‹ La crise du monde moderneChapitre 4 sur 147 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Ï A doctrine himdoue enseigne que la durée

d'un cycle humain, auquel elle donne le nom

de Manvaniara, se divise en quatre âges, qui marquent autant de phases d’un obscurcissement graduel de la spiritualité primordiale: ce Sont ces mêmes périodes que les traditions de l'antiquité occidentale, de leur côté, dé- Signaient comme les âges d’or, d'argent, d’airain et de fer. Nous sommes présentement dans le quatrième âge, le Kali- Yuga ou « âge sombre », et nous y sommes, dit-on, depuis déjà plus de six mille ans, c’est-à-dire depuis une époque bien antérieure à toutes celles qui sont connues de l’histoire « classique ». Depuis lors, les vérités qui étaient autrefois accessibles à tous les hommes sont devenues de plus en plus cachées et difficiles à atteindre: ceux qui les possèdent sont de moins en moins

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nombreux, et, si le trésor de la sagesse « nonhumaine », antérieure à tous les âges, ne peut jamais se perdre, il s’enveloppe de voiles de plus en plus impénétrables, qui le dissimulent aux regards et sous lesquels il est extrêmement difficile de le découvrir. C'est pourquoi il est partout question, sous des symboles divers, de quelque chose qui a été perdu, en apparence tout au moins et par rapport au monde extérieur, et que doivent retrouver ceux qui

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est dit aussi que ce qui est ainsi caché redeviendra visible à la fin de ce cycle, qui sera en même temps, en vertu de la continuité qui relie toutes choses entre elles, le commencement d'un cycle nouveau.

Mais, demandera-t-on sans doute, pourquoi le développement cyclique doit-il s’accomplir ainsi dans un sens descendant, en allant du supérieur à l'inférieur, ce qui, comme on le remarquera sans peine, est la négation même de l’idée de « progrès » telle que les modernes l’entendent? C’est que le développement de {oute manifestation implique nécessairement un éloignement de plus en plus grand du principe dont elle procède; partant. du point le plus haut. elle tend forcément vers le bas, et, comme les corps pesants, elle y tend avec

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une vitesse sans cesse croissante, jusqu'à ce qu’elle rencontre enfin un point d'arrêt. Cette chute pourrait être caractérisée comme une matérialisation progressive, car l’expression du principe est pure spiritualité; nous disons l’expression, et non le principe même, car celui-ci ne peut être désigné par aucun des termes qui semblent indiquer une opposition quelconque, étant au delà de toutes les oppositions. D'ailleurs, des mots comme ceux d'« esprit » et de « matière », que nous empruntons ici pour plus de commodité au langage oceidental, n’ont guère pour nous qu'une valeur symbolique; 1ls ne peuvent, en tout cas, convenir vraiment à ce dont il s’agit qu à la condition d'en écarter les interprétations spéciales qu'en donne la philosophie moderne, dont « Spiritualisme » et « matérialisme » ne sont, à nos yeux, que deux formes complémentaires qui s’impliquent l’une lPautre et qui sont pareïilement négligeables pour qui veut s'élever au-dessus de ces points de vue contingents.

Mais d’ailleurs ce n’est pas de métaphysique pure que nous nous proposons de traiter 1c1, et c'est pourquoi, Sans Jamais perdre de vue les principes essentiels, nous pouvons, tout en prenant les précautions indispensables pour éviter toute équivoque, nous permettre l'usage

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de termes qui, bien qu'inadéquats, paraissent susceptibles de rendre les choses plus facilement compréhensibles, dans la mesure où cela peut se faire sans toutefois les dénaturer..

Ce que nous venons de dire du développement de la manifestation présente une vue qui, pour être exacte dans l’ensemble, : est cependant trop simplifiée et schématique, en ce qu’elle peut faire penser que ce développement s'effectue en ligne droite, selon un sens unique et sans cscillations d'aucune sorte; la réalité est bien autrement complexe. En effet, 1l y a lieu d'envisager en toutes choses, comme nous l'indiquions déjà précédemment, deux tendances opposées, l’une descendante el l’autre ascendante, ou, si l’on veut se servir d’un autre mode de représentation, l’une centrifuge et l’autre centripète; et, de la prédominance de l’une ou de l’autre, procèdent deux phases complémentaires de la manifestation, l'une d’éloignement du principe, l’autre de retour vers le principe, qui sont souvent comparées symboliquement aux mouvements du cœur ou aux deux phases de la respiration.

Bien que ces deux phases soient d’ordinaire décrites comme successives, il faut concevoir que, en réalité, les deux tendances auxquelles elles correspondent agissent toujours simul-

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