L’action du fluide moral nous paraît donc unevé
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rité incontestable. Mais voici encore quelques autres preuves.
L’éloquence tl’un orateur, la parole des ministres d’un culte quelconque, nous montrent également combien il est facile de faire pencher vers un point déterminé l’opinion, c’est-à-dire , la plus grande partie du poids du fluide.
Nous voyons, à tout instant, la masse du peuple, dans une circonstance donnée, se porter aux excès de la' joie ou de la douleur, ou céder, sans savoir pourquoi, à un aveugle entrainement, uniquement pour suivre un exemple, absorbée qu’elle est par un simple mouvement d’inclination ; nous la voyons se presser, courir, s’arrêter, se grouper, pour une bagatelle, pour un minime objet de curiosité.
Ces mouvements subits sont un signe que le fluide moral penche en plus grande quantité vers une direction spéciale.
C’est sur cette direction qu’il importe de veiller, car le jour que le peuple éprouvera l’influence de la bonne direction, ce jonr-là sera celui du bonheur pour une nation.
713. — Rien ne prouve mieux l’existence d’un fluide moral que les impressions subites que produisent ces orateurs qui parlent et font agir des masses d’hommes au même instant, comme si tous avaient une seule pensée, quoique rien n’eût été préconçu d’avance. Une autre preuve ressort aussi de ces impressions instantanées qui naissent et se communiquent à une foule d’hommes à l’aspect d’un site, d’un point de vue, d’un monument.
« Lors de l’expédition d’Égypte, lorsque l’armée française arriva près de Thèbes, dit M. J. -B. Eyrès, l’armée entière, à l’aspect de ces ruines éparses, s’arrêta d’elle-même, et, par un mouvement spontané d’admiration, battit des mains. » L’enthousiasme des soldats était général; ils lui faisaient ombre de leurs corps pour le préserver des rayons ardents du soleil, afin qu’il pût prendre les dessins de ces antiques débris, et mettaient leurs genoux en rond pour lui servir de table.
APPENDICE
714. — Au reste, ce fluide moral a été reconnu dès la plus haute antiquité, et les hommes les plus éminents l’ont apprécié dans tous les siècles. Les prêtres et les ministres de toutes les religions antiques et modernes le proclament hautement ; peut-être que ceux de nos jours ne font de même que . par tradition. ••
Ces prières en commun que l’on recommande surtout dans les calamités publiques, les processions, les assemblées religieuses, quel en est le but ? N’est-ce pas de réunir la plus grande masse possible de fluide moral et de lui donner une direction déterminée?
S’il y a une famine, une peste, une sécheresse, n’invite-t-on pas tout le peuple à ne porter ses vœux, ses pensées, ses prières que vers un même point, afin d’obtenir de Dieu la pluie, l’abondance ou la santé?
Nous avons encore un exemple frappant de celte vérité dans les sectateurs de la religion mahométane, qui est la plus enracinée, et par là la plus tenace dans la pensée et dans l'esprit des Turcs. Le Coran leur défend même de discuter avec les infidèles en matière de religion. Leurs prêtres donnent l’exemple en pratiquant rigoureusement lesformulesduCoran. Leurs prières publiques se font six fois par jour; leur fluide moral est donc toujours porté à la même direction. Nos missionnaires, qui souvent ont réussi à convertir des Chinois et et des Indiens, n’ont jamais pu parvenir à convertir un Turc au christianisme, et la majorité de celte race d’hommes n’a jamaif avancé d’un pouce dans la civilisation , car leur volonté ferme tend toujours au même but : c’est l’effet de lëur fluide moral.