CONSÉQUENCES
728. — Les erreurs, trop souvent remarquées en Europe dans les décisions des juges, sont examinées et commentées dans le peuple. Le respect dû au talent en est altéré; on se dit : Si un magistrat, un homme qui a étudié, qui doit voir clair dans ce qu’il fait, commet une injustice, pourquoi ne ferions-nous pas de même, si nous pouvons en tirer profit? Ces considérations ont poussé les hommes à opérer entre eux des actes indélicats ; et, l’un à l’envi de l’autre, augmentant d'astuce, ils ont continué de suivre l’échelle de la fourberie et de se tromper dans les transactions journalières de la vie.
l’homme moral.
Le plus fourbe, le plus adroit, celui qui suit le mieux les voies de l’hypocrisie et de la chicane, deviendra le plus riche. Pour acquérir cet avantage, il doit diriger constamment sa pensée sur cette ignoble disposition , et la conséquence naturelle est que son fluide moral étant exécrable, comme sa pensée, il le transmet à sa famille et le communique nécessairement de même à la société.
729. — Il y a une autre classe assez nombreuse de la société qui provoque le mauvais fluide dans la communauté en général : ce sont les employés de presque toutes les administrations.
Les employés, hommes très-intelligents pourtant, puisque leur emploi est ordinairement la récompense de leur instruction et de leurs talents, n’ont jamais réfléchi que leur salaire vient de la bourse du peuple, et que leur devoir serait d’avoir de bonnes manières envers tous et toujours.
Les employés, heureux de leurs emplois, dont le salaire garantit leurs besoins, n’ont point, comme les autres classes, le souci de l’incertitude sur le pain du lendemain.
La majorité de ces employés, plus ou moins subalternes, dont le nombre est très-considérable, n’a aucun égard à la misère publique. A l’inverse des fonctionnaires élevés, ils affectent une suprématie blessante et souvent arrogante sur les administrés, contre lesquels ils exercent des vexations, des actes de supériorité despotique ou de morgue, humiliants pour les individus qui en sont l’objet et qui souffrent intérieurement de cette humiliation.
Cette classe possède, en effet, la confiance publique; elle devrait reconnaître combien serait utile à la communauté générale la pratique de l’équité et l’exemple d’une grande politesse. Elle est en position d’influer beaucoup sur le moral d’une population, et sa conduite dirige bien souvent le fluide du bon ou du mauvais côté.
APPENDICE
730. — Lorsqu’un individu est frappé par un acte d’injustice de la part d’un ou de plusieurs employés, que cet acte soit reflet d’une vengeance préméditée, ou la conséquence d'une erreur, il n’en produira pas moins presque toujours la ruine, sinon l’extermination prochaine de la victime et de sa famille.
Les fonctionnaires supérieurs sont rarement disposés à voir des erreurs dans les actes de leurs subordonnés, et se trouvent dès-lors eux-mêmes souvent trompés. Si trop tard on s’aperçoit d’un tort grave, et que, pour le relever, il puisse surgir un scandale, on préfère appuyer les actes des subalternes, tout injustes qu’on les reconnaît; on se dit: il vaut mieux une victime qu’un scandale; et l’on ne considère pas que la victime, avec toutes les affinités de sa famille souffrante, émanera un fluide moral de passions, de peines et peut-être de vengeance qui durera de génération en génération, et qui est transmis insensiblement dans les viscères de la communauté.
731. — Ainsi l’injustice de l’homme envers l’homme est la première source du mauvais fluide moral , et conséquemment la cause de la misère de l’humanité ; elle s’étend sur toutes les classes. L’injustice qui trône depuis tant de siècles s’est trop enracinée dans les viscères des hommes , pour qu’il soit possible d’arriver à un changement sans la volonté unanime, ou du moins sans le concours sérieux de la majorité des hommes. Mais le jour qu’ils voudront positivement mettre la bonne foi en vigueur, ils commenceront une ère nouvelle : la misère disparaîtra, car ils auront amélioré et perfectionné le fluide moral ; un changement de cette sorte serait en harmonie .avec les vues et les actes de la nature, et digne de l’intelligence humaine.
Il n’entre pas dans le plan de cet ouvrage d’indiquer les moyens d’arriver à un tel résultat ; chaque nation peut facilement le sentir, et les gouvernements qui les dirigent peuvent encore plus facilement en ouvrir la voie.
CONCLUSION
CONCLUSION
732. — Kien ne peut plus intéresser un homme, une nation, un gouvernement , que la tranquillité des esprits de la population , et cette tranquillité ne peut s’obtenir que lorsque chaque famille se sent à l’abri des atteintes de la persécution, et protégée contre le dépouillement de ce qu’elle possède.
La misère vient du découragement moral ; il faut prévenir en tout temps cet abattement de l’âme; il faut non-seulement encourager l'homme par le travail, mais lui garantir que le fruit de ce travail sera conservé dans ses mains.
Ce n’est pas assez qu’un homme ait la vie, il faut lui laisser son temps et sa tranquillité pour qu’il emploie bien son existence.
Nous avons clairement aperçu que la tristesse et la misère humaine viennent de l’injustice de l’homme envers l’homme.
La tristesse, la misère, la persécution, l’ingratitude, l’orgueil et tout le corollaire des passions engendrent le fluide pernicieux ; ce fluide matériel et moral se communique entre les hommes, bon gré, mal gré, comme se communique l’air que nous sommes forcés de respirer. Personne dans ce monde ne peut se vanter d’échapper à son influence. Tous donc doivent avoir un égal intérêt à une amélioration du fluide moral, et particulièrement la classe la plus élevée, qui, ayant de la fortune, désire en jouir plus longtemps, et en tirer une plus grande somme de bonheur sur la terre.
733. — Comme notre planète transmet ses fluides aux autres astres, et reçoit les leurs en échange, de même tous les êtres de la terre rendent à la terre leurs fluides en échange de ceux qu’elle leur donne.
APPENDICE
Ainsi que la loi matérielle opère pour les corps, la loi inorale opère pour l’esprit. La réciprocité des échanges des fluides des corps célestes régit les mondes ; la réciprocité des échanges de fluides des êtres régit les êtres. Rien ne peut rester isolé ni indépendant ; l’enlacement est général , indissoluble , et la matière ainsi que l’esprit sont soumis à une même loi. Chez l’homme, en particulier, le corps fonctionne d’après l’ordre matériel delà race animale, son esprit marche d’après l’ordre du fluide moral ; s’il donne à ce fluide moral une bonne direction , il se sent heureux; s’il le néglige, au contraire , il sera malheureux. Or, comme toute la race ne fait qu’im seul, dans le système de sa création , nul homme n’a le droit d’être plus heureux que l’autre.
La nature ayant permis une différence d’entendement et d’intelligence , chaque classe d’homme pourra se trouver heureuse dans son cercle à part; mais comme dans le système général , le malheur ou le bonheur n’est qu’une simple conséquence , il dépendra des êtres les plus intelligents d’organiser le bonheur de tous , et pour y arriver, ils doivent faire tourner le fluide moral du bon côté.
Voici une preuve de comparaison tirée des lois générales de la nature :
734. — Comme la loi de gravitation et celle de la pesanteur, par suite du mouvement perpétuel qui régit les mondes, sont basées sur l’échange des fluides des astres, de même , le fluide moral humain pèse sur la destinée morale de l’homme par l’échange forcément opéré par la loi de son renouvellement perpétuel , dans la race entière.
Comme l’homme est forcé de faire son compte courant avec la terre par l’échange des matières qu'il reçoit et rend à la terre, de même il est entraîné à un compte courant avec les autres hommes par l’échange de ce fluide moral qui se communique par l’aspiration , par la parole et par la pensée.
CONCLUSION
735. — Noire but n’a été que de signaler la puissance du fluide moral , création de l’homme, d’en indiquer la mauvaise source ou les mauvaises causes, et de désigner la classe de la société qui , peut-être sans le vouloir et sans en connaître les terribles conséquences, le maintient dans une fausse voie; car tant que l'exaspération durera, pour un motif ou l’autre, dans les esprits des hommes, leur fluide moral sera malheureux et il restera dans les viscères de tous.
Si donc le fluide moral , visible ou invisible, existe, comme tout le démontre, pourquoi ne pas le diriger vers le bien-être général des hommes’ pourquoi le laisser dans une fausse voie, ou sans direction, comme un navire sans gouvernail ni boussole flottant sur l’Océan?
Les hommes, avertis de l’influence directe qu'exercent soudainement sur eux-mêmes les malheurs de leurs semblables , pourront vérifier ces indications que nous leur soumettons, et par des études plus approfondies sur ce grave sujet , ils reconnaîtront qu’il est positif que rien ne peut les sauver de la contagion des êtres de leur race.
Puisqu’il s’agit d’un intérêt vital aussi important pour chaque particulier , chacun doit s’empresser d’améliorer la direction de son fluide moral ; il faut donc que chacun en particulier commence, d’une ferme volonté, à bonifier son caractère et ses vues. Cela dépend des hommes eux-mêmes, et surtout des hommes les plus riches par la fortune et les plus élevés par l’intelligence, dont l’appui bienfaisant est réclamé par la classe pauvre. Heureux serons-nous si notre avis peut provoquer leurs sérieuses réflexions, et leur faire mettre en pratique les véritables moyens d’une bonne direction du fluide moral de la race humaine; l’homme sera alors tout à la fois digne de son empire sur la terre, et digne de la sublime intelligence qu’il a reçue du Créateur.
NOTES