PAYS
Canada
Australie ...
Colo7iies diverses
France ." ....
Allemagne
Hollande
Belgique
Turquie
Egypte
Etats- Unis
Divers
Totaux
Millions de francs
Le commerce extérieur de l'Angleterre traverse, évidemment, une crise intense dont la question des changes extérieurs n'est pas l'unique cause, puisque les exportations anglaises, de 1890 à 1892, ont diminué de 10,7 0/0 dans les pays dont la circulation monétaire n'est pas dépréciée. Mais sans le bill Mac-Kinley, et si le«* exportations aux Etats-Unis s'étaient maintenues, la perte n'aurait été que de 6,8 0/0.
Exportations anglaises des anaées 1890 et 1892
PAYS A CIRCULATION PAPIER OU A MONNAIE DÉPRÉCIÉE (En millions de francs)
PATS
ii5. »
Indes, Slraits, etc., Hong Kong, Chine.
Japon
Autrespays mdiens Su i de V Afrique . .
Rêpubl. Argentine.
Brésil •
Mexique.
Urugu ty
Amérique du Sud,
Divers
Espagne
Portugal
Italie
Autriche Hong . .(1)
Russie
Divers
Totaux
Diflférencps pour
l<Sî)2
Millions
de francs
— JÎ5.4
(l) Avant le mois d'août 18d2, époque à laquelle le Gouvernement autrichien a arbitrairement réduit le florin papier de 2 fr. 50 à 2 fr. 10, le papier austro-hougrsis perdait environ 17 0/0 au change.
La diminution des exportations anglaises dans le? pays de TExtrôme Orient et de TAmérique du Sud représente à elle seule 42 0/0 de la diminution totale de la période, et Tensemble de la diminution dans le& pays à monnaie avariée 58 0/0 deTensemble de lapertf du commerce extérieur anglais.
Et il convient d'ajouter que la crise est loin d'être enrayée si nous en croyons les chiffres généraux de ce commerce pendant les 11 premiers mois de l'année 1893 :
Exportations anglaises des onze premiers mois des années 1892 et 1893
(Millions de francs)
Différence sur 1892
Millions de francs
Objets d'alimentation.
Matières premières . .
Objets manufacturés.
Tftaux
Après les deux exemples que nous venons de donner de la répercussion des changes étrangers sur le commerce et l'industrie d'exportation des deux grandes puissances métalliques, nous pensons qu'il faudra y mettre beaucoup de bonne volonté pour soutenir encore que la France et l'Angleterre n'ont pas à s'inquiéter de la question monétaire universelle.
L'Agriculture. — Les deux grands produits de l'agri-
culture française, le blé et le vin, sont, en ce moment, à des cours désastreux pour nos producteurs nationaux. Malgré les droits protecteurs, le blé de pays vaut à peine 20 francs le quintal métrique et les bons vins du Midi de la France sont invendables i\ 12 fr. Theclolitre. Excellente affaire pour le consommateur! disent les uas. Ruine pour la France! affirment les autres..» En y réfléchissant bien ce sont ces autres qui disent vrai.
Ils ont raison de dire ruine pour la France, parce que dans les conditions actuelles de nos rapports commerciaux avec Tétranger, le prix de nos produits agricoles ne dépend plus de l'abondance plus ou moins grande des récoltes. Il est fixé, pour le blé, par les productions indienne, russe, américaine ; pour le vin, par les productions espî^gnole, italienne : demain par les productions argentine et australienne.
Ah ! je sais bien que certaines écoles considèrent déjà comme résolu le terrible problème de la ruine de l'agriculture française. Je n'ignore pas que de savants agronomes, déclarant la lutte impossible en présence de la fertilité extraordinaire des terres vierges du Nouveau-Monde, des Indes, des grandes îJes de l'Océanie, conseillent à nos agriculteurs d'abandonner le blé et la vigne, de changer leur méthode de culture, de produire plus et de dépenser moins,
« — Ce sont de bons conseils — m'écrivait dernière- « ment un agriculteur de mes amis, dont la ferme est « un modèle pour tout son voisinage — mais que faire de « nos terres si nous quittons le blé et la vigne ? quelles « sont les grandes cultures possibles en France qui « nous permettront d'utiliser les 15 ou 16 millions « d'hectares consacrés à nos céréales et nos 2.300.000
76 RÉPERCrSSION DES CHANGES
« hectares plantés de vignes ? Les betteraves à sucre ? <i Pourra-t-on se nourrir seulement de sucre ? Et qui « peut nous garantir que ces grands pays fertiles, dont « les produits nous écrasent, ne se mettront pas aussi à « cultiver la betterave ! »
Et il ajoutait :
« Les fermiers français seraient les plus riches indus- « triels du monde; ils pourraient soutenir, avec leur « vieille terre, la concurrence de n'importe quels pays, « s'ils pouvaient simplement réduire d'un tiers tous « leurs frais d'exploitation : main-d'œuvre des ouvriers <( agricoles, fermages, impôts, transports, engrais, bes- « tiaux de ferme, etc., etc. Mais cette réduction est « malheureusement indépendante de leur volonté. »
Un tiers de moins ! 6.000 francs de dépenses au lieu de 9.000 et cela pour produire la même quantité de blé ou de vin, vendu aux mômes prix. Je suis certain que tous les agriculteurs de la France se contenteraient de cette protection.
Or, lorsque le blé russe, indien ou argentin vient s'offrir sur le marché français, son prix de revient indigène bénéficie — grâce aux 37 ou 40 0/0 de perte au change subie par le pays d'origine — d'une réduction réelle de 37 ou 40 0/0 par rapport au blé français.
Un exemple fera mieux comprendre ce phénomène : Supposons qu'une couche carbonifère soit découverte dans une région coupée par la frontière de deux Etats A et B. L'Etat A a une circulation monétaire au pair de Tor; l'Etat B, pour des raisons quelconques, a une monnaie avariée, argent ou papier, perdant 40 0/0 par rapport au pair de l'or.
Une Société obtient la concession de la couche du
BÉFERCrSSION DES CHANGES
pays Â, une autre Société la concession de la couche du pays B. Les deux Sociétés placent leur mine ù une égale distance d'un marché libre où le combustible extrait sera envoyé ; elles rencontrent du charbon de mômr> qualité et à une égale profondeur, et commencent leur exploitation respective dans des conditions malévielles absolument idetitiques. Le prix de revient du charbon rendu sur le marché libre sera, par exemple, de 10 francs la tonne.
Tous les éléments du prix de revient de la tonne de charbon A : salaires, impôts, charges du capitoI, frais de transport par terre, etc., seront naturellement constitués avec la monnaie du pays... c'est-à-dire avec de la monnaie valant le pair de For.
De mémo, tous les éléments du prix de revient de l'autre mine seront constitués avec de la monnaie dépréciée de 40 0/0 par rapport au pair de l'or.
Les deux charbons arrivent sur le marché libre, où leur vente s'effectuera en monnaie d'or : A quel prix les deux produits, devenus concurrents, pourront-ils s'offrir au consommateur?
Il est évident que le charbon A ne devra pas se vendre au-dessous de 10 francs puisque cette somme payée en or représente, tout juste, son prix de revient sur le marché libre. Mais le charbon B pourra descendre son prix jusqu'à 7 francs 50 puisque, en recevant cette somme en or, les 7 fr. 50 vaudront dans le pays B : 7.50 -|- (7.50 X 0.40) = 10 fr. 50 en monnaie locale.
Ce qui démontre qu'avec du charbon de même qualité, ayant identiquement les mômes facteurs de prix de revient, la mine du pays B (grâce à la monnaie avariée de ce pays) pourrait vendre son charbon 25 0/0 meilleur
marché que la mine du pays A... et réaliser encore 5 0/0 de bénéfice net, toutes charges payées.
Or, Tagriculture française se trouve en face de Tagrioulture russe, indienne, argentine, espagnole ou italienne dans une position beaucoup plus mauvaise que celle de la mine A par rapport à la mine B, parce que nous avons supposé un môme prix de revient initial pour les deux exploitations, tandis qu'en réalité — abstraction faite de la question du change — les conditions économiques générales de ragricullure française, par rapport à l'agriculture des pays ci-dessus (impôts, salaires, fermages, fertilité du sol, etc.,) sont telles que la plus petite aggi*avation de charges, la plus petite maladie nouvelle peut la mettre à basl
Pour le blé, nous savons, par exemple, d'après notre statistique officielle, que sur les 12.630.840 hectolitres qui ont été importés en France pendant les dix premiers mois de Tannée 1893 (et sur lesquels 7.979.611 étaient seulement livrés à la consommation au 1er novembre), la Russie a fourni 4.379.911 hectolitres; les Indes Anglaises 925.252; la République Argentine 991.602 et les Etals-Unis 2.542.572. Soit, pour les quatre pays, les 70 0/0 de l'importation totale.
La Russie a eu, cette année-ci, une excellente récolte dépassant de 20 millions d'hectolitres la récolte moyenne. Or, veut-on avoir une idée de ce que peut être le prix de revient du blé russe? Le prix moyen de la journée de l'ouvrier agricole est, hors moisson, de 35 kopecks - en papier russe, ce qui représente à peu près fr. 42 centimes en monnaie française au pair de l'or. Les femmes reçoivent à peu près 30 kopecks. Pendant la moisson (elle dure un mois), les salaires sont augmentés de
RÉPERCrsSION DES CHAN(JEA 7!)
30 à 40 0/0, selon Timportance de la récolte et la nourriture des ouvriers, à la charge des fermiers, représentent environ 20 à 30 kopecks par personne employée.
En résumé, l'agriculteur russe paye, en moyenne, ses ouvriers, nourriture comprise, fr. 70 cent, pour los hommes et fr. 60 cent, pour les femmes. P]t presque tous les éléments de son exploitation sont en rapport avec ces prix-là.
En ce qui concerne les Indes, la main-d%i*uvre y est vingt fois meilleur marché qu'en Europe; dans une remarquable étude que M. Barbé vient^le publier sur VFlat financier, politique et militaire de l'Inde contemporaine, Y a.uieuT établit que l'ouvrier industriel qui reçoit 10 francs de salaire en Angleterre gagne à peine 30 centimes (en roupies indiennes) aux Indes. « Met- « tons ajoute-t-il, qu'il faille deux, trois, quatre Hin- « dous pour valoir un blanc, quid du résultat final? « Et qui ne voit combien redoutable aura été actuelle- « ment pour le Royaume-Uni, l'éducation industrielle « de ce colosse asiatique fort -de 300 millions d'habi- « tants? »
Le paysan hindou est payé à raison de 16 à 18 centimes par jour (à la parité de la monnaie française) et se nourrit avec 10 centimes .
L'agriculteur indien n'ayant, d'autre part, presque pas de loyer et d'impôt à supporter (et il les solde en roupies) pourra donc vendre son blé à un prix fantastique de bon manche et il le trouvera encore rémunérateur. Le seul élément sérieux de dépense est le transport de l'intérieur au port d'embarquement. Une note que j'ai sous les yeux m'indique qu'à la fin de Tannée 1892, le blé rendu à quai de Calcutta valait
80 UÉPEIUUTSSION DES CHANGES
environ 4 roupies le quintal métrique, soit 9 fr.52 en calculant la roupie an pair de 2 fr. 38. Mais la roupie, qui ne vaut plu«, à Theure actuelle, que 1 fr. 37 d'or à textérieur, a conservé dans l'Inde sa valeur anciennp. Une roupie donne aujourd'hui à l'agriculteur indien, le même pouvoir de libération ou d'achat intérieur qu'avant 1873, époque où l'argent métal valait, à Londres, son pair monétaire de 60 7/8.
Gela revient à dire que la d«'ipréciation actuelle de l'argent équivaut à une réduction réelle de 35 ou 40 0/0 du prix de ^vente extérieur 'du blé indien, puisque l'exportateur qui vend ce blé à Londres ou à Paris en monnaie valant le 'pair de Vor, peut acheter aujourd'hui, avec cette monnaie, l'argent donné à l'agriculteur indien, 46 0/0 meilleur marché qu'avant 1893.
Quant à l'influence générale des blés américains sur les prix de vente européens, voici les explications que M. Way, ancien président du Syndicat des grains et farines de Paris, membre de la Chambre de Commerce, vient de fournir à la Sous-Commission du groupe agricole delà Chambre des députés :
M. Way, interrogé sur les causes exactes de la dépréciation inexplicable du cours du blé dans une année de récolte absolument médiocre, s'est expliqué ainsi :
La première cause, selon lui, tient à l'abaissement du droit de 5 à 3 fr. décrété en 1831, qui continue encore ^es effets ; il y a encore en entrepôt 2 millions d'hectolitres de blé qui représentent la liquidation de la spéculation entreprise à cette époque.
La seconde cause, la plus sérieuse, nous vient d'Amérique, et elle est provoquée par Ja crise rAonêtaire générale. Les Américains ont besoin d'or et pour se le procurer sont obligés de vendre leurs produits à l'Europe à tout prix; ils ont vidé leurs greniers à des cours désastreux, ruineux pour
HKPERCT'SSION DES CHAN(ÎKS 81
eux. Le prix de 9 francs auquel ils sont descendus no sVtait jamais vu. C'est un prix de ruine pour les aprrioultours aniêricaina et on les voit aujourd'hui, dans leur détresse, quillerles terres qu'ils ont épuisées pour en chercher d'autres.
Les mômes observations, le m^me raisonnement s'appliquent à la concurrence des vins étrangers : « D'après les dernières mercuriales (dit V Economiste « Français du 2 décembre 1803, dans un excellent ar- « liclesurla mévente des vins français), les vins du Midi « peu chargés en alcool ne trouvent preneur, sur place, « qu'à 11 fr., 10 fr. et jusqu'à francs Thectolitre. « C'est une diminution de plus de 50 0/0 par rapport « aux anciens prix, et c'est une véritable ruine pour la « culture. »
Les vins du Midi ne se vendent pas, la récolte n'est pas même entamée et cependant voici la statistique officielle française qui nous indique que, pendant les dix premiers mois de l'année 1893, il a été importé en France 5.367.422 hectolitres de vins ordinaires en futailles et que sur ce chiffre, 4.811.349 hectolitres ont "^té livrés à la consommation.
Le vin étranger introduit en France peut donc s'y vendre à des prix inférieurs au vin français, malgré les droits d'importation î Ces chiffres l'indiquent clairement.
L'importation espagnole a été de 3.3G4.867 hectoL, soit 630/0 de l'importation totale, TAlgérie et la Tunisie réunies n'ayant fourni de leur c5té que 28 0/0 sur l'ensemble. Or, les bons vins espagnols — d'un degré alcoolique bien supérieur à nos vins du Midi — valent , en moyenne 10 pesetas rendu?, par la voie de Barcelone, dan 3 l'un de nos ports da Midi, sans compter les droits français. En monnaie française, c'est-à-dire.
grâce au change de 23 0/0, le prix d*achat espagnol est exactement de 7 fr. 70 : A quels prix tomberaient nos vins du Midi si les vins espagaols, qui leur sont supérieurs en alcool de 30 à 35 0/0, entraient en franchise sur le territoire français ? — 5 àC francs rhectolitre l
Mais ce qui rend l'avilissement des prix des vins français particulièrement terrible pour nos départements de grande production, c'est la situation financière actuelle des viticulteurs de ces départements. Avant la crise phylloxérique, les propriétaires de vignobles n'avaient point, ou presque point, de dettes hypothécaires ; les vignes duraient parfois un demi-siècle, et leurs dépenses de premier établissement ne comptaient réellement pas dans les frais d'exploitation proprement dits.
Le phylloxéra a brusquement détruit tous les vignobles : mais après quelques années d'hésitation — bien naturelle d'ailleurs, puisque les anciens plants français ne résistaient plus à l'insecte destructeur — et lorsque l'expérience eut démontré qu'avec des plants américains, et un traitement rationnel, les anciens vignobles pouvaient être reconstitués avec succès : on se mit partout à l'œuvre, et les nouvelles vignes sortirent de terre comme par enchantement.
Mais les viticulteurs, ruinés par sept ou huit années de crise, durent emprunter pour effectuer cette reconstitution, et les emprunts furent d'autant plus importants que l'achat des plants spéciaux, leur greffage au bout de la deuxième ou de la troisième année de plantation, et leur entretien pendant une période improductive assez longue : élevaient considérablement
les nouvelles dépenses de premier établissement, par rapport aux mêmes dépenses de l'époque antérieure au phylloxéra.
Or c'est juste au moment où les vignobles reconstitués à grands frais — sur les conseils du Gouvernement et de tous les économistes agronomes — commencent à donner des résultats appréciables et à récupérer les charges du capital emprunté, que Tavilissement des prix survient. Comprend-on l'inquiétude des viticulteurs du Midi et la raison de leurs réclamations?
Production Française de la Soie : Pour compléter ma démonstration, relativement aux préjudices que la baisse de l'argent cause à la production indigène des pays à circulation monétaire au pair de l'or comme la France, un de nos abonnés lyonnais m'adresse la Notice suivante, absolument remarquable dans ses développements techniques, et dont les conclusions sont encore plus décisives que tous les exemples déjà donnés, parce qu'elles visent nos rapports commerciaux avec le Japon, c'est-à-dire avec un pays dont la perte au change n'a, pour cause unique^ que la baisse de l'argent métal.
Conséquences de la baisse de l'argent sur la production française de la soie.
Dans la série des articles que vous publiez dans l'Economiste Européen, vous démontrez, d'une manière irréfutable, les avantages considérables dont jouissent les producteurs
habitant les pays à monnaie dépréciée quand ils exportent leurs produits dans les pays à circulation monétaire au pair de l'or. Vous m'avez fait l'honneur de me demander quelques renseignements au sujet des Soies : les voici : je suis certain qu'ils fourniront à votre thèje un argument d'autant plus concluant que — sans la baisse de l'argent — tous les facteurs de la production de ce textile seraient favorables à l'Europe.
S'il est démontré que l'Europe est, pour la production de la soie, dans des conditions meilleures que les pays d'Extrême-Orient ; si, d'autre part, nous constatons que la baisse des soies, dans les moments calmes, est cependant venue de l'action même do ces pays qui n'ont cessé d'augmenter leur production et leur exportation ; si enfin, nous élablissons, preuves à l'appui, que cette baisse des prix a coïncidé avec la baisse de l'argent, nous aurons évidemment prouvé que l'influence de la baissé de l'argent est favorable aux pays à étalon d'argent et néfaste aux pays «^ étalon d'or.
L'observation doit porter, de préférence, sur les soies du Japon, qui concurrencent et peuvent le plus souvent remplacer les soies d'Europe. Les soies de Bengale, de Canton, et les soies de Chine, sous la plupart de leurs formes, n'ont pas de similaires ou d'équivalentes en Europe.
Le Japon à étalon d'argent travaille avec la graine d'arge7it, c'est-à-dire avec des graines produisant des cocons blancs ou verts pâles; l'Europe à étalon d'or travaille surtout avec la graine d'or, c'est-à-dire avec des graines produisant des cocons jaunes.
De 1865 à 1875 la France et l'Italie faisaient la plus grande partie de leurs soies avec des graines importées du Japon. L'once de graines coûtait de 10 à 20 fr. Elle produisait de 14 à 15 kilogr. de cocons utilisables à la filature.
Il fallait 13 à 15 kilogr. de cocons et une façon de 15 fr. environ pour un kilogr. de soie.
C'est ainsi qu'en 1868, année où les soies ont atteint le prix le plus élevé, les cocons produits de graines japonaises payés 7 fr. 50 le kilogr. établissaient un premier prix de revient pour les grèges de 120 fr. (7,50 X 14= 105 fr. -f 15 fr. = 120 fr.), auxquels il convient d'ajouter environ 10 francs
RÉPEIICCSSION DES CFIANCiES 85
pour perte sur deuxième lil, intérêt d*argent, commission, port et frais divers. Quel était, à ces p!us hauts prix, le résultat pour réducatcur ? 7 fr. 50 X 1^ k. noo = 108 fr. 75, plus 6 fr. 25 de cocons non utilisables à la filature, moins 15 fr. de graine. — Soit enfin 100 francs par onoo, desquels l'éducateur avait naturellement à déduire ses frais d'élevage.
Grâce au sysîè:ne Pasteur la France et l'Italie ont pu, faisant des graines saines, revenir aux races jaunes. Le résultat du rendement est tout autre qu'avec les races vertes ou blanches japonaises. Une once do graines coûte 8 à 12 fr. Elle produit 40 à 50 kilcgr. de cocons.
Il faut 11 à 11 k il. 1 2 de cocons et une façon de 8 à 10 francs pour un kilogr. de soie.
En prenant le prix le plus bas payé pour les cocons jaunes, 3fr. le kilogr., nous établissons un premier prix de revient pourlesgrèges, de40 fr. (11 k.25X3=33 75-1- 10=43 fr. 75, moins 3fr.75de prime à la filature, soit net, 40 fr.) auxquels il convient d'ajouter 5 fr. 25 de frais divers.
Quel est, à ce plus bas prix, le résultat pour l'éducateur? 3fr.X45=13jfr.; plus la prime à la sériciculture de 22 fr. 50 (45X0,50=22 fr. î>0), moins 10 fr. de graine. Soit enfin 147 fr.50 par once.
Donc, au plus haut prix des soies, la graine japonaise rendait 100 fr. par once ; et, au plus bas prix, la race jaune donne 147 fr. .tO par once à l'éducateur (125 fr. si on ne tient pas compte de la prime à la sériciculture).
On pourrait objecter que les vers à race jaune mangent plus de feuilles ; mais ils exigent une main-d'œuvre moins nombreus3, moins attentive. Il convient cependant de dire que, au Japon même, les graines donnent assurément un meilleur rtSallat. On peutp.éîumer :
1" Que l'once rend 25 kilogr. de cocons ;
•> Que les cocons étant meilleurs, le rendement doit être de 13 kilogr. de cocons pour un kilogr. de soie ;
3» La graine revient à un bas prix ;
4"» La main-d'œuvre coùte-meilleur marché à l'éducateur ;
5" L'ouvrière fileusc ne coûte que 18 à 22 cents argent (au lieu del fr. 50 or en France, et 1 fv.^ papier en Italie), mais l'ouvrière japonaise produit un tiers de moins qu'en Europe ;
et les grèges au Japon sont presque toutes redévidées ou rellottée-? avant d'être mises à la vente. Il y a donc un double travail. Nous devons en conclure que les frais de filature sont presque les mêmes qu'en Europe.
• On doit ajouter, d'autre part, au prix de revient des soies japonais .'S : les droits d'exportation, les frais d'importation, iés frais d'agence au Japon, la commission de banque, les droits et assurance maritime, l'intérêt d'argent pendant 6 semaines de voyage, soit environ 4 fr. 64 par kilogramme de soies japonaises importées en France.
On peut dire, en visant le plus bas prix des soies 45 fr. Grège Italie et 43 fr. Grège Japon, 1" ordre en or, net Lyon) et en déduisant de ce prix les frais divers ci-dessiis, de 4 fr. 64, et les frais de filature (redé vidage compris) de 8 fr. 36, soit au total 13 fr., qu'il reste aux éducateurs japonais 43 — 13=30 francs en 07\
Il faut 13 kilogr. de cocons pour un kilog. de soie; ce prix de 30 francs fait donc produire à l'once de graine du Japon pour les Japonais :
-^ X 25 = 57 fr. 50
desquels il faut déduire 4 fr. 50 coût des graines, soit 53 fr. net à l'once.
Conclusion : au plus bas prix des soies pratiqué, l'Europe tire en or 125 fr. (147 fr. 50 avec la prime) de l'once de graine et le Japon 53 fr. L'Europe, dotée par M. Pasteur d'une graine jaune, saine et féconde, pourrait donc lutter avantageusement, quel que soit le bas prix de la main-d'œuvre et de la propriété au Japon.
Mais un nouveau facteur, la baisse de l'argent, est venu faire contre-poids et pencher la balance en faveur du Japon.
^ Alors que l'argent, au pair du 15 1/2 valait 60 pence 7,8 l'once, le change extérieur du Japon, c'est-à-dire la valeur extéiieure de son yen ou dollar d'argent, était à 5,25 ou 5,50 et quelquefois plus, la parité française étant de 5 fr. 40 environ. Aujourd'hui l'argent métal est à 32 et le change à 3 fr. 03.
RÉPERCl'SSION DES CHAN(iKS 87
Au change de 5 fr. 20, le picule de 60 k. 470 do Kr»''^o Japon, 1" ordre, cotée 43 fr., or net Xyow, n'aurait rendu au vendeur japonais que 427 dollars 1/2 ou yens. Au chanj<o de 3,02, ce même prix de 48 fr. rend aux Japonais 772 dollars. La situation est complètement retournée, l'avantage pass»» du côté du Japon, car en raison de la baisse de l'argent, le Japonais touche, au même prix de 43 francs : 344 dollars de plus ! C'est un immense avantage pour lui et un vM danger pour son concurrent européen. Car si, grAco au change do 3,02, résultant de la baisse de l'argent, le Japonais peut écraser aujourd'hui le marché européen et amener les soies grôges jusqu'aux prix bas, extrêmes (43 fr. Japon 1" ordre, et 45 fr. Italie 2« ordre), et toucher néanmoins 772 dollars, nous ne devons pas oublier que, du 1" novembre IBîK) au 30 avril 1892, pendant 18 mois, il n'a touché pour les mêmes soies qae 000 à 650 dollars, sans que (à voir l'augmentation de son exportation), les sources de la production japonaise aient paru être touchées par ce prix.
Quelle marge encore pour la lutte ! Quelle réserve, avec le change actuel, entre les mains des producteurs japonais! L'exemple de ce qui s'est passé pendant la campagne soyeuse de 1391-1892 est concluant. Ce n'est pas une période de crise; la consommation marche régulièrement, la récolte 1891 est moyenne; le stock de soies est réduit, mais la fabrique de soieries achète au jour le jour. Il eu résulte un certain calme sur les marchés, les soies s'affaissent sous l'action des offres constantes du Japon, qui, g» Ace à la baisse du dollar, tire un meilleur prix de sa marchandise.
En effet, au !«' août 1891, le change valant 4,20, la soie filature 1" ordre cotant 47 fr. le kilogr., le picule ne lui donnait que 600 dollars.
Au 15 avril 1892, le change étant tombé à 3,68, la même soie ne cotant cependant que 42 fr. 50, le même picule lui donnait exactement 620 dollars.
Késultats de la campagne : Bénéfices pour le Japonais, perte pour le producteur européen. Principale cause do la baisse
des soies, pendant cette campagne: baisse du dollar. Gela est tellement vrai, que, pendant ce mêm6 temps, les stocks de soie s'appauvrissaient et que la hausse de juin 1892, à mai 1893, née d'abord de la modicité relative de la récolte 1892, et d'une plus grande consommation, n'a pu prendre ses proportions énormes (45 fr. à 78 fr.) qu'en raison d'un amoindrissement du stock constaté à la fin de la campagne 1891-1892.
On objectera pnit-être que la baisse du dollar n'a pas empêché le Japonais de maintenir ses prix, de les élever même, et de contribuer ainsi à la hausse des soies de 1892-1898. Le fait est exact, mais il n'y a point là de contradiction. Le Japonais, très subtil, très avisé, fait tourner à son avantage toutes les fautes de l'Européen, et, dans les mouvements de spéculation, il en sait tirer profit. Il connaissait la situation des marchés et les besoins urgents de l'Europe : il gagnait doublement en tenant ses prix, parce que dans ces mouvements, ce n'est pas, en réalité, le vendeur qui fait les prix, c'est l'acheteur obligé d'acheter quand même.
Mais dès que la récolte européenne de 1893 s'est favorablement annoncée, le Japonais s'est retourné et a fait des offres. On avait coté la soie extra 74 fr. 50 le 10 mai 1893; elle est tombée à 57 fr. le 22 juin ; à 52 fr. au commencemeut de septembre; elle est aujourd'hui à 45 fr... et le Japonais offre toujours.
Notre correspondant a bien voulu accompagner son très remarquable travail d*un tableau statistique dressé par les soins de M. Varenne et donnant les Exportations des soies du Japon, avec les cours du change japonais au 30 juin de chaque année.
Ce document va me permettre de compléter mon chapitre de la Répercussion des changes sur les nations à circulation monétaire au pair de Vor et de produire un dernier cas saisissant.
Années (I)