AMBASSADE DE JEAN BEAUPÈRE
cile, et cela dans l'intérêt de la foi, de la paix et de l'union, peut-être même en vue de l'organisation d'une croisade contre les Turcs. Il devait demander au pape de se transporter luimême à Bâle, et, en attendant, d'y régulariser par une bulle la situation du légat et d'y faire venir les prélats de tout le monde chrétien. Ses instructions lui prescrivaient, en outre, de réclamer l'intervention du pape auprès des princes belligérants et la promulgation de graves censures contre les détrousseurs de grands chemins. C'était, en somme, dévoiler le nombre insignifiant des pères, l'insécurité des routes, la prolongation de l'état de guerre1. Il est probable que Jean Beaupère ne s'en tint pas à cet aveu. Ayant trouvé, à Rome, les esprits mal disposés à l'égard de l'Allemagne, il semble que, pour mieux faire sa cour, il ait noirci le tableau. Il dut insister, beaucoup plus qu'il n'en avait reçu l'ordre, sur le péril hussite, sur l'immoralité des clercs allemands, sur les persécutions et massacres dont le clergé avait été victime dans le voisinage de Bâle ~. « Il ajouta, lit-on dans « deux des instructions du pape, beaucoup de renseignements d'où « résultait que le concile, si tant est qu'il existât, était condamné « à ne pas vivre, vu la rareté de ses membres 3. »
Ces propos, joints aux renseignements recueillis par d'autres voies, produisirent sur le pape une impression décourageante. On a déjà compris, d'ailleurs, qu'il restait peu à faire pour dégoûter Eugène IV de la combinaison bâloise.
Qu'on se rappelle l'hésitation singulière manifestée dans ses lettres du 12 mars et du 30 mai 4. La dernière interprétait la pensée de Martin V d'une façon fort arbitraire : Cesarini, y lisait-on, n'était chargé de célébrer le concile à Bâle que dans