SCÈNE PREMIÈRE
JULIETTE, toilette de campagne, grand chapeau de paille, elle entre par la gauche; se dirigeant ver» la serre. ANTOINE, rangeant des livres sur la console, se ret>urne. Juliette l'aperçoit.
JULIETTE
Antoine?
ANTOINE
Madame?
JULIETTE, embarrassée.
Qu'est-ce que je voulais donc vous dire!... mon Dieu ! que je deviens distraite?... ah !... vous direz à mes enfants que je leur défends d’aller se promener du côté de la grande Chesnaye... à cause du bassin.
ANTOINE
Oui, madame.
JULIETTE. Elle fait quelques pas, et reprend avec une sorte de timidité.
J’y vais, moi... à cette grande Chesnaye... Si mon mari me demandait... ou bien... ou bien monsieur Dessoles... vous direz
qu’on me trouvera là. (Elle sort arec précipitation par le fond à gauche.)
ANTOINE, seul, tristement, en branlant la tête.
Ça ne va pas bien... ce qui m’étonne , c’est la gaieté de monsieur... car depuis huit jours que nous sommes ici, il a retrouvé toute sa belle humeur... il rit... il chante., hélas!... Un hommê d’esprit — de capacité pourtant!... Moi, qui ne suis qu'un pauvre vieux domestique, j’y vois clair et j’enrage... Ce jeune homme... ce lion... qu’est-ce qu’il fait ici?... un médecin?... un joli médecin!... pourquoi ne va-t-il pas voir ses malades, s’il est médecin !...