‹ La création et ses mystères dévoilésChapitre 54 sur 114 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

lies F«»sile0

SoMHAiRB. — Intérêt des recherches da cinquième Jour, 342. ^ Difficultés de ces recherches, 343. — Importance des corps des animaux- primitifs, 3liU. — Égalité des matières solides des dnq derniers époques avec la totalité des molécules de la première époque, 345. — Époques des restes antédiluviens; rapetissement des races, 346. — Fossiles du mastodonte, du mammouth et de Téléphant, 347. — Rhinocéros et géants du règne animal, 348. *- Le mégathérium, crapauds fossiles, reptiles volants, etc., 340. — Squelette du mylodon robustus, 350. — Étonnement des anciens à la vue des grands fossiles, 351. — Sauriens, Tiguanodon , richthyosaurus, le lézard géant, 352, — Opinion de Cuvier sur la disparition eu grandes races , 853. -— Belles conséquences de la théorie de ce sayant, 354. — Débris fossiles de diverses parties du monde, 355. — Fossiles de Thippopotame, 356. — Fossiles dé" l'Algérie, 357. — Fossiles de l'Amérique, 358, 359. — Observations sur les cochons et les chevaax fossiles de l'Amérique, 860. ^ Le dromatbérium sylvestre, 361. ^ Connaissances peu étendues des anciens, 362. *- Ije dryoffithécui ^ ou le fossile de forme humaine, 363. — Rhinocéros de Tempereur Domitien, 364. — Les colonies de M. Barrande, 365. — Preuves que TAsie, l'Europe, l'Afrique et l'Amérique ne faisaient qu'un seul continent, 366.

342. — Ce cinquième jour de la création offre la plus belle carrière à nos investigations, car c'est la veille de notre propre époque , et la terre pourrait bien nous y montrer quelques restes des êtres qui ont existé dans cette journée mémorable.

Mais quand même la terre nous présenterait dans ses entrailles quelques nouveaux vestiges de ces vénérables antiquités» il faudrait le génie d'un Cuvier pour en rq>roduire les physionomies.

34S. -^ Jusqu'à ce que la science, à force d'explorations, ait trouvé, dans les fossiles pétrifiés, les squelettes ou les em-

preintes des habitants de cette époque , ou d'avant cette époque , contentons-nous de les apercevoir par l'analogie des temps ^ par la nécessité de leur apparition , c'est-à-dire par les rapports forcés qui appellent la présence d'un être là où son existence est nécessaire à l'harmonie générale.

Nous pouvons d'autant plus avoir confiance dans nos hypothèses, que la géologie a déjà fait sur ce point de grands progrès, particulièrement depuis un demi -siècle, et que bientôt, nous n'en doutons point, elle viendra confirmer nos supputations.

344. — Les formes des animaux primitifs, comme leurs figures et leurs physionomies, étaient certainement hideuses, comparativement aux animaux perfectionnés de la cinquième époque; mais si les figures étaient laides, les formes étaient, par contre y d'une taille gigantesque, et ces énormes corps ont prodnit des matières solides en grande abondance, soit par leurs évacuations durant leur vie, soit en léguant leurs restes à la terre après leur mort. La terre avait besoin d'une pareille matière , non seulement pour le travail intérieur réclamé par l'élaboration des métaux, mais aussi pour former Tengrais des couches végétales, afin de préparer l'organisation prochaine de l'agriculture en vue de l'arrivée des nouveaux habitants qui allaient bientôt peupler sa surface.

345- -* Nos calculs démontreront que le règne animal, concurremment avec le règne végétal , a produit, dans les cinq dernières époques, un poids de matières solides équivalent à celui que pouvait peser la totalité des molécules primitives, dont l'assemblage s'est opéré à la première époque.

La justesse de ce résultat ressortira des explications que . nous allons donner sur le règne animal et de certaines statistiques partielles, ; compris celle de l'homme, à la sixième journée.

LES FOSSILKS. 203

348. — Lçs débris des grands animaux reconnus anlédiiuviens, trouvés en grande quantité sur les bords de la mer aujourd'hui glaciale, au nord de la Russie et en Sibérie, ainsi que dans le nord de rAmérique, prouvent par leur position régionale que ces débris datent de la cinquième journée, car à cette époque le climat, dans ces parties du monde, était tel que ces êtres pouvaient y exister, et c'est précisément aussi la partie du globe où l'aride, c'est-à-dire la terre, était alors à découvert.

Ces animaux, d'une grandeur assez colossale en proportion des espèces qui vivent aujourd'hui, nous donnent la preuve du rapetissement des races à mesure que le globe se rétrécit lui-même (1).

347. — Le mastodonte, étudié et reconstruit par Cuvier, n'existe plus qu'à l'état fossile ; il se rapproche des éléphants et se classait avec eux dans la famille des pachydermes proboscidiens; seulement il est d'une création plus ancienne que l'éléphant.

On trouve ^continuellement des fossiles de mastodonte dans TAsie septentrionale , en Europe et en Amérique, particulièrement aux alentours des rives de l'Ohio, en Virginie et dans le Canada, où les habitants le nomment le père aux bœufs ou l'ancien bœuf, bien qu'il soit quatre fois plus grand que ne l'est le bœuf actuel. Le mammouth (2), qui est aussi (l'une taille prodigieuse et qu'on avait cru être un éléphant Carnivore, a fourni les moyens de l'examiner par les fossiles qu'on a découverts ; et, ce qui est remarquable, c'est que les ossements qu'on trouve à des distances énormes, comme en Europe et en Amérique, sont pourtant des ossements de la même espèce et de la même taille.

(4) Voir la note M, à la fin du volume.

(2| Peales, account of the skeleton of Ihe mammouth and an his' lorkat disquisition on fhe mammouth.

Après le mastodonte, Téléphant devait, à la cinquième époque, remplir les fonctions du bœuf de nos jours, et il pouvait être soumis aux mêmes travaux et à la même domesticité que le bœuf Test en ce moment. Nous en avons encore la preuve dans les services analogues que cet animal rend en Asie.

348. — Les squelettes des éléphants et des rhinocéros, qu'on a trouvés et qu'on découvre constamment, sont de taille beaucoup plus grande que les individus vivants des mêmes races; mais au moins nous avons la satisfaction de voir vivants les descendants de deux espèces qui ont résisté aux changements de climat des époques passées. Les mastodontes, les mammouths et bien d'autres familles de géants du règne animal sont éteints pour nous, et leur disparition nous montre que les êtres ne peuvent vivre qu'autant que la terre et le climat, c'est-à-dire les conditions physiques de la terre, leur sont homogènes. Les éléphants, les rhinocéros et tous les autres animaux qui descendent des races anciennes, quoique plus petits de taille, nous prouvent leur origine antédiluvienne, et semblent nous dire avec orgueil qu'ils ont acquis le droit de devenir à leur tour les géants du règne animal de mtre époque, tanclis qu'ils n'auraient été que des pygmées dans le même règne aux époques primordiales.

349. — Dans les grands fossiles d'Amérique on a découvert le mégathérium, de la famille des paresseux, dont la grandeur dépasse celle du rhinocéros et même de l'éléphant; ces paresseux étaient très-répandus sur tout le globe et la race en est éteinte.

On a trouvé en Suisse des crapauds fossiles et des reptiles volants d'une grande dimension. On a découvert à Honfleur, au-dessous de la Seine, des crocodiles à l'état fossile, et Bruce, dans ses voyages, a véritié que ces animaux ont abandonné l'Egypte eh se retirant dans la Nubie et l'Abyssinie, contrées

qui offrent de nos jours ie climat qui leur convient, tandis qu'eu Egypte vivaient autrefois des ours blancs, qiri ne peuvent vivre que dans les glaces du pôle.

Les défenses d'éléphants, recueillies par milliers près des bords de la mer glaciale, servent aux mêmes usages que Tivoire frais; les czars ont voulu autrefois s'en réserver le monopole. L'éléphant était donc très-répandu dans -les régions qui sont aujourd'hui l'extrême nord du globe.

En 1771, il a été déterré, auprès de Yelhoni (Russie septentrionale), un rhinocéros entier, avec sa chair, sa peau et son poil ; sa tête et ses pieds sont encore conservés à Saint- Pétei'sbourg.

350. — Dans les plaines de la Plata, Amérique du Sud, dans Tannée 1841, M. Pedro de Angelis a découvert, à sept lieues nord de la ville de Buenos-Ayres, le grand squelette d'un animal géant, qu'on appela mylodon robustus (1); cet animal était en état de grimper sur l'arbre sigillaria. Le squelette en question se trouve déposé à Londres, au collège de chirurgie.

Non loin du lieu de celle découverte, on en fit une autre d'un animal à carapace, osseux el marqueté, d'une grande taille^ ressemblant à VarmadiUo. Le chargé d'affaire anglais, sir W. Parish, a acheté Tun et l'autre, el les a expédiés à Londres.

35L — Thomas Ha wkins s'exprime ainsi (2): a Parmi les écrits des nombreux auteurs de Tantiquité, il c< nous est parvenu des notions singulières sur des os et sque- « leltes trouvés dans les entrailles de la terre, et qui appar-

{\) Description of ihe skelelon of an extinct giganiie tlathy Mylodon rob%itëtu$^ Owen by Uichard Owen. London, 1842, 1 vol. in-4o,

(2| Mémoire of icht/tyosauri and plesiosauri extinel monter s of the ancient earth. London, 1834, i vol. in-fol. avec 24 gravures.

206 Cl>QriÈllE ÉPOQCE.

« tenaient à des anîmaaiL de cette ère hypothétique où Ti- « valent des géants d^nne dimension extraordinaire. Ncnis « poorrions, ajoote-t*il, citer bien des passages dans lesqa^ « il est fait mention do temps et de la place où des os « d'nne grandeur surhumaine ont été extraits do sein de la « terre.»

Les savants de nos jours, déjà familiarisés avec les expia- Fatioos de la géologie, pourraient à peine croire les eSels sério-eomiqnes que ces sortes de décourertes produisaient sur les esprits étonnés dfô philosophes qui Tiyaicnt dans ces siècles passés. De là naquirent de brillantes fictions, telles que les fables des Titans, etc., etc..

352^ — Il n'y a aucun doute que, dans ces débris, il y aTait des restes de l'espèce des pachydermes, de la race des mégaihériums^ avec mille autres espèces toutes colossales, et surtout des grands sauriens H), ces êtres singuliers, ayant pour se défendre une seule corne, comme un espadon, arme terrible, que M. Gédéon Mantell, après des travaux persévérants, a su décrire ayiH^ un vrai talent et sans doute une grande exactitude (2).

Le géant m^alosaurw\ et un plus gigantesque encore, Viguanodon^ auprès duquel nos plus grands palmiers ne seraient que des arbustes nains , et le prodigieux ichthychgaunvs (3) doivent avoir créé dans Fimagination des peuples

(1) « D*^onnes sauriens, dit M. Alfred Maurj {la Terre et l'Hamune^ 1857), fréquentaient la vaste mer crétacée, et Tan d^eux. déeoaTeit dans les couches de craie de Maestricht, a dû à cette ciroonstance son nom de moêoêaure (le saorien de la Meuse) ; il était roisin des iguanes, et sa tète, année d'un formidable appareil denté, avait un mètre et demi de long. Cet animal monstrueux a été aussi retrou vé en Angleteriie et dans la craie de Meudon, près Paris. ■

(2) The Geology ofîhe 9omth^aMi of Englamd.

^3) Au mois de jaîn 1858 , dans le canton de Berne , des fooilks ayant été entreprises sous la direction d'un géologue suisse, M. Meynu

de ces époques (où les découvertes de la géologie n'étaient pas inême soupçonnées), une panique suffisante pour créer tous les monstres que la Fable nous a transmis sous la forme des hydres, hippogriffes, dragons, etc.

M. Mantell donne les détails des dernières découvertes fossiles végétales et animales (1).

Nous ne suivrons pas l'auteur dans tous ces détails, fort intéressants du reste, ni dans les débats des savants pour découvrir si ces. fossiles gigantesques appartenaient aux quadrupèdes ou à d'autres races. Nous remarquons seulement la conclusion concernant le classement de Vichthyosaurus ; on reconnaît que son nom dérive du grec, ichthyos, poisson, etsatiro.^, lézard.

C'est donc le lézard géant avec ses espèces^ races et variétés qui abondait dans les premiers âges du monde; ces êtres sont restés les princes du règne animal jusqu'à la cinquième journée ; après cette époque , la terre n'était plus assez molle pour leur genre d'existence, et ils ont fait place à des races mieux appropriées au terrain plus dur qui se formait.

353* — Cuvier dit que (2) les fossiles ayant donné naissance à la théorie de la terre, lui ont fourni en même temps ses principales lumières ; que la découverte spéciale des os fossiles des quadrupèdes peut conduire à des résultats plus rigoureux qu'aucune autre dépouille de corps organisés; mais en même temps il est convaincu que les races des grands quadrupèdes

on mil à découverl le squelelle d'un ichlhyosaure ; ce squelette a environ 12 mètres de longueur; il a dû être déposé au musée d'histoire naturelle de Bade.

(i) Pictorial atlas of fossU remains,,. ^ by Gideon Âlgernon ManteU, esq., London, ^850.

(2) Discours sur les révolutions de la surface du globe , pages 39 et 42.

208 CINQUIÈMK ÉPOQUE.

sont éteintes, et qu'il n'y a plus aucun espoir de les voir se reproduire sur notre globe.

354. — Cuvier avait raison; la découverte des grands animaux anciens sera la seule qui pourra nous conduire à former, à peu près , la statistique des êtres selon les temps, et, par leurs caractères et les altérations de leurs formes, nous désigner aussi les climats qui régnaient aux diverses époques de leur existence.

Depuis Cuvier, on a continué les fouilles et l'élude des découvertes avec une persévérance et une habileté merveilleuses. On avait appris de ce savant à composer une carcasse avec des fragments d'un individu ; la présence de quelques os lui suffisait pour reconstruire l'animal et lui rendre sa physionomie; ainsi, il ressuscitait les formes delà nature antique. Les traditions de son école ont heureusement progressé.

355. — Partout les débris fossiles nous ont confirmé que l'Europe, TAsie, T Afrique et l'Amérique ont été habitées par les éléphants qu'on a nommés elephas primigenius^ et par les rhinocéros, qu'on a nommés rhinocéros tichorhinus.

Les auteurs de la Géologie de la Russie ont reconnu que cet éléphant et ce rhinocéros avaient vécu longtemps dans la Sibérie. M. Goldfuss ayant examiné des dents molaires d'éléphants et de rhinocéros, en Allemagne, y a trouvé des différences sensibles et les a nommés elephas prisms et rhinocéros htiiellensis. Ces différences attestent ou qu'il y avait plusieurs races à la même époque , ou que ces variétés appartiennent à des races successives.

Buckland (1), Gibson, ont trouvé des vestiges nombreux de ces animaux dans la célèbre caverne de Kirkdale en Angleterre.

Les ossenâents de ces grands pachydermes, et ceux des

(1) Reliq. diluv., pi. VII.

nombreux carnassiers, rongeurs et ruminants, qui leur sont presque partout associés, se montrent disséminés dans tout l'espace compris entre la mer Caspienne, la mer Noire et la Baltique.

356. — Avec les restes d^éléphants et de rhinocéros géants, ou voit quelquefois s'associer des ossements d'hippopotames, type complètement étranger à la faune que nous croyons d'or rigine sibérique ; peut-être se rapprocheraient-ils de Tune des espèces vivantes de l'Afrique. Une dent a été donnée au Muséum par M. Boucher de Perthes, et se trouve mentionnée et figurée dans Tosiéographie de M, de Blainville (Fasc. du g. Sus, pi. ix), comme canine supérieure d'un grand s^is (sanglier).

-357. — L^exploration ,des cavernes de l'Algérie a procuré également des ossements de lyhacochœre^ d*hyëae tachetée du Cap, de bos primigenim , et des vestes d'éléphants et de rhinocéros fossiles, rapportés par M. Renou (1), qui sont de la même espèce que ceux trouvés dans le lac Salé d'Amérique.

358. — Le président des États-Unis, Jefferson, a découvert dans une caverne de la Virginie les ossements d'un ancien grand animal qu'on nomma megaloniXy et plus tard on trouva, dans la vallée du Mississipi, un squelette complet d'un pareil animal.

Les tatom ou dasypiem ^ qui vivent encore depuis le Mexique jusqu'à l'extrémité de l'Amérique méridionale, sont d'une taille de moitié plus petite que les débris fossiles de la même r»ce qu'on a trouvés dans les fouilles du Mexique et de l'Afrique.

359. — Mais les éléphants antédiluviens, de l'espèce la plus colossale, se font reconnaître par les fragments fossiles trouvés fréquemment dans les couches de terre glaise d'aïluvion de l'Amérique septentJ'ionale. Ces découvertes, rappro-

(t) Moniteur^ 2 mars 1858.

chées de Tobservation analogue relative aux débris asiatiques, semblent prouver que les éléphants de la cinquième époque ont survécu plus que toute autre race, en traversant les dernières révolutions du globe.

On a trouvé dans les forêts vierges de TOhio (Amérique), et dans le lac Salé , une quantité d'ossements de cet animal gigantesque, ainsi que dés bois de cerfs géants et d'autres grands animaux d'un temps primitif. Il y a à Philadelphie un squelette entier d'éléphant trouvé dans Osage-County dont la longueur, de la queue à la tête, est de 30 pieds; on a trouvé depuis des os bien plus gros et plus considérables qui attestent une taille beaucoup plus grande encore.

• 360. — Notons ici deux faits très remarquables : des cochons de l'Inde orientale ont été retrouvés, à l'état fossile, dans l'Amérique du Sud. En second lieu, .à rentrée des Espagnols dans l'Amérique, il n'y avait pas de chevaux du tout; cependant on y trouve aussi bien qu'en Europe des ossements fosBiles de chevaux dans les terrains tertiaires supérieurs; le cheval sauvage a donc existé dans cette contrée , mais la race chevaline s'y était éteinte ou avait été détmite dans les âges antérieurs, peut-être par des animaux plus forts, parce qu'ils n'étaient pas protégés par les soins de l'homme, comme ils ont dû l'être sur l'ancien continent.

361. — L'un des plus infatigables géologues de notre temps, le savant sir Charles Lyell, nous donne des détails fort curieux (1) sur de nombreuses découvertes de fossiles de toute espèce, et particulièrement de mammifères trouvés au sein de roches d'une haute antiquité, dans la Caroline du Nord (États- Unis), entre autres (2) d'un dromatheriMm sylvestre, ainsi

(1) Manuel de Géologie élémentaire.

(2) Supplément au Manuel de Géologie élémentaire, par sir Charles Lyell.

nommé par le docteur Ëmmons, qui rapporte à la période permienne (1) les couches au sein desquelles il était enfoui. Ces couches contiennent aussi des débris de sauriens thécodontes. Il est à remarquer que des espèces fossiles de cette famille de grands reptiles se sont rencontrés également dans le Trias supérieur du Wurtemberg. L'auteur ajoute que le fossile en question est aussi ancien que le bassin houiller de Richmond (Virginie, Amérique), et que le dromatherium appartiendrait à la partie inférieure de la série jurassique, plus ancienne que le schiste de Stonesfield, et par conséquent on peut le regarder comme l'un des représentants les plus anciens, jusqu'à ce jour connus, de la classe des mammifères.

362. — Les anciens se sont assez rendu compte des animaux vivants. Nous voyons dans Arislote la description de presque tous les animaux encore les plus remarqués de nos jours; mais les anciens n'avaient pas fait des fouilles sous la terre, ils ne connaissaient les animaux géants que par les traditions verbales transmises de père en lils, et qui naturellement s'altèrent paries exafgérations et finissent, comme on Ta vu, par des fables. Ainsi les singes de presque toutes les espèces ont été indiqués par les anciens sous les noms de j)ithèques, de sphinx, de satyres, de cébus, de cynocéphales, de cercopithèques.

Les orangs-outangs et tout autre animal approchant des formes et de la taille de l'homme, mais privés de la parole, se trouvent compris sous ces différentes dénominations.

363. — M. Owen a trouvé des débris d'un singe qui a dû vivre sur les bords de la Tamise, et qu'on a nommé macact^ phocœnus.

(i) Le calcaire magnésien de^ géologues anglais a reçu de sir R. Murchisqn, en i84l , le nom de Permiêny du gouvernement de Perm, en Russie, où ce terrain occupe une surface double de ceUe de la France, el contient en abondance des fossiles très-variés.

212 CIN(iVl£ME ÉPOQUE.

Il y a plus (le vingt ans, un géologue français, M. Lartet, a signalé un singe fossile, voisin de l'orang-outang, qui venait d'être recueilli en France, dans un dépôt d'eau douce à Sansan (Haute-Garonne). Il lui a donné le nom de dryopithecus, c'est-à-dire singe d*arire, *parce que cet animal, qui parait avoir été frugivore, devait grimper sur les arbres pour en manger les fruits. Ce savant distingué a depuis, en 1856, fait connaître la découverte, au sein du même gisement, d'une nouvelle espèce fossile de la famille des orangs, de taille supérieure à celle du chimpanzé vivant. Les parties du squelette qu'on avait trouvées étaient seulement les deux branches d'une mâchoire inférieure garnies de leurs dents et un humérus. Ces débris ont suffi pour indiquer, par leur structure anatomiqué et leurs dimensions, une espèce se rapprochant de rhomme plus qu'aucune autre parmi les quadrumanes vivants ou fossiles jusqu'à présent connus des naturalisâtes. L'observation des dents a indiqué aussi , d'après leur ordre de succession el d'après leur nombre, que ce quadrumane différait du chimpanzé et correspondait à l'espèce humaine.

Déjà on avait reconnu que le gibbon, par son squelette en général, se rapprochait du type humain bien plus que tout autre singe.

Vers le même temps, en 1854, on avait découvert en Grèce, l>rès d'Athènes, un autre fossile de singe, que M. Lartet assimile à un genre vivant, celui du semnopithecm, mais qu'on «croit du même âge que le fossile de Sansan.

a Ces faits, dit M. Lyell (Supplément au Manuel de Géologie), nous font voir combien il nous reste à apprendre sur rhistoire ancienne des quadrumanes, surtout si nous songeons que, sous le rapport géologique, nous connaissons fort peu, comparalivement, les contrées tropicales, où cependant il fau- .drait s'attendre à rencontrer en plus grand nombre que partout ailleurs des vestiges de genres anthropomorphes (ayant formes d'hommes) éleints. Si des couches aussi anciennes que

le miocène ont pu nous révéler des formes jusqu'à un certain point intermédiaires entre le chimpanzé et Thomme, ne sommes-nous pas en droit de présumer qu'un jour d'autres couches d'une date plus ancienne ou plus moderne fourniront également de nouveaux anneaux ostéologiques entre Thomme et le dryopithecus? »

364. — H n'entre pas dans le plan de cet ouvrage d'indiquer les noms de tous les quadrupèdes de l'antiquité ou antédiluviens déjà reconnus par la science; c'est à elle de créer les noms à^ mesure qu'elle fait une découverte; seulement nous trouvons que Domitien montrait à Rome un animal auquel on n'a pas donné un nom particulier, et qu'on appelait le rhinocéros à deux cornes. Cet animal n'existe plus de nos jours. Domitien en fit graver l'image sur des médailles, ainsi que le raconte Pausanias. Cette espèce était donc déjà très-rare à cette époque ; par conséquent, il y a environ dix-huit siècles que cet animal a disparu. Le rhinocéros unicorne existe toujours, mais seulement dans les pays les plus chauds.

365. — M. Barrande de Prague, avec un zèle qui honore sa persévérance, a formé une des plus belles collections de fossiles de l'Europe ; déjà plus de 1,500 espèces d'invertébrés fossiles ont récompensé ses efforts.

Ce savant géologue a classé par colonies les formations probables des couches de fossiles ; ce système pourrait être assez juste pour un plateau spécial comme la Bohême, et offrir la gradation des espèces éteintes en présence des races nouvelles qui se remplaçaient successivement. En effet, les études de M. Barrande prouvent que la faune graduelle d'une colonie à l'autre présente, dans la quantité des espèces, une différence de 8 à 9 p. 100, ou bien de 1 à 2, d'une couche à l'autre.

Mais il serait difficile de prendre cette théorie pour une règle générale, car dans les grands bouleversements de la teri^ et

particulièrement sur les points des divisions causées par les crevasses, les soulèvements qui ont eu lieu en même temps que les transports par les eaux doivent avoir confondu assez souvent dans un même terrain les produits des êtres ou des formations d'une époque très-éloignée.

Les courants souterrains ont dû aussi porter les dépôts d'un bout à l'autre du monde, et causer un mélange de débris d'êtres dissemblables, lesquels n'auraient pu vivre ensemble sous le même climat; et cependant un soulèvement subit les offrirait aux recherches des géologues d'aujourd'hui , sur une même couche, ou dans la circonscription d'une même colonie.

366. — L'analogie du terrain, ou des couches de terre et celle des fossiles découverts en Amérique, comme en Europe et en Asie, prouvent jusqu'à la plus parfaite évidence, que tous ces continents n'en faisaient encore qu'un seul à la fin de la cinquième époque de formation de notre planète. Nous verrons bientôt le moment et la cause de la séparation et de la division des différentes parties du globe terrestre.

Page 1