PARIS
LIBRAIRIE A. FRANCK j LIBRAIRIE E. DENTE
07, RUB RICHELIEU I PALAIS- ROYAL , G ALERIE ll'oRLÉA N* , 13
Droit de Traduction rtorrve
n. i i-do
PRÉ F AC Ë
Félix qui poluit rcrum cognosccrc causa**!
Viruu:, (horg , II.
Fendant plus de vingt ans, mes réflexions et mes r echerches m’ont porté à me demander l’origine de ces nombreuses populations que Christophe Colomb rencontra en Amérique lors de sa découverte en 1492, ainsi que les autres voyageurs qui l’ont suivi.
Comment ces populations se trouvaient-elles dans ces contrées inconnues?
Dans le pays même, c’est-à-dire en Amérique, ni Colomb, ni Améric Vespucci, ni Corlez, ni Pizzaro, ni leurs successeurs, n’ont jamais trouvé de livres pour éclairer l’histoire de l’origine du peuple américain.
Tout ce que les auteurs modernes ont dit et écrit sur le passage présumé des peuples par le nord, ou en traversant la mer, était conjectural et impossible à mes yeux ; d’abc rd le nord de l’Asie ne touche pas avec le nord de l’Amérique pour qu’il y ait une com-
t> PRÉFACE.
munication par terre, et quant à la traversée par mer, la distance de l’Afrique à l’Amérique était immense, et la navigation était inconnue ou dans l’enfance; ensuite, ce qui détruisait l’une et l’autre de ces hypothèses, c’étaient les débris de monuments, de colonnes et de pierres qui avaient servi très-anciennement, quelques-unes portant encore des vestiges d’inscriptions pareilles à celles de l’Égypte, que je voyais dans les forêts et dans les déserts de l’Amérique.
Il me semblait donc que, quand même les hommes auraient pu traverser l’Océan, ils n’auraient certes pas emporté avec eux ces masses énormes de pierres et en si grande abondance.
Si les hommes avaient emporté seulement leurs instruments, et travaillé la pierre en Amérique, l’art se serait conservé et perfectionné; car le goût des ' arts, qui est inné chez tous les peuples, progresse surtout quand une nation jouit d’une paisible tranquillité, comme celle dont jouissaient les populations en Amérique à l’époque de la découverte de ce grand continent.
Mais les monuments en pierre de taille qu’on rencontrait à cette époque n’étaient que des débris, sauf quelques rares sujets qui ornaient des temples du Mexique et qui étaient vénérés comme des objets d’un ancien souvenir.
Aussi, dans mes pérégrinations à travers les déserts de l’Amérique, ai-je rencontré en bien des endroits, ainsi que je le disais tout à l’heure, des débris d’anciennes colonnes, des fragments de statues, et de grandes pierres, quelques-unes portant encore des
PRÉFACE
vestiges d’hiéroglyphes, et j’en ai vu ensevelis dans les terres et dans le fond de certaines rivières.
Je n’ai pas manqué, en toute occasion, de prendre des notes de la position de ces découvertes, et lorsque l’objet était à nia portée, je le mesurais et j’en faisais la description ; mais malheureusement ces notes se sont perdues dans les vicissitudes de mes excursions.
De nos jours cependant les fouilles commencent à se pratiquer par les soins des hommes instruits et des propriétaires dans certaines contrées du Nouveau- Monde; déjà, grâce à eux, nous sommes à même, non plus d’énumérer des fragments et des débris, mais bien des monuments entiers, des statues et des tables de taille gigantesque, des animaux complets en pierre de toute sorte, et même des traces d’inscriptions qui ne tarderont pas à être déchiffrées. Dans le courant de cet ouvrage, j’indique la localité et le nom de l’honorable personnage qui est déjà en possession d’une centaine de ces trésors de l’antiquité, et qui continue toujours ses fouilles.
C’est ainsi que les entrailles de la terre américaine semblent faire sortir ces témoins pour venir confirmer son origine telle que je me suis proposé de l’indiquer. Je dois cette découverte à mes réflexions et à mes recherches, et j’espère avoir touché du doigt la vérité.
Mais, pour la faire comprendre, celte vérité, pour expliquer le détachement, la séparation de ce nouveau monde qui a été uni à l’ancien pendant tant de siècles, il me fallait présenter leurs positions primitives, leur liaison antérieure, le tout dans son en-
PRÉFACE
semble. Pour donner ees explications, il me fallait remonter à la position de notre planète, et pour traiter de notre planète, il fallait me reporter à son origine, à sa création.
Mais comment oser parler de la création, quand déjà les hypothèses des savants sur cette question ont rempli le monde sous toute espèce de formes?
Toutefois, ayant examiné les systèmes de presque tous les auteurs qui ont traité ce grave sujet, j’ai remarqué qu’aucune de leurs opinions ne se rapportait complètement à mes idées. Convaincu de la vérité où m’ont conduit mes réflexions, j’ai entrepris la tâche d’exposer le système que m’indiquait ma conviction, basée sur l’inévitable liaison des êtres de toute espèce, depuis la masse grandiose du globe, jusqu’au plus petit insecte.
J’ai trouvé que l’infiniment petit a été l’origine et la source de l’infiniment grand; que rien ne vient de rien, mais aussi que ce qui est grand ne vient pas du grand, mais commence par un être petit, attendu que la nature n’agit qu’à l’aide de corps ou d’éléments imperceptibles.
Je me suis convaincu que la terre de l’Amérique et celle de l’ancien monde ont été composées en même temps, avec une matière identique, et que les êtres de toute nature qui habitent ces deux grands continents, ceux qui s’agitent à la surface de la terre, comme ceux qui nagent dans les eaux, comme les êtres qui planent dans l’air, sont également composés de la même matière que le corps de la planète qui devait servir à leur séjour.
Pour développer ces idées, il me fallait entrer
PRÉFACE
dans tous les détails de la création, entendue dans son sens le plus général; c’est-à-dire, dans les détails de la composition de chacun des êtres, non-seulement de la planète, mais aussi des règnes minéral, végétal et animal ; et encore des eaux, du feu et de l’air, puis des phénomènes intérieurs et extérieurs de la terre, et enfin de son atmosphère, et de la loi du mouvement universel.
Comme ces phénomènes ont une liaison directe avec les astres, mes recherches ont dû se porter sur les corps des autres planètes, et sur le soleil, qui domine notre constellation.
Parmi les planètes, j’ai choisi Saturne; son poids, ses satellites, m’oflraient un terme de comparaison assez commode pour expliquer leurs phases dans les époques de la création, et concevoir, par analogie, la séparation de notre Lune.
Quant au Soleil, les astronomes les plus éminents, Herschel, Arago, et M. de Humbold, ont exprimé à ce sujet des opinions qui sont généralement reçues. Cependant, aucun d’eux n’a résolu positivement le problème de la nature et de la situation de son feu resplendissant ; par conséquent, la porte des recherches étant encore ouverte sur cette question, je dus essayer aussi d’exposer mon idée. Ici un fait incontestable me guidait: l’origine et la nature positive des matières ; car, si les matières composant le soleil étaient de la même origine que celles composant les planètes, il n’y avait aucune raison de déuter que son corps ne possédât les mêmes éléments; il fallait seulement savoir comment se produisait et de quoi s’alimentait le feu extérieur du soleil, ce feu si puissant,
PRÉFACE
qui domine et vivifie toutes les planètes, ainsi que les êtres qu’elles contiennent.
Pour résoudre cette question importante, après avoir consulté les œuvres des Newton , des Kepler, etc., et n’ayant rien trouvé de satisfaisant à cet égard, j’ai fait la comparaison de ce feu sublime et élémentaire avec celui de notre globe et déterminé sa position entre la planète et le soleil, et j’ai osé présenter pour solution une nouvelle hypothèse; cette idée toute neuve m’est venue comme une conséquence inévitable de la simplicité avec laquelle toutes les choses de la nature sont faites.
Le feu céleste, comine celui de l’intérieur de la terre, ayant coopéré, en consolidant notre planète, à l’addition des êtres qu’elle produisait dans les règnes végétal et animal, il m’a fallu entrer dans l’explication du travail de la création, d’après les époques de formations successives des minéraux, des végétaux et des animaux, en faisant la statistique de certaines espèces de ces derniers, pour déterminer la condition des êtres en général sur la terre.
Les eaux, qui ont joué un si grand rôle dans la formation de notre monde, devaient avoir leur place assignée depuis leur origine jusqu’au terme de leur mission. Cet élément primitif ayant un rapport perpétuel avec l’existence du globe et de tous les êtres qu’il contient, et ayant participé à de grands phénomènes, j’ai dû observer, en passant, les causes et les effets de cette puissance à l’extérieur comme à l’intérieur de la terre.
L’atmosphère, qui fait visiblement partie de notre
PREFACE
planète et qui la sépare de l’espace, en servant de grand laboratoire chimique aux émanations terrestres; cette atmosphère, où l’air se purifie, et qui nous en fournit constamment pour notre existence, ne pouvait manquer d’avoir son histoire dans mon exposé.
Enfin, l’homme, le dernier arrivé sur notre globe dans l’ordre de la création, portant en lui l’intelligence avec les devoirs qu’elle lui impose, termine mon ouvrage. # -
Le dernier jour de la création, dans lequel nous vivons, m’a offert des arguments positifs qui ont justifié beaucoup d’explications concernant les jours précédents de la création ; ces arguments ont régularisé, après examen, des conditions qui auraient pu rester dans le domaine des hypothèses.
Parmi ces faits se trouvent la dérivation des molécules et les rapports analogues des êtres entre eux; j’ai dû examiner ce que l’homme, comme individu, reçoit de la terre et lui rend, établir pour ainsi dire son compte courant, qui s’est étendu, par un calcul, sur toute la race humaine ; ce calcul m’a conduit au bilan des autres êtres, et leur ensemble m’a fourni la statistique du mouvement journalier sur lequel j’ai pu baser le chiffre des émanations qui se produisent sur tout le globe terrestre.
La matière sur laquelle repose la loi de la pesanteur et les principes du mouvement perpétuel sont l’objet d’un chapitre spécial.
L’origine des langues et les causes de leurs diversités, comme la cause de la variété des physionomies humaines, sont aussi l'objet d’un chapitre il
PRÉFACE
pari, ainsi (pie le luit de la création de l'homme.
Enlin, j’examine ce qu’a produit jusqu’ici l’intelligence de l’homme dans le grand œuvre de la civilisation. Ce dernier tableau n’est pas flatteur pour l’homme; mais je ne pouvais que dire la vérité, heureux si l’aperçu que je donne, dans les derniers chapitres, des maux qui affligent l’espèce humaine contribue à rendre l’homme aussi parfait de cœur qu’il l’est au point de vue de l’intelligence dont il a été gratifié par le Créateur.
Dans un ouvrage aussi peu volumineux qu’est celui-ci, je me suis efforcé de rendre mes pensées le plus clairement, le plus simplement possible, aün que tout le monde puisse le lire et le comprendre, sans avoir besoin de chercher dans le dictionnaire la valeur de termes nouveaux ou scientifiques.
Je sens que j’ai trop osé peut-être en touchant à la partie philosophique de la création; du moins, je me suis astreint, autant que possible, aux époques de la Bible.
L’astronomie a nécessairement réclamé une place dans mon ouvrage : je lui ai fait celle que la nature de l’œuvre comportait; quant aux règnes minéral, végétal et animal, ils y figurent avec les êtres les plus importants de la création.
Si quelqu’une de mes idées ne paraissant pas sultisammenl prouvée, on jugeait à propos de la classer dans le nombre des hypothèses, elle n’en sera pas moins utile pour des recherches subséquentes.
« Tant qu’il ne nous est pas donné, » disait le savant Anglais Newton, « de parvenir au juste degré de « certitude, il convient de tolérer les hypothèses,
« mais en les rapportant senleincnl entre les choses' « probables. »
Le célèbre Allemand Euler disait aussi : « Je ne « pense pas qu’une grande liberté de feindre des hy- « pothèses soit pernicieuse à la connaissance de la « vérité; car je suis bien persuadé que ce n’est « qu’après plusieurs de ces essais, que l’on tente en « imaginant des hypothèses, qu’il nous est permis « d’arriver à la vérité. ®
Le philosophe français Descartes, en traitant du magnétisme, a donné un exemple frappant de l’avantage des hypothèses.
Enfin, l’Américain Francklin, mon compatriote, a encore dit : « Je considère une théorie toujours utile,
« lorsqu’elle classe les faits méthodiquement ; elle « sera une hypothèse, mais une hypothèse indispen- « sable qui débrouillera un grand nombre de fa i l s « connus. »
Quelle que soit donc la hardiesse de certaines de mes hypothèses, je suis convaincu que ces grands hommes les auraient approuvées, comme je suis sûr que, si Franklin vivait, il partagerait mon opinion sur le fait de la formation de l’Amérique et sur l’origine de ses premiers habitants.
A. Smukk.