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par les nations pour atteindre leur prospérité, leur indépendance et leur pouvoir, ou dans les guerres, ou encore dans l'hostilité des lois commerciales adoptées par des pays ayant atteint une grande supériorité industrielle. Les progrès énormes accomplis par l'Angleterre dans ses manufactures, sa navigation et son commerce sont dus à sa politique économique. Protection d'abord ; puis, quand ses industries furent assez puissamment outillées pour ruiner toute concurrence la protection fit place au libre échange. C'est un exemple à suivre, non pas seulement dans la dernière phase de cette évolution économique, mais surtout et d'abord dans la première.
Le Canada est acheminé dans une bonne voie ; nimporte quel économiste sérieux et impartial le reconnaîtra. Ses exportations en céréales et bestiaux se sont élevées en 1891 à près de quarante millions de piastres; en bois et minerais à quinze millions ;
en produits de ses pêcheries à plus de cinq millions et demi; et en produits industriels à vingt-cinq millions, dont neuf millions et
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demi représentés par les exportations de beurre et de fromage. Le parlement n'a qu'à continuer à développer les pêcheries du pays, à favoriser et à protéger toutes les industries agricoles pour assurer au Canada une prospérité à l'abri des vicissitudes et des commotions ordinaires de la politique.
Mais une condition première s'impose à la continuation de ce progrès ; c’est la liberté commerciale.
Pressé par les réclamations qui se faisaient entendre de partout, le Ministère actuel a fait son possible pour déterrer ici
et là dans les colonies sœurs quelques débouchés additionnels : et après ?
Dans le cours de la session législative de 1893, il a annoncé que durant la saison d'été ses membres feraient une tournée dans les centres principaux afin de recueillir sur place les données dont il aura besoin pour modifier la législation douanière du pays s'il y a lieu : quel a été le résultat ?
Tous ces efforts sont louables sans doute, mais ils sont frappés fatalement d'impuis-
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sance. Si les industries canadiennes sont malades faute de marchés, à quoi aboutiront ces enquêtes ; et quel soulagement le commerce du Canada retirera-t-il des quelques commandes qui lui seront expédiées des Bermudes et de l'Australie ?
D'un autre côté, nous affirmons sans crainte de blesser la vérité et l’histoire que prêcher le libre échange dans un pays comme le Canada, c'est une des plus graves erreurs économiques quil soit possible de commettre.
Chaque chose à son heure; il n’y a rien d'absolu en matière d'économie politique, et les théories les plus brillantes sont souvent les plus relatives.
C'est la science expérimentale par excellence et la plus difficile d'application.
Il faut prendre tout en considération et ne négliger aucun détail si on veut conclure juste et vrai.
Cependant, nous osons poser en principe absolu dans les temps présents que, sans la liberté commerciale, la protection est gravement menacée dans un avenir relativement
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peu éloigné, et avec elle une situation économique qui, à moins d’être considérée en temps opportun, mènera le pays aux abîmes,
Autre considération.
S'il est exact de prétendre que la situation du pays exige une solution qui ne saurait être déférée sans de grands dangers, il n’est pas moins vrai de dire que ce dénouement pourrait être pire quele mal s'il se produisait avant que la nation y fût suffisamment préparée. Or, cette évolution finale des destinées du Canada est en train de s’accomplir le plus naturellement du monde, sans heurt, sans choc, sans dérangement dans aucune partie de son organisme social et politique, sans trouble au dedans, sans opposition du dehors.
L'émancipation est un fruit presque mûr ; l'arbre qui l'a produit ne le retient plus qu'avec peine. Il s'agit de le détacher avant que les vents d'automne ne viennent le pré-
cipiter sur le sol en le meurtrissant.