‹ La cour de Rome et l'esprit de réforme avant Luther (volume 2)Chapitre 173 sur 416 · février I28.J. Raynald. eod. anno, n · texte numérisé non relu

février I28.J. Raynald. eod. anno, n

2. Sur la vie antérieure de Jacques Savelli, voir les Registres d'Honorius IV, éd. Maurice Prou, Introd. p. xv et ss. 1886, Tiioriu.

3. Fr. Pipini Chron. 1. IV, c. 22. — Ptol. Luc. Hist. eccles. 1. XXIV, C. 13.

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tralrement aux prévisions, Honorius, qui, dans un corps malade, cachait une âme vigoureuse, occupa deux ans la chaire de saint Pierre. Il alla se faire sacrer à Rome le 20 mai 1285. Avant qu'il fût sacré, les Romains lui avaient déféré la dignité sénatoriale, dont, à ce moment, son frère, Pandolfe Savelli, exerçait les fonctions. Le pontife le confirma dans cette charge, et l'on vit ainsi, comme sous Nicolas III, deux frères, l'un et l'autre à des titres différents, gouverner la cité^ Bien que d'origine romaine, Honorius était d'une famille dévouée à Charles d'Anjou. Ce même Pandolfe Savelli et un autre frère du pape, du nom de Jean, avaient combattu à ïagliaccozo sous les étendards de ce prince. Fidèle à ces traditions, Honorius embrassa les vues de son prédécesseur et s'attacha à les faire triompher.

Il n'eut pas besoin d'en presser l'exécution. Dans le temps même qu'il quittait Pérouse pour aller à Rome, Philippe le Hardi, qui avait rassemblé à Narbonne une armée considérable 2, pénétrait en Roussillon; el, au commencement de juin, après avoir franchi non sans peine les Pyrénées, il descendait en Catalogne. Le cardinal Cholet l'accompagnait à titre de légat. Pierre d'Aragon, qui était revenu en hâte de Pîle de Sicile pour défendre ses Etats, interdit, sous peine de mort, de recevoir ou de publier aucune proclamation du délégué pontifical ^= Mais la conduite des Français, plus que ces sévérités, contribua à lui assurer la fidélité des populations. A en croire les chroniqueurs, le pillage, l'incendie, le viol, le sang répandu jusque dans les églises signalèrent les débuts d'une expédition entreprise, au nom du saint-siège, par un souverain qui portait l'emblème sacré de la religion. Il est vrai qu'à l'armée régulière s'étaient joints une foule d'aventuriers

1. Grej^orovius, Storia di Roma, t. V, p. 571-573, Cf. Potthast, Reg. pontif. no 22226 (5 avril 1283).

2. Trois cent mille ho.nmes d'après les évaluations, certainement exagérées, des narrateurs catalans ; cent mille d'après les chiffres les plus modérés.

3. Registres delà chancellerie royale d'Aragon. (Communication de M. P. Bonnassieux.)

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accourus do tous les points de la France, même d'Angleterre, d'Allemagne et d'Italie. La ville de Girone, qui était le boulevard de l'Aragon et vers laquelle Philippe s'était porté d'abord, capitula après deux mois et demi de siège. Ce devait être le terme des succès du roi de France et celui de l'expédition. Pendant que Philippe assiégeait Girone, des fièvres putrides décimèrent son armée dont il fallut bientôt ramener les débris vers la France, où ce prince, atteint du même mal, mourut dans les premiers jours d'octobre '. Pierre d'Aragon, succombant à son tour aux suites d'une blessure qu'il avait reçue en combattant, ne survécut qu'un mois au roi de France -. Il eut du moins la satisfaction de voir ses Etats délivrés de l'invasion. Il expira sans avoir voulu céder aux injonctions du saint-siège, et laissant par testament à son fils aîné, Alfonse, l'Aragon et à son second fils, Jacques, la Sicile ^

Par une fatalité singulière, la même année vit ainsi disparaître, avec Martin IV, les trois princes destinés à jouer le principal rôle dans la double croisade qu'il avait ordonnée. On eût pu croire que ces morts successives auraient amené une modification dans la politique du saint-siège. On pouvait d'autant mieux s'y attendre, qu'Honorius venait de publier, pour le royaume de Sicile, une constitution dont le but était d'adoucir le régime rigoureux qu'y avait fait peser Charles d'Anjou *, Mais là se borna sa prudence, comme sa longanimité. En vain Alfonse, le nouveau roi d'Aragon, pour préve-

1. Indépendamment des principaux chroniqueurs, tels que d'Esclot, Muntaner, Guili. de Nangis, etc., voir le récit que M. Lecoy de la Marche a fait de cette expédition dans la lie vue des questions historiques, année 1891, p. C2-127. Cf. celui de M. Langiois,dans l'ouvrage déjà cité sur Le règne de Philippe le Hardi, p. 134-166.

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