‹ La criminalité comparée (volume 2)Chapitre 4 sur 13 · CHAPITRE PfiEMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PfiEMIER

Êtes-vous curieux de connaître à fond le criminel, non pas le criminel d'occasion que la société peut s'imputer en majeure partie, mais le criminel inné et incorrigible, dont la nature, presque seule, nous dit-on, est responsable? Lisez la dernière édition de VUomo delinquente de Lombroso * qui va incessamment paraître en français. Combien il est regrettable qu'un ouvrage de cette force et de cette densité, qu'un tel amas d'expériences et d'observations aussi ingénieuses que persévérantes et où se résume le labeur non stérile de toute une vie, de toute une école novatrice, n'ait pas, depuis longtemps déjà, tenté la plume d'un traducteur français ! Peut-être, à vrai dire, le sujet ne paraitra-t-il pas tout d'abord bien intéressant. Cette anatomie illustrée, physique et morale, de meurtriers, de fripons, d'odieux satyres (stupratori) est si minutieuse! Leurs

* L'Uomo deUnquente, par Gaare Lomhroso, 3* edizione, con 17 tavole e 8 fissure (Roma-Torino-Firenze, FrateUi Bocca, i884). Traduction française chez Félix Alcan.

lions crâniennes et corporelles, leurs photograirs écritures, leurs façons de sentir ou de ne pas

douleur ou l'amour,le &oid ou le chaud, leurs

leurs vices, leurs embryons littéraires, tout ce u-actérlse, en un mot : que nous importe tout 'ourtant, s'il est certain que la médecine a été le e la physiologie et que l'état morbide éclaire I, il est au moins probable, aussi bien, que les s du criminaliste jettent des lumières sur les. i du sociolc^iste; ou plutôt on ne doit pas

de voir, suivant les prétentions justifiées de scola, la critninologia (c'est le titre du dernier e M. Garofalo') rentrer comme un cas particulier Kiologie, et compléter à ce point de vue l'écoitique dont elle est en quelque sorte l'envers. On ccorder ce point, même alors qu'on ne regardee criminel d'aujourd'hui, suivant la thèse ou thèses de Lombroso, comme le dernier exemenu rare du sauvage primitif, en sorte que ce ime à présent, fiiit antisocial, aurait commencé

fait social habituel, la règle et non l'exception.

ïns donc séparément les caractères anatomiques, ques, pathologiques, psychologiques enfin, qui 3nt avec une fréquence remarquable parmi les ) habituels, et semblent signaler parmi eux les i héréditaires. Nous nous occuperons des adultes et principalement des hommes, miquement, le criminel est en général grand et ne dis pas fort, car il est faible de muscles, au

ogia, par R. Garofato (Roma-Torino-Fiteoze, FratelU

iB que, d'après Spencer, l'hotniue primitif, le sauvage.

LE TYPE CRIMINEL. li

contraire. Par sa taille et son poids moyens, il l'emporte sur la moyenne Je© gens honnêtes ; et cette supériorité est plus marquée chez l'assassin que chez le voleur. Je dois dire pourtant que les mesures de Lombroso à cet égard, prises en Italie, sont en contradiction avec les mesures prises en Angleterre par Thompson et Wilson, et ne s'accordent même pas toujours avec celles de son compatriote Virgilio (voy. p. 217 et 219). J'ajoute que, d'après Lombroso lui-même, les femmes criminelles sont inférieures aux femmes noitoales comme poids. Ce qui parait hors de doute, c'est la grande longueur des bras qui rapprocherait le criminel des quadrumanes. Une autre singularité, non moins bien établie, et que je croîs à propos de noter dès àprésent, quoiqu'elle soit physiologique plutôt qu'anatomique, c'est la proportion extraordinaire des ambidextres. Ils sont trois fois plus nombreux chez les criminels, et quatre fois chez les criminelles, que chez les honnêtes gens.

Quant aux crânes, quant aux cerveaux, ils ont donné ici bien du mal aux anthropologistes, et Lombroso est obligé de confesser que leur peine a été souvent assez mal récompensée. D'abord, la capacité crânienne des malfaiteurs est-elle inférieure à la nôtre? Cela semble probable. Lombroso et Ferri disent oui, ainsi qu'Amadei, Benedict et autres ; Bordier et Hegér disent non *. D'après ce dernier, les criminels l'emporteraient en nombre, précisément dans les capacités supérieures, celles de 1,800 à 1,700 centimètres cubes. En tout cas, il est certain que, dans les capacités intermédiaires et vraiment normales, leur nombre est plus faible; en sorte que leur supériorité, quand elle se produit, aurait les caractères d'une anomalie. Quoi qu'il

^ Autres désaccords avec Weisbach et avec Ranke. D'après celuici qui a comparé cent crânes honnêtes à cent crânes criminels (les comparaisons de Lombroso ne portent pas sur den chiffres bien plus forts) la capacité moyenne des criminels est à peu près éf?ale à celle des non-criminels, maie les criminels sont plus nombreux dons les capacités extrêmes, les plus hautes comme les plus basses.

INALITë uompahee. '

■■ moyenne est bien supérieure à celle els notre auteur, en bon darwinien, imiler. Il est vrai que, par leur conetcérébrale, ils présentent avec ceux-ci !S, comme nous le verrons plus loin, •ession de la forme a été jusqu'à un nsée en eux, comme chez certains 'pe inférieur, parle progrès, au moins 1. Ce que je ne m'explique pas bien, le la tête des assassins ait été trouvée

des voleurs. Ne faut-il pas autant et our combiner un vol que pour préméjcla peut tenir, nous dit-on, à ce que, ipprend, la brachycéphalie domine t la dolichocéphale parmi les voleurs ; 3 la tête est plus avantageuse que la int de vue du volune. A ce sujet ou it eu peut-être une intuition juste en s la bosse de la a'uauté. Mais, encore nis par la contradiction des données, céphalie des assassins fût-elle admise, le plus de les assimiler à nos premiers an remarque avec M. de Quatrefages; : sont les troglodytes bracbycéphales

habitudes inoffensives sont attestées ite arme de guerre, » tandis (jue s les

et de Cro-Magnon (dolichocéphales)omme ayant déployé tous les instincts Buses et guerrières', " pait certain que les malfaiteurs ont le t plissil*, les arcades sourcilières saililaires très grandes, comme celles des mâchoires avancées et très fortes, les arges, en anse : ce sont là des traits

et Hommes sauvages, p. 033.

LE TYPE CRIMINF-r,.

bien nets de sauvagerie '. Ajoutons-y diverses anoi qu'il serait trop long d'énumérer, et en particul défaut de symétrie crânienne ou faciale, prononcé quent. 67 fois sur cent, cette irrégularité plus ou choquante a ëté observée par Roussel sur des crin On a donc plus raison qu'on ne croit quand on di homme vicieus qu'il est de travers. — La même a trie fréquente s'observe-t-elle chez les sauvages? Lésai pol(^isles n'en disent rien. — » Ce qu'il importe It de noter, dit notre auteur, c'est que la réunion de bea d'anomalies à la fois dans un même crâne se pr^ chez les criminels, 43 fois sur cent, tandis que c anomalie ne se présente isolée que 31 fois sur cent. * se rattachent donc intimement les unes aux autres c des fragments d'un type qui cherche à se constituer se reconstituer, dirait-on.

Lombroso attribue une importance particulière, et paternelle, à une anomalie qu'il a découverte, à sj celle d'une fossette moyenne, qu'on rencontre, a de la crête, sur l'os occipital, dans la proportion pour cent chez les criminels, et de 5 pour cent ch non-criminels. » La proportion est de 10 à 12 pou chez les fous, de 14 pour cent parmi les races préh ques, et de 26 pour cent pour les Indiens d'Améi mais ajoutons qu'elle est de 22 pour cent chez les Ji les Arabes, et n'oubbons pas que, d'après la stati criminelle française en Algérie, la criminalité des f est bien inférieure à celle des Européens '. D'où je c(

* Blea nets ? Obserrone, par «lemple, qu« la proiinathie caractériBfl âiclueliemeat aucuDe race, et que, à l'opposé de part des earaetèrea réputés signea d'inlérioritâ, il eet moins cbez l'eptant que chez l'homme.

' Toir sa note sur la Fontlle occipitale, dans la Rtime Kieni

1874, p. un.

' En Algérie, eut dix mille Européen», il y a cent onze pn par an; BUr le même nombre de Français, soixante et oDza, ( le méine nombre d'indigèaw, trente-quatre seulemeatl On a

cet égard, le erimiiiel peut rappeler le sauvage, 3 ou le demi-civilisé, cette similitude d'ailleurs e contribue nullement à expliquer pourquoi il el.

ne peu flatteur pour notre sexe. La femme chat ses caractères crâniol(^iques, est beaucoup iuline que la femme honnête. On sait, d'autre le progrès en civilisation s'accompagne d'une tion croissante des deux sexes, comme le D' Le I autres observateurs, l'a fort bien montré.

5 au cerveau. Son poids moyen, chez les crimïit être à peu près le même que chez tout le qui, entre parenthèses, n'est pas propre à confériorité relative à la capacité du crâne et l'assiàvorite avec l'homme primitif. Mais, ce qui Lvantage, < lorsque l'on examine,dit leD'LeBon te philosophique, mai 1881) les procès-verbaux des suppliciés, il est fort rare de n'y pas renconstatation de lésions cérébrales plus ou moins » Est-on cependant déjà en mesure de déternomalies du cerveau qui caractérisent le criminel a pu jusqu'à un certain point spécifier celles de ' Non. Seulement Lombroso se croit autorisé à |ue la déviation fréquente du type normal i non rarement < les formes propres aux ani- ■jeurs ou les formes embryonnaires». Si l'on )ncilier cette qualité inférieure du cerveau avec : considérable, on se trouvera encore une fois ■garder le criminel comme la bassesse élevée à puissance ; et, à ce titre, il me parait réaliser, ! portrait du passé, mais plutôt l'idéal d'une

t, qae la justice est plus porUe k fermar Ub yenz inr de ces demierB, — Quant aax Jaita, o'eet le peuple le I moiiia porté aux ftrands crimes, qui existe. Voir & ce ire det teietteei de H. Alph. de Candolle, p. 173 et irni&re édition.

civilisation qui, par hypothèse, serait matériellement progressive, intellectuellement et moralement rétrograde. — Disons aussi que, d'après Flecks, (cité en note par Lombroso), les anomalies des circonvolutions cérébrales, chez le criminel, sont de deux sortes, et que celles de la première catégorie ne se rattachent à aucune forme animale ou humaine, à aucun type normal, même inférieur.

N'omettons pas de relever des observations assez singulières : le criminel (et aussi bien la criminelle) est beaucoup plus souvent brun que blond* ; il est très chevelu et très peu barbu.— Méfiez-vous de l'imberbe, dit un proverbe italien. — Enfin, il n'a presque jamais le nez droit ; le voleur l'a retroussé, paraît-il, et l'assassin, crochu...

Cette dernière remarque peut faire sourire ; mais, en la lisant, je me suis rappelé l'importance un peu bizarre, non sans profondeur pourtant, que le vieil Hegel, dans son Esthétique, attribue à la forme du nez, pour expliquer la beauté du profil grec. Entre le front, où se concentre l'expression spirituelle du visage humain, et la mâchoire où la bestialité s'exprime, le nez lui paraît être l'organe intermédiaire qui contribue puissamment à faire pencher la balance en faveur de l'un ou de l'autre. Il tend, d'après lui, à rendre la bête ou l'esprit prédominant, suivant que, par une ligne droite à peine fléchie, il se rattache intimement à un front droit, uni et pur, dont la régularité pour ainsi dire se prolonge en lui, ou que, détaché du front déprimé et creusé de plis, par une ligne brisée, et lui-même camus ou même aquilin, il s'incorpore plutôt à la bouche et à la mâchoire, surtout si elles sont lourdes et proéminentes. Cette explication, je l'avoue, n'est pas des plus scienti-

^ Encore une différence, probablement, avec l'homme primitif, qui aurait été roux, d'après Qaatrefages (VEapéce humaine). En tout cas, il résulte des recherches de M. de GandoUe et d'autres auteurs que la coloration brune ya se propageant aux dépens de la teinte blonde, ce qui veut dire qu'au début la première a été exceptionnelle.

CRIMINALITÉ COMPABÉE.

et n'enrichira pas beaucoup l'anthropologie. Mais je s'il sera facile à cette science de nous fournir une ation simplement utilitaire, nullement esthétique, férentes formes du nez'. H est certain au moins que 1 front et son nez rectilinéaires, par sa bouche étroite ieusement arquée, par sa mâchoire efiacée, par son petite et collée au\ tempes, la belle tête classique un parfait contraste avec celle du criminel, dont la r est en somme le caractère le plus prononcé. Sur ent soixante-quinze photographies (réduites) de crijointes à l'IJomo delinquente et quelques dizaines îs portraits disséminés dans le corps de l'ouvrage, je I découvrir qu'un joli visage; encore est-il féminin ; e est repoussant en majorité, et les figures monses sont en nombre. Méfiez-vous des laids encore plus sglabres'l H me semble donc qu'après avoir cher- ;xpliquer la silhouette criminelle, en la comparant de l'homme primitif, toujours plus ou moins conil, on aurait pu l'opposer au type idéal de la beauté ne, qui nous est dès longtemps bien mieux connu . révélations de l'art ou de la nature, et compléter ou T ainsi la première interprétation de ses carac-

iportanoB du nez, comme caraotère anthropologîqua, etl Irèa jre ù celle d'autres caractËres réputés à tort plug importante t l 'importai) es, ce semble, s'expliquerait bien mieux. Par i, le nez lonp afi, à considérer les moTeaoes, exclusivement aux BlsDcs, et le Dez èpntë aux Nëpres, lamlis que la dolU lalie, et la bracbycèphalie, la prande et la petite capacité ne sont, mfime eu égard aux mcjeunes seuïemeat, réparsque au hasard, entre-croisées ou juxtaposées dans le eein lème race. (V. QuatreFaifes, citant Tapinard.) nbellissemeut physique de h race importerait donc à son Mment moral. 11 n'est pas impossible qu'une sëlectiaa à , opérée en Europe par nos grandes guerres notamment, ait I peu contribué à diminuer la moralité publique ou à entraprogrès. Ce n'est pas seulement, en eSet, le plus pur sang, plus pure honnêteté de la nation qui, srSce aux conseils de I, compare ses armées et se dépense dans ses batailles.

Hegel a bien défini cette idée idéale, comme celle où l'esprit domine, c'est-à-dire, pour préciser sa pensée à notre manière, celle où se marque l'épanouissement social, et non exclusivement individuel, de l'homme. Si la bouche et la mâchoire, par exemple, ne sont pas seulement propres à la morsure et à la mastication, mais encore au sourire et à la parole, elles sont belles; et elles sont d'autant plus belles que les deux fonctions sociales de parler et de sourire l'emportent davantage en elles sur les deux fonctions individuelles de mordre et de mâcher. Or, une mâchoire lourde, par exemple, est très bonne pour mâcher, mais très gênante pour s'exprimer ; aussi les anthropologistes nous donnent-ils la règle suivante : « La mandibule est plus pesante relativement au crâne chez les anthropoïdes que chez l'homme, chez les races inférieures que chez les races civilisées, chez l'homme que chez la femme et chez l'adulte que chez l'enfant. » Ces deux dernières remarques donnent à penser. En tout cas la facilité d'élocution des femmes n'est pas douteuse. (Revue scientifique, 9 juil. 1881, p. 54.)

Pour en finir avec le signalement anatomique, un caractère presque aussi indéfinissable qu'important, et presque aussi important à lui seul que tous les autres, c'est le regard. Il est terne, froid, fixe, chez l'assassin ; il est inquiet, oblique, errant, chez le- voleur. Cette remarque mérite surtout d'être relevée parce qu'elle s'applique aux malfaiteurs de n'importe quelle nationalité ; et elle n'est pas la seule similitude de ce genre qui se produise, par une coïncidence singulière, entre des individus appartenant à des races différentes, et devenus, de la sorte, semblables entre eux, comme s'ils étaient parents. Lombroso signale ce fait à plusieurs reprises. « La fréquence des plis du front (seni frontali), dit-il, et du développement de l'arcade sourcilière est vraiment singulière, et c'est ce caractère peut-être qui, ajouté au front fuyant, explique la ressemblarice curieuse des criminels italiens

* i jr '^ •.

lUemands. • Il invite ailleurs her plusieurs photographies rver avec raison qu'elles se amment, quoiqu 'empruntées . Ainsi le criminel se singu-

ce qu'il échapperait à son i ce que ses anomalies à cet e r^le, et son atypie elletrange, et je ne sais jusqu'à irwiniennes sont propres à ilitudes non produites, ce le ne demanderais pas mieux

d'atavisme et de leur donner é remontant très haut. Mais iger à ces familles naturelles ite-Beuve, de son côte, s'est lent dans l'un de ses Lundis, IX et quasi fraternels et cepenmoins étrangers les uns aux ;. Or, dira-t-on aussi que ces lirituel, que ces fleurs doubles menéeet surcultivée sont des i, des réminiscences hérédile ne conteste pas l'hérédité '■ progrès ; mais je me permets )ut cela, une grande inconnue tro aux idéalistes de l'avenir, i, ne ressembleront guère à e vue, par exemple, il serait estion de savoir si, dans une

rèminent professeur de médecine nthropologie criminelle, rësnms le lEO et d'après lui-même. • Les ilus importants et vraiment dis- >me, des chevens abondants et Dvent brone et bistrée, l'os^rcé- 1 des reuz, la petitesse du CTftoe,

race donnée, ce sont les échantillons ordinaires du type, ni beaux ni laids, qui se ressemblent le plus entre eux, ou si ce sont au contraire les exemplaires de choix, soit en bien, soit en mal. Les belles femmes , dirait-on, sont bien moins dissemblables entre elles que les femmes laides ou médiocres. Et les hommes éminents en perfection morale ne sont-ils pas plus près de se ressembler en tout pays et en tout temps que les scélérats consommés? S'il en était ainsi, on pourrait soupçonner quelque convergence, quelque orientation naturelle des multiples voies de l'évolution spécifique vers un même idéal ou si l'on aime mieux vers un même état d'équilibre supérieur.

Nous pouvons être bref sur les caractères patholologiques et physiologiques. Dire, avec notre auteur, que le criminel est un fou, c'est dire qu'il est malade. Il est très sujet aux maladies du cœur notamment,et à diverses affections de la vue, telles que le daltonisme et le strabisme*.

le développement des mâchoires et des os. molaires, le front fuyant, les oreilles volamineuses et en anse, l'analogie entre les deux sexes, la faiblesse musculaire. Ce sont là autant de sijrnes qui, ajoutés aux résultats des autopsies, rapprochent le criminel européen de l'homme préhistorique ou du Mongol. » {Revue idenUfique. 1881, t. I, p. 683.) 11 y aurait à distinguer les sous-types de l'as* sassin, du voleur et du siuprator.

^ La fréquence de ces anomalies de la vue a d'autant plus d'importance, conmie le remarque Lombroso, que la part du cerveau dans le phénomène de la vision apparaît chaque jour plus grande, et qae, « d'après les recherches de Schmutz, cinquante pour cent des gens atteints de ces affections, présentent de graves perturbations du système nerveux, telles que l'épilepsie et la chorée. > Il est surprenant toutefois, que la vue des criminels soit remarquablement perçante. En ceci, ils tiennent du sauvage, comme en cela du fou. Ajoutons qu'ils ont fréquemment des tics nerveux. On remarquera que Lombroso, qui a étudié si minutieusement la vue et le toucher de ces malheureux, ne nous dit rien des particularités de leur ouïe. Il serait intéressant de savoir si ces daltoniens ont l'oreille juste et fine.

Mais, comme, avec cela, sa longévité, que son insensibilité explique peut-être, est des plus remarquables, il n'y a pas à s'apitoyer longtemps sur ses infirmités. Déjà même ceci nous avertit d'y regarder à deux fois avant de le considérer comme un malade, et par conséquent comme un fou. Folie et longévité s'excluent.

On nous assure que le criminel a en général une voix de ténor ou de soprano, soit. — J'ai déjà dit qu'il est trois ou quatre fois plus souvent ambidextre que l'honnête homme. Par ce trait, et par son agilité souvent prodigieuse, il est simien. Il est bestial encore par son insensibilité relative à la douleur et au froid, mesurée à l'aide d'instruments spéciaux. Il rougit difficilement. Mais ici nous touchons aux caractères psychologiques, auxquels nous avons hâte d'arriver.

Avant d'aller plus loin, cependant, demandons-nous quels services pratiques peut rendre déjà à la justice criminelle la connaissance des résultats que nous venons d'esquisser. Étant donné un homme qui présente au physique le type criminel bien caractérisé, dirons-nous que cela suffit pour être en droit de lui imputer un crime commis dans son voisinage? Aucun anthropologiste sérieux ne s'est permis une telle plaisanterie. Mais, d'après Garofalo, si l'on constate ces anomalies typiques sur un individu qui vient de commettre son premier crime, on peut, avant même qu'il ait récidivé, assurer qu'il est incorrigible et le traiter en conséquence. Peut-être est-ce aller encore bien loin. Il me semble qu'entre cette opinion et le scepticisme exagéré de Rudinger *, il y aurait un milieu à garder et qu'à titre d'indices sérieux, mais d'indices seule-

1 <c RûiUager, dans un travail très sérieux et très consciencieux sur les caractères physiques des délinquants, confesse que l'anthropologie criminelle se présente avec un appareil imposant de faits, mais que ses déductions né sont pas encore applicables aux recherches pénales. » Bonveccbiato, Sulla terza edizione dell Uomo delinquente del Prof. Lombroso, p. 23. Estratto dal fascicolo VC del piornale Bivista Venita di Scienze Mediche.

LE TYPE CRIMINEL. âl

ment, comme dit Bonvecchiato, ces traits accusateurs doivent être pris en considération. Ferri nous assure que, sur plusieurs centaines de soldats examinés par lui, il fut frappé d'en remarquer un, un seul, que son physique stigmatisait homicide ; et on lui apprit que ce malheureux avait été, en effet, condamné pour meurtre. Sur huit cent dix-huit hommes non condamnés, Lombroso n'a observé qu'une ou deux fois le type criminel complet, et quinze ou seize fois le type à peu près complet. Pour les condamnés, la proportion est une dizaine de fois plus forte. Combien de magistrats instructeurs ne croient pas perdre leur temps en recherchant péniblement des présomptions moindres I Quand je songe qu'on est si souvent obligé de s'en rapporter à des renseignements, à des certificats fournis par un maire et dictés par la camaraderie ou l'intérêt électoral ! Sous l'ancien régime, d'après Loiseleur^, les commentateurs des lois criminelles, Jousse et Vouglans, comptaient au nombre des graves motifs de suspicion la mauvaise physionomie de l'inculpé. En fait, même de nos jours, il n'en faut pas plus, dans certains cas difficiles, pour décider un juge hésitant entre deux individus à pour^ suivre. Le mérite de l'anthropologie est d'avoir cherché à préciser les causes de cette impression que tout le monde ressent plus ou moins à la vue de certains visages, et à éclairer ce diagnostic. Néanmoins, ici comme en médecine, les meilleures descriptions ne sauraient suppléer au contact fréquent et multiple des malades, je veux dire des malfaiteurs. Le besoin d'une clinique criminelle se fait sentir, comme complément de l'École de Droit, à l'usage des jeunes gens qui se destinent à la justice pénale, et pour qui c'est un si mince bagage, comme le remarque si justement Ferri, d'avoir approfondi le Digeste, voire même le Code civil. La fréquentation obligatoire des prisons pendant six mois leur vaudrait dix ans d'exercice. J'estime,

< léCZ Crimes et les Peines, par Jules Loiseleur. (Hachette, 1863.)

iî CH1H1NA.L1TE COMPAREE.

avec cet éminent écrivain, qu'une ligne de démarcation nfranchissable devrait séparer, par suite, les deux, ures, celle qui se nourrit de crimes et celle qui >cès.

la publication des lignes qui précèdent dans la âlosophiqiie , j'ai été invité par M. Lombroso à îr l'idée qui y est indiquée sommairement, et à

l'objet d'un rapport au Congrès international tologie criminelle qui s'est réuni à Rome en ! dernier,— et qui , disons-le incidemment, a eu le d succès. — Dans le programme des questions à ma thèse était ainsi formulée : « Les étudiants le seraient admis au cours de droit criminel qu'à ion de se iaire préalablement inscrire comme

d'une Société de patronage des prisonniers, prér leur professeur. En cette qualité, ils seraient

soit isolément, soit en corps, à des visites hebdo-

aus prisons, surtout aux prisons cellulaires, les jrochées du Heu de leurs études, et apprendraient te à connalti-e les délinquants et les criminels, en mps qu'à pratiquer et à propager un des remèdes

efficaces contre le fléau de la récidive. L'utilité pie: pour les étudiants, pour les condamnés, et )ublic. B — En mon absence, M. Ferri m'a rendu e de prêter amicalement sentaient oratoire àcette ion adoptée par lui. Aussi, après une vive discusnt il rend compte dans son rapport final (publié

Revue scientifique du 9 janvier 1886) a-t-il fait

cette idée, malgré les difficultés que soulève, eu 26, son application.

Cois, remarquons-le, si l'on met eu parallèle les vraiment fêconds, soit pratiques, soit théoriques lont le criminaliste actuel est redevable à l'anthro-

avec les enseignements de tout genre que lui la statistique philosopniquement interprétée, ou ^ouer que, de ces deux sources où, comme le dit

encore avec raison Ferri, l'école nouvelle a largement puisé pour revivifier le Droit Pénal, la seconde est de beaucoup la plus abondante et la plus claire. On ne manquera pas de s'en apercevoir si l'on compare les Nuovi Orizzonti du statisticien que nous venons de citer, avec VUomo dekquente^.

Arrivons aux caractères psychologiques. La faible aptitude à souffrir physiquement que révèle le criminel, explication peut-être de son aptitude plus faible encore à compatir et à aimer, et seul fondement de son courage quand par hasard il est courageux, ne tient-elle pas en partie à ce qu'il se recrute d'ordinaire dans les classes illettrées, oîi la même impassibilité se remarque, à un degré moindre il est vrai, comme les chirurgiens le savent bien? C'est probable. Il n'est pas douteux, en effet, que la culture de l'esprit poussée à un certain degré ait pour effet direct d'étendre et de creuser le champ des impressionnabilités douloureuses et sympathiques, donc des généreuses affections. Et par là, elle est certainement moralisatrice, puisque, après tout, à la base de l'idée morale, l'argument le plus solide et le plus convaincant, — avouons-le, ô philosophes ! — c'est la pitié, c'est la bonté, c'est l'amour. Si donc elle semble au contraire, d'après les inductions tirées de la statistique criminelle, s'accompagner aujourd'hui d'une démoralisation sensible, c'est que, par quelqu'une de ses influences indirectes et momenta-

1 Ce n'est pas que Ferri ne s'occupe aussi activement d'anthropologie. Son livre sur l'OmicidiOy impatiemment attendu^ complétera à cet écard celui de Lombroso. Voir, en attendant, ses Nuovi OrizzonU del diriito et délia procedura pénale, seconda edixione œn tavola grafica (Bologna, Nicolo ZanicheUi, 1884). Nous avons le plaisir d'apprendre qu'une traduction française de cet ouvrage, sous titre de Sociologie criminelle, est en voie de préparation.

LIÏE COMPAKliE.

îr parfois son action première, par dans certains milieux certaines respects plus rapidement qu'elle

?s : le criminel se montre peu seu-

sensible à l'électricité, à l'appliux variations météorologiques. Il uiTrance subie, et il est vivement r d'un danger, tel que la vue d'un d'un prochain interrogatoire. Le

sa corde sensible. Lombroso Ta on peut le dire, avec un amour gique, qui ne perd aucune bonne de cliiffrer. Mesurer tout le raesue indirectement mesurable ce qui , n'est-ce pas là le but de lascience, rature est d'exprimer tout l'expri-

qui ne peut s'exprimer? Pousser iceme l'homme le premier de ces

l'anthropologiste, aussi bien que idantquenos littérateurs et artistes econd. Serrer la réalité par tousles but commun. Il n'y a donc pas à : que ses hardiesses peuvent avoir nts coquins lui ont permis d'exa- ;ur des planches ad hoc, à l'aide manière dont bat leur cœur sous liment flatteur à eux adressé, d'un lotographie de donna nuda pré- !i offert. Ces courbes sont curieuses, liteur essentiellement vaniteux, et lant même qu'ivrogne. Le sphygl'est pas seul à l'attester. La stales progrès de l'alcoolisme sont

criminalité; l'observation directe le leur rêve est non pas la femme

LE TYPE CRIMINEL. iH

précisément, mais l'orgie, qu'ils aiment l'orgie, la noce, comme les princes aiment une grande chasse ou les dames un grand bal. Mais, de leurs conversations et de leurs actions, ce qui ressort surtout, c'est, outre leur insensibilité et leur imprévoyance profondes, leur vanité incommensurable, d'oh leur ridicule amour de la toiletta et des bijoux et leur prodigalité fastueuse après le crime'. Notre auteur va jusqu'à prétendre que « la vanité des délinquants surpasse celle des artistes, des littérateurs et des femmes galantes ! » Joignons-y la vengeance et la férocité, la gaieté cynique, la passion du jeu, et enfin la paresse, qui va le plus souvent jusqu'à la saleté corporelle. Cen'est pas tout, j'y ajouterais volontiers le goût du mensonge pour le mensonge.

« Le criminel ressemble donc bien plus, moralement, au sauvage qu'à l'aliéné. » Le sauvage aussi est vindicatif, cruel, joueur, ivrogne et paresseux. Mais le fou, Lombroso est forcé de le reconnaître ici, se distingue du malfaiteur par des dilférences importantes, psychologiques aussi bien qu'anatomiques et physiologiques. Le fou n'aime ni le jeu ni l'orgie ; il prend en horreur sa famille, et le malfaiteur aime souvent la sienne; il recherche autant la solitude que le malfaiteur la société de ses pareils; « et les complots sont aussi rares dans les hôpitauii d'aliénés que fréquents dans les bagnes et les prisons. »

Quant à l'intelligence des criminels, elle a été surfaite. Ils sont inintelligents, mais rusés, dit Maudsley, dans son livre sur le Crime et la Folie. Chacun d'eux a ses procédés, toujours les mêmes; ils se répètent, ces spécialistes du délit. Ils sont incapables d'inventer, mais ils sont à un assez haut degré imitateurs. Encore une différence avec le fou, dont le propre est d'être soustrait à l'influence des exemples ambiants, et retranché par là de la solfSté de ses

«fi CRIMINALITE COMPAAEE.

semblables, tandis que de bizarres combinaisons d'idées, qui seraient des inventions ou des découvertes si elles étaient utiles ou vraies, sillonnent de leurs feux follets sa nuit mentale. Aussi ne devons-nous pas nous étonner quele minimum de criminalité statistiquement révélée se trouve dans le monde des savants. La folie, en efTet, plu« que le crime, est l'écueil fatal des esprits très cultivés, savants, lettrés ou artistes.

Les différences morales que je viens de noter entre le crimmel même incorrigible et le fou sont caractéristiques à mon sens, et, quoiqu'il y ait nombre de soi-disant criminels qui sont de vrais fous, par exemple Quiteau', elles défendent de confondre, en général, les uns avec les autres'. Hais la question mérite d'être examinée avec plus de soin. Le fou, être isolé, étranger à tous, étranger à luimême, est par nature insociable autant quHncojtséquent, et l'un peut-être par suite de l'autre ; il n'est pas suprasocial en quelque sorte comme l'homme de génie, il n'est qu'extra-sodal. Le criminel, lui, est antisocial, et par suite sociable à un certain d^ré. Aussi a-t-il ses associations, ses usages, son langage propres, comme nous allons le voir bientôt. Seulement, il est moins sociable qu'il no faut, et cela suffit, dans un état de société donné, pour être antisocial. Deux trains d'inégale vitesse peuvent se heurter quoique dirigés dans un même sens. Voilà pourquoi les malheureux dont la conformation atavique rappelle par hypothèse, dans une certaine mesure au moins, celle des sauvages primitifs, sont un danger pour notre civilisation, bien qu'ils eussent pu être, quelques-uns du

* Voir à ce sujet nne brochure Aa D' Emesto Bonveccbiato, midecin de l'asile Saint-Glëment à Vetàse: A proposilo àiimproea$o uandaloêo. Venezla, tipofirafla Ferrari, 1884.

^ HBDdatey semble établir entre le crime et la folie une sorte de balaneement. i Le crime, dit-il, est une sorte d'âmonctoiie par lequel s'écoulent leurs tendances malsaÏDes ; ils deviendr^ent fous e'ila n'étaient pas criminels, et c'est parce qu'Us sont criminels qu'ils ne deviennant pat tons, ■

moins, rornement et l'élite morale d'une tribu de Peaux- Rouges. Ils n'eussent peut-être pas été tous criminels alors. Plus d'un, sans nul doute, fut resté attaché aux coutumes et aux préjugés de son milieu, plus approprié à son tempérament ; et n'est-ce pas ce qu'en tout temps et en tout pays on appelle être honnête? — Car, — et ceci nous conduit à signaler une autre grande différence inaperçue entre la folie et le crime, —le crime est chose tout autrement relative et conventionnelle que la folie. Ce type criminel que Lombroso nous esquisse, c'est celui de notre époque ou de notre ère ; mais, qu'il soit ou non une survivance des temps où la sauvagerie couvrait le globe, il est clair qu'en cette primitive période historique, le type criminel était tout autre, à savoir, peut-être, un type d'artistes et de délicats, de femmes sensuelles et sensibles, gens impropres au pillage des tribus voisines, et nés quelques siècles trop tôt.

Des dix crimes que les lois hébraïques, d'après Thonissen, punissaient de la lapidation, (à savoir l'idolâtrie, l'excitation à l'idolâtrie, la consécration à Moloch, la magie, l'évocation des esprits, la désobéissance obstinée aux parents, la profanation du sabbat, le blasphème, le \'iol de la fiancée d'autrui, l'inconduite de la jeune fille attestée par l'absence des signes de la virginité au moment de son mariage,) il y en a neuf qui ont cessé d'être des délits même dans nos sociétés européennes, et le dixième, à savoir le viol de la fiancée d'autrui, est resté crime, mais dans un tout autre sens; car c'est la violence faite à une femme comme telle qui est maintenant punie, et non l'outrage fait à. celui dont la fiancée est violée. D'autres crimes étaient punis par le feu, le glaive ou l'étranglement : fausse prophétie, prophétie même vraie faite au nom des dieux étrangers, adultère de la femme, coups ou malédictions à des ascendants, vol au préjudice d'un israëlite, homicide volontaire, bestialité, sodomie, inceste. On voit encore que plusieurs de ces crimes ne sont plus même

28 CRIMINALITÉ COMPARKE.

des contraventions et que la gravité relative des autres a beaucoup changé. En Egypte, le plus grand des forfaits était de tuer un chat. Est-ce à dire que le peuple hébreu, ainsi que tous les peuples anciens, commettait une absurde erreur en qualifiant criminels des actes jugés aujourd'hui inoffensifs? Non, car ils n'étaient pas inoffensifs, loin de là, pour leur organisation sociale dont ils sapaient le> fondements. Telle organisation sociale, telle délictuosité: en Egypte, une forte amende était infligée à l'artisan qui s'occupait des affaires publiques; dans nos sociétés démocratiques, à l'inverse, on serait bien près de punir légalement les électeurs qui s'abstiennent de voter. Tel but, tel moyen : la pénalité n'est qu'un outil. Ces peuples ne s( trompaient pas plus en cela qu'en réputant vertueux des sentiments parfois réprouvés par nous. Car le système des vertus n'a pas moins souvent été remanié au cours à* l'histoire que celui des crimes et des vices. Aux yeux des Arabes, les trois vertus cardinales sont encore, non la probité, l'amour du travail, la bienfaisance, mais bien la valeur, l'hospitalité et l'ardeur à venger le sang.

Retenons surtout ce fait que la gravité proportionnelle des divers crimes change considérablement d'âge en âge. Au moyen âge, le plus grand des forfaits était le sacrilège; puis venaient les actes de bestialité ou de sodomie, et bien loin ensuite le meurtre et le vol. En Egypte, en Grèce, c'était le fait de laisser ses parents sans sépulture. La paresse tend à devenir, dans nos sociétés laborieuses, le plus grave méfait, tandis qu'autrefois le travail était dégradant. Il viendra peut-être un moment où le crime capital, sur un globe trop plein, sera d'avoir une famille nombreuse, tandis qu'autrefois la honte était d'être sans enfants. Aucun de nous ne peut se flatter de n'être pas un criminel-né relativement à un état social donné, passé, futur ou possible. Vous avez des goûts littéraires, un grand penchant à faire des vers; prenez garde. Versifier va devenir un phénomène d'atavisme, un vol de votre journée

de travail fait à la communauté, uneexcitatii aiitimalthusienno, à l'amour et à la famille, des ordres mendiants et errants eût-Il jams mendicité et le vagabondage deviendraient M'objectera-t-on pourtant qu'il y a des insti chants innés, liés à une organisation physiqi dante, qui, dans tous les états sociaux seraient jugés nuisibles, antisociaux, délie nie ; j'admets seulement, eL cela ne revient | — si du moins on refuse de croire avec moi i des penchants naturels, — que certains actes été de tout temps considérés comme criminel le fait de tuer et de voler une persontte du i dont on fait partie. Taylor Ta fort bien rer leurs, même le penchant à la cruauté làchedi astucieuse exercé en dehors de ces (imites, ■ aussi et par exception, dans l'intérieur ( quand l'usage* l'a permis, a eu son utilité se ne vois aucun type anthropologique qui, de ait mérité l'épithète de criminel.

Par suite, il est toujours permis de dire t quel qu'il soit, que, mis en sa place, il eût éi

'. L'iutanticide, on le Mit, n'était pas un crime à S; tement ; la pédérastie ni la piraterie à Athènes ; l'ini eu Perse, cbez les Incaa ; l'hooiicide n'a été nullB quand il s'est accompU en Tboniieur des dieux ; e vieillards, demandé souvent par eux-mêmes, (at udc fliiale. Agamemnon n'était pas un criminel de naig d'occasion, en immolant sa fllie. Devous-uoua appe Arabes d'AJRërie qui, pour obéir à la coutume et i mariage avec leur femme épousée trop jeune, comi tables viols coujupaux, suivie parfois de la mort i assimilerons nous ces fait? aux viols d'enfants de t commettent dans les lupanars de Londres ? (V. (a i la Arabet, ' par le D' Kocher.) Je lia dans Lyall (Ut et iociale» dant t'Extrênu-Orient): • Les sacriflces b jours été fréquents dans l'Inde, au moins comme ui pour apaiser la colère divine... et l'on soupçonne qi la y&tileMe malll d'asiaisinatt myitérieuie qui se ré il antre. • Cus relinieits assassins nift-".i;nt assurém

CRIHINALriÉ COMPARÉE.

ne, peut-être un héros. Hais toutes les catégories de nce vraie que nous connaissons, ont été de véritables aussi bien dans le passé qu'à présent, quoique, dans ssé, beaucoup de ces maladies cérébrales, comme oup de maladies corporelles, aient été mal connues, i nombre d'extatiques et de sorcières, les unes priées aux, les autres brûlées vives, aient été de simples *iques. Ce erreurs sur leur compte ne nous empêpas d'affirmer, nous, que les fous réputés ou non is tels de leur temps l'étaient réellement, quand nous ans dans leur biographie les symptômes manifestes irs désordres organiques, du désaccord de leurs senis avec la nature extérieure qui n'a pas changé. Mais avons beau savoir qu'un homme a tué ou volé jadis, lie sommes pas toujours en droit dé le regarder le criminel, puisque la criminalité est un rapport, vec l'immuable nature, mais avec l'opinion et la ition changeantes du milieu social, in, si l'on se place au point de vue de Lombroso, la folie et le crime il y aurait précisément la même mce qu'entre l'éloquence et la poésie. On n^t cri- , nous dit-OD, mais on devient fou, c'est certain. La

iDB le casier du crime, bï tant est qa'ilB doivent y etrs coioa lis eacore dane le ta&tne oavrage: ■ Dans l'Afghaniatan, lapeoU qui vivent près de notre fontière (anglniee) sa sont neot entandoB ponr étrangler un eaint demeurant au milieu a/in dt $'auurer la poueuiaa dt ta tombe twr vm territoire, le du pouvoir réputé miraculeux de la tombe des saints).» a assimiler de tels actes à nos homicides européens 7 Hais lis qu'à Naples, d'aprâs Garofalo, on a parFois torturé des IX, réputés doués do don prophétique, pour les contraindre er le numéro ftafinant dn prochain tirage d'une loterie, et que ioleaces ciiarnellea y sont souvent causées par ta peneée tels contacts procurent La ffuériaon de certaines inflnnité s.» )ràs Sumner-Maine, • les deux sociétés celtiques établies E tlea britanoiques (en Ecosse et en Irlande) étaient notoiadoauËes au vol dn bètaii >, coutume qui n'avait rian de arant chez elles, pas pins que la piraterie ehei les Phénilaa plus que la séduction des (emmea cbei les Européens

folie, en effet, est si bien sous la dépendance de causes sociales, qu'on la voit croître régulièrement dans notre siècle au fur et à mesure des progrès de l'instruction, de la vie urbaine, de la civilisation particulière dont nous jouissons. Il en est de même du crime, d'ailleurs, — je parle du crime habituel, de la récidive,— dont la progression affecte une régularité non moins effrayante. Si l'on s'en rapporte donc à la statistique et si par criminel-né on entend le récidiviste quelconque, (ce n'est point d'ailleurs l'idée de notre auteur), l'assimilation du crime à la folie deviendrait possible à cet égard, sinon plausible. Mais alors il ne faudrait pas dire que l'hypothèse du criminel-né implique la constance à peu près uniforme du chiffre de méfaits qui lui sont imputables et se féliciter, à l'appui de cette hypothèse, d'avoir découvert, en décomposant les nombres annuels et toujours croissants fournis par les récidives, que le nombre des meurtres et des assassinats reste à peu près stationnaire. Par là, il est vrai, les voleurs, dont le chiffre augmente sans cesse, se trouvent exclus dé la catégorie des délinquants de naissance. En un endroit même, poussé par le désir de voir confirmer statistiquement l'existence de ces derniers, le savant criminaliste commet la grosse erreur d'affirmer incidemment (p. 594), «le retour constant et périodique d'un nombre donné de délits » en général. Ôr, de deux choses l'une. Si cette constance numérique est ou était réelle, ce serait bien une confirmation statistique, peut-être, de la réalité du type criminel, tel que Lombroso l'entend ; mais en même temps ce serait un démenti donné par la statistique à l'identification du fou avec le criminel de naissance ; si, à l'inverse, la criminalité d'habitude, d'habitude enracinée, se traduit par des chiffres variables, le récidiviste peut bien être identifié au fou, mais c'est une preuve que le récidiviste n'est point, ou n'est point toujours, un criminel de naissance.

M. Lacassagne confesse, tout en professant les idées de Lombroso, que les criminels fous constituent une faible

CRIMINALITÉ COMPARt^E.

lion, même parmi les récidivistes. Mais il identilie, issi, la folie criminelle et le type crimine]. Or, cette sion me semble pratuite. Le type criminel est congé- ; la folie criminelle peut apparaître, comme toute , chez un homme porteur du fades le plus honnête )lus normal, et on n'a jamais prouvé qu'elle se pro-

toujours chez les individus criminellement cohfor- Au contraire, entre les criminels-nés et les fous, on e souvent des différences fort nettes de conformation. >mbroso, sentant bien ces difRcultés, appelle les lels-nés des quasi-fous (mattoidi)^. Mais la demicar on peut bien désigner ainsi l'espèce d'extrava-

propre d,nmaUoido, c'est comme le demi-délit ou la laideur : le monde en est plein, la majorité en est faite, la folie complète qui est l'exception, comme la raison lète, qui lui fait pendant (et qui doit se multiplier ioute, au cours de la civilisation, pour compenser riquement l'accroissement numériquede la démence), at n'adonc rien qui singularise, à vrai dire, le crimie naissance, au point de vue de la responsabilité e de ses actes, qui nous intéresse surtout. Respon- .é, pour un déterministe, implique non liberté, lie nul n'est libre, pas plus le sage que le fou ; mais lité, identité personnelle, et préjudice causé à autrui, ; d'abord que l'inculpé ait voulu son acte, qu'il l'ait

lui-même, non par suite d'une suggestion hypnotiar exemple ; sans cela il n'en serait pas psychologient, socialement, la cause. Cette condition élimine «eaucoup d'actes de folie. En second lieu, à préjudice le plus responsable des deux agents volontaires est qui a le moins changé depuis sa faute, qui est le plus

}aralt que j'ai mal compris la sens donnÉ par cet auteur à io.}« laisse toutefois BU bsit ter ces ligaes, ne serait-ce que e paB Ater sa raison d'être à un passage da la réponse, d'ail- 'Ës flatteuse, faite par Lonibroso, dans la Reaue plûlotophigue lis d'noiU 18BK, !i mon étnde ^ur lui.

forcé de se reconnaître le même, soit parce qu'un moindre laps de temps s'est écoulé (d'oîi la prescription des poursuites), soit parce que le flot de son évolution interne, a été plus lent et moins saccadé, moins tortueux et plus calme. L'unité systématique des idées, l'unité hiérarchique des désirs, le lien étroit de ces deux unités et leur fixité, sont le plus haut degré d'identité personnelle qui se puisse atteindre; à l'inverse, l'éparpillement, l'incohérence, la contradiction des vues et des goûts, des affirmations et des passions, sont une continuelle aliénation de la personne. Le sage est donc infiniment plus responsable que Valiéné, si bien nommé. Mais, parmi les demi-autres ou les demimêmes qui remplissent l'intervalle des deux, lequel du criminel d'occasion ou du criminel par tempérament est le plus responsable. C'est ce dernier assurément, qui à chaque instant se sent invariablement capable de recommencer ce qu'on lui reproche, et non le premier, qui est ou croit être sorti de lui-même en commettant un crime. (Ajoutons que celui-là est en même temps le plus dangereux, le plus préjudiciable.) Au moment oii il a commis son crime, donc, le criminel d'occasion, celui qui ne porte point la livrée anatomique et physionomique du criminel, a été bien plus près de l'aliénation mentale que le délinquant typé au moment où il a exécuté le sien. Il n'y a donc, ce semble, nulle raison de parler de folie ou de quasifolie à propos de celui-ci, plutôt qu'à propos de l'autre. La conséquence est que, si, donnant suite à une idée d'ailleurs fort juste, de la nouvelle école, on affecte des prisons et des pénalités différentes, non pas aux difiérentes catégories de méfaits, mais aux différentes catégories de malfaiteurs, l'expression de manicomio criminale (d^asile de fùiÂS criminels) donnée au lieu de détention des criminels les plus endurcis serait parfaitement impropre. Et ce n'est pas là seulement une question de mots...

On a imaginé de faire rentrer l'habitude forcenée du crime dans un compartiment de l'aliénation mentale, crée'

tout exprès, sous le non de folie morale, à laquelle, du reste, s'appliqueraient aussi les observations ci-dessus. Mais, comme M. Garofalo S avant d'admettre cette nouvelle variété de démence où l'on rangerait toutes sortes de désordres cérébraux empruntés d'ailleurs à toutes les autres espèces de folie reconnues, et n'ayant en commun que ce caractère unique de l'absence totale ou partielle du sens moral, j'attends que les aliénistes se soient mis d'accord sur ce point. Maudsley, il est vrai, est affirmatif à ce sujet, et son autorité commande une grande réserve. Au surplus, entre le fou moral supposé admis, tel qu'on cherche à nous le préciser, et le délinquant-né, il y a des différences que M. Garofalo relève avec raison, et notamment celle^i, qui est en effet capitale : chez le fou, l'accomplissement même de l'acte délictueux est le but ; chez le criminel, ce n'est qu'un moyen d'obtenir un autre avantage, avantage iapprécié aussi bien par le plus honnête homme du monde. Ou plutôt pour le fou lui-même le méfait est bien, si l'on veut, un moyen de plaisir, puisque, comme Maudsley l'observe (Pathologie de l'esprit, p. 364) l'exécution de l'homicide procure un vrai soulagement à celui qui l'a commis en vertu d'une impulsion morbide irrésistible ; mais c'est la nature anormale de ce plaisir et le fait de n'en pas chercher d'autre en commettant un crime, qui distinguent l'aliéné du délinquant. Le délinquant, il est vrai, a des anomalies affectives aussi, mais elles consistent à être dépourvu plus ou moins complètement de certaines douleurs sympathiques, de certaines répugnances qui sont assez fortes chez les honnêtes gens pour les retenir sur la pente de certains actes. Autre chose est la présence interne d'un attrait morbide qui, même

1 Voir à ce sajet les pages 92, 97 et saivantes de sa CrinUnologie. y. aussi Bonvecchiato qui s'est occupé spécialement de ce sujet, notamment dans l'ouvrage précité et, après une discussion approfondie des autorités pour et contre, se prononce à peu près dans le même sens.

L\i TÏPE CRIMINEL. i

sans provocation du dehors, pousse à l'action, autre cho l'absence interne d'une répulsion qui empêche de cëder des tentations extérieures.

il ne m'en coùt« pas d'admettre que l'absence de sei moral a pour cause une certaine conformation cérébra aussi biea que le daltonisme ou l'aphasie'. Mais, de mér que l'aphasie ou le daltonisme est une infirmité et m une espèce de folie, j'estime que l'absence de sens moi ne fait pas d'un homme un fou, quoiqu'elle le rende infîrni H'alléguera-t-on que cette distinction importe peu, qu'on ne saurait reprocher à un homme privé de se moral de n'avoir pas senti l'immoralité d'une actîi commise par lui, par la même raison qu'on ne saun punir on daltonien employé de chemin de fer pour n'av( pas vu un disque rouge et avoir, par suite, omis de fai un signal à défaut duquel un déraillement a eu lieu ? répondrai qu'au point de vue pénal, c'est-à-dire social, comparaison n'est pas admissible. Le sens de la vue < rouge est un sens purement naturel, et, bien qu'il puit être utile ou nécessaire pour l'accomplissement de a laines fonctions sociales déterminées, son abolition rend pas un homme impropre à la vie de société. La fai a été de lui avoir conlié les fonctions dont il s'agit. Ha seul parmi tous nos 'sens, le sens moral a une origine eicl sivement sociale, et seul il est nécessaire à toutmomentda tous les emplois sociaux. Donc, quoique reconnu daltooif un hompie peut être maintenu à son rang social, dans s groupe social ; mais, reconnu immoral de naissance, c'e à-dire antisocial, il doit être mis hors la loi sociale. Ci un feuve à face humaine. Tel qu'un tigre, échappé d'u

' Dans sa belle leçon d'oavertare à son cours de pg;choloi eiptrimentale, à It Sorbonne, H. Ribot s'occupe evec taTear i)e uooTBlle école dea crimiaalisteB itallena et af&mie la réalité do t; nrimiDel. • H peot exister, dit-il, dans l'onraDJEation mentale ' lacunes comparables à le privation d'nn membre on d'une fonctl ilans l'ordre pbjaique : ce sont des êtres que la nature ou les c touBbuicee ont tUthunumiii. <

CBIMINALITÉ COMPARÉE.

;erie, qui se promène dans nos cités, il convient de Iser, de rexcOYnraunier socialement. Or, les bagnes trisons sont justement l'expression, jusqu'ici unique, te excommunication majeure ou mineure.

s doute, on peut dire que cette forme d'excommuni-

commence à se démoder, qu'il y aurait lieu de la ! perpétuelle et non temporaire, et de frapper sans i, sans colère, avec une gravité calme d'exécuteur ien, le malheureux qui en est l'objet. Mais, comme t pas à espérer, ni peut-être à désirer, pour d'autres s, que la majorité des hommes parvienne à la ir de cette impassibilité idéale, il faut laisser sans le regrets la flétrissure de l'opinion s'attacher aux mnations judiciaires, quand elles htippent même soit iminel de naissance, soit un homme entraîné au

par une immoralité momentanée, susceptible de se luire. A moins de relever tous les criminels, sans lion, de la dégradation sociale qui accompagne leur iion hors de la société, il faut la maintenir à l'égard Ls les criminels, de naissance ou d'occasion, puisque, Hre momentanée, l'immoralité de ces derniers n'en s moins liée elle-même à des conditions cérébrales

déterminent.

irai en outre à Lombroso : il y a deux thèses superidans la troisième édition de votre livre. La première, mne, était celle du criminel assimilé au sauvage ;if, du crime expliqué par l'atavisme ; vous repoussiez l'hypothèse du crime-folie. Mais, depuis lors, cédant, ?ous, à de puissantes raisons, vous avez adopté cette ■Te explication sans d'ailleurs abandonner la précé-

EUes alternent dans votre ouvrage, et l'on dirait os yeux elles se fortifient mutuellement. Cependant it-elles pas en partie contradictoires? La folie est un le civilisation, dont elle suit les progrès jusqu'à un 1 point; elle est presque inconnue dans les classes ^s, et encore pins dans les peuplades des races

inférieures. Si donc le criminel est un sauvage, il ne peuL pas être un fou, de même que s'il est un fou il ne peut pas être un sauvage. Entre ces deux thèses, il faut choisir; ou si l'on fait entre elles un compromis en parlant de quasifolie, (pourquoi pas aussi bien de pseudo-atavisme?) il faut savoir qu'on émousse et mutile l'une par l'autre *.

Or, la plus séduisante des deux n'est-ce pas la première? Elle est très intelligible et conforme aux plus purs principes darwiniens. Elle fournit une réponse, ingénieuse au moins, à bien des problèmes. Elle est optimiste avec cela, flatteuse pour la civilisation, où le crime ne serait qu'un résidu sans cesse diminué de la sauvagerie antique; et, si elle est en désaccord là-dessus avec la statistique criminelle de notre temps, on peut dire que notre recul moral actuel est un accident éphémère, un remous dans un courant. Puis, elle se complète avec bonheur par le résultat d'études très neuves et très intéressantes sur la criminalité infantile, dont nous n'avons pas eu le temps de nous occuper. C'est une idée reçue parmi les évolutionnistes*, et une idée assez plausible, que l'enfant reproduit en partie le sauvage par son langage, son imprévoyance, ses passions, ses traits même; on doit ajouter par ses instincts criminels, si vraiment le vrai criminel c'est le sauvage. De là ces formules : la criminalité n'est que l'enfance prolongée, ou bien n'est que la sauvagerie survivante.

Maintenant, ce dernier point de vue lui-même doit-il être accueilli? et dans quelle mesure mérite-t-il de l'être?

* Je n^insiste pas sur des contradictions de détaiL Page ix de la nouTelle préface, Lombroso dit qu'il distingue le (^élinquant-né du {ou et de Talcoolique ; plus bas, il se félicite d'avoir opéré complètefMni la fusion entre les deux idées du criminel de naissance et du fou moral.

^ Le mérite de cette école est d'avoir cherché le plus profondément possible les sources du crime, et notamment ses sources héréditaires. Sur la eriminalité animale, sujet traité avec bonheur par M. Lacassacne, M. Ferri a écrit une intéressante brochure que j'ai critiquée.

G. TABDB, 3

38 CRIMINALITE COMPAREE.

Et mieux ne serait-il pas peut-être, pour échapper au dilemme ci-dessus, de s'en tenir à ma thèse prudente, que le crime est tout simplement une profession, héritage du passé sans doute, et d'un passé très ancien, mais héritage fort bien cultivé parfois et grossi par la civilisation qui le recueille? Pour répondre à cette nouvelle Question, il convient d'étudier enfin le criminel d'habitude sous son aspect sociologique, c'est-à-dire comme membre d'une société singulière qui a ses mœurs, avons-nous dit, ses coutumes et son idiome.

Si pou§ vpulons cpmpfendF^ l^$ let^ts ei»})pjraîîn^ir3§, étjidiof)s d'al)or4 l'iét^t ^n\t^. Si i^ops yQu}pns aypif une j jiste i4ée 4^s pjBti(;ps as§ociatû)p$ 4^ jQalfftitewrs, cpmmepçp|[^s par éfi^dipp l^s gï?aftdes. V^Jf^^,iq^^ fiffmrrf^' qui &ént enjcpriB ^ NapJes, ^t ^x^^ 1^ ff^ct^fl sic\\iefm^ est sans dowjie up F^fUpau déjtajcIjjS, est uft exc^llpi^t éc^autilfpn d^ ces d^f^jèrel5 ; e^^ nous dispensera d'ex^ipipep la mano n^rq, ^ndalo^s^, 1^ nit^li^fne rus§e, etc. La pampri^a, djt M. de J^aveliBye, dans ses Mtr^s sur VJtalif\ e§f. (-put siïuplepoept l'ariL d'arriver à ses fips par rintjraid^ion,

ou, pour mi^ux dire, rorommHpn 40 Vintmifiatim et V exploitation de la lâcf^et^ humifinfi: » fille pxp^Up ce peuch^nt huiT^aii) cpmme d'autres industriels exp]b[)itfSDt la débauche, la vanité, l'ivrognerie. « Vous trouverez des camorristes partout, depuis les ruelles de Santa-Lucia jusque parfois dans 1|3§ plus hauj;.es ppsitipns adp^ipistratives et politiques. A Naples, vous mput<ez e» vpiture, le camorriste est là qui prélève un sou sur le cocher. Dans elj^quje rue, il $e trpuy,e des camprristies qyi pr|ê)^viei)t la taxe diB la peur sur les détaillants^ > Gomment devient-on

1 Parié, Germer Baillière et C*S 1880.

- <' Dans les hautes sphères de la politique, la camorra s'exerce

camorriste? Gomme on devient meinbred'un cercle^ d'une loge maçonnique, d'une troupe théâtrale, d'une association civile ou commerciale quelconque, à l'élection et après une épreuve régulière suivie d'un stagfB plus ou moins long, àurant lequel le nouveau compagnop est l'hujnble serviteur, assez mal payé, d'un sociétaire. Un bel assassinat lui vaut, en jassemblée générale, l'honneur d'être sacré camorriste et de prêter en cette qualité, sur (deux épées croisées, }e serment que j'appellerai professionnel : « Je jure d'être fidèle aux associés et ennemi du gouvernement, de ne pas entrer en rapport avec la police, de ne pas dénonc,er les voleurs, de les aimer au contraire de toute mon âme, parce qu'ils exposent leur vie. » Toutes les difficultés intérieures sont résolues absolument comme dans nos sociétés de commerce, par des réunions et des votes. Il y a non seulemenjt des rites et un uniforme, mais un code spécial, mal obéi, il est vrai. Condamnation à mort est votée contre qui refuse d'exécuter Passassinat commandé par le chef. Il y a des fonctionnaires. Tous les dimanches, le secrétaire, assisté d'un comptable et d'un trésorier, feit la distribution des taxes prélevées, comme on sait, sur le public, principalement sur les maisons de jeu ou de tolérance et ^s prisons. « Le camorriste,. dit Lombroso, était (peut-être est-il encore) le juge naturel des gens du peuple, il maintenait l'ordre dans les bouges et las prisons, ne protégeant, bien entendu, que celui qui avait payé la taxe. »

Wy aurait-il pas à rapprocher de ce qui précède un paspar les ipAi^euces ; si vous lui résistez elle vous per^. (Jn grand seigneifr^ syndic d^uiie vilfe dû Midi, mais oomplèteîneni ruine pai* le jeu, trouve moyen de bien vivre sans aucun revenu. Chacfue jouf,

proteâteiâr, crahitj âatté, 8alué^"Dau8 sa Vine.' c'est une puissance. On trouve en tout pays des gens "de cette espèce/ pais ils nç devraient pas tenir le haut du pavé. > Lettres sur Vltaltèl p.il&i.)

CHIMINALITK COMHAIIbl::.

lore de Sicile, qui a trouvé des iacrédules?

ous raconte qu'il existait en Egypte un chef que le métier du vol y était publiquement }ue ofliciellement, et que les volés devaient z de la bande une redevance fixe pour se faii-e objets soustraits. Thonissen (Droit criminet anciens, t. I, p. 166) pense qu'il s'agit I d'Arabes nomades et pillards auxquels on forme d'abonnement, comme cela se pratique les Bédouins de Syrie, une prime d'assurauce

propres rapines. Mais n'était-ce pas tout sim- Ique camorra égyptienne? — Cela s'est vu de seulement sur une plus grande échelle à une récente. La camorra par excellence, on peut M, Taine après l'avoir lu attentivement, c'est cobine, pieuvre aux mille bras, qui a étreint, oité la Révolution. Le fait est que, n'était-ce le troit et faux, catéchisme enfin pourtant, de e de gouvernants, l'assimilation serait parue je suis en droit de nommer la grande indusle. Elle est rare, car nos conditions sociales 'avorables habituellement à ce genre de grands moins que, comme on en aurait bien le droil, dans cette catégorie certaines agences véreuses

de calomnie et de faux témoignage en grand, rs procès retentissants nous ont révélé l'exisn revanche, on compte d'innombrables petites

crime, pour ainsi dire, composées d'un patron deux apprentis, d'un vieux récidiviste et de mes larrons. Lombroso remarque fort juste-

iffia, on trouvera des détajl» intéreBeaDte, et l'esplile d« M DaisBance ou de sei dâTeloppemenU BOue Is impopulaire dea Bourbons, dan* rinlétesBante el >chuTe de H. Napolion ColajanDi tur la Detiitguettsa

ment à ce sujet que la pullulation dans une ville ou dans une nation, de nombreux petits groupes de malfaiteurs, réputés d'ailleurs peu alarmants, est un symptôme grave, bien supérieur en gravité à la formation de quelques grosses bandes légendaires dont la foule s'épouvante. Ces dernières associations doivent leur existence au prestige malfaisant d'un seul homme, et peuvent disparaître avec lui ; mais celles qui naissent partout à la fois « révèlent la triste tendance, la maladie sociale du pays où elles surgissent. » C'est ainsi que, pour juger à quel point une population est naturellement industrieuse et laborieuse, et à quel genre de travail la portent ses aptitudes, il faut y avoir égard à la diffusion spontanée de la petite industrie, par exemple de la petite culture du sol, plutôt qu'aux spécimens de la grande, et on y sera mieux édifié à ce sujet par le bruit des métiers de tisserands ou la vue des étables de paysans dans les campagnes que par la visite d'une fertile modèle ou d'une grande fabrique, créée peutêtre par un étranger.

En somniè, c'est à une corporation industrielle que ressemblent les sociétés de criminels, ce n'est pas le moins du monde à une tribu de sauvages, société essentiellement familiale et religieuse, où l'on entre par l'hérédité et non paK l'élection, où tout est idole ou fétiche, sacré ou tabou; qui est beaucoup plus souvent pastorale et inoffensive que déprédatrice et guerrière, comme il y a nécessairement plus de pièces de gibier que de chasseurs; qui parfois, j'en appelle à Spencer et à Wallace, nous donne d'admirables modèles de vertu publique, de probité et de véracité, à nous faire rougir; et qui, même lorsqu'elle vit de brigandage, de meurtre et de vol, pratiqués sur l'ennemi, est comparable à une armée permanente, si l'on veut, mais non à une caverne d'assassins. En vain Lombroso nous feit observer que les associations de malfaiteurs ont toutes un chef « armé d'un pouvoir dictatorial, qui, comme dans les tribus d^'S sauvages (ajoutons, nous, comme dans le^

■hi\t

CRIMINALITIO CO.MPARKE.

is les plus civilisées et les plus démocratiques), i plus de ses talents personnels que de la turbulent' ssion d'une majorité, » je ne trouve pas la similitien frappante. Il me Semble même que Phabitude ouage, commune k beaucoup de malfaiteurs et à Qup de non-civil isés^ et la vague ressemblance de t des bagnes par quelques côtés avec lea tangues des iens, des Américains ou des nègres, ne suiîisent pas ifier le rapprochement précédent. Nous allons le

>t un fait curieux, que dans certaines classes intës des populations civilisées, parmi les matelots et

parmi les soldats, mais surtout dans le monde des uants, — jamaischeïles fous, remarquons-le, — on ue par ex''eption l'usage de se taire des incisions tives sur la peau. Est-ce un reste^ conservé par me, comme le veut Lombroso (disons, en tout cas, •adition, car l'hérédité n'a rien à voir ici), du ge qu'on suppose avoir été généralisé chez nos grosncêtres? Il me parait infiniment plus probable d'ad- ! que c'est l'effet, non d'une tradition des aïeux, l'une mode importée par des marins ou des mili-

k l'exemple des sauvages actuels avec lesquels ils i en contact. Aussi est-ce surtout chez les matelots i fleurit, et dans nos i-égiments français qui résident ique, au milieu des Kabyles ou des Arabes; Ces peu- , malgré les défenses du Coran, n'ont pas cessé de )uer (voir ta Criminalité chez les Arabes, par le ir Kocher', p. 6Î et s.). Cette mode a dû se propager is condamnés, plus rapidement qu'ailleurs, grâce à nsensibilité cutanée si bien démontrée par notre

auteur, et par suite aussi des longs ennuis de la . C'est parmi les récidivistes, en effet, qu'elle est le Jpandue. Neuf fois sur dix (sur 806 tatoués 489fois),

Is, librairie J,-B. Baillière, 1884.

LE TVPK CHIMINEL. 4:J

les dessinsy les symboles, les lettres dont il s'agit sont tracés sur l'avant-bras, place plus commode pour l'opérateur et l'opéré; jamais au visage, Très souvent, c'est le portrait approximatif de la femme aimée, ou ce sont ses initiales, qui sont figurées de la sorte; cela rappelle les chiffres entrelacés que les amoureux gravent sur les arbres. A défaut d'écorce d'arbres, les prisonniers utilisent leur peau. D'autres fois, le tatoué porte le signe de sa profes» sion, une aticre, un violon, une enclume, ou bien une devise oii sa haine cherche à s'éterniser, parfois un phallus... Tout celafest un pur amusement ou de la passion désœuvrée; est insignifiant ou inutile. Le malfaiteur ne cherche à produire aucun effet en s'amusant ainsi, en dessinant des figures de fantaisie sur des parties de son corps qu'il cache habituellement. Mais quand le jeune Océanien, lui, soumet son corps tout entier et d'abord son visage, tout ce qu'il expose au regard de tous, à la cruelle opération que les rites de sa tribu lui imposent, il sait le motif sérieux qui le détermine et l'avantage sérieux qu'il poursuit. Sa religion, sa coutume, ce qu'il a de plus sacré, lui commandent ce courage pour frapper de terreur l'ennemi, pour rendre fières de lui ses femmes, pour être scellé ineffaçablement à l'effigie de sa tribu*. Il ne reproduit sur lui-même aucun objet extérieur ; il trace de gracieuses ou caractéristiques arabesques qui s'harmonisent étrangement par leurs lignes avec ses formes corporelles. Le prétendu tatouage du malfaiteur, au contraire, consiste en images aussi étrangères à son épiderme que peuvent l'être les inscriptions d'un enfant au mur d'un édifice. Il est imitatif, non expressif. Que peut-il avoir de commun, sauf le îiom^ avec ce noble tatouage polynésien, par exemple, qui lest tiiie véritable oeuvre d'art, incarnée à l'artiste, comme le rôle d'un acteur parfait ?

1 < Le tatouage, dit très bien LombrosOj est la première écriture do sauvage, son premier registre d*état civil. >

44 CRIMENALITK COMPARÉE.

Passons à l'argot. Encore un caractère professionnel bien marqué. Toute vieille profession a son argot particulier; il y a celui des soldats, des mariiis, des maçons, des chaudronniers, des ramoneurs, des peintres, des avocats même ', comme il y a celui des assassins et des voleurs. — Les fous, entre parenthèses, n'en ont point: nouvelle différence importante à noter en passant. — Mais l'argot, est-ce une langue spéciale? Nullement, Toute la grammaire de la langue ordinaire, c'est-à-dire ce qui la constitue, y est conservé sans altération, dit Lombroso luimême ; une faible partie du dictionnaire seulement est modifiée. Ces moditications, je le reconnais, ne sont pas sans rappeler vaiïuement le parler sauvage ou le parler enfantin. D'abord, les objets sont désignés par des épithètes, le bec de gaz l'incommode, l'avocat le blanchisseur, la casquette la couvrante. Puis les onomatopées abondent : tap, marche; (te, montre; fric- frac, l'extraction de la prison. Enfin beaucoup de réduplications: toc-to'', toqué; iy~ty, typographie; bibi, Bicêtre ; coco, bébé, ami. Par là le type Unguistiqne se trouve certainement abaissé d'un ou deux degrés, à peu près comme le champignon qui croit sur le chêne est d'une famille botanique bien inférieure à celle de cet arbre majestueux *. Mais au fond, le caractère dominant de l'ai^ot, c'est le cynisme. 11 n'est pas matériel et concret comme les langues primitives; il est grossier et bestial, et bestialisetoutce qu'il touche, trait parfaitement d'accord au reste avec le type physique de ceux qui le parlent. La peau s'y appelle CUtr, le bras aileron, la

' Ou dit que le client ictaire soa homme d'affairée quand il le paie. Ci?tte eipreseiOD liate de plusieurs âiËclee. Je lis dans Ranke BU sujet des juaes siciliens au seizième eïècle : • Comme un donnait aux émolumeotB le nom de chandelles, oo disait ironiguemeût que celui qui allumait le plus de chandelles afin que Bon jufte pûl bien découvrir la vérité, devait naturellameot ça^aer u>n ptocëa. ■

^ Dane l'aigot tronçaia, soixante- douze «yoonïmes pour ivrease

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bouche bec, mourir crever^. Il est, avant tout, sinistrement gai; il consiste en une collection de hideux traits d'esprit fixés et monétisés, métaphores salissantes, mauvais jeux de mots, etc. Avoir un polichinelle àans le tiroir^ cela signifie être enceinte ^. Mais la langue du sauvage est tout autre, toujours grave même dans sa férocité, jamais ironique, jamais . plaisante, ne cherchant point à salir l'objet de sa pensée, simple et rurale dans ses métaphores, abondante en formes grammaticales, originales et parfaites ^.

Ajouterai-je enfin que la littérature des criminels, dont Lombroso nous donne des échantillons fort intéressants, ne ressemble pas plus à celle des peuples primitifs qu'un fruit gâté n'a le goût d'un fruit vert ? Mais je n'aborde pas, faute de temps, ce curieux chapitre. Je ne dirai rien non plus des observations graphologiques faites sur l'écriture des délinquants; les assassins, parait-il, se signaleraient,

1 Par ce côté, l'arfrot ressemble étonnamment au style de quelques romans contemporains, je ne parle pas des maîtres, où ce n'est pas le mot précis, mais le mot salissant qu'on choisit de préférence. Ce n'est point là du réalisme, mais du bestialisme. Et l'on ne saurait y voir qu'une invasion directe ou indirecte de l'argot dans la littérature. Veut-on savoir comment on juge nos pornographes à l'étranger ? < De ces bas'fonds où s'élabore l'argot, dit Lombroso, au sommet de la république des lettres, il y a un abtme, principalement en Italie, où plus qu'en aucun autre pays d'Europe, les beaux-arts et la littérature brillent par leur chasteté. En France d'abord et, par ricochet ensuite, en Angleterre, le triste miasme des bagnes et des maisons de prostitution^ dignes conjoints» va pénétrant dans les lettres ; mais c'est un phénomène isolé, peutêtre exceptionnel, explicable par les continuelles révolutions de celte noble nation, par les bouleversements qui ont soulevé les plus basses couches. • Si la réserve et la pureté de la littérature italienne ne sont pas ici quelque peu surfaites^ il n'est pas difficile, à mes yeux, d'en trouver la cause dans cette profusion de pur^ chefsd'œuvre que ce peuple artiste' a toujours sous les yeux comme un perpétuel iunum corda.

^ N*élrepa8 méchant^ cela vent dire être un imbécile. Cette expression a passé dans bien d'autres milieux.

3 John Lubbock, Origines de la dviUealion, p, 410. Germer Baîlllère et G*% éditeur. V. aussi Whitney.

4» CRIMINALITK COMPAHKE.

— cdiiime en général du teste, toutes les personnes énergiques, — par le prolongement net et accentué de la barre dti t; par Pair d'élancement libre et facile de toutes leurs lettres, ainsi que par les complications hiéroglyphiques de leur signature; les voleurs se réconnaîtraient au caractère ïûoui effacé, un peu féminin de leur façon d'écrire. Et, à ce sujet, comme il est bien possible que le lecteur soit tenté de prendre les graphologues pour des astrologues ou des chiromancietis, je fferai remarquer que des expériences récentes faites à la Salpêtrière sur des hypnotiques^ dont récriture se dénaturait chaque fois qu'on leur suggérait une nouvelle personnalité, sont venues confirmer d'une niaiiière frappante certaines lois formulées dans les traités de graphologie. (V. le Compte-retidu de ces expériences, avec planchés à l'appui^ dans la Revue philosophique d'avril 1886.)

Ëh irésiiiné, îhàlgi^é clés ressètîiblâhces ai)âtdiiiit[uës et physiologiques^ mais non sociologiqiies, incontestables avéfc ie Sàuvàgë préhistoricjiiè bu àetiiel, le cririlinel-né n'est pas un sauvage, pas plus qu'il n'est im fou. il est un monstî^ë, et cbniraë bien dès monstres, il présente des traits dé rëgréssioH au passé de là racé dû de l'espèjcë, mais il Ifes combine différemment, et il faudrait se garder de jliger hos ancêtres d'après cet écharttilloil. Que nos ancêii'es, à noiis-niêmes peuples civilisés, aient dû être primitivement de vrais sauvages, je ne le conteste pas, diididilé lés plus àr1ciëti§ dbbilrtlëfat^ ndlis les indntl*eiit à l'état de simple barbarie avec les mêmes formes corporelles qtiè houSj plus bellëà Seulement ; mais il y a de bons sauvages, — Wâllàcë, Darwin, Spéiiëëi-, Qùâtrëfâ^eë tibùs les ont fait aimer^ — et, quand même, parmi les sauvages actuels, les bons représenteraient une infime minorité, ce qui n'est pas, il ne iious serait pas moins perniis de don-

LE TYPE CHIMINEL. 47

jecturer avec vraisemblance que nos premiers pères étaient du petit nombre de ceux-ci. On sera porté à le penser, c'est-à-dire à supposer quenous ne naissonspas en moyenne avee des aptitudes bien plus morales que celles de nos aïeux, si l'on observe que le progrès moral des sociétés en train de se civiliser est beaucoup plus lent et plus douteux que leur progrès intelliectuel, et, quand il est réel, consiste plutôt en une transforihation socialement avantageuse de l'immoralité qu'en une véritable moralisation individuelle. D'aillfeurSi à mesure que les effets vraiment moralisateurs de la socialisation Croissante bommencent à pénétrer jusque dans te sang dés nations ou des classes les plus civilisées, c'est-à-dire depuis longtemps régnantes, Ces nations ôii ces classes n^ tardent pas à être recouvertes et résorbées par la fécondité toujours supérieure des classes ^ sinon des nations, inférieures. Tels sont les effets moraux dfe la sélection naturelle appliquée à nos sociétés. L'amélioration morale n'a donc guère le temps d'y faire travailler l'hérédité à son service et de s'y consolider en instincts profonds et indestructibles attestés par une refonte du crâne et des traits; et, par suite, le bien qui s'y opère et qui même s'y développe^ est dû à des causes beaucoup plus sociales que vitales, à une action prolongée, paisible, sédimentaire> de l'éducation et de l'exemple, dont, par malheur, le jaillissement brusque des faits politiques ou militaires vient à chaque iilstant rompre les bouches. Qu'on réfléchisse à l'utilité^ j'allais dirfe à la nécessité du mensonge, de la perfidie, de la dureté de cœur pour réussir dans une élection, sur un champ de bataille, dans un congrès de diplomates I

Gela ne veut pas dire que je conteste l'apparition par atavisme^ par Ricochet héréditaire à grande distance, des caractères ou de quelques caractères propres au délinquant-né ; il faut bien que la vie emprunte quelque part les éléments des monstruosités accidentelles qui lui échappent ; et où les prendrait-elle, si ce n'est dans la

48 CRIMINALITE COMPAREE.

mémoire de ses compositions passées, à moins que ce ne soii dans le trésor, rare i ent ouvert, de son imagination créatrice, ce qu'elle fait quand elle enfante un génie, non quand elle excrète un monstre, un criminel ou un fou? Mais ce que je conteste, c'est que la délictuosité du délinquant-né se trouve expliquée par là. C'est ainsi que les femmes présentent aussi avec le criminel de naissance des similitudes frappantes, ce qui ne les empêche pas d'être quatre fois moins portées au crime que les hommes, et je pourrais ajouter quatre fois plus portées au bien. « Sur les soixante récompenses décernées en 1880 par la commission du prix Monthyon, quarante-sept ont été méritées par des femmes *. » Elles sont plus prognathes que les hommes, néanmoins (Top inard), elles ont le crâne moins volumineux etlecerveau moins lourd, mêmeàtaille égale, et leurs formes cérébrajes ont quelque chose d'enfantinet d'embryonnaire ; elles sont moins droitières^ pins souvent gauchères ou ambidextres; elles ont, s'il est permis de le leur dire, le pied plus plat et moins cambré; enfin, elles sont plus faibles des muscles, et aussi complètement imberbes qu'abondamment chevelues. Autant dé traits communs avec nos malfaiteurs. Ce n'est pas tout. Même imprévoyance en elles, même vanité, deux caractères que Ferri signale avec raison comme dominants chez le criminel ; en outre, même stérilité d'invention, même penchant à imiter, même mobilité d'esprit qui simule à tort l'imagination, même ténacité souple du vouloir étroit... Mais la femme, en revanche, est éminemment bonne et dévouée, et cette seule différence suffirait à contre-balancer toutes les analogies qui précèdent. Mais, de plus, elle est attachée à sa tradition familiale, à sa religion et à ses coutumes nationales, respectueuse de l'opinion. En cela aussi, elle s'écarte pro* fondement du criminel, malgré quelques superstitions parfois survivantes chez celui-ci; et en cela, au contraire,

^ Delaunay, Bévue scimtifiqne, 1881.

elle se rapproche du sauvage, du bon sauvage auquel en efifet elle ressemble bien plus que ne lui ressemble le criminel. Nous ne devons pas en être surpris, ayant appris des naturalistes à quel point le moule antique de la race est toujours fidèlement gardé par le sexe féminin, et sachant d'ailleurs que la civilisation est chose essentiellement masculine par ses causes et ses résultats. Par ses causes, puisque les inventions dont elle se compose ont à peu près toutes pour auteurs des hommes; par ses résultats, puisqu'elle a visiblement pour effet d'accroître, au profit de l'homme, la distance des deux sexes. Si donc nous voulons nous faire une idée de nos premiers pères, c'est la femme et non le meurtrier ou le voleur d'habitude, qu'il nous faut regarder. En elle, comme en un miroir vague et embellissant, mais pas trop infidèle peut-être, nous retrouvons l'image passionnée et vive, inquiétante et gracieuse, dangereuse et naïve, de la primitive humanité. Mais précisément, ce qui fait son charme et même son innocence, ce qu'elle a de meilleur, moralement, n'est-ce pas ce goût de sauvageon qui persiste en elle en dépit de toute culture, après tous les brevets de capacité simple ou î supérieure? Ne nous pressons donc pas trop de décider, I sans plus ample examen, que nos crimes nous viennent de \ nos aïeux et que nos vertus seules nous appartiennent *. j Mes critiques ne portent, on le voit, que sur l'interpré- { tation donnée par Lombroso aux caractères physiques ou

^ Dans sa réponse à ma critique, < la plus habile et la plus profonde, > dit-il, de toutes celles qui ont paru sur son Uomo deUnqueiUe, ^ réponse malheureusement trop longue pour être insérée ici, malgré son importance, — M. Lombroso écrit au sujet du passage ci-dessus : « Sans doute la femme présente une plus grande analogie avec Thomme primitif, et, partant, avec le malfaiteur; mais sa criminalité n'est pas inférieure k celle de l'homme, quand la prostitution vient s'y joindre. * A cela j'ai répliqué : < Quant à la criminalité des femmes, je maintiens qu'elle est inférieure àcelle des hommes, nonobstantla prostitution. Si dan» les chiffres de la délictuosité féminine, on prétend comprendre les coartisanes, Je me demande pourquoi on qe comprendrait pas dahsles chiiïpQâ de la délictuosité um^curme, non

su t:HI.MlNALITK t:OM l'A HËK.

antres si frét)ueminent préseiiU'-s par les malfaiteurs. Mais elles n'entament en rien la réalité du type criminel. Seulement il nous reste à expliquer à notre tour ce que nous entendons par là. Tâchons donc de classer ce type parmi les autres entités de même nom qu'élabore ou collectionne l'anthropologiste, cet ontologiste sans le savoir. On peut, ce me semble^ distinguer deux sens du mot type. Gomme exemple du premier on peut citer l'Homme américain de d'Orbigny, de même que, comme eiemple du second, l'Uomo ielinguente. Dans le premier, on entend par là l'ensemble des caractères qui distinj^uent chaque race humaine ou chaque variété et sous-variété nationale d'une même race; on dit ainsi le type anglais ou allemand, le type espagnol, italien ou français, le type juif ou arabe. Est-ce à dire que ces divers traits distinctifs se rencontrent toujours chez les nationaux des divers peuples dont il s'agit? Non; rassemblés au complet, ils y sont clairsemés; à l'état fragmentaire, ils n'y sont que très fréquents. îfais ce n'est pas là une objection sérieuse contre la vérité des schèmes formés de la sorte, ni contre la réalité de leur objet. Vérité abstraite, réalité profonde qui consiste dans une tendance plus ou moins manifeste, plus ou moÎDS énergique de la race on de la variété en question livrée à elle-même, si nul croisement ne l'entrave, à propager de préférence par hérédité le groupe total de caractères qu'on dit lui être propre, à te rendre de plus en plus fréquent et enfin excllislf de tout autre, comme si elle ne trouvait

seulement leieouteDeure,miib encore les débauchis.les joueurs, Isa iTToines, iee puresBeux et les iléclasBé» ite notre sexe. La prostitution, à vrai dire, c'est l'alcoolisme, le parasitisme et le paupérUmé fèmiDias. Une femme qui s'y lÎTre, par faiblesse et par paresse, est sur la pente 'iu délit, comme l'homiue qui, par oisiveté et Itohelé, Ë'aloone à l'ivruiiaefie ou k la meDdictté plus ou moins iie^ra-lante. Mais ne confondons pas li^s couiitions du rlélit avec le délit. luimême. Sans la prosUtutiou. en effet, le continfient des femmes dans la statistique criminelle serait moiadre eucorç, comme celui des

Ce serait donc faire double emploi que de la compter à part. •

LE TYPE CHIMINEL. 54

que là son équilibre stable, stable momentanément. C'est dans un sens tout diflférent qu'on dit le type du pêcheur, du chasseur, du paysan, du marin, du soldat, du juriste, du poète. Cette nouvelle acception du même terme est pour ainsi dire transversale, perpendiculaire à la première. De même que, en voyageant, on reconnaît un Anglais, un Arabe, un Chinois, comme tel, à quelque profession ou à quelque race qu'il appartienne^ de môme, d'un bout de l'Europe ou du monde à l 'autre j ne reconaîtonpas un paysan, un militaire, un prêtre, comme tel, quelle que soit sa race et sa nationalité? Cette impression, en générai, est confuse, et on ne l'analyse pas; mais l'exemple de Lombroso et de ses collègues, qu'il reste à suirre, montre qu'elle est susceptible d'un degré inattendu de précision anatomique, physiologique. Et il ne faut pas qu'on se méprenne sur là portée de ma pensée, sur la profondeur des similitudes qui constituent, je crois, les types professionnels ou sociaux reconnaissables, à peu près les mêmes, à travers les races souvent les plus différentes. Je ne me i)orne pas à dire qu'il y a des habitudes musculaires ou nerveuses idientiques, nées (par imitation) de la routine d'un même métier, et capitalisées, pour ainsi parler, en traits physiques acquis; surajoutés aux traits physiques innés. Je suis persuadé, en outre, que certains caractères anatomiqiies apportés en naissant, d'ordre exclusivement vital et nullement social dans leurs causes, formés par génération seulement et oîi l'imitation n'entre pour rien, fout partie aussi du signalement moyen propre à chaque grande projfession, sinon à chaque grande classe sociale. Ce n'est pas sans raisOti qti'ôn dit d'un hôhime: il â le physique de son emploi, il a la figure d'un militaire, d'un mao:istrat, d'un membre du clergé. Voilà pour le visage ; tuais potirtJuOl ti'eil serait-il pas de tiiêîne dii cort)s? Si l'on essayait sur des centaines ou des milliers de juges, d'afoeats, de laboureurs, dé musiciens, pris au hasaM et en divers fiàys, une série de mesures et d'expé-

UniMINAI.lTK COMPARÉE.

; cràniomi^triques , algométriques , spliy^mograig, graphologiques, photographiques, etc., ans-

à celles de Lombroso sur des centaines ou des s <ie criminels , il est extrêmement probable arriverait à constater des faits non moins surpre-

à savoir, par exemple, que les avocats en général, >alement les avocats distingués, les avocats nés en le sorte, — faisant pendant aux criminels-nés, et n& léfendre ceux-ci, — ont, en moyenne, la taille, le

la capacité du crâne, supérieurs ou inférieurs de ! centimètres, de tant de grammes, de tant de railli-

cubes à la taille, au poids, à la capacité crânienne noyenne des autres hommes appartenant à la même

au même sexe. On découvrirait encore que, chez les rs adonnés à tel métier, et y réussissant, la propor- !s gauchers ou des ambidextres diffère de la proporrdinaire, et que la différence est exprimable en i; que leur sensibilité à la douleur, au froid, à la e, aux variations électriques, a son degré propre, 1 et permanent jusqu'à un certain point ; qu'ils lus impressionnés par la vue d'un bon verre de vin réelle d'une jolie femme, ou vice versa, ainsi qu'il irait des battements comparés de leurs pouls enregisïr le sphygmographe ; et ainsi de suite jusqu'aux !S intellectuelles et morales les plus fugitives, réjuge, on le voit, les résultats que donnerait pro-

fanouvritr, le poids de l'eDcéphale, Reeue. tcitntif.tjuiaîdSi. \ume dt Ui tête tiUvant iet clauei etUtprofe»iiont.t—BToc& râ diDérent» diamètres et courties <le la tSte chei tuue les iD médecine et cbei un Dombre é(ial d'inflrmien de l'hoE- I BicStre. H a constaté que tous les diamâlres et toutes le^ . étaient en nioïenne pensiblemeat plue (trands... > D'autrep sements du même penre ont été recoeillis auprès dee chade Paris, — pourquoi pas auiii bien auprès dea cordonniers tailleurs T Je ne veux pas outrer la portée ds telles be«, eacore moins celle des conclusions qu'on pourrait an imaturément et non sans idée préconçue. Iludlqoe un germe jpper.

bableraent une vaste collection d'études anthropologiques conduites suivant la méthode des savants criminalistes dont je parle, et l'appliquant à tous les métiers comme ils l'appliquent au métier du crime. Mais quoi de plus naturel que cette supposition ? Pourquoi la carrière criminelle aurait-elle seule ce privilège de posséder un physique caractéristique, dont les autres carrières seraient dépourvues? Au contraire, il y a lieu de penser, à priori, que le signalement anthropologique de celles-ci doit être plus accentué, car la première se recrute un peu partout beaucoup plus indifféremment que les autres, et elle exige des aptitudes beaucoup moins spéciales. Si donc le lecteur juge que le portrait générique à la Galton donné par Lombroso de V homme délinqjiant est suffisamment net et précis, il. devra présumer, à fortiori, qu'un portrait générique aussi vivant de l'homme pécheur, de l'homme chasseur, de l'homme laboureur, de l'homme marchand, etc., est possible et attend son photographe. — On voit l'intérêt imprévu de ce gros volume bourré de chiffres assez mal en ordre et de documents humains repoussants.

Si Lombroso, se plaçant à ce point de vue, avait songé que son type criminel, après tout, n'est qu'un type professionnel d'une espèce singulière et sitîgulièrement ancienne, il aurait peut-être moins souvent opposé son uomo delinquente à l'homme normal, comme si les caractères physiques distinctifs du premier en faisaient un phénomène à part au sein de l'humanité honnête, supposée homogène. Il aurait choisi parfois des termes de comparaison plus précis et plus avantageux, plus propres à faire ressortir les singularités de la variété anthropologique, disons mieux sociologique, quMl découvrait. J'aurais bien voulu voir l'homme délinquant opposé à l'homme savant, à r homme religieiix, à V homme artiste. Il eût été curieux surtout de le voir comparé à l'homme vertueux, et d'apprendre si celui-ci est l'antipode du délinquant au physique comme au moral, si par exemple les personnes qui

rii CHIMINALITK COMPAHKK.

obtiennent le prix Monthyon chaque année ont en majorité ia tête longue plutôt que ronde, les bras courts plutôt que longs, le front découvert, l'oreille effacée, la mâchoire faible, en même temps que la sensibilité à la douleur remarquablement vive et non obtuse, et le pouls plus agité par une image d'amour que par une perspective d'ivresse... et si, sous tous ces rapports, elles s'éloignent autant que les malfaiteurs de la moyenne des hommes civilisés, mais en sens inverse.

Lombroso se défend assez mal contre l'objection qui lui est faite : « Gomment pouvez-vous parler de type criminel quand, d'après vous-même, soixante criminels sur cent n'en présentent point les caractères? » Il répond simplement que la faible proportion des Italiens présentant le type de leur race ne donne à personne le droit de nier le type italien, encore moins le type mongolique, etc.. Il y aurait fort à dire contre cette confusion des deux sens du mot type distingués par nous. Mais, à notre point de vue, il aurait pu répondre à ses adversaires : non seulement il n'est pas vrai que mes recherches soient sans portée sérieuse, parce qu'elles aboutissent au résultat que vous savez; mais elles sont doublement instructives. En effet, malgré la non-constance du type criminel chez les malfaiteurs, il n'en est pas moins très réel au sens ci-dessus expliqué; et, en outre, le degré de sa fréquence, mesuré par les chiffres proportionnels que j'ai soin de donner, révèle ou contribue pour sa part à révéler le niveau de notre état social et la hauteur à atteindre encore. Dans les sociétés à castes fermées, où ce n'est point par imitation pure et simple, mais bien par imitation forcée, assujettie à la génération, que se transmettent les divers métiers, agriculture, commerce, armes, sacerdoce, il est certain que le type professionnei avait peu de chances de se produire fréquemment chez les personnes vouées à la profession correspondante; et cette fréquence a dû s'accroître à mesiire que, le principe social pur s'affranchissant de la

LK TYPE CUIMINËL. 55

vie, aux castes se sont substituées les corporations, puis les administrations librement recrutées, et même, spécialement, aux clergés mariés leâ clergés célibataires. Le type jésuite, par exemple, est bien plus répandu et plus permanent piàrriii leâ J)èrès dé la cb'tiipâgrile de Jéàùs, qu'il tié le sèrâii si (jèt Ordre célèbre, comiilë celui des brahiiiànes, s'était iKWpgigé plàr Aliaiion naturelle. L'idéal serait, dàtià la dirfeëilbn où colùl^erit lïos sociétés deptiis l'ère modertie, qtie nulle bàrrîèfe factibè îië s'opposât au meilleur ertiplôl possible dès Tôcàiions individuelles. Alors, daus chàtjiie profeSSidil, il ri'jf sttiràit t(ué des gènS iiés et jusqu'à lin certain point àonforfnés pour elle ; et substitués de la sorte aiiî t^peà ethniques qui duraient perdu chàc(iie jôuf de leur Ihipdt'tànce, les iypes professionnels devièridrâieîit là clâssifldàtlôri supérieure de l'huniànité. En sorte que, après àf ott fonctionné au Serticé du prititiipé vital de généràiic^t et d'hérédité, îtii tërhps des cstsies, le principe social d'dppfèntissagé et d'imitation se le subordonnerait, côhinie il coiiviènt. ~ tl eh serait de itiênlé du ttiétier tjui consiste à vitré* aux dépens de toiis les aùtte sans leur rien rapporter. Le criminel-né des nodveaux criminalisteS, c'est ddtifc le criminel nnique de l'avenir^ réciditiste endurci et indomptable ; il émerge déjà du flux montant des statistiques criminelles comme le monstre à frapper, conmiè l'Aiumè à rejeter, comme là seule des conformations physiques et psychologiques qui se refuse absolument à l'assinîilatiôn âdciâlé,— âètndlénientdù moins,— et dont l'éliminatiôri s'impose. t*ar là nous apparaît son importance, et l'intérêt de curiosité, sinon dfe sympathie, qui s'attache à sa dëgfeHptibh ëxàëté et complète *.

^ bans iine communication adressée à la Société de psychologie phy8Îol6frî<][iië présidée par BÉ. Charcotj M. Garo(alo, après avoir apporié sa part d'observations personneUes à la théorie du type criminel, fait ses réserves au sujet de Tinterprëtation conjecturale que nous venons d*eh donner. < Comment expliquer, dit-il notaqiment^ que les caractères psychologiques et physiologiques du criminel-né se rencontrent si i>eu fréquemment dans les vrais délinquants de

Peut-être cependant y aurait-il une conclusion plus consolante à dégager de ce qui précède. Classé comme nous venons de le faire, le type criminel ne nous laisse-t-il pas soupçonner sa nature relative et, qui sait, passagère ? Si, en effet, il y a quarante ou cinquante ans, on avait soumis les employés des messageries ou des télégraphes aériens, ou de toute autre administration disparue, aux expériences et aux observations.de Lombroso, on aurait trouvé un type physique spécial à chacun de ces métiers, en ce sens que sa présence y aurait été reconnue plus fréquente que nulle part ailleurs. On aurait donc été, dans une certaine mesure, en droit de dire qu'il y a des conducteurs-nés de diligences, par exemple. Cela n*empêche pas que le jour où la locomotive et le télégraphe électrique ont été inventés et répandus, les véhicules et les télégraphes incommodes d'autrefois ont cessé d'être fabriqués. Je ne veux pas insinuer par là qu'il serait aussi aisé, moyennant quelques découvertes nouvelles, de sup-

profeiiion, les pick-poeketâ par exemple ? Ce sont pourtant les récidivistes les plas nndurcis, les incorrigibles par excellence, pendant que des criminels présentant les caractères les plus saillants du type n'ont presque jamais le temps de devenir habituels. Ils frappent souvent, dès le commencement, un ^and coup qui les mène tout droit au ba^ne ou à l'écbafaud ; et, en tout cas, ce sont précisément ceux auxquels le crime ne rapporte «rénéralement pas autre chose que l'afisouvissemeut d'un instinct féroce. * Je vois par cette objection que je me suis peut-être mal expliqué. J'ai entendu dire que le criminel-né était entraîné par une vocation véritable vers la carrière du crime» comme le mathématicien-né vers les mathématiques^ et que cette vocation -là se reconnaît souvent dès le premier méfait, sans qu'il soit besoin d'autre preuve. Quant aux artistes dévoyés qui se consacrent par paresse à d'insénieux petits larcins, ils ont choisi ce métier comme ils en auraient choisi un autre quelconque aussi lucratif et peu occupant, et, 8*ils lui restent fidèles, c'est qu'une fois pris dans cet en^renafre ils n'en peuvent plus sortir. — Du reste, M. Garofalo reconnaît que l'existence de nos iype$ profeitionnels • n'est pas invraisemblable. »

primei', en la remplaçant avantageusement, la carrière du crime. L'espoir pourtant n'en est pas tout à fait chimérique, comme nous le verrons peut-être. Il nous suffira de dire, pour le moment, que la supposition d'où nous sommes partis ci-dessus, celle de vocations naturelles pour certains modes particuliers d'activité sociale, demande à être rectifiée ou précisée. La nature, en diversifiant ses thèmes propres, n'a nul égard à leur emploi possible par la société. Aussi n'y a-t-il de prédestinations vraiment naturelles que dans un sens très large oii plusieurs métiers indifféremment peuvent être compris. Dans ses profondes recherches sur l'hérédité et la sélection dans l'espèce humaine, M. Alphonse de CandoUe fait cette remarque à propos des aptitudes scientifiques. Et, certes, si elle est vraie pour celles-ci, à plus forte raison doit-elle l'être pour la plupart des autres. « L'homme doué, dit-il, d'une forte dose de persévérance, d'attention, de jugement, sans beaucoup de déficits dans les autres facultés, sera jurisconsulte, historien, érudit, naturaliste, chimiste, géologue ou médecin, selon sa volonté, déterminée par une foule de circonstances... Je crois peu à la nécessité de vocations innées et impérieuses pour des objets spéciaux, excepté probablement pour les mathématiques. Ce n'est pas, comme on le voit, nier l'influence de l'hérédité, c'est la considérer comme quelque chose de général, compatible avec la liberté de l'individu*. » Peut-être M. de CandoUe s'exagère-t-il ici l'indétermination des innéités. Il semble oublier que, parmi tous les modes d'activité expérimentés ou observés par nous, il en est toujours un, et presque toujours un seul, oii se fixe notre préférence ; et comme, à mesure que notre champ de tâtonnements préliminaires s'étend par le progès des communications, nous approchons du moment oii il embrassera le domaine entier des carrières existantes à une époque donnée, cela

^ BUtoirB âe$ icUneis $i de$ ioioanU depuis deux Uédes. (Genève, Georp, éditeur, i88B.)

S8 CKIUlNALlTfc: CUSIPARËt:.

revient à dire qu'il y a toujours, ou presque toujours, à chaque instant de l'histoire, une carrière précise, unu seule, naturellement correspondante à chaque variété individuelle, et l'attirant exclusivement si rien ne s'oppose à *" "'■oix. 11 n'en faut pas davantage pour expliquer la ce fréquente de cette variété ou d'une variété voisine les personnes adonnées à cette carrière, et la statisen signalant cette fréquence, ne fera que révéler, t sa coutume, l'action d'une cause constante au de causes variables, à savoir une influence periual'ocdre naturel, mêlée aux influences multiples et armes d'ordre social qui poussent à l'adoptioi| de I dont il s'agit. La réalité du type ainsi dégagé est ertaine. Mais, en même temps, il ne faut pas plus, voit, que le passage d'un état social à un autre, -dire qu'un changement surv^u dans le nopibre, ire et les avantages ou les risques relatifs des divers s, pour faire dévier sensiblement la ligne de toutes nations, même les plus décidées. Il n'est donc pas ; d'aflirmer que tel homme, aujourd'hui voué au fatalement, l'eut toujours été et le sera toujours, ju'il est criminel de naissance. Personne, sauf quellOnom^nes d'incendie ou de meurtre, ou quelques inanes, qu'il faut se garder de confondre avec les els-nés, personne ne naittoutexprèspourtuer,bEùIer, et voler son pro<^ain. S'il eût existé des tmthropos dans l'Athènes d'Alcibiade, il ne leur eàt pas été se d'esquisser les linéaments typiques du pédérastecelui qu'une impulsion organique et in^istible .it précipiter, dès le berceau, dans c^e ab^ration i\e de l'instinct sexuel. Ils n'étaient point rares, les ens voués à cette habitude enracinée, comme nos istes à celle du vol ou du meurtre. Nous savons ot que ce vice honteux, avant d'être dev'enu une

DP, j'allais dire n»e iostitutipfl sttWqwe, »v»(^ p«pi^

par être une mode importée du d^ors, et qu'il a

fini par s'en aller comme il était venu. Il ne faut donc pas trop se hâter d'expliquer physiologiquement ce qui peutêtre a une explication en grande partie sociale.

A voir dans V Histoire de la Révolution, par M. Taine, le paroxysme de criminalité à la fois violente et cupide atteint par certains terroristes, Carrier, Lebon et autres, on les prendrait pour des criminels-nés de la plus belle eau, quoique l'influence de l'exemple. ambiant suffise assurément à expliquer tous leurs actes, comme le reste de leur existence l'a souvent prouvé. Pourtant, dans leur phase horrible, il est tel traii qui épouvanterait Lacenaire ou attendrirait un Fidgien : par exemple, l'exécution, sous les yeux de Carrier, d'un enfent de treize ans qui, « déjà lié sur la planche, mais trop petit et n'ayant sous le couperet que le sommet de la tête, dit à l'exécuteur : Me feras-tu beaucoup de mal (t. III, p. SB8) ?» — Autre exemple. On sait les rites cruels des anciens Aztèques, leurs sacriiices humains par milliers, leurs idoles barbouillées du sang des victimes^ leurs continuelles effusions de sang au temple et à domicile dans l'habitude de la vie. Eh bien^ Piadiea^ qui descend directement de ce peuple, est, selon Biart (les Aztèques^ p. 164), le plus doux, le plus inoffensif, le moins féroce des hommes. Les mœurs de leurs ancêtres n^^taient donc pas un effet de la race, qui n'a pas changé, mais un produit de leurs croyances religieuses, fortuites en partie, qui auraient bien pu être différentes puisqu'elles ont changé depuis lors.

M. Ferri lui-même nous fournit une considération à Pappui de notre idée. Pour répondre à Fobjection que le type criminel se remarque, bien rarement, il est vrai, chez des gens honnêtes ou du moins sans condamnation judiciaire, il observe avec raison que la criminalité innée peut rester latente, et que les criminels-nés, auxquels l'occasion de commettre un crime a manqué, font pendant aux criminels d'occasion qui ne sont point nés pour le crime. « Dans les individus des classes élevées, di(-il encore, les

60 CIUIMINALITE COMPAREE.

iDstincts criminels peuvent être étouffés par le milieu (richesse, pouvoir, influence plus grande de Vopinion publique, etc.)- Les instincts criminels se dissimulent sous des formes voilées, évitant le Gode pénal. Au lieu de tuer avec le poignard, on poussera sa victime en des entreprises périlleuses ; au lieu de voler sur la voie publique, on trichera au jeu de Bourse; au lieu de violer, on séduira et on abandonnera sa victime... » Lombroso lui-même ne parle pas autrement. Â propos des associations de malfaiteurs, ne nous dit-il pas qu'elles diminuent dans les pays civilisés, « mais se transforment en associations équivoques, politiques ou de commerce?» Que de sociétés anonymes, que d'agences, que de comités, qui sont des collections de bandits, mais des bandits mitigés par la culture! Le savant professeur se plait à assimiler les courtisanes au\ délinquants, et à voir dans les maisons de tolérance l'équivalent féminin des maisons de correction. Soit. Eh bien, parmi ces réclusionn aires d'un genre à part, il lui serait facile d'établir aussi deux catégories bien tranchées, plus nettes à coup sûr que les deux catégories correspondantes du monde criminel, à savoir les prostituées d'occasion et les* prostituées-nées. Cependant, celles-ci mêmes, qu'un tempérament spécial, le plus spécial, certes, et le plus impérieux de tous les tempéraments, semble prédestiner aux bouges, y seraient-elles jamais entrées sans les conditions ou les rencontres sociales qui les y ont poussées en réalité? Non; plus heureuses, mariées, et restées ce qu'on appelle honnêtes, elles auraient pu être, sans que le diable y perdît rien, des boutiquières très achalandées, des femmes dites légères, ou coquettes, ou charmantes, dont le salon n'eût pas désempli, et de ravissantes actrices. — Nous venons d'indiquer ainsi la voie ou les voies multiples par lesquelles l'atténuation du virus criminel, pour ainsi dire, peut être obtenue à la longue. Cette atténuation, tout à fait analogue à celles dont s'occupe M. Pasteur, comporte une série de phases graduelles. Le vol avorté

LE ÏYPi: CUIMINEL. 61

devient escroquerie ou abus de confiance, puis jeu de Bourse ou spoliation de l'adversaire, colorée du nom de mesure politique, enfin ce qu'on nomme habileté; le meurtre avorté devient duel déloyal, puis calomnie ruineuse ou dénonciation mortelle, enfin énergie, hardiesse et sang-froid. A force de se diluer, donc, le virus finit souvent par devenir un utile ferment, et il ne serait pas difiScile, en efiet, de découvrir au fond des choses sociales les plus fécondes et les plus civilisatrices, ambition, cupidité, galanterie, courage, la sève et la saveur d'instincts sauvages lentement adoucis. Enfin, dans son chapitre si intéressant sur la criminalité des enfants, Lombroso remarque combien les instincts criminels sont fréquents à cet âge, mais avec quelle facilité ils disparaissent en grande partie sous l'influence d'une bonne éducation, ajoutons d'une bonne chance. Si pourtant l'enfant est mal élevé et malheureux, elles persistent chez l'adulte ; et, dans ce cas, on peut continuer à les dire innées, car en fait elles le sont. Mais cette persistance, due au milieu social, n'équivaut-elle pas à leur acquisition sociale? — Changez les conditions, s'il se peut, de la société, bien plutôt que son système de pénalité, et sa criminalité se modifiera. Sur cette conviction fortement motivée (Nuovi orizzonti, 3* édit., p. 345 et s.) repose au fond la théorie de Ferri sur les Sostitutivi penali, sur les équivalents de la peine, autant vaut dire sur les équivalents du crime.

11 n'est donc pas vrai que le crime, même réduit à un minimum numérique, soi-disant irréductible et assignable : d'avance, ait été placé, dès l'origine, à la manière de \ l'amour, pour parler comme un chœur antique, « parmi -^ les forces éternelles et divines qui meuvent ce monde. » ) Son origine est historique avant tout, son explication est avant tout sociale. Mais, en attendant qu'il disparaisse un jour, les variétés de la nature humaine dont il s'alimente aujourd'hui et qui, réunies, composent son type, n'auront point disparu pour cela. Elles se seront disper-

62 CRIMINALITE COMPAREE.

sées et réparties entre d'autres types. En attendant, — et je crains bien que l'attente ne soit longue, — le type qu'elles forment ne perd rien de sa réalité, p^rce que sa permanence inilestriictible doit être réputée très con- ^stable.

OâAPttftB II

Li ètAfistiQtil feAiMi'NàLLê BU Bk^tiikH BkMÏ-éiktLk

D'ordinaire, lés tolumes ahnuels de stîltistlc(ue enroyés aux trilituiiatts par le ministre de la justice s'énàëvetissent dan^ les coins des^ffes ou dès parquets. 11 n'eil a pas été de même, nous TespéroriS bien, Qé ëeux qui, relatifs à l'année 1889 spécialénlent; sont prébédés d'Un hipport sur la statisti^tiè comparée du dèhiiél' demi-si&le, arec tableaux, cartes et courbes graphiques à l'appui: Cet irieomparable dociihient; àé^k loué unanimement par les criminalistes et les moralistes du mondfe entier, et dû à notre éminent statisticien M. Yvernès, a répondu pleinement aux espérances que fiaisaient naître, il y a plus de quarante ans, les premiers Volumes des Comptes-rendus de la justice criminelle et civile. Cournot, le pénétrant cMqkB; ëgrivëit à ëeitë date fëëiilëë (|tië « l'dii ^ t)<iiserâit un imf tihë ftiUlë de ddëtihiëiits |)r6cleil* pbuf lé pèf- Mmhêibkhl de là lë^lSlàtiMi et l'ëtiide de là sdéiétë,

mé m Hppmi miAtûûi d turm. ^ {Mmëiré iuf tes

àfl§miibM âU ëalbul m blUMm à la StàtMqUé jMlctSi^é): Il lie âë trbttiiiàit ps; Sàtiâ là àtàttâti^iië âUlitiéllë, n8{âftitfiëiit, fl'ëât-il piè ëëftàiri (Jile le ftyèr d'irifëëtibtl cflffliBëllé de iidlfè §«feiétë; là clâsàë des i^écidii'istëS, H'ëflt été im Sbiipçoiiilëe,' bOn bidbtrëë au dbigt; mti sifeiidéë à lË pfèobdi^atlbh défe gdiitei^ëttiébtâ 1 Mâl^ fcé n'est bi le setll SëHiëë, ttl sdHbdt lé teul ëtisëi^néftlébt, ëbrtïttië dii lé vcf^H; ÔëHl «bils sdjfbbfe fëderàtllës à ëëttë photographie numérique de notre état social.

L'bplifiiishlë t)à&àë eh feënëfâl pbur tibë tëHU bfflëiëUè, mais elle plàraît manquer absolument à l'auteur du ftap-

port dont il s'agit. Il nous apprend d'un ton alarmant des vérités tristes. Et il y a d'autant plus lieu de l'en louer que ses révélations risquent de servir d'argument aux déclamations politiques. Car l'action des événements politiques sur la criminalité n'est pas douteuse : regardez la courbe des affaires correctionnelles depuis 1838, sorte de profil de montagne en voie de soulèvement brusque après certaines dates, et dites si, devant cette silhouette, on n'est pas e&cusable de faire quelques malicieux rapprochements ^ Mais ce serait perdre de vue les causes plus profondes et les agents plus cachés qui opèrent sous les faits et les acteurs superficiels. — Dirons-nous, par exemple, que le nombre des adultères poursuivis étant devenu neuf fois plus fort de 1826 à 1880, et celui des adultères dénoncés ayant progressé plus vite encore, tous les l^aris français auraient intérêt à être légitimistes? Le sujet, par malheur, ne comporte pas tant de gaité.

Un grand contraste s'oflfre d'abord à nous. Dans le laps de temps considéré, les crimes proprement dits ont diminué de près de moitié, et les simples délits (abstraction faite des contraventions) ont plus que triplé. Conmient expliquer cela ? On va dire que c'est un effet de l'instruction croissante et de l'adoucissement des mœurs, ou simplement un . igné de notre nivellement social, qui, entre autres égalisations, atténue la distance entre les scélérats et les honnêtes gens. Il en serait donc de la criminalité dans son ensemble comme des Alpes ou des Pyrénées, dont les faîtes, parait-il, vont s'abaissant au cours des âges à mesure que, par leurs débris successifs, le sol

1 II est bon cependant de préyenîr que la vue des courbes, si on ne la complète et ne la corrige par la lecture dû rapport et des tableaux, est très propre à égarer l'esprit.

s^'exhausse à leurs pieds, en sorte que ces monts gagnent en étendue ce qu'ils perdent en hauteur ; ou bien dironsnous avec un ingénieux auteur que la criminalité ressemble en cela à Panimalité, dont les degrés inférieurs se signalent par une force de reproduction supérieure ? Le malheur est, pour ces explications et toutes autres possibles, que le contraste indiqué est purement apparent. En premier lieu, comme M. Yvernès le reconnaît lui-même, la diminution du nombre des criminels s'explique en très grande partie par la louable habitude, généralisée chaque jour davantage dans les parquets, de correctionnaliser les crimes peu graves, en négligeant volontairement de relever certaines circonstances, telles que Pefiraction ou l'escalade, qui accompagnent des vols de faible importance. La loi du 13 mai 1863 a consacré cette pratique dans nombre d'affaires. Transformés do la sorte en affaires correctionnelles, les faits criminels sont frappés plus sûrement de peines moindres, et d'ailleurs, si l'inculpé préfère le jury au tribunal, il lui est toujours loisible de décliner la compétence de celui-ci, qui ne peut ne pas la prononcer. La preuve que la correctionnalisation, soit illégale, soit légale, a réellement contribué à l'abaissement de la courbe des crimes, c'est que cette courbe commence à s'abaisser vers 1858 seulement, c'està-dire vers l'époque où la mode en question a commencé à se propager. Dans le détail des diverses natures de crimes, la preuve est plus frappante encore. C'est sur les vols qualifiés, c'est sur les viols et attentats à la pudeur contre des adultes qu'a surtout porté la diminution des accusations. Mais c'est précisément sur ces faits que s'est le plus exercée la correctionnalisation. Aussi, au moment où ils désencombrent la colonne des crimes, ils grossissent celle des délits, et, pendant que les attentats à la pudeur sur des adultes diminuent de moitié à partir de 1856, après avoir augmenté jusqu'alors, les outrages publics à la pudeur ont éprouvé de 1855 à 1860 une augmentation

subite^ frappante au milieu même de leur rapide augmentation continuelle (laquelle a été de 36âi à 2^572 dans notre période demi-séculaire). Même observation pour lea vols. Les vols domestiques notamnietit oht diminué des dêux^ tiers (dans la colonne des crimes) depuis 1826, quoique le nombre des gens à gages ait considérablement augmenté. Est-ce à dire que les valets et les servantes sont devenus plus fidèles ? Gardez-Vous de cette illuèioni et regai^dez à la eOlorine des vols simples, qui ont bien plus que ddublë. — Poiii' les faux, idem; ils se multiplient,- je crois> chaque jour, mais on lès baptise le pliis possible escrbqtieries, nature de délit qui a plus que ttiplé. Pourtant^ tous les crimes ne sont pas propres à être cdrrectionnalisési il est iiiipossible ou difficile d'étendre le béiléfice de cette iâdulgencé aux attentats & la t)udëur âur des enfants (pt'bâque toujours èomttiis par deâ gens àgés)^ aUx assassinats» abx incendies volontaires, aux banqueroutes frauduleuses et, à vrai dire, aux criines dignes de ce nonl^ qualifiés tels dans la langue commune; Par suite) que voyOris-nOUs ? Ce$ crimes-là s^accroissent tonstamfhenti abbroisseiUent significatif et malheureusement nojfé dans le calcul de la dimihdtidti d'ènàetlible. Quelques chifiï>bs: lès viols et attentats à k pudeur §Ur des enfants oiit iharehé de 1S6 à 809, les assassinats de 197 à 239; les incendies de 7i à m, lès itifânticides de 102 à 219^ En général) les cridies conti^ë léâ personnes sont bien tnoifas familles à correctionnalisër que lès crimes contre leâ propriétés; Or nouô vojrohs que la courbe des prenlierSj à traVers des hauts et des bâs;

^ L'accroissement ne s'est pas continué, ce semblé, dipuîà 18§b. En iSsl, IdSt 1^3, il y a en iï1\ Sâl; 109 ëfisësBihàl^; HË; itHÈt m attentats à la pudeur enr i»B epfai^ts;. 174^ i7l, 191 jnfaxilicUlea; mais 207^ 20i, 177 incendies. Il ne faudrait pas trop se fier aux âSièliofalioiis apparentes que éembleril rétéléf (iuëlKidp|-6iiS dtf cÀl chiffrée ; d'abor 1 la péribdé ébdttléte éSt tMff bouHe pbtiHottMir iiiis bdâé sérieuse à Tinterprétation optimiste; — Ajoutons que 1 augmentation des crimes contre les personnes depuis cinqùanle ans, paîrattrdit bien {ilus importaiité, si, bomine il cbUVlëtlt, ïm èh\(tri\l a part, dans la statistique des as sàlsinats^ français, les aasassinats

LA STATISTIQUE CIUIWINELLE. 67

ne s'abaisse point dans son ensemble» et même s'élève un petti Quoique la borrectionnàlisation Taffecte aussi dauô une certaine mesure.

La diminution de la grande criminalité a donc porté principalement sur les crinies contre les propriétés. C'est le contraire qui aurait eu lieu si cette diminution eût été autre chose qu'un escamotage. En effet, diirant ce mouvement, la France s'est enrichie et instruite. Or i'un des premiers effets des progrès de l'instruction et de la richesse^ et l'un des mieiix démontrés par là statistique comparée des divers départements, des diverses classes, des diverses nations même; c'est qu'il en résulte une augmentation proportionnelle des méfaits contre les propriétés; Il est curieux de voir ainsi, — entre parenthèses, — la cupidité grandir avec la richesse, et, pareillement, de voir, au fUr et à mesure des progrès de la vie urbaine^ des relations sexuelles pliis libres et plus multipliées, les passions sexuelles redoubler, comme l'alteste la progression énorine des délits contre les mœurs. Aien de plus propre que ces constatations slaiistiques, entre autres, à illustrer ceite vérité capitale, qu'iin besoin est siirexcité |)dr ses prôpFès satisiactions.

observons maintenant aue, pôiir des liaisons excellentes d'ailleurs, les cniffres ihdiqués plus tiaut ont trali aux accusations èl non simplement aux condàmilàtiôns. t)r là proportion des acquittements depuis un demi-siècle, soit devant les tribunaux, sôit devani lies cours d'assises, ayant

corses quf, inspirés par ta vënJèttà^ iiè sauraient ëtrà coiifonclus a^ic dllnipifel âsïiiiiiUiëls. Éhï 616iiiébi ftliritifbâtëaJF êïkhï émïh dh vfeFnfcIti t^ttisifttCi la veode|ta et I98 crimes qq'elle inspira vquI diminuant) qae les assi^ssinais continentâi|x sont en profirrës sensible. :^l}otohd râccroSssëinèiit des pafribidSs dâfis êei âërUièrës éhdèSs. ^ Mài^ il j^ il mleiii. ga'bti ëidittbhiie éiiseiiible) pinh cttaquB. 6nn4ei 44 I97f ^ i^i ^ons les crimes violentsi à lavpjr l^s parricides, les empoisonnements, Ibs meurtres, lés assassinats, les cobps et BlSsiUril d^bt bchàstbiiiië la tbbrt, bn tfoutefà les mms sttitftiUs là pi^^^llkin p1r^qn$ ri§uiîÉnnmt ^tefOânt»: dSO; 659, 639, 665^ 695) 706, 706.

beaucoup diminué, rabaissement de la grande criminalité si nous prenions pour base de son évaluation le chiffre des condamnations et non celui des accusations, nous apparaîtrait bien affaibli.

Remarquons en outre que la répression est loin d'être devenue plus sévère. Il est vrai que le personnel de la gendarmerie et de la police a doublé; mais en revanche la magistrature s'est efforcée constamment de s'accommoder d'avance, de s'adapter, comme dirait un spencérien, à la faiblesse de mieux en mieux connue d'un jury de plus en plus imprégné du pseudo-libéralisme ambiant, de la sentimentalité émoUiente dont bénéficient les criminels. « De peur d*un acquittement », expression courante dans les parquets, les cabinets d'instruction et les chambres de mises en accusation, l'on voit le ministère public, les juges d'instruction, les conseillers se montrer chaque jour plus exigeants en fait de preuves, ce qui du reste est souvent fort louable. A cela tient la proportion sans cesse décroissante des affaires criminelles terminées par un verdict négatif. De 82 pour 100, les accusations entièrement rejetées par le jury ont passé par degrés à 17 pour 100. Puisqu'il est notoire que le jury n'est nullement plus rigoureux que par le passé, ce résultat ne peut être attribué qu'à la « scrupuleuse attention que les magistrats apportent de plus en plus à l'examen des affaires avant d'en ordonner le renvoi devant les juridictions compétentes. »

J'expliquerais volontiers par cette adaptation graduelle de la magistrature au jury la diminution réelle de certaines natures d'accusations que j'appellerai secondaires, des faux témoignages, par exemple, qui ont passé de 46 ou de 101 à 4 ou à 1. On ne s'avisera point, je pense, de dire à un magistrat instructeur quelconque que cette décroissance est due à un progrès considérable dans la véracité des témoins; mais on prend de moins en moins la peine inutile de poursuivre les faux témoins. De moins en moins aussi pour la même cause, on poursuit les incen-

ik.

diaîres, qu'il est si difficile de découvrir, et si, malgré cela, le chiffre des accusations pour incendie volontaire a sensiblement augmenté, c'est que celui des crimes de ce genre a dû croître énormément.

En tenant compte de toutes ces considérations, c'est-àdire de la correctionnalisation progressive, des égards croissants du parquet pour la mollesse du jury, et de la distinction nécessaire entre les vrais crimes et les crimes nominaux ou secondaires, oh peut tenir pour certain que depuis un demi-siècle le nombre des crimes, comme celui des délits, mais seulement dans une mesure moindre, a subi une augmentation. Cette difficulté écartée, (car c'en était une sérieuse de comprendre l'anomalie présentée par un peuple où la grande et la petite criminalité auraient varié en sens inverse et fait en quelque sorte bascule), considérons les délits spécialement parce qu'ils roulent sur des chiffi'es plus forts, moins sensibles aux perturbations de causes accidentelles et insignifiantes. Je préviens certaines objections à fleur de sujet. D'abord, la population a augmenté, mais d'un dixième à peu près (31 n illions en 1826, 37 en 1880) tandis que le chif&e des délits communs a triplé. Cette considération n'a donc pas lieu de nous retenir. En revanche, pourrait-on ajouter, il est possible à la rigueur que, le même nombre de faits délictueux ayant été annuellement commis par hypothèse, la portion poursuivie de ces faits ait été s'accroissant d'année en année sous l'empire de diverses causes; soit, assertion bien gratuite, parce que les parquets, en multipliant les poursuites correctionnelles, se seraient de mieux en mieux adaptés à la sévérité et à la moindre exigence en fait de preuves de la magistrature assise, de même qu'ils se sont graduellement adaptés à l'indulgence du* jury en diminuant le nombre des accusations; soit encore parce que la densité croissante de la population (car la population se condense même sans s'augmenter, par suite des progrès de la vie urbaine) aurait facilité la découverte de certains délits.

70 ChlMlNALITK COMPARKI-:;

tels que les vols, les supplresâiods d'enfants, etc. ; idll enfin parce que certains préjugés ou eertaines f ë'pligtiailtfes qui empêchent lès Tibtiraes de certains délits de les dénoncer, par exemple les maris tronipés; lès battus dans les rixes, les maîtres volés par leurà domestiques; les da^es d'escrocs adi'oits, les personnes outragées dans leur puâetxf ; auraient été s'affaiblissànt dàtis le courant de notre sièèle; Je né nie point l'action de ces fcauses; tnaià, «i elles ont agi, elles ont dû être neutralisées par autant d'Influences contraires. Les membres du ministère public, iniètêsséè peut-être à se signaler par de grosses affaires, ofat intérêt en revanche à ne pas â'enèortibrëi' de flètites afikites iMios importance notable. La vie urbaine favorise autant les malfaiteurs qu'elle leut iiuit. La disparition dé certdiiis préjugés a certairieînent tnoins provoqué de défaouciations que l'amollissement des mœurs n'en a refoulé; En ontfè; les considérations ci-dessus sont évideniment inapplicables aux vagabondages, aux rébellions, aux oiitra^és à dès magistrats, aux banqueroutes, et à bien d'éutres genres de délits. Ajotitôns que; depuis le retour ad paHementarisme brochant sur lé àiiffrage univèl'sel; diiiië saurait verbaliser ni requérir en général que contre un ëlectéui*, lequel à pour avocat d'office son éld: Les réÊiditistfes n'étant point électeurs, c'est peut-être en partie pbur cela que la proportldn des récidives augmenté toujouis; En somme; 11 est très probable que l'aughientation des méfaits poùrsuitis traduit, avec un certaih degré d'approximation et plutôt atèb atténuation qu'exagération; ^lle des méfaits conittilS; à peu près comme la forifae dd crâne correspond sànâ trop d'inexàctitutl*>- au relief du feèrteâu *.

1 Dans sa brochure sur Içi Criminalité en France et en Italie (i88i|, le D' Boùrnet, élève dd M. Lacassagne, expligùe en grande paftiè par leè variations de la 14<:islsttion râiscrdilséniefit àés dëliU dt il énumère complais&mment les délits nouveaux ^n'eUd a créés. Gomme si les lois sur Tivrtîsse publique, sur 1^ conscription ^des chevaux, sur le monopole des allumettes, Sur lé pbyildiSrà, etc., etc., en admettant qu'elles aient apporté un conUngent notable et

r^w^nr. '«■" '.;

LA STAÏi§TIQUE CRIMINELLE. 71

Gela dit, nous remarquons que les div^s délits ont progressé avise une r^pidjté très inégale, qui a $a signification. Il y a notamment et d'une manière approximative trois fois plus de rébellions contre l'autorité, cinq fois plus d^outrages aux fonctionnaires, huit fois plus de mendicités, deîtx fois plus de cQups et blessures, sept fois plus de délits contre les mœurs (y compris le proxénétisme, qui p'a que doublé à peine, et l'adultère, qui est neuf fois plus fort), deunp fois ef demie plus de vols simples, 5Û; fois pltfs de destructions de clôtures, près de quatre fois plus dé destructions fie plaints et de récoltes, trois fois plus d'escroqueries ^u moins, et au moins six fois plus d'abus de çonfianpe.

Si Pon rassemble tous Cjes résultats, on arrive, ce semble, à cfittê condusioo que ]e cynisme et la friponnerie ont fait pacallèlemmt, l'pn aidant l'autre sans doute, des progrès énormes, que la propriété et l'autorité sont respectées de

4W^^« ? L* /îéJjfttMsité, - cp .(jf^l n'est pa8. -- doiypnf pous empecber de constater laugmentation considérable des aociens âân»,' dés vrafs. *•<- GonsuÙoi^s le compte rendu de M. ¥vernès, P- ^r ffP»§ I JfiWO^^ <ï»e, ,# }g86 ^ f^O, la propor^op des délits prévus p|ir des lois sp^écigles, prépiséinpnt celles dont parle tf/îiour&et, j9sT restée S peu près'îa même^ deux cent vinpt-sept enTiCDlii sur ipoMlB pré.Yentionsj et qu'ainsi elle n'égale pas- le quart

^ÎJ Pft^^^P \^^^' ~ M ^' Bonrnet .écrit §j^core : « four les gens énrangerâ à la éciencé du Droirpénal, il semble que chaque année la eiiminalité s«'è}èT6, que la détaQoraUsation progresse. H n'en est rien, ce n'est qu'une simple apparence. Cette augmentation totale de la" criminalité est due uniquement à raccroissement progressif et rapide des délits. > Or, deux pages plu^ loin, il est forcé d'avouer < que les crimes contre les personnes augmentent. » Ne sont-ce pas les plus importants? Plus loin, il confesse encore que < comme la folie, comme le suicide, la criminalité générale augmente avec 1«# PWfl^.* ^ ^'m^f^liPf^' ? R'ajUeur^, lojn de ïni accordçjp que la stojbjij^qjjié pip9 44}^i^- ^^ ^?"F^^^ ^^^^ ^^ tlji.ermoinètrç de la moralité d un peu]^e, je serais disposé' a reg«urder les inclications de ce thermomètre-là comme bie^ plus sûres que celles de la statistique des crimes. Outre que la première porte sur de bien plus gros chiffres, 6^^ a fx0 ^ â^& 4Ction^ l^i.QjQi moins e^Lceptio^nell^p et accidentelles, ^$^ i^np FÀPIjçii^es d'ordinaire, t>ïefx plus rapprochées de la cond^l^ £ij^i^^))j9, ^efli pluf prop^,9s par Conséquent à révéler le niveau moyen d'honnêteté où se tient celle-cié

73 CRIMINALITE COMPAREE.

moins en moins, et que les gens sans principes moraux, vont se multipliant en même temps que les gens sans foyer'. Mais surtout la cupidité partdt avoir grandi en même temps que la fortune publique. De 1826à 1830, elle était treize fois sur iOO le mobile déterminant des crimes d'assassinat, de meurtre, d'empoisonnement et d'incendie. Cette proportion s'est élevée par degrés à 20 pour IOO en 4856-60, puis est redescendue à 17 en 187{-re, pour se relever en 1876-80 et atteindre 22 pour 100. A l'inverse, l'amour, qui était 13 fois sur 100, il y a cinquante ans, le mobile des mêmes crimes, ne l'est plus que 8 fois sur 100. Évidemment, l'amour a baissé, ou la cupidité a monté. Mais l'amour, force naturelle, n'a pu diminuer, non plus que la haine, malgré sa participation également moindre aux crimes précédents. Pour preuve, notons que le nombre annuel des suicides par amour est resté à peu près le même depuis quarante ans, tandis que les suicides par revers de fortune ont beaucoup augmenté, que les suicides pour causes de soufirances physiques ont quadruplé, et ceux pour cause d'ivrognerie quintuplé. C'est donc la cupidité qui a fait des progrès: Aussi un tableau spécial montre que la proportion des délits contre les personnes (à l'opposé de ce qui a lieu artificiellement pour les crimes) a r^^lièrement dé ru depuis 1826, tandis que celle des délits contre les propriétés augmentait avec une régularité égale.

Ce tableau est sombre. Par bonheur, nous rencontrons M. Poletti sur notre chemin, et le sourire de ce rassurant criminaliste italien, dont les idées spécieuses sont des-

' Ajoutons que les demandes en séparation de corps ont quadruplé en quarante-quatre aus, et que, «péeialemmt, depuis la loi sur l'assistance judiciaire, elles aoni devenues dans la dasae ouvrière huit fois plus nombreuses.

LA STATISTIQUE CRIMINELLE. 7a

tinées, je crois, malgré leur fausseté, à faire leur chemin, se moque un peu de notre tristesse. Dussent-elles rester inconnues, elles mériteraient examen, parce qu'elles sont une réponse originale à la grave question de savoir quelle est l'influence de la civilisation sur la criminalité. Puis, l elles peuvent être citées comme une forme typique de cette force d'illusion invincible en vertu de laquelle chacun de nous est porté à tirer vanité, malgré Tévidence contraire, de la supériorité de son temps. M. Poletti nous dit ou à peu près : Le nombre des délits ou des crimes peut augmenter dans une nation, bien que la criminalité y décroisse. S'il n'a que doublé ou triplé, pendant que parallèlement le nombre des actes producteurs et conformes aux lois, l'activité sociale féconde et utile, a triplé ou quadruplé, comme on en a la preuve en France par la comparaison des statistiques commerciales dans le dernier demisiècle et la plus-value des impôts indirects, il y a eu en définitive progrès moral et non décadence. Car, à moralité égale, ou, ce qui revient au même, à immoralité, à criminalité égales, les chutes dans le mal doivent se proportionner exactement à l'accroissement des occasions de chute. Voilà, si je ne le dénature en l'abrégeant, à mon point de vue, l'argument de M. Poletti *. Il consiste, en somme, me semble-t-il, à évaluer la criminalité comme on apprécie la sécurité d'un mode de locomotion, et à procé-

^ Sa pensée a encore une autre face plus en relief; qu'ils soient ou non /des occasions de chute et des circonstances atténuantes^ les actes producteurs sont justement Topposé et la compensation des actes destructeurs, crimes et délits. Mais c'est une erreur ma> nifeste. On n'est neutralise que par son contraire; et le contraire d'un vol, par exemple, est-ce une affaire, vente ou achat ? Non, c'est une donation à titre absolument gratuit, ce qui est si rare! Qu'on me dise si les donations parfaitement désintéressées ont triplé en même temps que les voU... L'acte délictueux est rarement un acte destructeur, opposé comme tel à l'acte producteur correspondant. 11 y a l'incendie volontaire. Eh bien, je me demande si les progrès de la bâtisse ont marché aussi vite que ceux de l'incendie volontaire depuis les compagnies d'assurances.

74 CHIMINALIÏÉ COMPARÉE.

der, pour décider si la criminalité des Français notamment a augmenté ou diminué depuis cinquante ans, comme on procède pour juger si la"séciirité des voyageurs en chemin de fer aujourd'hui est inférieure ou supérieure à celle des voyages en diligences vers 1830. De même qu'ici on résout le problème non en comparant simplement les chiffres des voyageurs tués ou blessés aux deux époques, mais en disant qu'il y en a eu un de tué ou de blessé à telle date ou à telle autre sur tant de milliers de voyageurs ou de millions de kilomètres parcourus, pareillement on doit, pour répondre à l'autre question, dire qu'il y avait, par exemple en 1830, un abus de confiance poursuivi annuellement sur tel nombre de transactions ou d'affaires susceptibles d'en provoquer, et qu'il y en a un de nos jours sur tel autre nombre de transactions ou d'affaires semblables *. Pourquoi ne pas ajouter que, par suite des communications plus fréquentes, des entraînements plus dangereux de la vie urbaine en progrès, l'augmentation énorme du chiffre des adultères constatés n'a rien de surprenant et révèle un vrai raffermissement de la vertu féminine ?

Cette manière optimiste de voir les choses n'est point partagée, et je ne m'en étonne pas, par l'auteur officiel du Rapport qui déplore quelque part les douloureuses constatations de la statistique et le débordement de démorali-^ sation révélé par elle. En fait et en droit, d'ailleurs, rien de plus erroné que le calcul précédent. En fait, pour les abus de confiance qui ont sextuplé, pour les délits contre les mœurs qui ont septuplé, etc., il n'est pas vrai que les

1 M. Poletti dit (p. 76) que, dans sa manièfie de voir/la'eriuLiualîté est un reste {residuo) obtenu en retranchant de là somme d'activité productrice et conforme aux lois à un moment donné la somme d'activité destructrice et criminelle à ce même moment. Mais^ évidemment, il a mal rendu sa pensée, puisque, si le chiffre de la seconde espèce d'activité venait à diminuer, le reste croîtrait, d'où il suivrait que la criminalité aurait fait des progrés. C'est le contraire qu'il a voulu dire. Mais le contraire n'est pas exact non plus ; et. en réfléchissant, on verra qu'il s'agit ici de quotient et non de reste, de division et non de soustraction.

LA STATISTIQUE GHIMINËLLK. 75

affaires ou les rencontres à Toccasion desquelles ils se produisent soient devenues six fois, sept fois plus nombreuses. En droit, pour l'ensemble des crimes et des délits, il me semblé d'abord qu'on fait une confusion. On a beau dire et démontrer, pour continuer ma comparaison, que les chemins de fer sont le moins périlleux des moyens de transport ou que le gaz est le plus inofiensif des éclairages, il n'en est pas moins vrai qu'un Français de 1826 risquait mollis de mourir d'accident de voyage ou d'être victime d'un incendie qu'un Français de nos jours. Il y a un demisiècle,, on comptait par an quinze morts accidentelles sur 100,000 habitants, maintenant trente-six. C'est l'effet des découvertes qui constituent la civilisation de notre siècle. Cependant la vie moyenne en somme n'a pas diminué de durée; je sais même qu'on la croit généralement en voie de prolongation ; mais les statisticiens sérieux ont soufflé sur cette illusion^ ^ pour employer leurs propres termes. Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'on a maintenant moins de chance qu'autrefois de mourir dans son lit, mais autant de chances de mourir tard. Les inventions civilisatrices ont donc apporté leur remède à leurs maux, et on peut en dire autant de leur effet, de ces convoitises, de ces besoins, qu'elles ont créés ou surexcités et d'où naît le crime, en même temps que 1© travail. Mais, si compensé qu'il soit,

^ Yoy. Stathtiqtie de la France^ par liaajiice 6lock, t. I, p. Si. Il est à remarqaeif que la vie moyenne des femmes^ «ur lesquelles la civilisation, sans vouloir leur rien dire de désagréable, a eu moins d*action cei^ainement que sur les hommes, est un peu supérieure à la vi6 mayenne de notre sexe. Si donc la vie moyenne 8*était réellement prolongée, ce ne serait pas en tout cas un effet de la civilisation. --^ Voici comment ^accrois sèment de la vie moyenne se ttouve être imaginaire. On la calcule en divisant, pour un pays donné et à une époque donnée, le nombre d'années qu'ont vécu les habitants vivants, par le nombre de ceux-ci. Le quotient, à savoir la vie moyenne, devra être, (toutes choses égales d'ailleurs, c'està-dire les chances de mortalité restant exactement les mêmes), plus fort si la proportion des enfants dans le nombre des habitants diminue. C'est évident, puisque les enfants, ayant moins vécu que les adultes, apportent avec eux un moindre contingent au divi-

i:illillNAI.ITK COlIPAKKi;.

lal est un mal, nullement amoindri en soi par le bien 'accompagne. Si l'un peut à la rigueur être séparé df re, cela est clair; et, s'ils sont indissolubles à jamais, thèse désespérante, cela est encore plus clair. Il iporte peu que la sécurité des voyages, que la moralité affairés aient augmenté quand la sécurité, quand la ilité des hommes voyageurs ou autres, commerçants utres, a diminué (ou paraît avoir diminué) de moitié es trois quarts. Pour une masse égale d'afiaires, il n'y 3 plus de délits, soit, j'admets même qu'il y en a is; mais court-on, oui ou non, plus de risque aujourli d'être trompé, escroqué ou volé par un Français <n n'en courait il y a cinquante ans? Voilà ce qui nous arte au plus haut degré et non une abstraction ou une tphore. N'est-ce pas un mal certain, indéniable, qu'une w ou une catégorie de citoyens, si active ou si allairée ille soit devenue, celle des industriels ou des femmes iées par exemple, fournisse un contingent triple, sexe, à la justice criminelle du pays? N'est-ce pas un mal i que, depuis quarante ans, le nombre des faillites ait blé, quoique le développement commercial ait plus doublé'? Ce mal était du reste si peu inévit^le,

le. Or, prèctBémeut, la aivitlsation a pour elfet de diminnar la adité des mariages... Au lieu de vit moyenne accrue, il faut donc infécondité croittanlt. — Parla métne raison, remarques ««'le. si calculait pareiLlement la tailla mujenne, c'est-à-dire eu divitoutes les longueurs da taille des vivants à un moment donné leur nombre â ce uiËme moment, la taille moyenne paraîtrait r augmenté, les idées de Halthus ayant fait leur cbemiu dans amiUea.

La mortalité en Europe a été, de I86S à 1876, par mille babj- B : de 31, S pour l'Autriclie ; de 37,1 pour l'Allemagne ; de 11,3 ( la France ; de îî,3 pour l'Angleterre ; de 1S,4 pour là SuËde et , 6 MttUment pour la Laponie. > (Réforme eociale, fS juillet ,, monographie sur des pficheuTS lapooe.) Allez donc attribuer lite au propres de la civilieatioa l'accroissement de la vie I Ce qui est plue grave peut-Stre, la proportion des faillites es pour insufBsance d'actif a presque doublé aussi. De plus pins on expose l'arpent d'autrui. • Les intérêts engagés dons entreprises conuaerciales sont de moins en moios aanvegardéB.»

malgré le principe purement arbitraire d'où part M. Poletti, qu'on mal moindre, celui des procès de commerce, at diminué depuis 1861, malgré l'essor croissant des affaires*. C'est ainsi que, grâce à la civilisation également, les occasions de guerres, les excitations belliqueuses n'ont jamais été si nombreuses ni si fortes que dans la période la plus pacifique de notre siècle, de 1830 à 1848. Quant aux procès civils, ils se reproduisent régulièrement en nombre égal, chose remarquable, malgré la complication des intérêts, la multiplication des contrats et des conventions, le morcellement de la propriété. Cependant qu'y aurait-il eu de plus acceptable à priori que de regarder l'accroissement des procès civils ou commerciaux comme un signe constant et nécessaire de prospérité, d'activité civile et commerciale?

Je comprendrais mieux un point de vue précisément contraire à celui que nous réfutons. Comment ! l'accroissement de l'activité laborieuse et de la richesse rendrait naturel celui des crimes et des délits! mais que devient donc ce pouvoir moralisateur du travail, cette vertu moralisatrice de la richesse, dont on a tant parlé? L'instruction a fait de grands progrès. Que devient l'action bienfaisante tant préconisée des lumières sur les mœurs? Quoi I ces trois grands remèdes préventifs du mal social, le travail, l'aisance générale, l'instruction, triplés ou quadruplés, ont agi à la fois, et, au lieu de tarir, le fleuve de la criminalité a débordé ! De deux choses l'une : ou il faut reconnaître qu'on s'est trompé en attribuant à ces causes une influence

* Ajoutons que, inversement, la diminution des transactions commerciales, la crise survenue en 1882, a fait monter dans cette même année le chi/fre des différends commerciaux de 232^851, (statistique de 1881) à 253,064. En outre, toujours en même temps que les affaires se ralentissaient, les faillites augmentaient. Elles se sont accrues d'ttn siœiéme de 1878 à 1883. — Enfin, les affaires civiles ont participé dans ces dernières années, comme chacun sait, au ralentissement des affaires commerciales. Or, il est remarqualile que de 1880 à 1883, en trois ans, le nombre de procès civils, malgré son uniformité habituelle, s'est élevé exceptionnellement de 11 pour 100.

78 CHIMINALITK COIMPARKE.

bonifiante, ou il faut avouer que, pour leur avoir résisté, et avec tant d'avantage, les penchants criminels ont dû grandir beaucoup plus vite encore qu'elles ne se déployaient. Dans les deux cas, il est clair que la société a réellement empiré, comme les chiffres de la statistique criminelle l'indiquent, mais, dans le se!cond, beaucoup plus qu'ils ne l'indiquent. Heureusement il y a une troisième alternative que nous omettons : c'est que quelques autres causes, faciles ou non à extirper, mais dont oa ne se préoccupe pas assez, agissent de plus en plus, quofique la nature humaine 'ne soit pas devenue plus mauvaise. Nous allons y revenir: quoi qu'il en soit, il n'est pas douteux qu'un tel état de choses appelle un surcroît ou un changement de répression et de pénalité. Si les crimes et les délits ne sont, comme on le veut, que les accidents de chemins de fer de la vie sociale lancée à toute vapeur, n'oublions pas qu'un train plus rapide exige un frein plus fort ou plutôt différent.

Un exemple emprunté à un autre ordre de faits fera mieux comprendre mamanièrede voir. «On pouvait penser, dit M. Block, dans sa statistique de la France,, que la multiplication du nombre des lettres (par suite de l'abaissement du tarif en 1848), augmenterait le nombre de celles que la poste serait hors d'état de remettre au destinataire, c'est-à-dire qui tomberaient au rebut. Il n'en a pas été ainsi. » Suit un tableau d'oii il résulte que de 1847 à 1867, non seulement le nombre proportionnel, mais le nombre absolu des lettres au rebut a diminué, d'un cinquième environ, quoique en 1867, il y eût 342 millions de lettres mises à la poste et en 1847, 125 millions seulement ; et l'augmentation d'une part, la diminution de Pautre, ont été graduelles. — Ainsi, plus les facteurs de la poste ont de besogne, moins souvent ils pèchent en l'accomplissant; plus les gens écrivent de lettres, moins souvent ils errent en mettant les adresses. Et l'on ne supposera pas que les facteurs de la poste sont devenus plus intelligents ou plus

-«ra s s

LA STAÏISTIQUK CRIMINKLLK. 7U

honnêtes, OU les gens plus attentifs. A honnêteté, à mtelligence et attention égales, les fautes ont décru pendant que l'activité allait croissant. Autre exemple encore plus topique, fourni également par les postes. De 1860 à 1867, le nombre des lettres chargées est devenu deux fois et demi plus fort et le nombre de celles de ces lettres qui ont disparu annuellement (c'est-à-dire probablement qui ont été soustraites) s'est abaissé par degrés de 41 à 11; et je suppose toujours que la probité des agents est restée la même. Si l'on se place au point de vue de M. Poletti, c'est l'inverse qu'on aurait dû prédire à priori. Mais, en réfléchissant on verra que cela s'explique très bien. Qu'on me passe une image triviale. Il en est d'une société, toujours plus ou moins portée à transgresser ses propres lois, comme d'un cheval un peu faible sur ses jambes de devant, c'està-dire porté aux chutes. Le mieux est dans ce cas, pour l'empêcher de tomber ou rendre ses faux pas et ses chutes plus rares, de le lancer rapidement aux descentes. Plus vite il va, moins il bronche ; les cochers le savent bien et les conducteurs de trains aussi. Il est bon d'aller à toute vapeur sur une voie mauvaise. Voulez- vous de même tenir en équilibre sur un doigt, une tige verticale, portée à chuter ? Faites-la osciller régulièrement et très vite. Ce sont là des exemples entre mille d'équilibre mobile d'autant plus stable que la vitesse est plus grande*. Pareillement, pour diminuer le chiffre des délits d'une nation, en supposant que son penchant au mal demeure égal, stimulez sa production, sa civilisation, son activité régulière. D'où je suis en droit de conclure que dans le cas, — et c'est malheureusement le nôtre, — où, malgré le progrès de sa civilisation, le nombre, je ne dis pas relatif, mais même absolu, de ses délits augmente, la force de ses

^ n serait aisé de prouver, en philologie, que les mots les plus usuels et les plus vieux de la langue, c^est-à-dire ceux qui ont été le plus fréquemment prononcés, sont en même temps ceux qui ont subi le moins d'altérations.

penchants délictueux a augmenté plus considérablement encore. De là, à mes yeux, la nécessité de chercher, de démêler les causes sociales qui ont agi en sens contraire de la civilisation, plus fort qu'elle, mais peutêtre grâce à elle, sur l'état moral de la société. J'ai cru les découvrir, mais quand même je me serais trompé en les spécifiant, il n'en serait pas moins vrai, à mon avis, qu'elles existent, qu'elles sont distinctes et séparables des forces civilisatrices et que la plaie d'une société riche ne tient pas à son bien-être, mais que son bien-être, demeuré impuissant à la guérir ou à l'empêcher, atteste la gravité du désordre constitutionnel dont elle est la suite.

Pour en finir avec M. Poletti, sa manière de voir n'est pas sans analogie avec celle des psychophysiciens. Il cherche une loi de la délictuosité; bon gré mal gré, il lui en faut une. Combien il regrette de ne pas pouvoir adhérer à cette école de statisticiens née de Quételet, dit-il, qui croit apercevoir « dans l'allure de la délictuosité une constance égale à celle des phénomènes naturels! » C'est pour réconcilier autant que faire se peut cette prétention avec les chiflTres contraires qu'il imagine quelque chose de comparable au fameux logarithme des sensations, j'allais dire le logarithme de la criminalité. Il rapproche et superpose ingénieusement deux séries, entre lesquelles il établit un rapport constant, aflSrme-t-il, quoique sans cesse décroissant (n'est-ce pas ici contradictoire?) à savoir l'une, celle des actes producteurs et juridiques, en train de croître très vite en tout pays civilisé, du moins à notre époque, et l'autre, celle des actes destructeurs et délictueux, qui croît parallèlement, mais moins vite, non seulement en France, mais en Italie (il aurait pu ajouter en Angleterre, en Prusse et chez beaucoup d'autres peuples probablement)^ N'est-ce pas ainsi que, d'après la psychophysique, à une excitation lumineuse double, triple, qua-

^ Voy. la Statistique de la France comparée avec les divers pays

(le l'Europe, pnr Maurice Block.

druple, correspond une sensation lumineuse bien moins rapidement croissante? Le progrès de la civilisation serait donc, au pied de la lettre, Texcitation de la criminalité. S'il en était ainsi il y aurait de quoi le maudire^.

Heureusement, il n'en est pas ainsi; et pour une part, mais pour d'autres raisons que les siennes, l'optimisme de M. Poletti a du bon. Il s'est trompé pour avoir omis une considération importante, d'où va découler tout à l'heure la justification cherchée de la civilisation. On s'exprimerait mal en disant que l'immoralité, la tendance criminelle, manifestée aujourd'hui par un accroissement de fautes, existait autrefois à l'état latent. Ni psychologiquement, ni surtout socialement, cela n'est vrai, et cette soidisant manifestation équivaut à une véritable réalisation, à un passage du néant à l'être. Car l'immoralité, au point de vue individuel, est essentiellement la rupture d'une habitude morale, rupture qui est la source d'une habitude immorale; et, tant que l'habitude morale persiste, faute de tentations, n'importe, il y a moralité. Moralité apparente, dira-t-on ; mais, ' en apparaissant, elle est vue, elle sert d'exemple autour d'elle. Quand l'immoralité apparaît au contraire, c'est elle qui frappe les regards et rayonne imitativement dans son milieu, et c'est alors qu'au point de vue social elle prend naissance. La réalité sociale par excellence, en effet, est l'apparence, comme la force sociale par excellence est l'imitation sous toutes ses formes au

^ Je ne suis poartaatpas si /oin de m'entendre avec M. Poletti que j'en ai l*air. Une simple cloison nous sépare, comme je le montrerai dans le dernier chapitre de ce livre; mais^ si mince que paraisse à première vue la différence entre nous, elle est importante et essentielle, bien que^ dans sa brochure récente sur la persona giuridiea neUa tcUnza del diritio pénale (Udine, i8S6) il dise ne pas l'aperce^ voir (p. 131).

CRÏMINALITK COMPARKE.

sens actif et passif, l'ardeur croissante de prosélytisme et l'appétit surexité d'assimilation*. L'oubli de cette vérité capitale explique l'erreur du criminaliste italien et de bien d'autres.

Non seulement donc un délit de plus est à coup sûr un mal de plus, mais encore il est la source certaine ou probable de plusieurs maux nouveaux, et il convient d'aggraver, non d'atténuer le sens des révélations de la statistique. Qu'on se frotte les mains, si l'on veut, à voir le nombre des noyés par accident dotibler presque depuis 1856, et celui des morts subites sur la voie publique tripler au moins depuis 1836, parce que cela prouve qu'on se baigne et qu'on se promène davantage, je le comprends à la rigueur. Ces accidents-là ont pour caractère distinctif, d'abord d'être réellement inévitables, puis de n^être pas contagieux par imitation. Autres, à ce double égard, sont les crimes et les délits. Voilà pourquoi l'accroissement numérique des gens frappés par une condamnation est encore plus eifrayant qu'il n'en a l'air. Car plus leur nombre s'accroît, plus il tend à s'accroître, comme le montre leuï* progression ininterrompue; et plus ils sont nombreux, plus, si on les laisse se rassembler, ils sont portés à se copier les uns les autres, au lieu de subir l'exemple des honnêtes gens, comme le prouve la proportion toujours grandissante des récidivistes parmi les condamnés. La récidive, en eifet, naît du penchant à contracter les habitudes, à se copier soi-même, lequel, abandonné à ses causes individuelles, c'est-à-dire organiques, à toujours en moyenne une force égale; il se traduirait par suite en une série de chififres uniformes, s'il n'était surex-

^ C'est une vérité que je me suis efforcé d'établir et que je tiens pour Tun des fondements de la science sociale. Je me permets de renvoyer le lecteur à mes études publiées dans la Revue philoso- . phique sous les titres de : Les Traits communs de la nature et de V histoire {sQpi, 1882). Qu'est-ce qu'une société f (nov. 4884). La Psychologie en économie politique (sept, et oct. i88lj, l* Archéologie et la Statistique (oct. et nov. i883)... etc.

cité par le penchant à copier son semblable pour lui ressembler encore plus, sous l'empire de causes sociales, de contacts ou de rapports intellectuels plus fréquents, établis entre les malfaiteurs par les progrès de la voirie, de la presse et de la poste. C'est donc la force croissante de ce dernier penchant qui s'exprime ici par les chiffres progressifs de la statistique. — En veut-on la preuve? De 1826 ou 1828 à 1879, la proportion des récidivistes sur cent accusés ou prévenus a doublé à peu près, et, de 1850 à 1879, elle a augmenté dQ plus du tiers, mais dans cette dernière période, chiffre moyen, elle a été de 32 pour 100 par an pour toute la France. Or cette moyenne générale est loin d'être atteinte par les pays montagneux ou sans grandes villes, par exemple les Basses-Alpes, la Corse, l'Ardèche, la Haute-Loire et l'Ariège, qui donnent 20 pour 100; et elle est grandement dépassée par les départements du Nord, où la population est dense, par la Seine-Inférieure, Seine-et-Oise et la Marne, où elle atteint 40 pour 100, et surtout par la Seine, où elle est de 42 pour 100. Le rapport ajoute en forme de conclusion: « Dans les 40 villes qui ont plus de 30,000 âmes, on compte un récidiviste pour 307 habitants, tandis que dans les villes d'une population inférieure on ne compte un récidiviste que pour 712 habitants. » C'est très significatif, surtout si l'on observe qu'on paraît prendre ici l'effet pour la cause. Ce ne sont pas les récidivistes, c'est-à-dire les condamnés ayant déjà rechuté, qui affluent dans les grandes ville ; ce sont les grandes villes qui, après avoir attiré les condamnés et les avoir groupés ensemble dans certains quartiers ou dans certains établissements, ont la vertu de les exciter à de nouveaux méfaits. Et l'on voit avec quelle force. Autres considérations dans le même sens : la proportion des récidivistes en matière criminelle est plus grande qu'en matière correctionnelle, sans doute parce que la force de l'habitude engendrée par l'acte mauvais est d'autant plus intense qu'étant plus mauvais il révèle plus de

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