‹ La cour de Celimene operacomique en deux actes paroles de M. RosierChapitre 81 sur 110 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

' AMTONIN.

« Allez, monsieur, allez sur-le-cbamp... » Ce sont les paroles d’Anaïs....» et que mes préventions injustes, sans doute...» Tu vois, elle a dit injustes, ce qui prouverait assez que j’exagérais tout à l’heure, et que sa haine pour toi n’est pas irréconciliable.

ALBERT, regard<mt le gilet.

Je l’espère... Continue. «

ANTONIN

J’y suis : < Que mes préventions injustes, sans doute, ne « soient pas pour vous un motif de brouille avec un ami qui «vous est si cher; à la veille peut-être de partir... »

ALBERT

Vous partez?

C’est-à-dire, je voudrais partir... Tu sais, ma grande affaire, l’ambassade de Suède que je sollicite avec fureur... Mais revenons aux paroles de ma femme : A la veille de partir, vous de- • vez une visite à M. de Lespar ; dites-lui de ces phrases polies, « affectueuses, que vous savez trouver mieux que personne, «monsieur le baron; dites-lui surtout... dites-lui bien qu’on « n’apprécie jamais autant ses amis qu’à l’instant de se séparer « d’eux, et qu’en quittant la France, c’est lui seul que vous re- « grelterez... » .

ALBERT, transporté de joie.

Moi seul !

ANTONIN

Air (lu Charlatanisme, d Allez donc, ce serait fort mal « De vous faire longtemps attendre,..

« Surtout, pour me conduire au bal,

« A l’instant revenez me prendre. »

ALBERT, parlant au milieu du couplet.

Au bal !... elle va au bal !

ANTONIN, continuant l'air.

Voilà ce qu’elle a dit, je crois.

Paragraphe par paragraphe...

ALBERT, à lui-méme, en regardant le gilet.

Pauvre Antonin I comme autrefois A son épouse, je le vois, il sert encor de télégraphe !

Il est toujours son télégraphe !

Tu ris ?... A la bonne heure !... ma visite t’a fait plaisir.

ALBERT

Ah! je t'en réponds. Mais, dis-moi, ce bal où tu conduis ce soir de Mareuilles...

LA DAME AtX JROIS COULEURS.

ANTONIN

Ce bal!,., écoute, mon très-bon, c’est quelquefois un incon vénient d’être trop adoré de sa femme...

ALBERT

Comment?...

La mienne, depuis un certain temps, ne peut plus se passer de moi... En principe, j’en suis flatté; mais, par occasion, cela me désole... Ce soir, je la conduis au bal, comme tu dis, ou plutôt, elle m’y entraîne, quand j'avais une audience du ministre, audience décisive, pour ma grande affaire... et je la manquerai... à moins que... {S'écriant tout à coup en se frappant le front.) Ah! mon Dieu !...

ALBERT

Qu’as-tu donc?

A.NTONIN.

J’ai une idée !

ALBERT

Bah ! laquelle ?

ANTOISIN.

Elle est forte!,., elle est audacieuse, et j’en suis effrayé moimême... mais c’est égai, je me risque.

ALBERT

Que vas-tu faire ?

ANTOMN.

Rien!... {Déclamant.)

« Pour être approuvés,

< De semblables desseins veulent être achevés.

Sans adieu, mon excellent.

ALBERT

Mais, mon ami...

■ ANTONIN

Tu verras... je te laisse la surprise... {A part.) Elle me sourit, mon idée. J’irais chez le ministre, et je réconcilierais ma femme avec monami... deux bonheurs à la foi'... eUeme sourit!... {Haut et en riant d'un air de grande satisfaction.) Au revoir, mon meilleur, au revoir. {Il sort.)

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