La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther
Innocent III, durant un pontificat de dix-huit années, avait apporté en toutes choses un tel esprit de domination et déployé de si constantes rigueurs, que, lorsqu'il mourut à Pérouse le IG juillet 1216, sa mort, au dire des contemporains, causa parmi les peuples plus de joie que de regret K Deux jours après qu'il avait expiré, le 18 juillet, les membres du sacré collège réunis à Pérouse désignaient pour lui succéder le cardinal Censius, noble romain do la maison des Savelli. Le nouveau pape prit le nom d'Honorius III. Appelé, dès le temps de Clément III, aux fonctions de camérier de l'Eglise romaine et préposé en cette qualité à l'administration des
i. (( Finis ejus, quia in multis negoliis rigorem nimium quam maxime attendere videbalur, hetitiam potiiis quam tristitiam generavit subjectis. » Gaill. armor. anno 1216 (Pàgord et Guili. Le Breton, éd. Delaborde, t. I, p. 309).
revenus apostoliques, il avait rédige en 1192 ce Livre des cens, si précieux pour l'histoire de la cour de Rome, et oh se trouvaient éiiuinérécs toutes les églises, abbayes, villes, seigneuries et royaumes qui étaient à cotte époque tributaires du saint-siège ^ En 1198, Innocent III, comme tuteur de Frédéric, roi de Sicile, élevé depuis à l'Empire sous le nom de Frédéric II, lui avait confié l'éducation du jeune roi, éducation que, selon toute apparence, il conduisit jusqu'à la majorité de ce prince ^ Déjà fléchissant sous le poids de l'âge ^ disposé par caractère à la modération et d'un esprit facile à circonvenir, il différait en tout de son prédécesseur; et, si l'on excepte les sévérités auxquelles il se laissa entraîner contre les liérétiques, on peut dire que son pontificat fut aussi pacifique que celui d'Innocent III avait été le plus souvent violent et dominateur. Néanmoins les luttes qui, sous Innocent, avaient mis le saint-siège aux prises avec les souverains séculiers n'étaient qu'interrompues, et l'on allait assister bientôt à de nouveaux conflits d'où la papauté, bien que victorieuse encore, devait sortir en réalité abaissée et amoindrie. Un mois après son élection, Honorius avait quitté Pérouse pour aller à Rome s'établir au palais de Latran ^. Un de ses premiers actes fut d'intervenir dans les troubles qui agitaient l'Angleterre. Le fils de Philippe Auguste, Louis, qui, sur l'appel des barons anglais révoltés contre Jean sans Terre, avait conduit une armée dans ce royaume pour s'emparer de la couronne, et qui, malgré l'excommunication dont l'avait frappé Innocent, n'avait pas laissé de poursuivre ses desseins, s'était alors rendu maître d'une partie du pays '. Se conformant aux
1. P. Fabre, Le livre des cens de l'Église romaine, 1892, Thorin.
2. Dans un acte de septembre 1219, adressé à Ilonorius, Frédéric s'exprime en ces termes : « Reverendissime pater, protector et benefactor noster, .. per cujus beneficium, operam et tutelam aliti sumus, protecti pariter et promoti. » Tlieiner, Cod. dom. temp. t. I, p. 51.
3. Il était né, paraît-il, vers 1130. Voy. Pressuti, Reg. Honor. 111, Introd,, Romse, 1888.