RÈGNE MINÉRAL
que sorte modifiés , mais toujours destinés à la recomposition de molécules qui seront forcées d'entrer dans d'autres phases de créations nouvelles complètement inconnues pour nous, mais bien prévues et établies par la loi de la nature.
205. — Pour mieux saisir le travail qui s'opérait dans l'intérieur de la terre, il Taut tenir .compte du tribut qui lui était payé par les végétaux et les animaux dans les grandes occasions de leurs engloutissements; c'est avec leur concours
' qu'elle formait ce grand règne minéral que nous admirons aujourd'hui. La formation a été lente , et ne pouvait avoir lieu que pas à pas , en se perfectionnant à mesure que des"" matières fraîches venaient ^richir le travail souterrain. Nous aurons une idée approximative de la quantité de ces matières lorsque nous examinerons le règne animal , où les recherches nous feront trouver, sinon des os, au moins des traces indubitables des habitants primitifs.
La terre avait besoin d'engloutir les êtres qui se produisaient , pour ofTrir une meilleure demeure aux races nouvelles, et en même temps pour continuer l'œuvre du perfectionnement des minéraux.
206. — Dans les jodrs suivants nous reviendrons, à Tocciision dû règne animal, sur les preuves de l'existence des habitants primitifs, et nous verrons les traces que ces êtres ont été obligés de léguer à la terre; il nous importe, pour le moment, de vérifier ce qui s'est opéré dans son sein , en vue delà conservation et du bien-être qu'elle voulait offrir, en mère généreuse , aux nombreux enfants auxquels elle allait donner la vie, pour la leur regrmdre de nouveau après un court passage sur sa surface. C'est à la terre plutôt qu'à Saturne que les anciens devaient prêter l'habitude de dévorer sesenfants; elle les dévore, en effet, jusqu'à ne laisser que des traces imparfaites de ses premiers habitants ; mais il faut hii rendre la justice de reconnaître que de lem* vivant , la
lerre leur offre el leur fournit avec un empressement maternel toutes les délices que la nature est capable de produire, et cela avec une régularilé admirable et inimitable.
207. — Curieuse coïncidence cependant ! Il semble que la terre, mère de tout ce qui existe sur elle, ait fourni la loi ou donné Texemple de l'ingratitude que les enfants ont généralement pour leurs parents; car la terre, à force d'enfermer dans son sein les corps de ses enfants, empeste l'air et Teau, et subit elle-même , comme le r^ne de Teau , une aUération funeste. La terre, en effet/ à toutes les minutes de la journée, depuis un grand nombre de siècles, reçoit les cadavres des hommes et des animaux, dont les miasmes sont incalculables. Toutefois, le calcul approximatif en sera démontré dans le règne animal, et résumé à la sixième époque; il suffit, quant à présent, de dire que la terre ne serait, à ce moment de notre journée ou de notre époque, qu'un vaste cloaque, ne donnant que la peste et la contagion, et par conséquent impropre à être le séjour de Thomme , sans le
' secours de Tair, de Teau et du ï^et3, qui journellement viennent rafraîchir sa surface par le déversement des vapeurs que l'atmosphère est chargée de composer à Taide des vents , et qui retombent en grande partie sous la forme de phiies et de rosées.
208. -^-' La terre aussi a eu ses moments de lutte et de combat avec ses premiers parents, Tair, le feu et Teau; chaque époque de formation hii a infligé de rudes convulsions , qui ont altéré fortement ses dimensions en les réduisant constamment, de sorte qu'au sixième jour elle ne sera plus qu*un extrait de sa grandeur précédente.
La terre, de son côté, a réduit elle-même la taille des êtres qu'elle produisait en proportion de sa propre réduction; ainsi les animaux et les plantes du sixième jour, c'est-à-dire de notre époque, doivent être plus petits que ceux du cin-
KÈGNE MINERAL. 115
qoième jour, comme ceux-ci étaient beaucoup moins grands ' que ceux du quatrième jour, ou de la quatrième époque, et* ainsi de suite en rétrogradant.
209. — Les combats de la terre, conséquence de ses convntsiQDs intérieures, quoique affaiblis , ne sont pas terminés; le principe reste et se maintiendra toujours; c'est une condition de Texistence vitale, également transmise à Thomme, qui, depuis sa naissance jusqu'à sa mort , est en proie aux combats de son propre tempérament; ce qui cause plus ou moins son bonheur ou son malheur sur la terre.
210. — Tout combat ou toute convulsion qui agite la terre, soit dans son intérieur, soit sur sa surface» se réfléchit immanquablement sur le règne animal et végétal , surtout dans les lieux ou à proximité des lieux oi!i un événement de cette nature surgit. L'homme, qui est Tétre le plus sensible du règne animal , en souffre le plus; mais la terre, en mère affectueuse, n'a jamais manqué de donner l'alarme , comme si elle voulait prévenir du danger et laisser à l'homme le temps de se garantir contre les violences du règne minéral. Ainsi les éruptions des volcans n'arrivent jamais sans qu'auparavant elles soient annoncées par des bruits souterrains, ou par Tapparition delà famée qui sort des crevasses du cratère mi des entrailles de la terre; de même un tremblement déterré, destiné à ébranler , sinon à les engloutir , des villes, villages ou territoires entiers, n'arrive jamais sans être précédé de quelques bruits souterrains et souvent renouvelés, auxquels succèdent de petites secousses avant-coureurs de la grande qui sera ta destrnctton; aussi l'homme , s'il prend ses mesures au premier avertissement , aura le temps de se sauver, lui , sa famille et ses bestiaux.
211. — Be même, si le combat part du ciel contre la surface de la terre, les orages, les foudres, les trombes, etc., sont annoncés d'avance; la terre semble resserrer ses pores
116 TBOiSlÈME ÉPOQUE.
et refuser d'émettre ou de recevoir des évaporalions , ce qui causée pour un moment, un froid presque glacial sous nos pas, en même temps que les vapeurs suspendues en forme de nuages noirs sur nos têtes semblent vouloir retarder le moment de la chute foudroyante des orages; Thomme, averti , peut donc chercher un abri.
Ainsi, quand les hommes périssent dans les tremblements déterre, c'est la conséquence de leur ineptie, ou de leur lenteur à s'échapper; les 30,000 victimes du dernier tremblement de terre de Naples, du mois de décembre 1857, pouvaient se sauver en fuyant au premier avertissement souterrain qui s'était fait entendre 24 heures auparavant.
Dans Ibs époques primitives, les tremblements de terre les plus minimes embrassaient des territoires immenses en raison de la substance moins consolidée de ta terre et de sa prodigieuse étendue ; mais à notre sixième époque, le plus grand phénomène de cette nature n'a embrassé que l'étendue de 200 lieues carrées , encore était-ce au commencement de l'époque ; cette catastrophe a englouti et renversé cent villes dans la Lybie, ainsi que l'avance Févêque d'B[yppone(l), saint
Augustin .
212. — Les phénomènes qui se produisent dans le sein de la terre et qui sont en correspondance avec Téther du ciel, sont dirigés par des fluides électriques, dont l'énergie et la rapidité sont également prodigieuses. Rien ne peut résister à leur activité; tout doit se soumettre à leur passage. L'électricité élève subitement la température des corps jusqu'à fondre
(1) Encore une analogie entre la terre et rhomme. La terre n*a pas seule des tremblements, elle semble en léguer le principe à Thomme, comme pour le prévenir que sMl possède les délices de la terre, il doit aussi participer à ses combats. Et en effets dans les fièvres, Phomme sent des frissons , des tremblements: ces effets augmentent dans les paralysies^ et occasionnent quf'lquefois des secousses violentes.
RÈG.NE MINERAL. 117
et dissiper les plus réfractaires. Elle donne inslatitanément un foyer lumineux dont mille lumières factices n'égalent pas Tintensité, et capable de dissoudre les corps composés. Enfin Télectricité a une forcesecrèteconcentrée et violente, qui fait trembler la terre, depuis le centre du globe jusqu'à la côucbe la plus raréfiée de son atmosphère élevée.
213. — Où et comment se produit l'électricité? Est-ce dans la terre ou dans son atmosphère? D'où viennent les éléments primitifs qui la font naître?... Nous les chercherons dans le laboratoire de l'atmosphère, qui est pourvu de matières plus nouvelles que l'intérieur de la terre, particulièrement à notre époque.
Les courants électriques, constamment en communication entre eui , nous expliquent les bruits souterrains comme une conséquence forcée de l'impulsion transmise de l'extérieur ; la couche atmosphérique, qui fait partie de la terre même, se trouvant raréfiée, laisse un libre passage à ces courants.
La matière électrique , considérée dans son principe , est la concentration de l'essence des atomes du feu primitif ; c'est à elle qu'on doit ta pression de consolidation de tous les métaux dans la terre. Comme elle est également en force minime et proportionnelle dans l'homme , elle est le feu qui anime l'esprit animal ; sans* elle, il n'aurait pas de vitalité.
2U. — Déjà cette vérité a été reconnue par Yauquelin (le phosphore organiqw) , et M. Mège-Mourries vient de découvrir que le phosphore organique se trouve dans le grain des céréales aussi bien que dans l'œuf des animaux , en qualité d'initiateur dynamique et de premier aliment de l'embryon naissant.
Lorsque la science sera parvenue à dominer et à maitriseï* la puissance de l'électricité , elle aura rendu un immense service à l'industrie; déjà la télégraphie électrique en est un
heureux commeiicement ; il s agit à présent de trouver les moyens de s'emparer de la force électrique et de s*en servir pour tous les besoins qui exigent l'emploi de la force mo~ trice.
Le Créateur de Tunivera n'a rien caché à Thomme sur la terre; il lui a donné l'inlelligenee, comme nous l'avons dit, pour découvrir et pour faire tourner à son avantage tout ce qui existe dans la nature. L'homme est déjà arrivé à diriger l'eau et le feu , pourquoi ne parviendrait-il pas à un pareil résultat pour Tair, cet élément infini qui contient les trésors les plus précieux?
Aussitôt que l'homme aura soumis la force électrique à un emploi régulier, il aura fait la première étape sur le chemin qui doit le conduire à diriger l'élément de l'air.
215. — Nous laissons aux savants géologues le soin de donner des noms aux divers produits de la terre, ainsi qu'aux minéraux et aux métaux dans leurs innombrables subdivisions et à mesure de la découverte qui en est faite. Notre tâche s'est bornée à la recherche du principe et des causes de formation; ces causes, nous venons de les expliquer ; elles peuvent se vérifier par la décomposition des matériaux, car l'analyse de toutes matières', qui est la fonction de la chimie, démonti;e la réunion des principes^ en les séparant les uns des autres.
216- — Avant de finir ce chapitre du règne minéral, qu'il nous soit permis d'examiner de près le plus dur des minéraux et la plus fragile des pierres que nous trouvons de nos jours. Le choix de ces deux extrêmes sera encoje qne preuve de plus des faits déjà signalés. Examinons donc le diapiant, qui est reconnu jusqu'à présent pour le plus dur ainsi que le plus précieux des minéraux, et la pierre à chaux; qui est la plus fragile des pierres,
217. — Ceux des minéraux qui ont le moins tiré du mélange des matières hétérogènes végétales et anipiales, et qu'on
RÈGN£ Mir>i£RAL. t19
peut considérer comme vierges et comme possédant le plus de la pureté de l'extrait direct des atomes des molécules primitives, ce sont les pierres précieuses. Nous en avons pour preuves : l"" leur clarté, leur limpidité, indice de la virginité de leur eau originelle; 2"" leur dureté, signe d'une plus ancienne formation et d'un état continu sans aucun changement successif, ainsi que d'une plus longue durée à l'influence d'une chaleur égale pendant im très-grand nombre dé siècles; 3^ leurs couleurs variées, indice d'aspirations de la quintessence des vapeurs des diverses matières minérales qui se sont trouvées à leur proximité.
En somme ) on peut admettre que les pierres précieuses blanches, comme le diamant le plus pur, proviennent de l'union des atomes homogènes durcis isolément ou par suite de Tévaporation sans autre amalgame que l'eau primitive cristallisée dans son essence.- Les autres pierres, comme les topazes, les rubis, les saphirs, les émerandes, etc., etc«, les diamants colorés même, sont également de conservation primitive, mais avec l'aspiration de la quintessence des vapeurs des métaux, comme le cuivre, l'or, l'argent, le fer, le mercure, le plomb, rétain, etc. Leur conservation est due à Tenveloppe pierreuse», ou métallique qui s'est cristallisée autour d'eux et les a préservés dans leur nature.
Lavoisier, en brûlant du diamant sous une cloche ne renfermant que de l'oxygène, obtint un produit identique à celui de la combustion du charbon pur« c'est-à-dire de Tûcide carbonique. Clouet confirma les expériences de Lavoisier par des procédés différents.
Mais si le diamant est un charbon pur, Torigine du diamant, ainsi que de toute autre pierre précieuse» est donc telle que nous l'avons indiquée, attendu que le charbon pur est la quintessence de la matière dans sa pureté originelle.