Adam et Eve eurent deux enfants : Caïn et Abel
Caïn , jaloux de son frère Abel , le tua. Ce crime , reproché
par le Seigneur , força Caïn à s’éloigner pour expier sa faute ; vagabond sur la terre, il se retira vers la région orientale de l’Eden (Genèse, ch. IV , v. 16).
Caïn ayant connu sa femme (3), elle conçut et enfanta Hé-
(t) À dam , dans la langue hébraïque ancienne, veut dire homme , ou les hommes.
(2) Eve a, dans l’hébreu ancien, la signification à' être vivant, principe de vie, de régénération et de fécondité.
(3) La Bible ne dit pas où Caïn avait trouvé cette femme; s’il l'avait prise pour compagne avant son départ , il existait donc des femmes à la portée de cette famille primitive; ou bien, s’il est parti seul en quittant sa famille , il aurait donc rencontré à l’extrême orient, où il s’est rendu, une population établie là avant son arrivée.
nocu. li bâtit ensuite une ville qu’il appela Henochia, du nom de son fils (id., v. 17). IIénoch engendra Irad; Irad engendra Maviael; Maviael engendra Matiiusael, et Mathi&ael engendra Lamecii, qui eut deux femmes: Ada, qui enfanta un fils nommé Jabel, qui fut le père des pasteurs, et Sella, qui enfanta Tubalcaïn; celui-ci perfectionna l’art de travailler les métaux et fut très-habile dans les ouvrages d’airain et de fer (Genèse, ch. IV, v. 17 à 22).
479. — Adam et Eve, privés de leur fils Abel , reçurent du Seigneur la faveur de le remplacer par Seth.
Comme la race de Seth a été une postérité chérie de Dieu , l’écrivain sacré s’applique à la décrire plus particulièrement que celle de Caïn.
Voici l’ordre chronologique de ces patriarches:
Adam, à l'âge de 130 ans, engendra Seth, et vécut, après celte naissance , 800 ans; Adam mourut à l’âge de 930 ans.
Seth, à l’ège de 105 ans, engendra Enos et mourut âgé de 912 ans.
Enos, à l’âge de 90 ans, engendra Caïnan et mourut âgé de 815 ans. Euos releva le culte religieux par des cérémonies extérieures (Gen. V, v. 9).
Caïnan, à l’âge 70 ans, engendra Malalée! et mourut à l’âge de 91 0 ans.
Malaléel, à l’âge de 65 ans, engendra Jared et mourut à l’âge de 895 ans.
Jared, à l’âge de 162 ans, engendra Hénocli et mourut à l’âge de 962 ans.
Hénoch, à l’âge de 65 ans, engendra Mathusalaet mourut âgé de 365 ans.
Mathdsala ou Mathusalem, à l’âge de 187 ans, engendra Lamech et mourut âgé de 969 ans.
Lamecii , à l’âge de 182 ans, engendra Noé et mourut âgé île 777 ans.
Noé, à l'âge de 500 ans, engendra Sem, Cham et Japliet (Genèse, ch. Y, v. 1 à 31.)
<80. — Pour trouver exactement la durée de l’intervalle, ou l’aurore de ce sixième jour, nous devons récapituler les âges d’après l’histoire de ces 10 patriarches.
1° Adam. . . .
qui
vécut
ans
, ayant engendré Seth à
ans.
2° Seth ....
ayant engendré . .
3° Énos ....
4" Caïnan . . .
5° Malaléel. . .
6° Jared ....
7° Ënocti. . . .
8° Mathusalem .
■ 9° Lamech . . .
10° Noé
lors du déluge était âgé de 600
Totai.. .
ans.
Ce nombre, indiqué par Moïse, estaussi la règle de l’historien Josèphe (lib. I, Aiitiq., cap. 3), pour fixer la durée de l’intervalle ou de la première période de l’histoire, si l’on suit le texte hébreu vulgaire, ancien , et la Vulgate; cependant , le grec des Septante donne 606 ans de plus et porte l’intervalle à 2261 ans; le texte samaritain, au contraire, a 349 ans de moins que l’hébreu, ce qui réduit l’intervalle à 1307 ans (1).
(i) Le Pentateuque , et par conséquent la Genèse, d’où ces chiffres sont tirés, est parvenu jusqu’à nous par trois sources différentes :
1° Les Hébreux; c’est d’eux que l’Église chréliennc a reçu le texte aujourd’hui partout en usage;
2° Les Samaritains; ils descendent du mélange des dix tribus avec les colonies établies sur leur territoire par Ézar-Haddon. au retour de la captivité; leurs ancêtres, sous Néhémie , demandèrent en vain d’avoir part à la nationalité d’Israël;
3“ Enfin, les Septante, au 70 interprètes juifs d’Alexandrie, qui,
481. — Le chapitre VI de la Genèse nous signale la corruption des hommes, déjà bien multipliés sur la terre; et, par son verset 4, il nous explique que ces hommes étaient des géants, dontla race était tellement corrompue, que Dieu s’était repenti (v. 6) d’avoir fait naître l’homme, et qu’il avait résolu de l’exterminer (v.7). Seulement, Noé ayant trouvé grâce auprès du Seigneur, parce que c’était un homme juste, Dieu lui permit de fabriquer une arche pour se sauver avec sa femme, ses trois enfants et leurs trois femmes (v. 14), et deux animaux de chaque espèce.
482. — L’arche de Noé était grande de 300 coudées de longueur, 50 coudées de largeur et 30 coudées de hauteur (ch. VI, v. 15 (1).
Noé, ayant l’âge de 600 ans, entra donc dans l’arche avec sa famille, composée de huit personnes (chap.VlI, v.7), et, protégé par cet énorme vaisseau , il surnageait au-dessus des eaux, pendant que le cataclysme ou la catastrophe du déluge universel engloutissait tout dans la terre, en donnant la mort aux êtres vivants.
483. — Voilà ce que Moïse nous a laissé de plus précis touchant cette mémorable période, depuis Adam jusqu’au déluge universel.
Moïse a été d’abord historien, puis capitaine, enfin législateur; il vivait 2513 ans après Adam (2). Nous ajouterons
environ 300 ans avant J.-C., traduisirent l 'ancien Testament en grec pour les Ptolémées d’Égypte.
(1) En mesures d’aujourd’hui, l’arche de Noé représente 130 mètres de long, 25 mètres de large et 15 mètres de haut.
Le navire Léviathan, construit celte année à Londres, mesure 200 mètres de long , 25 mètres de large et 18 mètres de profondeur, mais comme il a une double paroi, il ne porte en capacité que 1,000 tonneaux de plus que l’arche de Noé.
(2) Abrégé historique des 72 livres de la Bible, par B. de Bottiére. Paris, 1829.
LA CRÉATION h’adam. 201
que Moïse était l’homme le plus savant de son temps, et qu’il a dû connaître personnellement les lils ou au moins les petitstils de Sem, Cham etJaphet, fils eux-mêmes de Noé, et avoir reçu d'eux des renseignements bien plus détaillés que ceux qu’il nous a transmis par la Genèse.
Moïse a écrit la Genèse (1) dans le style métaphorique de son temps ; mais ses œuvres chronologiques et historiques devaient renfermer de plus amples informations; malheureusement, ces précieux documents ne sont pas arrivés jusqu’à nos jours.
L’historien Josèphe, déjà cité , a sanctionné les récits de Moïse, sans ajouter de grandes explications.
Le père Calmet a donné des interprétations plus amples dans son histoire de l’Ancien Testament, et surtout dans ses dissertations sur la Bible et son commentaire sur la Genèse.
<84. — Ce que nous trouvons de positif dans ces six chapitres de la Genèse, c’est :
1 0 Que les hommes étaient très-grands ; c’étaient des géants ;
2° Que la durée de leur vie était de six à neuf siècles;
3" Que leur puberté se développait tard, puisqu’ils commençaient à engendrer après l’âge de 60 ans.
Ces circonstances coïncident parfaitement entre elles, l’âge génératif se trouvant en rapport avec la longueur de la vie, et celle-ci avec les dimensions de la taille, de même que l’âge génératif actuel est en rapport avec la longévité actuelle et avec la taille que l’homme a de nos jours. Cette loi s’observe, au surplus, dans tout le règne animal. Ainsi l’éléphant, qui est de nos jours l’être le plus grand et qui vit 150 à 200 ans, arrive à son âge génératif bien plus lard que le cheval , qui ne vit que 20 à 30 ans.
(t) Aslruc et d’autres savants ont démontré que Moïse a composé la Genèse de fragments d’histoire épars en Orient.
485. — La Genèse ne dit pas de quelle couleur était la face d’Adam et d’ Eve; étaient-ils blancs, noirs ou rouges? ni quelle langue ils parlaient, ni quelle était la femme que Caïn a épousée; elle ne nomme pas davantage celle de son frère Seth et ne donne pas le chiffre des populations de chaque tribu ; elle ne dit pas non plus quelles étaient les mœurs intimes, les occupations, ni quels furent les progrès en bien et en mal de ce peuple choisi des temps primitifs.
486. — En l’absence de ces renseignements qu’on ne trouve pas dans la Bible, nous allons chercher des éclaircissements dans les historiens profanes; nous aurons ensuite des témoignages plus authentiques dans certaines découvertes récentes que nous signalerons à leur suite.
Nous n’en devons pas moins être reconnaissants envers la Bible pour nous avoir fourni une chaîne de succession dont les anneaux se tiennent sans interruption depuis Adam jusqu’à Noé. Peu importe que les historiens aient voulu admettre que . la durée de cette période a été précisément des 1656 ans qui sont indiqués par le temps génératif de l’aîné de chaque patriarche, au lieu de prendre les âges successifs de ces mêmes patriarches, dont l’addition monterait à 8575 ans. Certes, ce dernier chiffre serait plus en rapport avec la vérité, car en 85 siècles on pourrait concevoir l’accroissement d’une population aussi nombreuse qu’on veut nous le faire supposer.
Mais en 16 siècles, et avec des conditions génératives aussi retardées ou aussi lentes, le résultat de la population devrait être bien minime et nullement en rapport avec ces extravagances d’immoralité et de perfidie qui ne peuvent être attribuées qu’à des populations pressées, agglomérées, depuis longtemps corrompues, et dont les excès et les vices leur ont fait encourir le courroux du Seigneur.
En conséquence, nous respectons la Bible en ce qui concerne la partie historique et religieuse; mais quant à la chro-
nologie et aux lacunes de la partie historique profane, nous 11e pensons pas qu’elle ait jamais eu l’intention d'interdire les recherches et les classements qui s’y rapportent.
487. — L’Écriture parle des géants qui vivaient très-nombreux avant le déluge : elle les nomme des hommes violents, cruels, qui ne suivent pour règle que la violence et la force de leurs armes (1).
L’Écriture les nomme aussi quelquefois Maphaïms: Chodorlahomor et ses alliés battirent les Maphaïms ou les géants, à Astaroth-Carnaïm.
Les Énacims (2) étaient les plus fameux géants de la Palestine ; ils demeuraient à Ilébron et aux environs. Leur taille était si fort au-dessus de l’ordinaire, que les Israélites n’étaient que comme des sauterelles auprès d’eux.
Moïse parle du lit d’Og, roi de Basan, qui avait 9 coudées de long, sur 4 de large, c’est-à-dire 5 mètres passés de long (3).
Goliath avait 6 coudées et une palme de haut ; ce qui revient à 3 mètres et plus.
Toutes ces autorités ne nous permettent pas de douter qu’il n’y ait eu autrefois des hommes d’une nature fort au-dessus de la grandeur des hommes ordinaires, et aussi fameux par la hauteur de leur taille que par leurs crimes et leurs violences ( Sag., 14, 16; Eccles., 16, 8).
Voici maintenant ce que nous disent les historiens profanes.
488. — Bérose, le plus estimé des écrivains chaldéens, s’exprime ainsi : « Un grand nombre de siècles se sont écoulés « avant ce fameux ravage des eaux (le déluge universel), par
(1) Voir la note S, à la fin du volume.
(2) C’étaient donc les descendants d'Ênoch.
(3) Dictionnaire historique, théologique , géographique , critique et moral de la Bible, pour servir d’instruction à la science de l'Écriture sainte. Paris. 1760.
« lequel tout Fuuivers périt. Nos Chaldëens en ont conservé « l’histoire fidèle.
« Ils écrivent qu’en ce temps-là, vers le mont Liban, a « existé Énos, la plus grande ville des géants, dont la domi- « nation s’étendait sur le monde entier, depuis le lever jusqu’au « coucher du soleil.
« S’appuyant sur la grandeur et la force de leur corps, ces « géants se servirent des armes qu’jls avaient inventées, pour « opprimer tous les hommes; et, livrés à leurs passions, ils « inventèrent des tentes, les instruments de musique, et toute « espèce de jouissances de luxe. Ils mangeaient des hommes, « faisaient avorter les femmes, et les préparaient pour les « manger ; ils s’unissaient à leurs mères, à leurs filles, à leurs « sœurs, à des garçons, et à des animaux : méprisant la re- « ligion et les dieux, ils commettaient tous les crimes.
« En ce temps-là beaucoup d’hommes prêchaient et pro- « phélisaient ; ils gravaient sur des pierres la future destruc- « tion de l’univers; mais les géants conservaient leurs habi- « tudes, se moquant de toutes ces prédictions. La colère et la « vengeance des dieux les y poussaient à cause de leur impiété « et de leur crime.
« Un seul d’entre les géants avait plus de respect pour les « dieux et de prudence que tous les autres, même les plus « honnêtes.
« Il habitait la Syrie, et son nom était Noa ; il avait trois « tils, Sam, Chem, Japet; et leurs quatre femmes étaient « Titée la grande. Pandore, Noela et Noègla. Celui-ci, re- « doutant la ruine que les astres annonçaient, commença, * dès l’an 78 avant l’inondation, à construire un navire «couvert comme un coffre. La 70“ année, depuis que ce « navire avait été commencé, l’Océan franchit ses limites au « moment où l’on s’y attendait le moins (1); les fleuves et les
(I) Nous prenons note tic celle déclaration : l’Océan franchit ses
LA CRÉATION DADAM. 295
« fontaines, bouillonnant jusqu’à leur plus grande profondeur, « couvrirent de leurs eaux toutes les montagnes; et au même « instant tombèrent du ciel, pendant un grand nombre de « jours, avec une extrême impétuosité, qui était même surna- « turelle, des pluies très-abondantes.
« Ce fut ainsi que le genre humain fut suffoqué par les « eaux, excepté Noa et sa famille, que le navire en sauva.
« Ce navire, élevé par les eaux, s’arrêta au sommet du « mont Gordiens, où l’on dit qu’il en reste encore quelque « partie, à laquelle les hommes vont prendre du bitume « dont ils se servent principalement pour les expiations. »
<89. — Les colonnes élevées par les astrologues descendants de Seth sont placées, par Flavius Josèphe, dans la terre Sériadique. Or, le nom de Sères était justement celui qu’on donnait aux Chinois du temps de Josèphe; donc l’histoire chinoise antédiluvienne avait été connue des Juifs, et leurs relations avec la Chine étaient extrêmement anciennes.
D’après ce fait, bien que la Chine fût très-éloignée de la Syrie, où habitaient nos patriarches, la route devait être assez facile, et cette longue distance était certainement parsemée de populations, autrement le commerce des Juifs ne se serait pas alimenté jusqu’à la Chine. Les Juifs ne se seraient pas engagés dans des voyages si prolongés sans y trouver de grands profits.
490. — L’an 2297 avant l’ère chrétienne, la 61me du règne de Yao , il y eut une grande inondation en Chine, si grande et si générale dans tout l’empire, que les eaux du Hoang-Ho se mêlèrent avec celles du Ho-ai-Ilo et du Kiang.
Le roi Yao assembla tous les grands de sa cour et adressa
limites au moment où l’on s’y attendait te moins. Cet auteur ancien rapportait bien exactement ce passage qui explique le commencement physique de l’inondation. !Nous verrons plus lard la vérité d’un tel fait.
la parole à Ssè-Yo, l’oflicier supérieur qui avait l’inspection sur tous les gouvernements des provinces (1); d’après les ordres du roi, Ssé-Yo présenta à Sa Majesté le plus célèbre ingénieur de la Chine, Pé-Koen , lequel, par des travaux gigantesques et qui durèrent 9 ans, forma de grands et nouveaux lits aux principales rivières. Le peuple avait souffert naturellement des pertes considérables, mais, grâce aux soins de leur chef, ce malheur n’est plus arrivé; et môme les provinces de San-Ouè'et de San-Miao, lieux d’exil pour les criminels, au nord de la montagne Nan-Chou-Chan, où est la source de la rivière Ouei-Choui, furent l’objet de soins et de dépenses pour garantir à jamais contre le retour d’un pareil désastre. Ces dépenses furent en peu de temps payées par des tributs proportionnels, répartis en 9 classes, et dont l’établissement annonce une intelligence financière admirable (2).
Ce renseignement historique, obtenu en Chine même, dans les livres anciens du pays, nous prouve qu’à cette époque reculée, la Chine était très-peuplée et avait déjà un système de lois organisées et une instruction supérieure dans les arts et les sciences; quant à l’inondation susdite, quelques auteurs prétendent qu’elle est arrivée à la même époque que le déluge de Noé; par conséquent, c’est le même événement.
Voyons maintenant ce que disent les monuments, qui sont une preuve plus certaine encore.
491- — Le temple, ou la pagode de Jagrenat, dans l’Inde, est un édifice qui porte 360 cadjes ou toises indiennes de longueur, sur une largeur de 240 cadjes. Il est tracé dans un parallélogramme régulier que forme son enceinte extérieure. Cette enceinte est fondée sur un immense bloc de granit que
|1) Histoire générale de la Chine , traduite du Tong-Kien-Kang- Mou, par le père de Mailla. Paris, 1777, t. I, p. 54.
(2) Ou peut lire la traduction dans Plissa» des plus anciens monuments de géographie, de Fortia d’Urban, n°361.
l’on a nivelé et coupé eu plate-forme, de manière que le vif du rocher sert de soubassement à tout le pourtour de cet énorme édifice (t). Celte immense enceinte est taillée dans le roc même, elle est abaissée maintenant à 9 pieds français; on a élevé le mur de clôture, qui a 15 pieds de haut, ce'qui donne un relief de 24 pieds à la galerie. La largeur totale est de 38 pieds; sur cette largeur est prise une double galerie de 14 pieds, régnant en péristyle sur le développement des quatre côtés du parallélograme , et qui est soutenue par un double rang de pilastres couronné par un entablement et son chapiteau, d’un stylesimple et élégant, mais d’un ordre qui n’appartient à aucun de ceux en usage.
Ce temple surprend l’imagination; on y remarque la prodigieuse élévation de la pyramide couronnant la principale entrée, la hauteur gigantesque du monument, de 304 pieds du rez-de-chaussée à sa cape, sur laquelle sont posés des ornements en cuivre doré, qui couronnent cette majestueuse pyramide; ses faces sont surchargées de sculptures à tel point qu’elles se confondent et troublent les yeux.
Ce monument antique, dont les inscriptions sont illisibles, ayant été effacées par les siècles, est plus étonnant que ceux de l’Égypte; il remonte à l'époque antédiluvienne, et commande l’admiration de l’homme pour la grandeur et la majesté de la Providence, au culte de laquelle il était destiné.
492- — La pagode ou le temple de Chalambrom est le second monument de l’Indoustan ; les Tamouls prononcent chédambaram. Celui-ci, quoique très-ancien, est postérieur de plusieurs siècles au temple de Jogrenat. La tradition ne lui donne qu’une antiquité de 5,000 années, tandis que l’histoire des Indous rapporte l’érection de la pagode de Ja-
(1) M. Legoux de Flaix, dans l’atlas joint à son ouvrage, donne te plan géotnélral du temple de Jagrcnat. ( Essai sur l'indoustan, par, Legoux de Flaix. Paris, 1807.
grenat aune date de 11,000 ans; on voit en effet encore une inscription placée sur la principale porte, et qui relate le nom du monarque sous le règne duquel cet édifice séculaire a été achevé. M. Legoux de Flaix, qui en a fait le dessin sur les lieux, en atteste l’antiquité, de manière à convaincre même les plus incrédules.
Le temple de Jagrenat est consacré à Roudre, c’est-à-dire au suprême ordonnateur, qui signifie, au figuré, tout ce qui est ; et celui de Chalambrom est dédié à Brouma, l’un de ses attributs, la puissance exécutrice.
Ce temple est renfermé dans un carré long de 390 toises (780 mètres) de développement, dont le pourtour intérieur forme une vaste galerie divisée, dans tout son périmètre, en appartements occupés par autant de familles de brames, qui desservent ce temple, et qui font le service du culte.
<93. — Nous pourrions citer des centaines de monuments, les uns plus anciens que les autres, et prouver ainsi l’âge de ces deux premiers ; mais ces citations seraient superllues, car les réflexions du simple bon sens nous fournissent une preuve plus forte que tous les autres monuments qui pourraient être mis sous nos yeux.
En effet, ces magnifiques monuments, de 5 ou 11 ,000 ans, qui se présentent à nous avec une richesse et une grandeur colossales, ne peuvent avoir été construits qu’après bien des siècles d’essais, d’études, et par gradation successive. La perfection des arts et des sciences ne s’improvise pas par enchantement ; elle ne vient pas comme une inspiration à des sauvages ou à des hommes qui n’auraient pas vu et observé des constructions auparavant; donc avant ces monuments, il y en avait eu d’autres bien inférieurs, et si, en suivant la chaîne qui conduit au perfectionnement, nous retournons sur nos pas, il est évident que nous trouvons qu’une longue suite de siècles se sont passés depuis la construction de la première
hutte de l’homme primitif, jusqu’à celle de l’édifice somptueux du temple de Jagrenat, ou de tout autre, et nous devrons rétrograder si loin, que nous serons nécessairement ramenés à la cinquième journée de la création, comme nous l’avons indiqué.
494. — Toutefois, nous avons des preuves plus matérielles encore pour confirmer l’existence des monuments de l’époque antédiluvienne; et ce qui surprendra le plus, c’est que nous avons découvert ces preuves en Amérique, contrée que notre civilisation n’a connue qu’au quinzième siècle de notre ère.
Oui, en plusieurs endroits de l’Amérique, nous avons trouvé des vestiges de monuments fort anciens; c’est surtout au Mexique, au Pérou et dans les provinces de la Nouvelle-Grenade que ces découvertes ont été faites.
495. — Dans la Nouvelle-Grenade, qui est presque sous l’équateur, se trouve une grotte ou caverne dont l’entrée est au niveau du sol, et dont la voûte est en partie naturelle dans la montagne et en partie travaillée au ciseau par la main de l’homme. A l'entrée, et comme si c’était un gardien, il y a un tigre colossal en pierre très-bien conservé. La sculpture de ce monument est du même dessin que les monuments que nous voyons dans l’Indoustan.
L’entrée de la grotte avec le tigre se trouve en ce moment dans un passage assez étroit, entre deux montagnes. C’est en raison d’une pareille position que ce monument a été préservé de la destruction du temps. A sou origine, il devait y avoir une plaine et même une ville devant la grotte, car il aurait été impossible de transporter un bloc de pierre aussi colossal à travers des montagnes ; et quànd même cela eût été possible, à quoi bon le faire? pour orner un désert impraticable, tel qu’il est aujourd’hui 1
Nous verrons bientôt comment, dans des lieux où il y avait de vastes plaines et des villes bien peuplées, se trouvent au-
jourd’hui, en Amérique, des montagnes escarpées, rapprochées l’une de l’autre et hérissées de précipices.
496. — A peu de distance de cette grotte , dans la même province, dans le cercle de la ville de Neyva, l’ex-présidenl de la Nouvelle-Grenade, M. le général José Hilario Lopez, a fait pratiquer des excavations dans ses vastes propriétés, et a tiré de la terre, d’une profondeur de 2 à 5 mètres, des statues colossales de la plus grande beauté (1), représentant des chevaux, des singes, des crapauds, des figures d’hommes et de femmes; on remarque avec étonnement que toutes ont le regard tourné vers l’orient.
A peu de distance des excavations ci-dessus, on a trouvé une table colossale, en pierre, que cinquante hommes pourraient à peine mouvoir; cette table, fort bien polie , est placée sur quatre pieds en pierre en forme de pattes , prenant leur souche dans un seul pilastre central , à peu près comme les tables modernes de nos plus habiles ébénistes.
Ces monuments, sur quelques-uns desquels il y a encore quelques vestiges d’inscriptions, sont absolument du même travail que ceux des Indous et des Égyptiens ; en outre, ils sont d’une seule pierre ; or, on sait que les Égyptiens ne faisaient aussi que d’un seul bloc leurs statues, colosses, tombeaux, obélisques.
497. — Mais ce qu’il y a de plus significatif encore, ce sont les restes des hommes de la classe des géants qui se sont conservés aussi en Amérique.
Nous avons vu nous-même, en Amérique, quelques grou-
(1) M. le général José Uilario Lopez , avec un louable amour des découvertes pour la science, continue toujours ses excavations; il nous a promis de nous envoyer les dimensions et les dessins des monuments qu'il a découverts et qu’il découvrira, avec tous les détails; et aussitôt que nous les aurons reçus, nous nous empresserons de les soumettre à la curiosité du public.
LA CnÉATIOX d’adam. 301
pes de sauvages, les hommes ayant 7pieds et les femmes 6 et 6 1 12 ; mais nous n’aurions pas osé en parler dans cet ouvrage, de crainte que notre simple témoignage ne parût pas avoir assez d’autorité.
D’autres voyageurs en ayant déjà parlé, et en particulier le commodore Byron , dont le rapport a été inséré dans un journal de Paris (1), ce témoignage justifie notre attestation et nous permet d’ajouter qu’à la vue de ces débris incontestables d’un autre âge, nous avons été fondé à conclure que ces hommes, presque géants, sont encore de la race directe des hommes dont nous avons vu la souche à la cinquième journée.
<98. — L’aurore de ce sixième jour est tellement resserrée et restreinte dans la Bible, qu’il nous semble convenable de borner aussi nos recherches ; nous les reprendrons dans la suite de la journée. En attendant, revenons à Adam, à qui cette aurore brillante est destinée, et voyons ce qu’ont dit de lui les histoires et les écritures des nations.
Le Talmud raconte qu’Adam fut créé si grand, que sa tête touchait au firmament. Les anges à sa vue en murmurèrent; ils représentèrent à l’Éternel qu’il y aurait deux êtres suprêmes, un au ciel et un autre sur la terre. Dieu vit alors sa faute et la répara: il appuya sa main sur la tête d’Adam et réduisit le colosse à une taille de 1500 pieds.
Le Talmud est une Apocalypse composée par les rabbins ; ils se sont servis, comme Moïse, de l’allégorie et de la métaphore, en se réservant l’explication, qui est leur secret.
Cependant nous pouvons aussi donner une explication du récit précédent.
D’abord le mot Adam signifie en hébreu le peuple, ou les hommes au pluriel ; et ce nouvel Adam , qui se présente au
(t) La Pairie du 7 mars 1858. Voir la note T, à la fin du volume.
SIXIÈME ÉI*IMJUE.
monde plus beau de formes et de visage que tous les hommes qui l’ont précédé, est placé naturellement au sommet de l’échelle du genre humain.