‹ La crise comedie en quatre partiesChapitre 31 sur 48 · III* PARTIE, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

III* PARTIE, SCÈNE IV

DESSOLES) après Aine légère hésitation.

Ma foi ! oui !... Un mari a des privilèges : d’ailleurs, tu es dans le droit de légitime défense !... Et puis, moi, je n’aurais pas été fâché non plus de savoir si je dois partir ou demeurer ; car vingt fois par jour, je suis tenté, je te l’avoue, d’échapper par la fuite à une situation qui touche sans cesse au ridicule ou à l’odieux... Tu as fait une folie !

DE MARSAN. '

J’ai cru qu’en conscience je ne le pouvais pas.

Tu es bon là , avec ta conscience ! Comment ! une occasion unique se présente d’éclaircir une question où ta vie et ton hon neur sont intéressés , et tu te laisses arrêter par un scrupule puéril ! En temps ordinaire, bon ; mais en temps de guerre, on rompt les cachets ! Que diable veux-tu? Si tu ne t’aides pas, n’en parlons plus ! Je vais m’en aller !

DE MABSAN, tirant le manuscrit de son soin*

Le v’ià !

DESSOLES

Vrai?... Ah! de Marsan... tiens! franchement... ça n’est pas bien! (n rit.) Non !... ça n’est pas bien ce que tu as fait là !

DE MARSAN, graro.

Je pouvais me passer, comme tu penses, de te communiquer ce document ; mais , — que j’aie tort ou raison, — je suis décidé à user avec toi jusqu’au bout d’une confiance absolue... J’espère ainsi enchaîner ta loyauté... car j’ai toujours affaire à un ami loyal, n’est-ce pas?

DESSOLES

Eh ! sans doute, je suis loyal , — c’est bien ce qui me gène !... Mais voyons vite de quoi il s’agit; car ta femme n’aurait qu’à venir...

DE MABSAN.

Il n’y a pas de danger... Elle ost loin dans le parc..." Ah çà ! voyons... Hem! hem! (usant.) «20 mai... » C’était il y a huit jours...

DESSOLES

Le lendemain de notre arrivée.

DE MARSAN

Ilem ! (uut. ) « Une amie d'enfance.,. » Je «'aime j>as les amies d’enfance !... « Une amie d’enfance me confessait il y a deux ans qu’elle écrivait chaque soir ses impressions de la journée. Je lui dis : Mon Dieu ! tu n’aimes donc plus ton mari , ma pauvre Louise!» Hem! « Ou bien, me répondit-elle, il ne m’aime plus. Je fus convaincue alors que nous avions nommé les deux seules occasions où une femme puisse être tentée de prendre une plume à minuit, d’entr’ouvrir son secrétaire et de griffonner furtivement. — Je me trompais. La vérité est qu’on a des pensées qu’on ne peut ni confier, ni garder, et on les écrit pour en faire quelque chose. » — Ouf!... Jusqu’ici , ça no dit pas...

DESSOLES

Non... c’est gentil... mais ça no dit pas... Ce sont des prolégomènes...

DE MARSAN

Oui, — une espèce de préface. Continuons, (mit.) «Quel nom donner à ce malaise moral , à ce mécontentement de moi et des autres que j’éprouve depuis quelques mois? » — Ah ! nous y voilà ! Voyons. « Mon mari... » (n «'arrêt*.) Hem!

DESSOLES, goguenard.

Veux-tu t’asseoir?

DE MARSAN

« Mon mari... est certainement... le meilleur des hommes; ( Il s'épanouit. ) i 1 a de l’esprit, par-dessus le marché... » Ah ! mais, très bien ! très-bien ! Seulement , cela me coûte de me lire ces choses-là à moi-même...

Eh bien, donne ! (u lui prend la manuscrit. ) liera ! hem ! « Il a de l’esprit, par-dessus le marché. »

de marsan.

Trop bonne, vraiment!

DESSOLES

Fat!

4 DE MARSAN

Ah! ah! ça ne fait pas tou compte, ça!

III e PARTIE, SCÈNE IV.

DESSOEES, lisant.

« Je l’aime certainement autant qu’autrefois... »

DF. MARSAN

Chère Juliette !... Uni prenant u main.) cher ami I

DESSOLES

« Autant qu’autrefois... Mais... »

DE MARSAN, inquiet.

Il y a un mais? - . ,

DESSOLES, railleur.

Il y en a plusieurs... « Mais, je ne sais pourquoi , il ne peut rien dire, ni faire, que je n’y trouve un sujet d’humeur !...# Allons! courage, mon président! « Ne me suis-je pas avisée de prendre en grippe les breloques de sa montre... Nous avons vécu en paix, ces breloques et moi , durant dix ans, et puis tout à coup nous voilà brouillées... Justement, mon mari a l’habitude de les faire sauter quand.il parle, ce qui produit un carillon affreux. »• b (Riant.) Comment! mon pauvre garçon, tu as cette mauvaise habitude-là?...

DE MARSAN, maniant scs breloques arec distraction.

Du tout... du tout... je ne sais où elle a pris cela !

• DESSOLES, lisant.

« C’est un bruit qui me poursuit partout... En ce moment même, pendant que j’écris, j’entends monsieur de Marsan remonter sa montre dans sa chambre, et... sautez, breloques! »

( Il regarde de Marsan en riant et répète : ) SaUt6Z, breloques !

DE MARSAN, sombre.

Est-ce tout?

DESSOLES

Non, parbleu ! « Il a comme cela mille manies fort innocentes, mais qui me font souffrir comme des vices. Je sais bien que cette naïveté d’allures... » Aïe! que c’est dur! « Que cette naïveté d’allures témoigne que mon man est heureux à son gré et qu’il a déposé. toutes prétentions! Mais c’est l’erreur des conquérants de se croire invincibles et de désarmer. » — Tiens! de Marsan, c’est très-juste Ce qu’elle dit là ta femme !

de ma ns A N.

Pas de commentaires Poursuis. ( n se croise les bras d’un air stoïque. )

DESSOLES

« De se croire invincibles et de désarmer. » Médite là-dessus, de Marsan; crois-moi... tu as désarmé trop vite, vois-tu! —

( U continue. )' <[ Un contraste saisissant à ce caractère, c’est la manière d’èlre de ce monsieur Pierre. » Ah I ah ! « Celui-là. »

Hem ! a Celui-là... » ( Il murmure le reste à voix basse et parait soucieux. )

DE MARSAN. „ v

Ah ! il parait que ta modestie s’offense ! A mon tour ! donne-

moi cela ! ( Il Teprend le manuscrit. )

DESSOLES) gTave.

Je t’écoute.

DE MARSAN, lisant.

# Celui-là — monsieur Pierre — est un homme à pendre... et à ne pas dépendre. » (u répète en riant.) Et à ne pas dépendre.

DESSOLES

J’ai bien entendu.

DE MAHSAN, Usant.

« Semblable à ces jurâtes qui arborent tour à tour, suivant l’occasion, les couleurs de toutes les nations, il n’a point de caractère fixe : il prend celui qui lui parait le plus favorable à la circonstance, avec la mobilité du caméléon... » Veux-tu t’asseoir, Pierre ? « Je l’ai mis dans ma boite en venant à la cam- • pagne, parce que j’étais curieuse d’étudier sur le vif l’espèce d’animal... »

DESSOLES) vivement.

Ça n’y est pas ! c’est toi qui mets : animal !

DE MARSAN, lui montrant le manuscrit.

Regarde.

DESSOLES) consterné.

Ça y est ! '

DE MARSAN) lisant.

« D’étudier l’espèce d’anirqgl qu’on appelle un homme dangereux. C’est peu de chose en réalité. » Voilà qui est dur !

« Mais c’est justement l’homme qu’il fallait pour me faire mieux apprécier les qualités simples et sérieuses qui distînguent mon mari... Et je puis dire que plus je vois monsieur Pierre, — plus

je m’attache à monsieur de Marsan. » ( Prenant les mains de Dessoles. )

Ah ! mon ami 1 que je te remercie ! que je te sais gré de toutes

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