SCÈNE II
DE MARSAN* DESSOLES, parti» fart* «totale.
DttBSOLttfe.
Bonjour, monprêsiffentL.. Me voicià tes ordres!... J'arrive dePicpus... Ainsi, vois!... Ahçà! <fli'y M^il ici?... Voyons la langue?... le pouls?.,. Tu n'asrieû... Bonsoir I (u tourna iur ».)
DE MARSAN
Mon cher ami, j'ai à te consulter; mais ce n'est pas pour moi.
DESSOLES
C'est pour madame?
DE MARSAN, tristement et descendent en scène* Oui... c'est pour madame.
DESSOLES, le suivant.
C'est pour madame... (Atec tm soupir.) Et qu'est-ce qu'elle a donc, cette jolie femme? Ne l'ai-je pas aperçue avant-hier à l'Opéra, rose et blanche sur fond rouge?... des épaules qui chassent le corset! Bah! elle va bien... et moi aussi!... Bonsoir, mon président! (Mène jeu que et-dessus.)
DE MA RSA»,
Pierre, au nom de notre vieille amitié, deux mots de rai* son!... Ma femme m'inquiète.
DESSOLES
Par la peste! elle en inquiète bien d'autres! La trouves-tu trop jolie? C'est vrai; mais je n'y puis rien. Ah! ah! mon camarade! une jolie femme, c'est bon pendant un an, pen* dant deux ans... mais dès la troisième année, que vous importe cette beauté admirée et commentée pendant une si longue série de lunes? Ce n'est plus alors qu'un luxe impor* iun, une enseigne périlleuse qui a son beau côté tourné vers la rue, et dont le mari ne voit plus que le revers, — un engin à attirer la foule 1 Ahl c'ist ainsi! que veux-tu que j'y fasse?... et au revoir 1 DE MARSAN, pressât le siège de le table» à dttite» ttl'oftent Iftem*
Écoute-moi sérieusement, Pierre. C'est une consultation grave que je t'ai demandée... Écoute! (ils s'ssstyeat « «Mite *.)
DESSOUS
Voyons!
die Marsan.
Depuis trois mois environ* ma femme â.«t un appétit ro» buste, — le pouls régulier, — le teint frais, -* le système nerveux pacifique... En un mot, jamais, de toute évidence, «lie ne fut dans un état de santé plus satisfaisant dëssolês* Tu m'attendrisî — Achève I
* Dt Haltes, I sot tenta, tarte*
DE MARSAN
Avec tout cela, mon ami, ma femme, que je me plaisais naguère à appeler ma cbère Juliette, ma femme m'inquiète profondément. Si je ne reconnaissais sa voix, ses traits... je croirais qu'on me Ta enlevée, en lui substituant je ne sais quelle créature désolante et incompréhensible !
DESSOLES
Que me dis-tu là, morbleu! Je ne m'en vais plus, mon ami ! Quoi! une nouvelle incarnation du démon de la femme, — un mystère, — une plaie du cœur ! Mais c'est ma spécialité, mon amil
DE MARSAN
Je le sais!... Tu fais de la médecine à ta manière... de la médecine... comment dirai-je?... spiritualiste! dessoles.
Que veux-tu, mon ami!... j'ai naturellement la conscience délicate : la première fois que, venant voir un de mes malades, je le trouvai sous la porte... cela me fil un effet singulier... 11 me sembla que la police allait avoir l'œil sur moi, qu'on allait m'arrêter... je reconnus que je n'avais pas le tempérament médical... Je ne voulus pas davantage, comme tant d'autres débutants, promener ma jeunesse meurtrière à travers les familles, marchant de mécompte en mécompte et de cénotaphe en cénotaphe... je cessai de verser ma science suspecte dans le corps de mes semblables, et laissai agir la nature dans son mystérieux domaine ; je devins médecin expectant... de plus, j'étudiai le moral... plus souvent qu'on ne le pense. — Ce sont, vois-tu bien, les chagrins, les vices, les misères sociales qui ouvrent le chemin à ce qu'on nomme les maladies... Je tâchai d'étouffer dans leur germe ces maux pour lesquels mon diplôme était impuissant... Bref, voilà ma méthode : ne pouvant guérir, — je console quelquefois... je fais des ingrats, — mais je ne fois pas de martyrs!
DE MARSAN
Je sais cela. Bien que nous te voyions trop rarement, je ne te perds pas des yeux... je connais ta réputation... tu es le sorcier favori de toutes les belles dames de Paris, et c'est pourquoi je t'ai appelé. J'ai besoin de toute ton expérience comme de toute ton affection. Pierre, je suis réellement malheureux!
DESSOLES
Bah! voyons donc! qu'est-ce qu'elle a, madame ta femme? est-ce que son carlin est défunt?
DE MARSAN
Mon ami, elle est possédée, et si tu veux savoir le nom du démon qui est en elle, son nom est légion ! car il 7 en a, pardieu 1 plutôt dix mille qu'un seul !
DESSOLES, mangeant sa canne*
Les symptômes?
DE MARSAN
Eh! mon Dieu! les symptômes n'éclatent pas jusqu'à présent eu extravagances qui puissent frapper l'œil d'un étranger ; mais ils se trahissent, à un regard familier comme le mien, par des nuances d'altération chaque jour plus marquées... — Tu connais Juliette?
DESSOLES
Je la connais. Si jamais femme a orné la maison de son époux d'une beauté chaste, d'une tenue distinguée, d'un sens droit et délicat, et d'un sentiment maternel irréprochable, cette femme est la tienne !
DE MARSAN. Ils M lèvent.
A été la mienne !... Oui, pendant dix ans, j'oserais dire que j'ai possédé un trésor... et puis, un beau matin, cette douce Juliette, que tu viens de dépeindre, a pris tout à coup je ne sais quel air de victime. . . obéissante... mais irritée : cette femme du monde, cette femme de goût a subitement emprunté aux prisonniers politiques certaines formules amères, certaines maximes âpres et concentrées... J'ai respiré avec effroi, dans son élocution jadis si sobre, je ne sais quelle mélancolie banale... je ne sais quel fade parfum poétique, avec une nuance socialiste.
DESSOLES
La femme d'un magistrat !... horreur!
DE MARSAN
D'autres fois, notre femme se fait mignarde et enfantine : ce sont des traits d'une naïveté inconvenante, — des questions d'une curiosité inqualifiable ; quelquefois... entre nous... des mots qui semblent empruntés au vocabulaire de la halle!...
DESSOLES
Bah!
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DE MARSAN
Tien»! pas plus tard qu'hier, — cette femme, dont tu à* admiré souvent le choix de langage, elle appelait ma voiturç — un berlingot!
dessoles.
Un berlingot!.,. Mystère profond !,#. Es>ce tout?
DE MARSAN
Non ! En même temps que la femme, la mère s'est transformée : le mari est un tyran, les enfants sont un fardeau. On ne parle pas, on ne s'occupe plus d'eux, —Voilà ce qui m'arrive, docteur ; voilà la couronne d'épines que Juliette a déposée un matin sur ma tète innocente,., et cela sans l'ombre d'une pror vocation de ma part.,, — Y comprends-tu quelque chose? dessoi.es.
Peut-être.». A l'âge de ta femme!...
DE MARSAN
Entre trentre-trois et trente-quatre... Mais, chut! je l'entends... tu jugeras par toi-même.. . je te ferai signe à chaque
symptôme. (Dessoles s'assied devant le bureau, et parait très-occupé à écrire. De Marsan remonte près la porte du fond à droite.