‹ La cousine Albert, ou, La maîtresse dans la maisonChapitre 2 sur 27 · MADAME ALBERT , SUZON · texte numérisé non relu

MADAME ALBERT , SUZON

SuzoN {entrant la première ).

Mon Dieu , pas tant de bruit , un peu de patience.

Madame Albert.

Comment donc, me re'pondre avec cette iaipudence!

SuzoN.

Quel mal ai-je commis pour vous fâcher si fort?

Madame Albert.

Ah I quel mal ? vous verrez qu'elle n'aura pas tort.

SuzON.

Expliquez-vous du moins.

Madame Albert.

Taisez-vous, insolente.

SuzoN.

Vous voulez qu'à Paris une pauvre servante Ne prenne de repos ni le jour ni la nuit j Si c'est là votre mode et comme on s'y conduit. Je ne saurais pour moi tenir àce ménage , Et j'aime cent fois mieux retourner au village.

Madame Albert.

Oui dà, vous supposez pouvoir en liberté' Demeurer ou sortira votre volonté?

Mais ce n'est pas , ma mie , ainsi qu'on se comporte , Quand je l'ordoiiiierai vous passerez la porte -y Est-ce dit? Jusque-là songez que votre Iwt, Est d'obéir en tout sans répliquer un mot; Qu'ici, sans mon aveu rien ne se détermine, Que j'ai sur mon cousin , comme sur ma cousine; i ]c pouvoir absolu que donne la raison , Qu'enfin pour gouverner el régir la maison , Jhi l'àgc qui convient, le t.ilenl nécessaire , Ll qu'un n'y peut rester qu'autant qu'on sait me plaire.

SUZON

Je m'en aperçois bien.

Madame Albert.

Vraiment?

* Sxjzox.

Mais entre nous î'our captiver les gens, conïthent donc laites-vous ? Si Madame , en ces lieux, croit être la maîtresse , De son autorité Monsieur parle sans cesse , Vous semblez ne penser, n'agir que d'après eux, Et cependant c'est vous qui les menez tous deux. Madame Albert ( ironiquement).

Quel scandale !

SuzoN.

Vous seule e'tiez assez habile Pour les faire gaîment changer de domicile , Et venir habiter près du Palais-Royal.

Madame Albert.

Au faubourg Saint-Germain je me portais si mal I

SXJZON.

Et d'un mot.... que ne puis-je avoir tant de mane'ge î

Madame Albert ( avec importance ).

Appelez autrement le noble privilège Qu'a sur ce qui l'entoure un esprit transcendant; C'est l'effet d'un calcul se'rieux, évident, D'une étude suivie et de certaines formes , Qui dans leur but toujours constantes, uniformes, Captent adroitement le faible de chacun ; Mais ces détails sont trop au-dessus du commun Pour qu'à les discuter avec vous je m'abaisse , Faites votre devoir, allez et qu'on me laisse.

SuzoN.

Quel est-il donc ?

Madame Albert {avec impatience).

Encor !.... De vous lever matin, De balayer partout, d'ouvrir le magasin , De m' apporter au lit mon chocolat.

SuZON. ,

' Ensuite

Madame Albert.

Son sang-froid me confond et j'en suis interdite ; On dirait à la voir qu'elle n'y touche pas. Feignez-vous d'oublier le trouble , l'embarras , Que va cauier ici la noce qui s'apprête, Qu'on m'a commis les soins du repas , de la fête, Et qu'au plus tard ce soir , on signe le contrat?

Suzoî*. •

Non, mais Mademoiselle est dans un Irisle elat, Et je ne pense pas que l'époux qu'on lui donne , Quoique vous le vantiez, puisse plaire à personne.

Madame Albert.

Courage ! Il vous sied bien de blâmer un paru Convenable en tout point , de tout point assorti ; Notre voisin Coquard est riche et dans un âge '?

Où l'on peut , que je crois , songer au mariage ; Il n'a pas cinquante ans j c'est un homme d'esprit , Qui n'a jamais rien fait, ni jamais rien écrit , 11 est vrai ; néanmoins , c'est un grand philosophe Qui raisonne de tout et juge d'une étoffe , D'un bijou , d'un brillant , d'une bague de prix , Mieux qu'aucun ouvrier qui soit dans tout Paris ; Sans exiger de dot , il se charge d'Ursule, Dont le moindre défaut est d'être ridicule; Au fond c'est pour le père un excellent marché ; De son filleul Arthur il s'était entiché, Mais j'ai fait sagement sentir à ma cousine Qu'une telle alliance était folle et mesquine. Au jeune homme pourtant , comme je veux du bien , Et qu'il est leur commis , j'ai , sans qu'il en sût rien, Presque réalisé l'espoir dont il se berce; Nos gens sont résolus à céder leur commerce , J'ignore encore à qui , mais l'affaire est en train ; Arthur, s'il est prudent, peut être heureux demain. SuzoN ( surprise ).

Ah I.... Je souhaite fort que ce projet l'arrange. Mais voyez donc un peu , comme j'ai pris le change ;

Je croyais à son air timide et doucereux , Que de Mademoiselle il était amoureux ,

Et qu'elle-même aussi n'était pas insensible.... Madame Albert.

Elle ? Je voudx-ais bien.... , mais non , c'est impossible j

Arthur est un penseur , un jeune homme rangé ,

Vous vous êtes méprise et l'avez mal jugé;

Réservé dans ses goûts, doux, modeste, estimable,

11 faut lui ressembler pour le trouver aimable;

Puis , il t'St trop instruit sur ses vrais intérêts ,

Pour sc prêter aux vœux , aux désirs indiscrets

D'une petite fille, étourdie et boudeuse....

SuzoN.

Ah ! C'est selon.

Sortez , la belle raisonneuse.

SuzoN ( à part).

Quelle femme I espérons que cela finira.

Lt que le ciel enfin nous en délivrera. ( Famse. sorti', ).

Madame Albert.

Bevcncz. {A part.) Cet avis mérite qu'on y pense, Arthur me traliuait malgré ma vigilance....

( Haut. ) Approchez donc.

SUZON

J'y suis.

Madame Albert ( bas ).

Ecoutez bien ceci j Dorville à mon insu peut reparaître ici.

Suzow.

OLe frère de Monsieur ?

Madame Albert.

Oui, soyez vigilante j S'il vient , ou de sa part si quelqu'un se présente, Songez que sur-le-champ il faut m'en avertir.

Suzorî.

Ah ! ah !

Madame Albert.

Je le connais et veux m'en garantir; 21 se mêle de tout, tranche du nécessaire....

SuzoN [aven malice).

îïe l'a-t-on pas chassé pour vous ?

Digne salaire De ce qu'il méditait. C'est un original , Impoli, sans égards, et qui voit tout en malj ^Monsieur me contrôlait et s'érigeait en maître,... De lui , de moi céans , nous verrons qui doit l'être , !Et s'il ose y rrtilrer.... Suffit, vous m'entendez , Mes ordres sont précis.

SuzoN.

Oui , Madame.

Madame Albert.

Attendez , ( A part. ) Ne vaudrait-il pas mieux.... Je suis impatiente.... D'abord en ma faveur pressons l'acte de vente; Arthur sera frappé de ce bonheur soudain. Et maîtresse du fond tout m'assure sa main.

[Haut. ) 2t.es tez , je vous défeads.... Gardez-vous de me suivre.

( Elle sort. )

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