‹ La cravate blancheChapitre 4 sur 71 · SCÈNE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE DEUXIÈME

OCTAVE, la prenant.

On me disait: Ni bien ni mai.

Touchez-la, s'il vous plaît, d'une main délicate, iinn.onte.

OCTAVE

Ni bien ni mal, — le soir, avec un abat-jour.

Oui. oui. — Mais ses vertus! sa bonté I sa belle âme!

Florentin!

FLORENTIN*

Me voici.

OCTAVE

Que dis-tu de ma femme?

FLORENTIN

Moi?

OCTAVE

Toi. — Parle sans détour.

FLORENTIN

Monsieur, je me récuse.

OCTAVE

Et pourquoi, si j'insiste?

FLORENTIN, gravement.

Parce que, moi, monsieur, je suis artiste. Il me faut la couleur, la ligne, le contour, Le classique, le beau, le pur, le caractère! J'ai servi chez un peintre.

Ah!

FLORENTIN

Je serais sévère.

OCTAVE, le regardant.

Tu n'approuves pas mon amour?

Florentin, Octave.

FLORENTIN, souriant avec imporlance.

* Amour ! — Monsieur emploie une figure.

OCTAVE

Hein? Comment?

FLORENTIN

Ou monsieur me traite en ignorant.

J'ai servi dix-huit mois dans la magistrature;, Et j'ai vu le grand monde au Irou de la serrure. On n'aime pas les femmes que l'on prend.

OCTAVE

Très-bien. — Et qu'aime-l-on?

FLORENTIN

Le reste.

OCTAVE

Bref, tu ne me crois pas heureux.

Il quille son paletot et va à la cheminée. FLORENTIN.

Pas heureux! juste ciel! pas heureux! malepeste! Belle dot! vieux parents! trois oncles généreux! Pas heureux! vous êtes modeste.

Un beau-père à succession, Qu'on enterrerait sur sa mine, Qui fait de la chimie et boit de la morphine Par distraction I C'est le réve^ monsieur, le rêve!

Il sort à droite en emportant lo paletot d'Octave. OCTAVE, seul.

Voilà bien ce qu'on m'a dit.

FLORENTIN, en dehors, criaut.

Madame, assurément, n'est pas blonde comme Ève;

Il reparaît brossant un chapeau*.

On ne s'arrête pas devant elle interdit,

• Octave, Florentin.

SGÈiNE DEUXIÈME

On passe. — Et le mari, qu'aucun trouble n'essouffle, Dans sa robe de chambre en bâillant s'emmitoufle Et dort paisiblement, le pied dans sa pantoufle. Pas heureux! vous prenez du bonheur à crédit.

OCTAVE, devant une glace au fond à gauche, arrachant sa cravate

arec colère.

Tout à fait.

FLORENTIN, étonné.

Qu'a monsieur?

OCTAVE, redescendant.

Mon faux-col m'assassine, Ma cravate s'entête à me tordre le cou.

C'est un travail à rendre un homme fou. J'aurais bien dû prévenir ma cousine.

Mademoiselle Agathe! Oh! monsieur I

OCTAVE

Quoi?

FLORENTIN

Divine!

OCTAVE

Pas mal .

FLORENTIN

La ligne et la couleur!

Le duvet de la pêche et l'éclat de la fleur, Avec des tons de jeune fille !

OCTAVE

Elle est très-bien.

FLORENTIN

Les contours élégants, Le regardant.

Purs, hardis et moelleux. — Vous déchirez vos gants. Si j'allais l'appeler?

OCTAVE, le retenant.

Non, non. — Elle s'hâbille.

Agathe représente, aujourd'hui, ma famille.

FLORENTIN

Avec son père, un grave magistrat. ' OCTAVE, descendant.

Qui part le jour de mes noces, Pour convaincre un scélérat De plusieurs crimes atroces.

T'expliques-tu mon désappointement?

Il m'installe chez lui, dans son appartement. Il a fait mon mariage, Mon bonheur est son ouvrage.

Il est mon oncle et tiion témoin, Et, quand nous dînerons, il sera déjà loin!

Revenant à la glace.

Pauvre oncle! il ne pourra me bénir que dimanche. Avec désespoir.

Je ne mettrai jamais cette cravate blanche.

FLORENTIN

Monsieur est si nerveux!

OCTAVE

Nerveux!

FLORENTIN

Ou si distrait!

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