FI UNE
Comment cela?
MADAME GRAINDOR
Lorsqu'il t'aura forcée à dîner ici, il sait bien que tu seras comme toutes les femmes, que tu vaudras paraître heureuse malgré tout, et que tu nous cacheras ses dîners en ville, et ses soirées je ne sais où ! Ah ! ça, tu ne l'auras pas volé, et je ne te conseille pas de venir te plaindre ln*:sque ça t'arrivera.
FIFINE
Sois tranquille !
MADAME GRAINDOR
Regarde autour d® toi : M. Dubois a une dan-
seuse ; M. Pelletier a une cliunleuse ; M. Prévost, la caissière du café des Arts; M. Moulicr, celle du café de la Comédie. M. Delauiarre également. !\1 Bocqiiet, lui, c'est madame Delamarre et M. Cour tin, c'est madame Bocquet... Oh ! je sais bien, on se dit toujours qu'on sera la seule à échapper au sort commun, que son mari est une exception... On se dit ça jusqu'au jour où on se trouve en face de la réalité, et alors, on regrette de ne pas avoir écouté sa mère.
Je t'en prie, maman 1
-MADAME GRAINDOR
Maintenant, si tu trouves ça de ton goût, à ton aise : Si tu veux être une esclave, ça te regarde ! feulement, il ne faudra pas t'étonner de voir les gens sourire sur ton passage! Le fait est que lu .'^eras touchante avec ta candeur et la crédulité ! On commence déjà, d'ailleurs, à se moquer de. toi?
FIFINE
Oui ça ?
MA DAM K GRAI.NDOK
Ouelquuu que je ne te nummerai i)as... Lihre à loi de croire que ta mère a menti. Ça ne doit pas II' gêner... avec le respect que les enfants d'aujourd'hui ont pour leurs parents.
FIK1.M-:
Mais, maman, je l'aime toujours.
LA corvÉE 79
MAItAMi; (iliAlNDOR
Allons donc ! Si c'était vrai, tu ne nous sacrifierais pas comme lu le fais. Est-ce que tu crois que c'est pour moi, ce que je te dis là?-.- Ah I tu seras heureuse, va, toute seule .. Nous... je ne parle pas de nous... ça t'est bien indifTérent... D'ailleurs, avec les chagrins que tu nous fais, ton frère et toi, nous n'en aurons pas pour longtemps, heureusement.
FIFINE
Maman ! Je te promets de parler à André... Je te promets.
MADAME GRAINDOR
Allons... au revoir, ma fille... je ne t'en veux pas, tu sais... Tu viendras nous voir quand on te le permettra.. Seulement... si tu veux que nous ne soyons pas trop malheureux, tu tâcheras que ce soif souvent. {Elle sorl. Fijine vecuulait sa vicre et redescend à droite.)