‹ La course aux pommes d'or: comédie-vaudeville en un acteChapitre 8 sur 16 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Les MÊMES, GROSJEAN.

GROSJEAN. Mortelles... Aïe! c'était donc vrai !

CANDIDE. Comment! des oranges !

SÉRAPHIN. Sans doute... n'as-tu donc pas lu que ces fruits perdirent Alalante?...

GROSJEAN. Ce que c'est que de ne pas savoir assez lire!...

CANDIDE. Qu'importe! je veux en manger.

GROSJEAN. Elle ne sait pas ce qu'elle va faire... je sens déjà mes oreilles qui s'allongent !.. {Il sort en courant.)

SÉRAPHIN. Je t'en supplie, Candide, ne touche pas à cet arbre... pour l'amour de moi.

CANDIDE. L'amour de toi?... tu m'aimes donc?..

SÉRAPHIN. Je ne sais si c'est de l'amour, mais il me semble maintenant que je ne pourrai plus me séparer de toi... je crois que j'en mourrai...

CANDIDE. Mourir, toi !... oh ! je ne le quitterai plus.

SÉRAPHIN. Allons trouver mon père... nous lui demanderons qu'il nous laisse vivre tous les deux ensemble.

CANDIDE. Ma mèra ne voudra jamais,

SÉRAPHIN. Mais es tu donc sur terre pour rester ainsi que l'oiseau, enfermée dans une cage ?

CANDIDE. Mais songe donc que je suis la joie de ma mère, son espérance, sa vie... chaque jour que Dieu fait passer sur ma tête est un jour debonheur pour elle... lisant dans mes yeux mes désirs , avant qu'ils ne soient arrivés à mes. lèvres, trouvant un prétexte à mes caprices , tuant son bonheur pour augmenter le mien... depuis seize ans, voilà sa vie... crois-tu qu'il noserait pas cruel de venir lui dire... cette enfant, que vous avez élevée avec une avarice si prodigue, pour piix de tout votre amour , de toute votre tendresse... elle vous abandonne, ne vous laissant que lo regret que donne le souvenir.

SÉRAPHIN Oh! oui, je le coîiiprends... (A part.) Ce baiser dont parle le livre me revient sans cesse à la pensée.

cANDiDiî, à part. Comment lui demander?

SÉRAPHIN, à part. Je n'oserai jamais approcher mes lèvres de son front !

CANDIDE. Écoute, Séraphin, ne me refuse pas ; tu hésites ?

SÉRAPHIN. Non... mais accorde-moi...

CANDIDE. Oh! tout ce que tu voudras.

SÉRAPHIN. Un baiser.

CANDIDE. Deux si lu veux... en même temps, je cueillerai une de ces oranges. {Il l'embrasse^ et en même temps elle cueille une orange.) Séraphin !

SÉRAPHIN. Ce baiser a troublé mon âme... Candide...

CANDIDE. Que veux-tu ?

SÉRAPHIN. Regarde-moi.

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