FI FIXE
C'est pour cela qu'elle pleure, sûr ?
Pour quoi veux-tu que ce soit?
FIFINE
C'est juste... mon pauvre Auguste! [Cascades de rires.)
AUGUSTE
Tu ris ?
FIFINE
Oui... C"cst plus fort que moi... de te voir si
drsoK' parce que la seconde Dugczon... Ça me fait rire...
AUGUSTE
Il n'y a pas de quoi... Je suis pincé... mais là, ce qui s'appelle pincé. Jeraime comme une bète.
FIFINE
Ça se voit.
AUGUSTE
Elle a un engagement très brillant à Montpellier, seulement elle a des dettes ici, elle soutient sa mère... Ah ! si'elle ne soutenait pas sa mère, et si elle était comme tant d'autres, elle n'en aurait pas, des dettes... Papa ne me donne plus un sou...
FIFINE
Combien te faut-il?
Trois cents.
FIFINE
Je vais te les prêter. [Elle sort à droit'' cl revient aussitôt.) Tiens.
AUGUSTE
Merci. Tu ne sais pas le service que tu no rends. Mais... ton mari.
FIFINE
Prends, c'est de l'argent à moi. (// prend les billets.)
AUGUSTE
Je ne voudrais pas te causer d'ennuis...
Es-tu hèle... Puisque je te dis que c est à mol.
AUGUSTE
Merci.
FiFiNE, riant.
Seulement, ne soupire pas comme ça.
AUGUSTE
Ah! Tu sais, quand on aime... Vrai, ça ne te gène pas, alors ?
FIFINE
Est-ce que tu crois que je suis encore une petite fille? Si je n'avais pas le droitdé faire ce que je veux de mon argent, ce ne serait pas la peine d'être mariée...
AUGUSTE, uti' peu senlcncii'Au;.
Tu as eu raison de te mettre sur ce pied-là dès le début.
FIFINE
Un peu. Figure-toi, dans les commencements..
AUGUSTE
Dans les commencements... On dirait que tu as dix ans de ménage.
■ FIFINE
Eli 1 mon cher, j'en aurai deux mois le quinze. — Dans les commencements, il me fallait dire à André où j'allais quand je sortais.. 11 voulait me faire accompagner par la bonne... [Elle rit.) Ah! mais non! Je ne vais plus en pension... J'ai rc-
fusé... Quand on no fait rien de mal, n'est-eo pas?... Un jour André me dit : « Tu sors? — Oui. — Où vas-tu? — Me promener. — Tu seras longtemps? — Deux heures. » En réalité, j'allais chez Lucie., j'étrennais ma robe bleue.. . tu sais ma robe bleue... Or, Lucie n'étaitpas là. Eh bien, pour ne pas rentrer plus tôt que je n'avais dit, j'ai été visiter le musée. J'étais toute seule là-dedans... Je me suis embêtée, ce n'est rien que dele dire... Mais je suis restée dehors aussi longtemps que je l'avais annoncé... Quand on est mariée, c'est pour être libre, n'est-ce pas?
AUGUSTE
Parbleu!... Je te quitte... Je vais consoler ces malheureuses femmes.
C'est ça... Essuie tes yeux, voyons... Est-ce qu'on va voir le monde avec des yeux comme ça. [Elle lui essuie les ijeux avec son mouchoir.) Dis donc. . . C'est à elle, ses cheveux ?
AUGUSTE
Évidemment.
FIFINE
Et ta cravate... attends donc, tu remues tout le temps. (Elle lui refait le nœud de sa cravale.) Ils sont blonds comme ça, naturellement ?
AUGUSTE
Je nesaispas...
FIFINE
Attends, attends... Tâche donc de savoir avec quoi elle se les teint. ., veux-tu?
AUGUSTE
Oui.
FIFINE
Là ! Regarde-toi. [Elle lire de sa poche une hotte à poudre de riz dont le couvercle est une r//ace.) Veux-tu un peu de poudre ?(^Z/e lui en met un 'peu malgré lui en riant.)
AUGUSTE, s'essuie.
Comme tu es enfant... Allons... au revoir.
FIFINE
Au revoir. [Fifine reste un moment seule. Elle se gante.)