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En Egypte, grâce à la découverte par le Français Jumel, d’une espèce fort belle de coton, qui réussit très bien dans
ce pays, la progression est encore plus saisissante.
1. Chiffres cités par M. René Pupin, dans son ouvrage : Le colon, sa production sa consommation, son rôle économique (1905-06) et cités dans le rapport de la commission permanente des valeurs de douane.
Années Cantars! Années Canlars 18207 944 1900... 5.435.488 1830... 186.675 1910 750007 1500 384.439 19202 06:02 504
$ 2. — En raison des conditions climatiques nécessaires
à la culture du coton, celle-ci se trouve concentrée dans une zone relativement étroite. Le besoin d'humidité naturelle ou provoquée par irrigalion pour la formation de la graine et de sécheresse pour sa maturation et sa cueillette, sont, en effet, fort restrictives?.
Si les régions où pousse ce textile sont peu nombreuses, celles qui permettent la culture du coton fin sont encore plus rares. On peut même dire que pendant longtemps, l'Egypte, grâce à son ciel et à son sol exceptionnels, a eu le monopole du coton à longue fibre, mais aujourd’hui, divers pays, tels que le Pérou, l’'Ouganda, la Rhodésie, le Brésil et certaines régions des Etats-Unis, produisent des quantités appréciables de coton qui, s’il n’égale pas en qualité le produit égyptien, s’en rapproche assez.
En résumé, les conditions particulières à chaque pays producteur, donnent naissance à un produit bien défini, avant ses qualités propres, à tel point qu'il est possible de classer en gros les cotons de la façon suivante :
Gros coton des pays de mousson, fibre de moyenne longueur, mais résistante (Inde).
Coton plus fin des Etats-Unis (Upland, Sea Island).
1. Chiffres donnés par M. Jean Schatz dans Apercu général sur les principales cultures égyptiennes, [Imprimerie nationale, Le Caire, (1933).
2. La culture sèchequin’exige pas les mêmes investissementsque la culture irriguée est pratiquée dans les régions où les précipitations atmosphériques sont suffisantes jusqu’à la formation de la graine,
Coton d'Egypte propre à la confection des batistes,
des dentelles et apte à la mercerisation!.
Section II. — Les intermédiaires.
Il est indispensable de connaître, au moins dans l’ensemble, le processus des opérations qui prennent place
entre la production agricole et la vente au consommateur. S 1. — Du Producteur au Filateur?.
La fixité de la qualité de chaque coton et l’irrégularité des récoltes, expliquent que, bien plus que pour tout autre textile, les achats se fassent de loin et à l'avance.
Ce qui s'explique un peu moins, c’est le nombre invraisemblable des intermédiaires. Prenons, à titre d'exemple, le cas du coton cultivé par le fellah d'Egypte.
Le fellah vend son coton à l’égréneur ou le cède directement à un courtier, de toute façon, le coton passe entre les mains du courtier qui l’a acheté pour le compte d’un exportateur d'Alexandrie, marché où se concentre la quasi-totalité du coton égyptien. Get exportateur à des représentants sur les grands marchés d'Europe ou d'Amérique. Ces représentants s’abouchent là avec des courtiers qui leur
servent d’intermédiaires auprès des filateurs de la région.
1. Le classement des fibres se base surtuut sur leur longueur qui va de 1 à 6 cm. Les variétés à longue soie les plus recherchées pour les tissus fins sont classées sous la dénomination de Sea Island. La grande majorité des cotons américains est rangée dans le groupe Upland dont le type « Midling » comporte quatre classes supérieures et quatre inférieures.
Les Anglais se servent de 12 numéros pour chaque espèce, la œualité moyenne (fair) porte le n° G.
Les classifications empiriques basées sur des échantillons-type ont été en partie adoptées sur le marché français du Havre où les cotons américains sont classés comme suit : Inferior, low ordinary, #ood ordinary, low middling, middling, fully middling, good middling, fully good middling, middling fair choice.
2. Voir Maurette : Les grands marchés des matières premières.
Ces courtiers à l’importation achètent «à l'avenir» le textile et même l’entreposent.
Du champ à la filature, le coton passe donc, fictivement du moins, en un certain nombre de mains. La filière est généralement la suivante :
Cultivateur, égreneur, courtier de l’intérieur, exportateur, agent à l’étranger de lexportateur, courtier à limportation et filateur.
Cette filière est à peu près la même, quel que soit le pays producteur; cependant, nous aurons l’occasion de voir que le Japon, favorisé par la concentration de son industrie, s'efforce d'employer le procédé d’achat direct. Les Américains, de leur côté, essaient depuis quelques années, mais sans grand succès, de réduire le nombre des intermeédiaires.
On conçoit aisément le rôle que la spéculation peut jouer dans un commerce aussi compliqué et la nécessité, pour les vendeurs à l’origine, comme pour les acheteurs définitifs, de ne s'adresser qu’à des places sûres, peu nombreuses, mais largement pourvues et prudemment organisées. C’est là une première cause qui tend à réduire le nombre des marchés du coton à l’exportation comme à l'importation el à concentrer dans ces marchés la plus grande quantité possible de marchandises.
Les achats de coton se font par ailleurs, à l’avance. Le filateur à surtout intérêt à ce que sa production soit régulière et continue, or, la récolte du coton variant à chaque campagne, il est prudent pour lui de se garantir par une commande à l’avance. Il achète donc à terme, un lot de coton qui n’est pas mür et s'il veut se prémunir contre toute perte en se couvrant, il ne le pourra que sur
un marché honnêtement et sagement organisé.
10 LA CRISE COTONNIÈRE $ 2. — Du Filaleur au Consommaleur.
Nous n'insistons pas sur les opérations de filature, de tissage et de finissage qui relèvent plutôt du domaine de la technique, mais nous aurons cependant l’occasion, dans cette étude, de voir le rôle énorme joué par la progression et le perfectionnement de l'outillage sur la situation cotonnière.
Les produits terminés, emballés, sont expédiés aux pays importateurs de cotonnades pour y être vendus par l’intermédiaire de nouveaux courtiers. [ci encore, ces inter-
médiaires ont été supprimés par les industriels japonais. Section III. —— La consommation.
Il est d'autant plus intéressant de préciser la nature de la consommation du coton, que le monde cotonnier se plaît à la considérer souvent sous un aspect par trop favorable.
Au début du siècle dernier, les étoffes fabriquées dans le monde, comprenaient en poids de matière première 78°, de laine, 18 %, de lin, et 4% de coton:
Au début du xx£€ siècle, les proportions étaient inverses :
74%/decoton 20% delaineet60/de lin:
Cet extraordinaire développement de l’emploi du coton est dû à la modicité du prix de revient des produits manufacturés (bon marché de la fibre, légèreté relative de l’outillage, main-d'œuvre réduite.) C’est cet avantage essentiel qui, seul, explique ce progrès!.
M. A. Siegfried compare les conditions du développement de la consommation du coton à celles s'imposant à certai-
1. Depuis quelques années, cependant, les applications industrielles du
coton tendent à augmenter, on l'utilise dans l’industrie du pneu, des isolants électriques etc. en vertu de ses qualités propres.
nes plantes qui ne peuvent croître qu'entre deux altitudes bien définies.
Un peuple de civilisation très primitive, au pouvoir d’achat réduit, aux besoins peu développés, emploiera peu ou pas de coton. De même, dans un pays de civilisation très raffinée, la laine, la soie, le lin seront plus recher- Chess
Ainsi, la zone propre à la consommation du coton se trouve être en même temps le domaine de la civilisation moyenne. Dans la marche en avant de l’humanité, tout n’est pas gain pour la consommation du coton. Les deux limites « d'altitude de civilisation » restent fixes, c’est la civilisation qui s'élève, mais si des débouchés nouveaux s'ouvrent chez les peuplades jusqu'alors sauvages, des pays de civilisation déjà avancée échappent à son emploi. La question qui se pose est donc de savoir quelle est l’importance du gain par rapport à la perte subie pour en déduire si le domaine du coton s'agrandit ou s’amenuise. C'est ce que nous nous efforcerons de déterminer plus loin.
Remarquons aussi, pour l'intelligence de ce qui va suivre, qu'il est impossible d'apprécier exactement la consommation réelle du coton. Dès son entrée dans l’industrie pour y subir les transformations qui l’adaptent aux besoins, il
échappe à tout contrôle certain.
1. Le climat ne semble pas avoir le rôle qu'on lui attribue si souvent sauf au point de vue restriction de la consommation dans des pays froids où le coton n’est utilisé qu’en faible proportion et mêlé aux anciens textiles (étoffes mi-laine, mi-soie). L'usage des étoffes de laine est de beaucoup préféré dans les pays de climat froid,tempéré ou méditerranéens.
Dans la zone tropicale et équatoriale seulement l’usage du colon correspond à une nécessité ne pouvant être remplacé que par des textiles très coûteux. Mais même dans cette zone, depuis quelques années, la soie artificielle fait des progrès considérables en raison de ses qualités et de son bon marché.
Les progrès de la statistique ont permis pourtant de connaître, avec assez de précision, les quantités de filés qui sont livrées au tissage et celles transformées el vendues sous forme de tissu (avec une exactitude moindre sous cette dernière forme, en raison de l'emploi mélangé avec d’autres textiles). Mais cela est loin d'indiquer la consommation réelle, c’est-à-dire la mise hors d'usage des produits. Aussi, étant dans l’impossibilité de connaître cette consommation individuelle, considérerons-nous comme consommation, les débouchés de la matière première, la consommation des
Hlatures,
Section IV. —— Rôle des marchés à terme.
La spéculation.
En étudiant le rôle des intermédiaires entre le producteur et le filateur, nous avons volontairement laissé dans ombre l’action de la Bourse et de la spéculation boursière, car cette action est si importante en matière cotonnière qu'il nous à semblé indispensable de létudier séparément.
L'existence de marchés sérieux de coton disponible (qui sont généralement des ports d'embarquement situés sur le littoral des pays producteurs) est une nécessité. Il en est de même des marchés à livrer ou à terme des pays importateurs. Quant aux marchés à terme des pays exportateurs, leur utilité ne peut sérieusement être contestée. Voici à ce sujet l’opinion d’un auteur! :
« Le grand marché à terme de la Nouvelle-Orléans,
est absolument indispensable à chacun; c’est grâce à lui
1. René Pupin. Le colon, sa produclion, sa consommation, son rôle économique, 1905-06.
que les planteurs peuvent en toute circonstance s'assurer un prix de vente lorsque le cours du coton est à leur convenance. Un simple message téléphonique à l’une des maisons de commission qui servent d’intermédiaire entre producteurs et consommateurs et toute la récolte est vendue pour une époque déterminée ».
Comme toutes les bourses à terme, celle du coton correspond donc à un besoin de sécurité et est utile au producteur comme au filateur à condition de l’utiliser normalement.
Reprenons un à un les arguments présentés en faveur des marchés à terme et voyons ce qu’il convient de penser
dans ce cas particulier :
$ 1. — D’après les économistes, les spéculateurs purs ont leur utilité; ils forment les prix. Analysant les éléments qui déterminent la situation statistique du marché, à savoir la récolte de la campagne présente, les stocks de la dernière campagne et les prévisions concernant la récolte future, il font passer graduellement d’une campagne à une autre.
En raison des différences très fortes que peuvent présenter deux récoltes consécutives, la spéculation cotonnière aurait, à ce point de vue, un avantage énorme.
Malheureusemext, on est bien obligé de constater que les irrégularités des écarts entre les prévisions et les prix effectifs indiquent que très souvent la tendance des prix futurs n’a pas été prévue exactement.
La raison de cet échec doit être cherchée dans la difficulté des prévisions et l’hélérogénéité des spéculateurs.
Les influences atmosphériques qui interviennent sur le
1. Voir à ce sujet l’étude statistique du Professeur C. Breciani-Turroni
sur l’Influence de la Spéculation sur les fluctuations des prix du coton, EgyPte Contemporaine, n° 127.
coton plus que partout ailleurs en raison de la concentration géographique de sa culture, rendent toute prévision extrêmement malaisée.
Les stocks chez les filateurs sont difficiles à évaluer. Aussi, on peut dire, sans exagération, que toute spéculation ne peut se faire que sur une base de prévision bien fragile.
En admettant même que les spéculateurs purs se rendent compte de la situation exacte, rien ne prouve qu'ils soient suivis par la masse des petits spéculateurs qui «jouent à la bourse » ou, s’ils en sont suivis, ceux-ci peuvent accentuer le
mouvement d’une facon exagéréet.
$ 2. — Pour des raisons que nous aurons l’occasion de voir plus loin, la fonction d’assurance du marché à terme ne Joue que très imparfaitement. Les producteurs préfèrent souvent spéculer en ne vendant pas à l'avance à un prix qui pourtant serait suffisamment rémunérateur. Les filatures, de même, ne profitent souvent pas de la possibilité de se couvrir. Au Japon, par exemple, il est de règle de ne couvrir aucun achat et bien souvent les industriels d'Europe se sont laissés entraîner dans cette voie.
Aussi, le marché à terme, bon en soi, fonctionne-t-il très mal en matière de coton par la faute des usagers. Ce marché, le plus spéculatif qui soit, au lieu d’atténuer les variations de prix ne fait que les amplfer?.
Cependant, si cet institut d'assurance contre les risques
de fluctuation des prix qu'est la bourse, fonctionne mal,
1. C’est un fait bien connu et il suffit de vivre quelque temps dans un pays producteur de coton pour se rendre compte que cette habitude déplorable s’est répandue dans toutes les classes de ia société el que chacun, selon ses moyens, passe des marchés fictits.
2. L'exemple de juillet et août 1932 est frappant à ce sujet, malgré l’é normité des stocks, une simple information pessimiste sur la récolte 1933 provoqua une hausse de prix de 80 %, information erronée d’ailleurs mais qui, même réelle, n’eut pas dû provoquer une hausse supérieure à 20 %.
il serait injuste de lui attribuer des méfaits, dont il n’est pas coupable. Il faut se souvenir qu’en aucun cas, la spéculation ne modifie les courbes de longue durée des prix et que ce n’est pas la spéculation qui crée l'instabillité des prix, mais que c’est au contraire cette instabillité qui excite la spéculation et que celle-ci ne fait qu'accentuer un mouvement déjà commencé.