‹ La cousine Albert, ou, La maîtresse dans la maisonChapitre 4 sur 27 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

SUZON, URSULE ( elle entre mystcrieusernent).

Ursule ( à voix basse ).

Ah ! Siizon , je te cherche.

SuzoN.

Eh ! qu'avez-vous ?

Ursui-e.

Je tremble.

StJZON.

Pourquoi ?

Ursule.

Madame Albert te quitte, ce m« semble.

SuzoN.

A l'instant.

Ursule.

L'entretien ?....

SuzoN.

S'est joliment passé, El par moi ce matin le bruit a commencé.

Ursule.

Ne t'a-t-eile rien dit touchant mon mariage ?

SuzoN.

Si fait , et puis après les complimens d'usage.

Ursule, Mais parle donc, c'est là ce que je veux savoir.

SUZGN.

Vous pleurez?

Ursule.

Hélas ! Oui, je suis au désespoir.

SuzoK.

La raison ?

Ursule.

Se peut-il que tu me le demandes?

Non , jamais ou ne fut en des transes plus grandes.

SUZON

Vous?

Ursule,

Comment, on est prêt à me sacrifier j A ce vilain Coquard on veut me marier ; Madame Albert ainsi le commande, l'ordonne. Tout le monde y souscrit, mon oncle m'abandonne , Mais celui qu'on prétend me donner pour époux , N'est digne ui de moi , ni d'un lien si doux ; J)e générosité faussement il se pique; C'est un avare, i jait que je suis fille unique , Qu'en m'épousanl, moQ bien ne lui peut échapper; Avant peu sur ce point, je veux le détromper Et lui faire entrevoir qu'on ne lui tend ce piège, Que pour mieux enrichir celle qui le protège.

SuzoN.

Vous ne l'aiimez donc pas ?

Ursule.

Lui, le puis-je? Crois-tu Que cela soit possible ?

SuzoN.

Avec de la vertu, On vient à bout de tout; cependant je confesse....

Ursule. De me lier à lui vainement on me presse , Plutôt mourir.

SUZOK.

Fi donc ! Je conviens qu'il est laid, Gourmand , questionneur, ladi-e, sot et mal fait ; Avec ces qualités, le moyen qu'on nous aime?

Ursule.

Ah I Dieu !

SuZON.

Si VOUS pouviez disposer de vous-même ? Moi, je sais un parti qui vous conviendrait mieux.

Ursule.

Un parti ? Que dis-tu ?

SuzoN.

Tenez , j'ai de bons yeux .

Une fille à notre âge a le cœur si fragile, Le toucher , l'émouvoir , n'est pas bien difficile ,

Aussi je gagerais

L'rsule.

Quoi donc ?

SuzoN,

Mais à coup sûr , Qu'on a surpris le vôtre, et que le jeune Arthur....

(9) Ursule.

Ah ! Suzon î tle quels traits tu viens frapper mon âme ? C'en est fait, non jamais il no m'aura pour femme; Tu voudrais que j'aimasse un homme , qui toujours S'obstine à m'éviter et dans tous ses discours Témoigne pour mon sexe un dédain qui m'offense ? Rien ne peut le tirer de son indifférence; A l'entendre , l'amour est un mortel poison Qui détruit le bonheur et trouble la raison.

StrzoN.

Ah ! Monsieur se permet.... J'approuve votre plainte j Mais si de lui pourtant ce n'élait qu'une feinte Pour tromper l'espion ? Noli-e madame Albert Le suit de près, l'observe et.,., ma tète s'y perd j Ce zèle officieux que l'intérêt dirige, Qu'elle met à conclure un nœud qui nous afflige, Certain plan, qu'en total, elle n'indique pas, Tout me prouve qu'jirthur....

Ursule ( avec ejfroi ).

Est aimé ?

SuzoN.

Parlez bas.

Faites-le s'expliquer , j'ai la ferme assurance.... Le voici, profitez de cette circonstance, Tâchez de pénétrer ses sentimens secrets ; Moi, pendant l'entretien j'aurai l'œil aux aguets.

( Elle sort. )

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