‹ La couvée, comédie en trois actesChapitre 13 sur 41 · FI FIXE · texte numérisé non relu

FI FIXE

C'est pour cela qu'elle pleure, sûr ?

Pour quoi veux-tu que ce soit?

FIFINE

C'est juste... mon pauvre Auguste! [Cascades de rires.)

AUGUSTE

Tu ris ?

FIFINE

Oui... C"cst plus fort que moi... de te voir si

drsoK' parce que la seconde Dugczon... Ça me fait rire...

AUGUSTE

Il n'y a pas de quoi... Je suis pincé... mais là, ce qui s'appelle pincé. Jeraime comme une bète.

FIFINE

Ça se voit.

AUGUSTE

Elle a un engagement très brillant à Montpellier, seulement elle a des dettes ici, elle soutient sa mère... Ah ! si'elle ne soutenait pas sa mère, et si elle était comme tant d'autres, elle n'en aurait pas, des dettes... Papa ne me donne plus un sou...

FIFINE

Combien te faut-il?

Trois cents.

FIFINE

Je vais te les prêter. [Elle sort à droit'' cl revient aussitôt.) Tiens.

AUGUSTE

Merci. Tu ne sais pas le service que tu no rends. Mais... ton mari.

FIFINE

Prends, c'est de l'argent à moi. (// prend les billets.)

AUGUSTE

Je ne voudrais pas te causer d'ennuis...

Es-tu hèle... Puisque je te dis que c est à mol.

AUGUSTE

Merci.

FiFiNE, riant.

Seulement, ne soupire pas comme ça.

AUGUSTE

Ah! Tu sais, quand on aime... Vrai, ça ne te gène pas, alors ?

FIFINE

Est-ce que tu crois que je suis encore une petite fille? Si je n'avais pas le droitdé faire ce que je veux de mon argent, ce ne serait pas la peine d'être mariée...

AUGUSTE, uti' peu senlcncii'Au;.

Tu as eu raison de te mettre sur ce pied-là dès le début.

FIFINE

Un peu. Figure-toi, dans les commencements..

AUGUSTE

Dans les commencements... On dirait que tu as dix ans de ménage.

■ FIFINE

Eli 1 mon cher, j'en aurai deux mois le quinze. — Dans les commencements, il me fallait dire à André où j'allais quand je sortais.. 11 voulait me faire accompagner par la bonne... [Elle rit.) Ah! mais non! Je ne vais plus en pension... J'ai rc-

fusé... Quand on no fait rien de mal, n'est-eo pas?... Un jour André me dit : « Tu sors? — Oui. — Où vas-tu? — Me promener. — Tu seras longtemps? — Deux heures. » En réalité, j'allais chez Lucie., j'étrennais ma robe bleue.. . tu sais ma robe bleue... Or, Lucie n'étaitpas là. Eh bien, pour ne pas rentrer plus tôt que je n'avais dit, j'ai été visiter le musée. J'étais toute seule là-dedans... Je me suis embêtée, ce n'est rien que dele dire... Mais je suis restée dehors aussi longtemps que je l'avais annoncé... Quand on est mariée, c'est pour être libre, n'est-ce pas?

AUGUSTE

Parbleu!... Je te quitte... Je vais consoler ces malheureuses femmes.

C'est ça... Essuie tes yeux, voyons... Est-ce qu'on va voir le monde avec des yeux comme ça. [Elle lui essuie les ijeux avec son mouchoir.) Dis donc. . . C'est à elle, ses cheveux ?

AUGUSTE

Évidemment.

FIFINE

Et ta cravate... attends donc, tu remues tout le temps. (Elle lui refait le nœud de sa cravale.) Ils sont blonds comme ça, naturellement ?

AUGUSTE

Je nesaispas...

FIFINE

Attends, attends... Tâche donc de savoir avec quoi elle se les teint. ., veux-tu?

AUGUSTE

Oui.

FIFINE

Là ! Regarde-toi. [Elle lire de sa poche une hotte à poudre de riz dont le couvercle est une r//ace.) Veux-tu un peu de poudre ?(^Z/e lui en met un 'peu malgré lui en riant.)

AUGUSTE, s'essuie.

Comme tu es enfant... Allons... au revoir.

FIFINE

Au revoir. [Fifine reste un moment seule. Elle se gante.)

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