novembre
suivante S laissant derrière lui Louis VII qui, avant do regagner l'Europe, avait voulu célébrer la Pâques à Jérusalem. Lorsque ces malheurs furent connus en Occident, la déception qu'ils causèrent fut aussi profonde que les espérances avaient été vives. Â la tristesse qu'ils firent naître dans les esprits, se joignit chez quelques-uns une sorte de colère qui se tourna contre Bernard, comme si, par ses prédications qui avaient déterminé la croisade, il eût été l'auteur de ces désastres. Oubliant les services rendus par lui à la religion et à l'Église, oubliant ses vertus, on lui reprocha le sang chrétien inutilement versé *, et le pieux abbé se crut obligé d'exposer, dans un écrit, la justification de sa conduite ^. Le prestige du saintsiège, qui avait ordonné l'expédition, en fut lui-même atteint, et le zèle parut dès lors se refroidir pour ces entreprises lointaines qui avaient autrefois enflammé les* imaginations.
Durant le court séjour qu'Eugène avait fait en Allemagne, la nouvelle des premiers désastres de la croisade avait commencé de se répandre, et le pape avait surpris autour de lui des signes non équivoques de tristesse et de ressentiment. 11 avait retrouvé ces mêmes signes en France. Désireux de se soustraire à ces muettes récriminations *, il se disposa, après le concile de Reims, à quitter la France; et, bien que, contrairement à son attente, les Romains n'eussent pas sollicité sa présence, il retourna en Italie avec le dessein de rentrer à Rome et de prendre les mesures propres au rétablissement de son autorité. Arrivé en Lombardie, il écrivit au clergé de cette ville que tout ecclésiastique qui favoriserait Arnauld de Brescia serait destitué de ses fonctions et privé de ses bénéfices '. 11 traversa ensuite la Toscane, et,
1. Conrad, qui avait pris la mer le 8 septembre lii8 à Saint- Jean d*Acr6 pour gagner Gonstantinople, séjourna dans cette dernière ville du 25 décembre de la même année au 2 février il49.
2. Gaufrid. in Vita Bemardi c. 4, Migue, p. 308-310. Baron, anno 1149, n» 5.