I.a sensibilité, cette vertu première
Qui console , embellit , charme notre carrière,
]\'étail à mon avis qu'un masque accréditéj
Je traitai de chimère et de l'utilité
Cet instinct , cet attrait invincible et durable,
Oui tourne tous nos vœux vers un objet aimable.
Et je oe rougis pas , pour braver le soupçon,
De joindre en vous fuyant l'exemple à la leçon.
Aujourd'hui que le sort à jamais nous sépare ,
La vérité , l'honneur veut que je vous déclare
Qu'à ces principes-là mon cœur est étranger ,
Que si je les feignis , j'avais à ménager
Quelqu'un.... que je craignais , que je redoute encore ,
Qui dissimule en vain , et pense que j'ignore
Le vrai but.,.. J'en frémis I hélas ! j'ai tout perdu.
Je me suis disculpé devant vous , je l'ai dû ,
C'est à moi maintenant de garder le silence :
On m'opprime et votre oncle est ma seule espérance.
Ursule.
Ah ! que m'apprenez-vous ? que j'aime cet aveu I Quoi ! lorsque vos dédains se contraignaient si peu , Tout ce que vous disiez était faux ? Est-ce un songe ? Mais pourquoi si long-lemps recourir au mensonge ? Un seul mot en dit tant quand le cœur y prend part, Vous pouviez m'avertir du moins par un regard.
Abtht;r.
Cent fois je l'ai voulu , mais sans que je le cite , Vous savez l'ennemi que le sort me suscite , On ne peut à ma place être trop circonspect , Un coup-d'œil , un soupir , tout lui paraît suspect, Il voit tout, entend tout, et de notre entrevue J'aurais lieu même encor d'appréhender l'issue , Si je n'étais certain que mon Argus trompé , Du succès qu'il espère est ailleurs occupé.
Ursule.
Comment, madame Albert ?....
Arthur.
De colère animée Seule avec vos parens elle s'est enfermée. Jugez , contre nous deux quels seraient ses transports Si....
Ursule ( nàivement ) .
Suzon fait pour nous sentinelle au dehors. Arthur ( avec explosion ).
Qu'entends-je , ah 1 je puis donc faire éclater sans crainte Le feu, lu passion dont mon âme est atteinte,
Je peux vous rével'^r en cet heureux moment, Un secret dont le poids m'accable incessamment! Mais quel triste avenir pour ma flamme jalouse , Je vous aime et vous perds ; un autre vous épouse j Vous allez à l'autel engager votre foi.
Ursule.
Cher Arthur I....
Arthur.
Se peut-il ? Ursule , ah î jurez-moi.
Quelque effort que l'on tente et quoi qu'on imagine, De ne point accepter celui qu'on vous destine.
Ursule.
Je le hais !
Arthur.
C'est assez; inspirés par l'amour , Sachons dissimuler, mentir à notre tour. Surtout n'ayons pas l'air d'être d'intelligence, J'ai de madame Albert gagné la confiance , Et ne cesserai point d'être tendre et soumis j Je devine à peu près ce qu'elle s'est promis. A suivre ses projets elle est intéressée. Votre oncle , comme moi pénètre sa pensée^ Heureux , si réunis nos moyens ditférens Peuvent la démasquer aux yeux de vos parensj Il sera temps alors de lui prouver mon zèle , JLt je veux amplement pi'acquitter envers elle.