‹ La criminalité comparéeChapitre 2 sur 43 · AVANT -PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT -PROPOS

Les études qu*on va lire ont déjà paru en majeure partie dans la Revue philosophique, et l'actualité, malheureusement trop évidente, de leur sujet, m'a engagé à les reproduire en les complétant. Partout, en Prance comme à Tétranger, en Italie notamment, les questions de criminalité et de pénalité sont à Tordre du jour. Un besoin de réformes, qui n'a rien de factice, se fait sentir ici. Il n'est pas provoqué seulement par le débordement du délit, mais par la conscience chaque jour plus nette de ce mal croissant, de ses caractères et de ses causes, grâce aux progrès de la 's tatistique. Cette source toute nouvelle d'informations, qui habitue le public contemporain à voir les faits sociaux en grandes masses, non pas confuses et douteuses comme les généralisations d'autrefois, mais aussi précises et aussi certaines que chacun de leurs détails, conduit à traiter toutes les questions sociales en homme d'État; elle n'est pas pour rien, par exemple, dans la rénovation de l'économie politique dont l'individualisme ancien, quoi qu'il advienne de son socialisme d'école actuellement à la mode, a désormais fait son temps. La même méthode introduit dans

rétude de faits précisément opposés ^ux faits économiques, je veux dire des faits délictueux, un esprit novateur de môme sens. Il n'est plus permis au criminaliste d'à présent d'être un simple juriiste, exclusivement soucieux des droits sacrés de l'individu et en appliquant les conséquences, avec la logique scolastique d'un commentateur civil, à chaque espèce prise à part; il doit être un statisticien philosophe, préoccupé avant tout de l'intérêt général. Il n'est pas mal non plus qu'il soit quelque peu aliéniste et anthropologiste ; car, en même temps que la statistique criminelle nous montre les délits en faisceaux et les délinquants en groupes, l'anthropologie criminelle croit découvrir la liaison du penchant aux divers crimes avec certains caractères corporels héréditaires, nullement individuels ; et la pathologie de l'esprit, par la connaissance plus avancée du système nerveux, sans parler même des expériences sur la suggestion anormale chez les hypnotiques, nous force à réédifier sur des bases plus profondes la théorie de la responsabilité pénale, à chercher bien au-delà de l'individu le vrai principe et la vraie portée de ses actes. Statistique, anthropologie, psychologie physiologique : autant de voies scientifiques nouvelles dont l'étude renouvelée du crime, la criminalité comparée si l'on me permet ce nom, est en quelque sorte le carrefour. On ne prétend certes pas, dans le cadre restreint de ce volume, résoudre les problèmes qu'elle soulève.

Il suffira à l'auteur d'apporter sa part de données et d'aperçus à ceux qui en élaborent les solutions. Mais il doit convenir aussi qu'une préoccupation systématique

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