un autre côté doit -on laisser condamner ce pauvre Germeuil ?
LUCEVAL
Quel est son avocat?
MAD. DE MERCOURT
Il n'en a pas ; il a refusé de le choisir... Sa famille est désolée... elle offre dix mille francs au défenseur qui tentera de le sauver.... Mais comment y parvenir sans compromettre {Avec embarras.) celle qu'il aime ?
LL'CEVAL
Oui, je comprends , c'est délicat... mais, à tout hasard , je crois qu'il fauclraitque cette dame déclarât la vérité dans un billet confidentiel... on ne ferait usage de cet écrit qu'à la dernière extrémité.
MAD. DE MERCOURT
J'aimerais mieux qu'on n'eût pas besoin de ce moyen-là... Il faudrait qu'on pût trouver un avocat dont la seule éloquence...
LUCEVAL
Je comprends... mais c'est bien difficile... tandis que de l'autre manière...
MAD. DE MERCOURT
Enfin, monsieur, vous qui avez l'habitude de ces lieux... tâchez de me trouver le défenseur qu'il nous faudrait... nous n'avons pas un instant à perdre...
LUCEVAL
Que ne suis-jc inscrit sur le tableau!... que ne puis-je
pliiider I jo ne laisserais pas b d'autres le soin de le défendre... Mais, soyez tranquille... je connais toutes les notabilitc^s du barreau...
MAD. DE MERCOURT
Je compte sur vous.
LIJCEVAL.
Ain de Léonido.
A l'espoir, an bonheur, Je seas s'ouvrir mon arae , A l'espoir qui m'enflammo , Je sons l)allre mon cœur.
MAD. DK VIF.RCOURT.
Je vais , à l'amitié Bdèle , La trouver- elle n'est pas loin...
El, s'il le faut, exiçer d'elle L'écrit dont vous aviz besoin...
Vous, cherchez parmi vos confrères...
LUCEVAL
Ah! trop heureux de vous servir!
MAI). DE MERCOURT
Ft si vous pouvez réussir, Je me charge des honoraires.