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LE DEPLACEMENT DU CENTRE DE GRAVITE DES FORCES INDUSTRIELLES

Nous venons de voir que l'outillage équipant les manufactures dépassait de beaucoup la capacité de production utile pour la satisfaction des besoins de la consommation. De plus, le graphique de la PI. VIT montre que le fait n’est pas récent. Il y a donc lieu de s'étonner du maintien de cette situation anormale durant une période aussi longue. L’explication de cette résistance de l’industrie cotonnière doit être cherchée dans le fait du déplacement du centre de gravité des forces industrielles.

La charge de l’excès de l’outillage qui pouvait se faire sentir partout, a été atténuée pour certains et aggravée pour d’autres. La crise qui pouvait être générale depuis longtemps déjà, s’est transformée en crises locales. Les centres manufacturiers anciens ont dû abandonner certains de leurs débouchés aux concurrents plus jeunes en meilleure posture, supportant ainsi seuls, l’excès de capacité productrice. C’est le cas de l’industrie anglaise qui souffre de ce fait depuis 1921, alors que le Japon n’a ressenti aucun malaise et accroil constamment son outillage.

Il est intéressant de savoir à quoi attribuer ce déplacement; c’est ce que nous allons analyser rapidement. Pour

éviter de morceler l’étude du développement de l’indus-

trie des différents pays nous ne nous arrêterons pas toujours à la période précédant la crise, mais souvent, nous envisa-

gerons la situation jusqu’à l’heure présente. Section II. — Le développement des industries d’Asie.

On connaît la plupart des causes expliquant la création de nouvelles industries cotonnières dans les pays Jeunes dans l’organisation manufacturière : désir de ne plus dépendre de l’importation des produits étrangers, abandon par le Lancashire des marchés d’Extrême-Orient pendant la guerre. Mais, à ces causes générales, 1l faut ajouter, pour certains pays, l’existence de conditions favorables : proximité de la matière première, bas salaires, absence d’organisation syndicale, etc. L’étude rapide de quelques pays fera comprendre l'importance de ces différents facteurs.

L'augmentation, en Asie, du nombre des machines à filer et à tisser depuis 1914, n’est pas excessive, mais, comme on le sait, la machine en elle-même n’est pas un indice certain de production, les heures de travail, la vitesse des broches, la nature de la machine sont des facteurs qui doivent intervenir dans les comparaisons.

Suivant les statistiques de 1932, le nombre de broches utilisées en Asie atteindrait 20,5 millions, mais en tenant compte des différents éléments indiqués, la puissance productrice serait celle de 45 millions de broches du Lancashire. En 1927, il est vrai, le nombre de broches n’était que de 18 millions représentant à peu près 40 millions de broches anglaises.

Il est clair que toutes ces machines, dont la plupart sont récentes, et postérieures à la guerre, devaient déplacer et

modifier les marchés orientaux du coton manufacturé, d’au-

tant plus que la proximité des fournisseurs de coton brut et des débouchés pour les Lissus, était un autre facteur de succès!, La nouvelle organisation bénéficie aussi d’une main-

d'œuvre bon marché.

Japon Chine Inde

NO) 16227 OR MOD NIMES TÉPDNRCP7, IEP)

Consommat.

(en milliers de balles)" 1.784

Nombre de balles (en mil-

lIÈTS) EPS 3.329 5.742 7.535 6.690 8.714 9.312 1.585 3.588 4.498 Nombre de mé

tiers (en mil-

NET)" 42 77 TOR SISONS? : 24 34

Examinons rapidement les caractéristiques des trois

principaux pays : Japon, Inde, Chine.

Section I. — Le Japon.

Les progrès étonnants de l’industrie cotonnière de ce pays sont dus, en grande partie, au fait que son apprentissage étant terminé en 1914, il lui fut facile de profiter très largement des circonstances de la guerre. Il faut reconnaître que les qualités commerciales dont ont fait preuve les industriels japonais depuis 1918, sont aussi pour beaucoup dans leur succès. Durant la période de prospérité, les profits énormes servirent à constituer des réserves, à rajeunir les anciennes usines, et à augmenter le matériel, alors que le Lancashire dissipail la plus grande partie de ses bénéfices. Aussi, malgré la crise et le boycottage de ses produits en Chine, l’industrie cotonnière japonaise

1. The Colton Industry of Japan. China and India and its effects in Lancashire (Pearse Arno, S.),

a-t-elle pu en 1931 et en 1932, payer des dividendes intéressants.

Cette politique très sage est rendue possible grâce à l’organisation d'énormes syndicats dont l'Angleterre n’offre pas d'exemple, et qui doivent l’existence, d’après M. Pearse, au sens de la solidarité engendrée par le système familial national qui est encore, à l’heure présente, le trait caractéristique de l’âme japonaise. Trois firmes contrôlent 60 % de l’industrie, le contrôle s'étendant depuis l'achat des matières premières jusqu’au placement des produits manufacturés entre les mains des consommateurs. La conséquence, c’est qu'ayant leurs propres maisons dans l'Inde et en Chine, les intermédiaires, dont ne peut se passer le Lancashire, sont presque entièrement supprimés. Une autre particularité de la réussite du travail du Japon, réside dans la règle que tout achat de coton brut ne doit pas être couvert par une vente future correspondante. Cette spéculation est considérée comme toute naturelle, et il a même été créé un fonds de règlement du coton : « Cotton Adjustment Fund » qui couvre les risques.

Si le souci principal semble être l’achat de matière première, il ne faudrait pas croire que les projets techniques et sociaux soient négligés. En raison du coût élevé d’installation des usines (il faut faire venir les machines de l’étranger), les industriels se sont appliqués à généraliser le travail à deux équipes permettant de diminuer le capital de moitié et assurant un renouvellement beaucoup plus fréquent du matériel.

Les usines sont édifiées en général en dehors des villes et disséminées, ce qui évite la formation de syndicats de travailleurs. Les Trade-Unions existent seulement pour

une très faible portion de l’élément masculin qui, lui-même,

LES CAUSES DE LA CRISE COTONNIÈRE b9

ne représente guère que 20 % de la main-d'œuvre. L’absence des restrictions dues aux Trade-Unions dans les autres pays et les bas prix des salaires (ils sont moitié de ceux de l'Angleterre tout en permettant un standard de vie convenable) sont deux facteurs importants de succès.

Il fout bien noter que, contrairement à <e que certains auteurs sont tentés de croire, ces avantages ne sont pas prélevés sur le bien-être de l’ouvrier; que celui-ci est instruit et que le système de double équipe est organisé de facon à ne pas bouleverser la vie normale.

Section II. —— La Chine.

La progression de l’industrie chinoise est proportionnellement plus rapide que celle du Japon, mais le point de départ est tellement bas que cette rapidité apparente est un peu trompeuse. L’outillage chinois reste faible et est encore loin de pouvoir suffire à l’immense marché intérieur; aussi travaille-t-il à plein rendement. Cependant, dans l’ensemble, le marché de Chine, ne correspond pas à l’immensité du territoire et à la population, et le pays souffre d’une sousconsommation due, en partie seulement, aux troubles politiques, mais très sensible, malgré tout. Cette sousconsommation est désastreuse pour l’industrie japonaise et explique l’âpreté avec laquelle ce pays recherche des débouchés nouveaux, ainsi que nous le verrons dans l’étude de l’évolution de la crise.

L'industrie chinoise a, sur l’industrie japonaise, l’énorme avantage de ne pas être tributaire des pays producteurs de coton et de vendre ses produits ouvrés sur place. De plus; les salaires y sont très bas, mais il est vrai que la maind'œuvre moins qualifiée, est de 20 % supérieure en nombre

pour un même travail.

Section III. -— L'Inde.

Les progrès de l’Inde depuis la guerre sont beaucoup plus lents que ceux du Japon ou de la Chine. Sous l’in- Îluence de la propagande des nationalistes, le tissage et la Hlature à la main ont pris une importance considérable, ce qui donne à l’industrie de ce pays, un aspect particulier et rend assez illusoire la considération du chiffre élevé des individus employés dans le tissage et la filature du coton.

De plus, si la hiberté financière donnée à l’Inde, après la guerre, et qui se traduisit très vite par une élévation des barrières douanières, a permis un accroissement de la production locale, les grandes espérances entretenues en ce qui concerne les textiles ne se sont pas réalisées. La production annuelle des cotonnades, qui est depuis quelques années d'environ 2? milliards de yards, demeure insuffisante, et le pays continue d’acheter à l’extérieur une grande quantité de tissus. Parmi les pays vendeurs, le Japon l’emporte d’ailleurs sur l'Angleterre elle-même, en offrant de moindres prix pour les raisons que l’on sait. On évaluait en 1930, à deux millions, le nombre des métiers à main. Ceux-ci auraient fourni 25 % des Lissus consommés, tandis que 43% provenaient des Lissages mécaniques du pays et les derniers 32 % étaient importés de l’étranger.

Le taux des salaires industriels dans la Péninsule, n’est pas très élevé, la plupart des ouvriers ne travaillant dans l’industrie que d’une façon irrégulière; ce sont des paysans qui émigrent momentanément vers les centres usiniers pour y amasser un pécule, avec lequel ils retourneront aux travaux agricoles. Malgré ce facteur favorable, malgré les droits d'entrée décrétés en 1927 et la campagne nationaliste, la situation de l’industrie cotonnière n’est pas

très prospère dans l’Inde.

LES CAUSES DE LA CRISE COTONNIÈRE Gi

Ce qui nous intéresse actuellement, ce n’est pas, tant l'étude des difficultés de l’industrie, que la recherche des chiffres exprimant la production et la capacité des manufactures. Le tableau suivant, et ce qui nous avons dit concernant l'outillage mondial, permet de suivre l’évolu-

tion de ce pays.

Nombre de broches (en milliers) ...... OPAONCR OC ANS OS TIONMONE Consommation des filatures (en milliers HENDATIESR R eeeereteeme CLASS DSC 22607594 Production (en milliers de belles) MESA 683 661 AL 834 DISSUE PRE. — 381 459 562 INOMOLEITeMMEDIÉL A ee ec. 104.179 116.454 154.962 179.250

Pour en terminer avec l’étude des industries d'Extrême- Orient, nous croyons utile de donner quelques extraits de la note présentée au Comité de la Fédération internationale cotonnière en 1932 à sa réunion de Lugano!

« L'association cotonnière belge constate » que les causes de la crise, propres à l’industrie cotonnière, ne doivent être recherchées, ni dans une diminution brusque et anormale de la consommation, ni dans une augmentation excessive de l’outillage. Un examen approfondi des statistiques amène à conclure que la crise de l’industrie cotonnière européenne résulte en ordre principal d’un déplacement de centres industriels de production et d’un accroissement excessif de la capacité de production de loutillage par suite du travail à double équipe.

Les statistiques de la consommation du coton par les

1. et citée par le Baron Ed. de Moreau dans le Bullelin de la Banque Nationale de Belgique, du 26 novembre 1932.

filatures montrent que, depuis la guerre, l’industrie cotonnière européenne est en recul, l'Amérique maintient à peine ses positions, tandis que l'Asie prend une part de plus en plus grande du total mondial des balles consommées.

Les variations dans l'importance relative de lPoutillage marquent une tendance analogue, ainsi qu'il ressort du

tableau suivant :

Pays Broches Consommation

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