‹ La cour de Celimene operacomique en deux actes paroles de M. RosierChapitre 86 sur 110 · SCÈNE vm · texte numérisé non relu

SCÈNE vm

ALBERT, HENRIETTE et, plus tard, cnc feume de chambre.

ALBERT

Ma toilette !... je n’en change pas comme lui à tous les instants de la journée... {S'ajustant devant une glace.) Je suis fort bien ainsi... Mes gants... {Il va les prendre sur un guéridon.) Les voilà 1 {Cherchant d'un autre côté.) Et mon chapeau... HENRIETTE, elle est entrée par la droite avec quelques fleurs de plus

dans ses cheveux; elle prend sur un guéridon qui se trouve près

d’elle le chapeau de son mari et le lui offre.

Le voici.

ALBERT

Henriette 1... Ah! vous aussi, madame, vous partez?...

HENRIETTE

Non, monsieur... pendant que je m’y préparais, j’en ai perdu le courage... Tout à l’heure, mon ami, j’ai été avec vous exigeante et colère... je regrette ce qui s’est passé, je me repens et je m’accuse...

ALBERT

Vous, Henriette ! y pensez-vous ?

HENRIETTE

Suivez, Albert, suivez l’ambition qui vous appelle... je renonce à combattre des adversaires si redoutables... Je sens trop que je serai toujours la plus faible; j’aime mieux céder de bonne grâce, en souriant... si je le puis encore... Allez, mon ami ! Allez, et tâchez de rendre le pays bien heureux... car, moi... je crains bien d’avoir perdu tout mon bonheur.

ALBERT, à lui-même.

Des larmes!... tant de douceur et de résignation, tandis que sa rivale... en vérité, il y aurait conscience à moi de la tromper davantage !

HENRIETTE

Que dites-vous?

ALBERT

Je dis... je disque décidément... Eh bien! oui, décidément, Henriette, je passe la soirée avec vous, avec toi.

HENRIETTE

Avec moi!... et tu renoncerais à 1a politique?

LA DAilE AUX TROIS- COULEURS.

ALBEHT.

J’y renonce.

HENRIETTE

Pour toujours?

ALBERT

Pour toujours,

HENRIETTE

Prends garde... ne le fais pas si lu dois avoir des regrets.

ALBERT

Henriette, je reste.

HENRIETTE

Non, va plutôt à cette réunion si elle est nécessaire à ton bonheur.

ALBERT

Je reste, te dis-je.

HENRIETTE

Ob ! merci, merci!

ALBERT

Seulement, il faut que je dégage ma parole.

I1E^RIETTE.

Je m’en charge... n’est-ce pas surtout avec M. de Mareuilles que tu es engagé ?

ALBERT, souriant.

En effet, c'est à lui... à lui seul que j’ai promis...

HENRIETTE

Eh bien! je dois une visite à sa femme; je vais la prier de t'excuser auprès de son mari.

ALBERT, effrayé.

Non, non, je t’en prie, ne la vois pas!... ne la vois pas!

HENRIETTE

Pourquoi donc ?... ah ! c'est juste, cette soirée est à nous deux, rien qu’à nous deux... un mot suffira, et je vais l'écrire.

ALBERT

Mais...

HENRIETTE

Oh ! cette fois, je ne t’écoute pas. (Elle se met à table et répète tout haut ce qu'elle écrit.) a Chère madame... » (S'interrompant.) C’est la partie otficielle de nia lettre, celle qu elle doit montrer à son mari. « Veuillez être assez bonne pour prier inon- « sieur le baron de Mareuilles de faire agréer les excuses de a monsieur de I.espar à ses amis politiques... Malgré tout son (( désir, il lui est impossible de se rendre à la réunion projetée, « et d’accepter la candidature qui lui est offerte... » (Mouvement d'Albert, ijiaperçu d'Henriette, qui poursuit.)^ Post-scriptum : «Partage mon bonheur, ma chère Ana'is; Albert voulait partir, « mon amour seul le retient! — Ton amie bien heureuse et O bien affectionnée, Henriette. »

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