SCÈNE III
LA COMTESSE, LA BARONNE, sortant du pavillon.
LA BARONNE
Il paraît, chère sœur, aimable Céliméne, comme on t’appelle, que lu as, parmi tes conquêtes, des gens de tout âge?
LA COMTESSE
El de tout pays. Ceux-là sont tous français... Si tu voyais ma collection d’anglais, d’allemands, d’italiens I... Je n’ai pa
ACTii: I. :
me (>rocurer que deux persans et un chinois... Ils sont fort rares.
LA BARONNE
Mais, à vrai dire, jo ne comprends pas quel plaisir lu peux trouver à subjuguer ainsi les cœurs ?
LA COMTESSE
Plaisir de représailles d’abord.
LA BARONNE
De représailles ?
LA COMTESSE
J’ai eu tant à me plaindre de défunt mon mari, de ses inlhtélités, de son despotisme, que je me venge suc l’espècù des torts de l’individu.
LA BARONNE
Mais c'est injuste !
LA COMTESSE
Non, l'espèce vaut si peu I
LA BARONNE
Il y 9 . cependant des hommes qui ont du mérite, de la probité.
LA COMTESSE
En amour ?... pas un !
LA BARONNE
Mais enQn, la main sur la conscience, n’y auraiL-il pas. dans t«n fait un peu de vanité?
Là COMTESSE.
Entre nous, j’en conviens I (Elle sourit.)
x>va.
LA COMTESSE
Oui, c’est le plus grand des bonheurs Que de régner sur mille cœurs.
‘ LA BARONNE
Moi, je voudrais n’avoir, ma chère.
Qu'un seul sujet.
LA COMTESSE
Que dis- tu lu ?
C’est peu glorieux que cela.
LA BARONNE
Entln, c’est plus sur!
LA COMTESSE
Au coutrairc. '
Si cet unique adorateur ,
Un certain jour, vous abandonne.
Il ne vous reste plus personne.
Et vous perdez votre couronne.
Eu perdant votre serviteur.
^4 LA CÜÜU DE CÉLIMENE.
LA BARONNE
Mais gouveruer un grand empire C’est fatiguant !
LA COMTI-SSE.
C’est égayant !
LA BARONNE
Avoir tant de cœurs à conduire C’est imprudent !
LA COMTESSE, c’est amusant !
ENSEMBLE
LA COMTESSE
Graves censeurs.
Vos humeurs,
Vos rigueurs,
▼os fureurs,
Sont, d’honneur :
Sans valeur Sur mon cœur.
Nouvel amour.
Chaque jour,
A son tour.
Quel plaisir D’éblouir ,
De ravir Sans retour.
Quoi qu’on en dise.
Et qu’on médise, j’ai pour devise :
Charmer les cœurs.
Graves censeurs, etc. .
LA BARONNE
Ah! c’est, d’honneur!
Une erreur De ton cœur.
Fuis, ma sœur.
Des censeurs Les rigueurs.
Les fureurs.
Par un retour De l’amour.
Crains unjour De gémir.
De languir,
De souffrir A ton tour.
Quoi qu’on en dise.
Dans ma franchise, J’ai pour devise :
La paix des cœurs.
Graves censeurs, etc.
LA COMTESSE
J’ai parmi mes sujets nombreux.
Des hommes de tout caractère ;
J’en ai dont l’esprit est joyeux;
LA BARONNE
D’autres dont l’esprit est sévère.
LA COMTESSE
Celui-ci, candide et loyal.
Sûr de moi, jamais ne soupçonne.
LA BARONNE
Celui-là, jaloux, t’espionne Et veut SC venger d’un rival.
LA COMTESSE
L’un a le cœur plein de tendresse.
ACÏIi I.
LA BARONNE
Un autre l’a plein de rudesse.
LA COMTESSE
L’un gaiment parle tout le jour.
LA BARONNE
Tel autre est sombre et taciturne.
LA COMTESSE
J’en ai de vieux comme Saturne,
LA BARONNE
Et de jeunes comme l’amour.
REPRISE ENSEMBLE