GÉLASE II, GALIXTE II
Les dernières paroles de Pascal expirant avaient été pour recommander aux cardinaux de se défier de la ruse et de la brutalité des Allemands *. Les événements devaient encore une fois justifier ces craintes. Le 24 janvier 1118, les cardinaux, s'étant réunis avec un certain nombre d'ecclésiastiques et de séculiers dans un couvent du Mont-Palatin, élisaient pape, sous le nom de Gélase II, le cardinal Jean de Gaèto, parvenu alors à un âge avancé, et qui, avant d*être attaché à l'Église romaine, avait été moine au Mont-Cassin. Il était l'un des seize cardinaux qui avaient partagé la captivité de Pascal, lorsque ce pontife, arraché de force de la basilique de Saint-Pierre, avait été emmené hors de Rome par Henri V. Il n'était pas destiné lui-même à de moindres épreuves. A peine avait-on procédé à l'élection, qu'un noble Romain, du nom de CencioFrangipani, et avec lui d'autres partisans de l'empereur pénètrent, l'épée nue à la main, dans l'église où elle venait d'avoir lieu et s'emparent de la personne du pape,
i. c ut caverent dolos in exécra tione Guibertinorum ac enormitatis Teutonicœ. »Petr. Pisan. in Vita PaschaUs, c. 26.
qu'ils entraînent meurtri et sanglant dans une tour voisine de Tare de Titus. Leur dessein était, selon toute apparence, de l'y garder prisonnier jusqu'à l'arrivée de Henri V, à qui ils avaient envoyé en hâte annoncer la mort de Pascal ^ Ils échouèrent dans leur projet. Émus de cet' acte de violence, des nobles de la faction contraire, le préfet mémo de la ville, qui, depuis le départ de Tempereur, inclinait vers la cause pontificale, et une partie du peuple courent aussitôt aux armes ; et Gélase, délivré par leur secours, est enfin conduit en triomphe au palais de Latran, où il prenait possession du saint-siège*.
Depuis un mois, Gélase résidait au palais de Latran et il n'avait pas encore été sacré, quand la nouvelle se répandit tout à coup dans Rome que l'empereur lui-même se trouvait aux portes de Saint-Pierre^. La situation était changée pour lui par la mort de Pascal. Il pouvait craindre que le nouveau pontife ne voulût pas ratifier la convention faite avec l'Empire par son prédécesseur, et c'était dans le dessein d'obtenir ou, au besoin, d'exiger cette ratification, qu'il accourait à Rome*. Au seul bruit de l'arrivée de Henri V, Gélase, qui redoutait le sort de Pascal, avait fui précipitamment vers le Tibre avec les cardinaux, et, se dérobant non sans difficulté à la poursuite des Allemands, s'embarquait la nuit sur des galères qui, en quelques jours, le portaient à Gaète '. Après d'inutiles tentatives pour persuader au pape de venir se faire sacrera Rome, l'empereur envoya lui signifier que, s'il obtenait de lui la ratification du privilège octroyé par Pascal
i. « Gonsules miserunt nuntios ad imperatorem qui tune in obsidione morabat Vérone. » ilnnaZ. Rom, (Pertz, ss. V, p. 478).
2. Pandulph. Aletr. in VitaGelasH, c. 5-7. Cf. Gregorovius, StoriadiRoma, t. IV, p. 433-437.