‹ La courte vie de Balthazar Aldramin, vénitienChapitre 2 sur 2 · I.A COURTE VIE · texte numérisé non relu

I.A COURTE VIE

Une torche près de ^'éteindre r-rûlait encore au ras du sol, où elle a\ait été enfoncée, h^lle éclairait les troncs rou[;eatres : à lun d'eux une lorme nue était attachée. C'était Leonello. Un souffle de vent ranima la torche. C'était bien lui. Son corps blanc se détachait en lumière sur le fond d'ombre ; mais était-ce une illusion nocturne ou quelque prestige singulier? Ce corps était le corps dune femme ; et pourtant c'est bien Leonello. Il avait le visage détourné et je n'en voyais que la nuque et ses cheveux ras ; et pourtant, c'était bien Leonello. Je l'aurais reconnu à sa main, et la sienne se crispait, petite et fine, contre l'écorce.

Une femme ! Et je sentais sourdre et s'éveiller en moi une cruelle et soupçonneuse surprise. Une femme î... Mais, alors, ce déguisement, ce secret? Une femme !... Leonello était une femme ! Le coup de poignard, la blessure rouge, Aldramin...

La torche s'éteignit brusquement. Le bâillon me serrait la bouche, mais les pensées s'agitaient en moi. Elles y naissaient confuses et incertaines et s'éclaircissaient peu à peu. La vérité m'apparaissait et il me semblait qu'Aldramin me contait ce que je vous ai répété.

Au matin, un bûcheron qui passait par là me délivra et coupa mes liens. Je m'étais évanoui de fatigue et de douleur. Quand je revins à moi, j'étais couché sur le sol. Je me souvenais. Mon regard alla à l'arbre où j'avais vu liée celle que je croyais être Leonello. La

DE BAl.THAZAR AI DRAMIN

place 6ii\\i vide. Sans doute, rinconnue avait pu parvenir ù se déf;a[;er et à s'enfuir. .le nTapprocliai du tronc. La corde, à un endroit, avait usé Técorcc. Je la ramassai à terre, rompue. Le hucheron la mit dans son sac, pour s'en servir à nouer ses fagots, et nous marchâmes silencieux jusqu'à sa huile ; il nie donna des habits grossiers sous lesquels je regagnai Venise, où j'arrivai sans encombre. Les cloches de San Slefano sonnaient dans Tair empourpré; la vieille façade du palais Aldramin mirait dans l'eau du canal ses disques de marbre sanguin.

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