Gerbet, Doctr. phil. sur lacerliliide, p
critique
C'est la tmduclion, en leimes nels et précis, de la thèse équivalente, mais plus embrouillée de liuet, qui, après avoir dit que la certitude humaine n'est pas une vraie certitude, mais une probabilité ou une apparence de certitude, en tire cette conclusion : « Quoique la raison puisse atteindre le plus haut degré de certitude humaine, ce n'est pas là une certitude parfaite, que la loi seule peut nous donner'. » Sa Or nous soutenons que cette thèse fondamentale du
fidéisme est fausse, et que la foi en la révélation divine n'est pas le seul ni le premier critère de vérité.
En effet, cette thèse fidéiste contredit l'expérience et se contredit elle-même.
Elle contredit l'expérience la plus élémentaire, car il est évident que, indépendamment delà foi divine, nous connaissons tout d'abord, sans aucune crainte d'erreur, une multitude de faits ou de vérités, tels que notre propre existence ou l'existence du monde, le principe que 2 -}- 2 = 4, ou que le tout est plus grand que la partie. Non seulement ces choses sont absolument certaines, aux yeux de tout homme de bon sens, maison ne voit pas comment la révélation pourrait être utile pour nous en mieux convaincre.
Cette thèse, en second lieu, se contredit elle-même. Car une foi raisonnable ne pouvant être aveugle et sans motifs, il faut bien se servir de la raison pour établir l'existence et la valeur de la révélation ; et, par ce cercle vicieux, le fidéisme met ainsi en péril cette foi qu'il se proposait de raffermir et de défendre.
En d'autres ternies, la foi du fidéiste est certaine ou elle ne l'est pas. Sicile ne l'est pas, elle ne peut fonder
i. « Exquibus liquldo constat, rationem... licet summam obtineat humanam certitudinem, aliquid lamen ei ad perfectam certitudinem déesse, quod suppletur per fidem. » Huetius, De imbecillilate mentis humarne, 1. III, 15.
damnation.
La réduction des critères extrinsèques '~7'A
la certitude delà raison. Si elle est certaine, c'est parce qu'elle est raisonnable ou fondée sur de bonnes raisons : elle croit à la révélation parce que Dieu existe, qu'il a parlé à riiomme, et qu'il ne peut ni se tromper ni nous tromper. Que si la foi, pour être raisonnable, doit être fondée sur la raison, la raison ne saurait être fondée sur la foi, sans un sophisme évident.
Sans doute, comme l'a très bien remarque S. Thomas, « la raison n'a pas à démontrer la vérité des dogmes de foi, mais elle a à démontrer pourquoi il faut y croire, à savoir parce que Dieu les a révélés et a confirmé sa parole par des miracles ^ ».
Une si grave erreur qui, en essayant de fonder la rai- sa con son sur la foi, aboutit ou à rendre la foi aveugle, ou à ruiner le fondement rationnel de la foi, ne pouvait manquer d'émouvoir l'autorité religieuse, qui l'a condamnée à diverses reprises. Le Concile du Vatican a formellement enseigné que « la saine raison démontre les fondements de la foi » -. Et la S. Congrégation de l'Index a exigé de M. Bonnetty qu'il souscrivit aux trois propositions suivantes qu'il avait combattues :
l" « Le raisonnement peut prouver rwec certitude l'existence de Dieu, la spiritualité de l'âme et la liberté humaine. »
2° « La foi est postérieure à la raison, et par conséquent la foi ne saurait être alléguée contre^ les athées pour prouver l'existence de Dieu, la spiritualité de l'àme ou la liberté humaine contre les partisans du matérialisme et du déterminisme. »
3° « L'usage de la raison précède la foi, et y conduit avec l'aide de la révélation et de la grâce divine ^ »
1. « Fides nonhabet inquisitionem rationalis naturalis demonstrantis id quod creditur ; habet taraen inquisitionem quamdam eorum,per quee inducitur homo ad credendum ; puta quia sunt dicta a Deo et miraculis confirmata. » S. Thomas, 2a, 2^, q. 2, a. 1, ad 1.