ACTE III, SCÈNE VI. SI
ANTOMN.
Enfin* elle entre avec moi dans des détails d’iltie fDtilité... Jo roii$:irais, moi, iin homme ^rave, d'en faire la confession à tout autre qu'à la meilleure àmle de ma femme.
HEMRIÊTTE.
Parlez, monsieur, parlez donc!... tout ce que vous dites m'intéresse au dernier point.
AMTOVI>.
Eh bien! je conçois que la (oilelle soit pour une dame chose très-sérieuse et de pretiiiére nécessité... .Mais pour nous auties...
IIIMUETTE.
I.a foilelfe! {Dh ce momrvt, elh- paraît frappée d*un souvenir, et elle écoule avec beaucoup d'alleniion.)
A.NTOMN.
Am du Partage de la richesse.
C'est Anaïs qui préside à la mienne.
Que par .<-cs soins on admire à l’ariiÿ.
Je n y liens pas ... mais j'aime qu'elle y tienne,
Car c'est toujours flatteur pour les maris !
De mon tailleur dirigeant la méthode,
Elle m’habille avec succès.
Et me choisit, pour me mettre à la mode.
Mes cravates et...
UKNIUETTE.
' Vos gilets?
ANTOMN.
Vous l’avez dit, oui, surtout mes gilets.
[Souriant avec béatitude.) Je vois, madame , qu’Albert vous en a parlé... il savait cela de longue date.
HENRIETTE , qui s'est levée avec la plu.<i grande émotion, et se parlant
à elle-même.
O mon Dieu! quelle étrange pensée!... Anaïs... (Elle ne cesse plus de regarder la redingote. d'Antonin. Le gilet est invisible.)
ANTONiN, qui s’est levé aussi, et salue.
Je vous réitère, madame, tous mes remerciements poür la recrudescence de mon bonheur conjugal. Elle est, je n'en doute pas, votre ouvrage. C’est l'avis de ma femme; et Sans les fatigues de ce bal...
HENRIETTE
Ce bal!... Ah! M“* de Mareuilles a été au balî...
ANTOMN.
Vous le savez bien... votre nevei' a bien voulu lui servir de cavalier pendant que je me rendu. h chez le ministre.
HENRIETTE, vivcment.
. En effet, mon neveu... à quoi pt>nsé-je?
A la place de son oncle, qui me manquait de parole...
LA DAME AUX TROIS COULEURS
HENRIETTE, s’ c/forponi de sourire.
Oui, mon mari, je me souviens, je me souviens parfaitement...
ANTONIN
Et comme on a dansé jusqu'à près de sept heures du matin...
HENRIETTE
Sept heures.
ANTONIN
Vous comprenez que cette pauvre Anaïs...
HENRIETTE
Je comprends... (^4 port.) Oh ! je veux tout savoir, je le veux!
ANTONIN
Je craindrais, madame, de devenir importun... J’ai l’honneur...
HENRIETTE, revenant vivement à lui, et prenant l'air le plus câlin
et le plus aimable, tout en fixant de nouveau ses regards sur la
redingote d'Antonin.
Oh !... déjà !
ANTONIN, à lui-même.
Elle a dit: déjà!
■ HENRIETTE
Doit-on, monsieur, se séparer si vite de ses amis, quand on les quitte pour jamais?
' ANTONIN
Madame... {A lui-même.) Elle me retient!... et de quel œil elle me regarde!... encore!... toujours!... Je me suis peut-être trop pressé de demander mon ambassade.
HENRIETTE, haut.
Mon Dieu, monsieur le baron, vous allez trouver que je vous fais des questions bien futiles..., vous, un homme grave!... mais, nous aiitn^s femmes..., le nom de votre tailleur? (Elle essaye toujours de voir le gilet.)
ANTONIN
Lequel? je viens d’en changer. J’avais Hiiman, j’ai pris Dusaiitoy..., c’est-à-dire, c’est ma femme qui a pris..., vous savez, ça ne me regarde plus.
HENRIETTE
Il vous habille à ravir.
ANTONIN, se pavanant un peu, tout en fuyant les regards d’Henriette, qui cherchent le gilet.
Vous trouvez? (Il boutonne à moitié son paletot par-dessus sa redingote, pour faire remarquer sa taille.) Je ne suis pas fâché de lui faire voir mes avantages.
HENRIETTE, à part.
Allons, bon! ne dirait-on pas qu’il le fait exprès! (En se retournant, elle voit l’aumôniére qu'e le a laissée la veille sur la console, et dit vivement à Antonin.) monsieur le baron, je vous ai réservé... (Elle lui offre un billet.)