Schmidt, Hist. des Albig. t. I, p
3. Héfélé, Conc. t. VIII, p. 231-237. Ce synode se réunit au mois de novembre 1229.
ques, quels qu'ils fussent, une fois condamnés par l'Eglise, devaient être livrés au bras séculier, c'est-à-dire à la mort. Les individus convaincus de leur prêter refuge ou protection étaient de même frappés d'excommunication, notés d'infamie et déchus de tous droits dans la société temporelle. Quant à ceux qui, reconnus comme hérétiques, viendraient à se repentir, ils devaient être enfermés en une prison perpétuelle pour y faire pénitence. Quiconque soupçonné d'hérésie ne donnait pas des gages suffisants d'orthodoxie, était soumis à l'anathème et, au bout d'un an et un jour, faute de satisfaction, condamné comme hérétique. Les fils, non pas seulement des hérétiques, mais do leurs fauteurs, étaient déclarés incapables, jusqu'à la deuxième génération, de tout office ecclésiastique. Par une autre disposition, Grégoire défendait de recevoir l'appel des individus accusés d'hérésie, ce qui leur rendait presque impossibles les moyens de prouver leur innocence, et tout juge, avocat ou notaire, qui leur prêtait le secours de son ministère, était destitué de ses fonctions. La tombe même n'arrêtait pas les sévérités de l'Église. Depuis quelque temps,[rusage s'était introduit, à l'égard de ceux dont l'hérésie n'était découverte qu'après leur mort, de déterrer leurs restes, ce qui, à la vérité, se pratiquait déjà pour les individus morts dans les liens de l'excommunication. Grégoire alla plus loin; il décida que quiconque aurait enterré un hérétique dans un lieu consacré serait excommunié et ne pourrait recevoir l'absolution qu'après avoir exhumé le cadavre de ses propres mains et l'avoir jeté hors de la terre bénite^.
Telles étaient les lois inhumaines auxquelles cette papauté dégénérée avait alors recours pour sauvegarder la foi. Jus-
1. Cette bulle est tout entière dans Raynald. anno 1231, n»' 14, 15.
2. « Quicunque taies (haereticos) prœsumpserint ecclesiasticae tradere sepulturae... excommunicationis senteutise se noverint subjacere nec absolutionis beneficium mereantur nisi propriis manibus publiée extumulent... » Un autre article de ce décret défend, sous peine d'excommunication, à toute personne laïque de disputer en public ou en particulier sur la foi catholique (publiée vel privatim de fide ealholiea disputare).
qu'ici les évoques avaient seuls été chargés, chacun dans leurs diocèses, de rechercher les hérétiques. Innocent III n'avait fait exception à cette règle qu'au début de la guerre des Albigeois, et un canon du concile général de Latran avait rendu cette fonction aux évêques. Grégoire revint sur cette disposition. A partir de ce moment, tout l'oflice de l'inquisition fut confié aux moines dominicains ^ ou Frères prêcheurs, lesquels, au lieu de prêcher et de convertir les hérétiques, selon le principe de leur institut, eurent mission de les poursuivre et de les condamner pour les livrer ensuite aux tribunaux laïques. En même temps que, par le choix d'une milice dévouée, Grégoire imprimait à la recherche de l'hérésie une plus grande activité, il demandait aux pouvoirs séculiers de s'y associer par de nouvelles rigueurs. A son instigation, le sénateur de Rome, nommé Annibald, publia, au mois de février 1231, unédit par lequel, indépendamment de certaines dispositions relatives aux biens des hérétiques et de leurs fauteurs, il décidait que tous les hérétiques qui seraient trouvés à Rome seraient aussitôt incarcérés, et que, dans les huit jours qui suivraient leur condamnation par le clergé, ils subiraient la peine due à leur crime. Cet édit était déclaré perpétuel, et tout sénateur, qui, lors de son entrée en fonctions, ne jurerait pas de s'y conformer, était par cela seul destitué de son mandat^. Grégoire adressa, avec sa dernière bulle, une copie de cet édit à tous les évêques de la Lombardie et de la Toscane, pour qu'ils le fissent adopter par les magistrats de ces provinces; et, afin sans doute de mieux guider leur zèle, il y joignit le texte du décret que Frédéric avait rendu sous Ilonorius contre les hérétiques lombards et par lequel ce prince avait enjoint de les faire périr par le feu ^
1. Année 1232. Ripoll. Bullar. ord. fralr. prœdic. t. 1, p. 37.
2. Raynald. anno 1231, n°' 16, 17. D'après Gregorovius, Storia di Borna, t. V, p. 181, il y a lieu de croire que cet Annibald avait été nommé sénateur par Grégoire depuis le retour de celui-ci à Rome.
3. Reg. Greg. IX, ep. 639, mai 1231. — J. Havet, L'hérésie el le bras séculier au moyen âge, Bibl. de l'Ec. des chartes, année 1880, p. 603.
Invité à prendre pour le royaume de Sicile des mesures analopfues à celles qu'il avait prises pour la Haute Italie, Frédéric, par des raisons où la politique tenait plus de place que la piété, s'empressa de satisfaire aux désirs du ponlife. Au mois de septembre de cette année, il promulguait ces célèbres constitutions de Melfi,par lesquelles, faisant liardiment prévaloir les droits du souverain sur ceux do la noblesse et des villes et sur les privilèges mêmes du clergé, il établissait partout l'administration royale au-dessus et au détriment des régimes particuliers et opérait d'un seul coup, dans l'Italie méridionale, ce que les rois de France ne devaient réaliser que plus tard et par degrés dans leurs propres Etats ^. Par la première de ces constitutions, il déclara que l'hérésie, quelle qu'en fût la dénomination, serait considérée désormais comme crime public, et ordonna que tous ceux qui, reconnus coupables de ce crime, refuseraient d'abjurer leurs erreurs, seraient livrés aux flammes en présence du peuple ^Là ne se borna pas son apparente obéissance aux désirs du pape. Dans une diète qu'il tint au mois de février 1232 à Ravenne, et qui, en l'amenant dans le voisinage de la Haute-Italie, avait suffi pour que les Guelfes lombards se missent aussitôt en armes *, il rendit pour l'Allemagne un édit non moins rigoureux. Aux termes de cet édit, tous les hérétiques condamnés par l'Église devaient être punis de mort, et ceux que la crainte du supplice ramènerait à l'unité de la foi détenus en une prison perpétuelle. Enfin, par une lettre qu'à cette date il adressa à tous les prélats, princes et officiers de l'Empire, il déclara prendre sous sa protection spéciale les Frères prêcheurs, que le pape avait alors chargés de rechercher et de poursuivre les hérétiques en Allemagne, résolu, disait-il, à
1. Lettre de Frédéric au pape, février 1231, Hist. dipl. t. ÎII, p. 268.
2. "Voir, Ilist. dipl. t. IV, p. l-llS, le texte de ces constitutions.
3. « Ut vivi in conspectu populi comburantur flammarum commissi judicio. )) Hist. dipl. ibid. p. 7.