DÉSARROI DANS LA CURIE
à Vérone, par les Vénitiens et ne put arriver que le 2 avril à Bâle. Il y devança de quinze jours seulement Jean de Rochetaillée, également fugitif *, sourd aux ordres de rappel et aux adjurations paternelles d'Eugène IV 2.
Puis le mouvement de désertion gagnait jusqu'aux modestes employés de la curie, entamait cette armée de fonctionnaires attachés jusque là par les liens de l'intérêt autant que du devoir à la défense des prérogatives romaines. Le décret du 18 décembre, enjoignant aux curiaux d'abandonner leur poste, les avait démoralisés : entrevoyant le cas vraisemblable du triomphe des gens de Bâle, ils se voyaient déjà privés de tous leurs bénéfices. Un indice bien curieux de la gravité de la situation est la peine qu'on se donna pour retenir ces troupes déjà toutes prêtes à se débander. Le 29 janvier 1433, longtemps avant l'expiration du délai fixé par le décret, les curiaux furent rassemblés dans la Chambre de parement ; deux des cardinaux demeurés fidèles au pape, Giordano Orsini et Ardicino délia Porta, présentèrent devant eux la défense d'Eugène IV, agrémentée d'attaques violentes contre les hommes de Bàle : Cesarini lui-même ne fut point épargné, ce « cardinal qui croyait être plus sage que tous les «autres ». On eût dit que ces salariés étaient juges du conflit
nibus ad hoc moventibus mentem nostram, volumus et mandamus tibi tenore presentium quatenus, si continuât venerabilem fratrem nostrum Antonium, episcopum Ilostiensem, cardinalem Bononiensem vulgariter nuncupatum, pervenire ad civitatem nostram Bononie seu ad aliquas alias terras et loca tue gubernacioni subjecta, sub pretextu et colore honeste occasionis eumdem detineas, neque ulterius permittas accedere, donec de intentione nostra circa id et quid te facere velimus a nobis fueris advisatus. » (Arch. du Vat., Reg. 370, fol. 106 v°.) — Le 16 décembre 1432, on lut, à Bâle, une lettre de Correr s'excusant par des raisons de santé de ce qu'il n'arrivait pas si tôt qu'il eût voulu (J. Haller, II, 295).
1. Gimignano Inghirami, toc. cit.; ms. cité de la Laurentiennc ; G. Morelli, Ricordi (Delizie degli eruditi Toscani, XIX, 107, 108) ; A. Traversait, Hodœporicon, p. 20 ; Ampliss. collecl., VIII, 533 ; Deutsche Reichsta,crsa,kten, X, 649 note 1 ; J. Haller, II, 379, 381, 387 ; V, 52.
2. V. notamment une lettre du pape du 14 octobre [1432] : il invite Bochetaillée à revenir le plus tôt possible. L'air maintenant est très sain. La venue prochaine de Sigïsmond rend nécessaire la présence du cardinal : « Intendimus enim te, cum aderis, taliter pertractare quod eadem Circumspectio tua sufficienter poterit contentari. » (Arch. du Vat., Rey. 370, fol. 108 v°.)
Lz Pape et te Concile. 14
entre le pape et le concile. Eugène IV s'abaissait à leur demander conseil : il invitait, d'une part, les prélats et protonotaires, d'autre part, les auditeurs, avocats, scribes, etc., à délibérer entre eux sur les moyens de sauvegarder l'autorité du saintsiège. On poussa la flatterie jusqu'à leur dire que, plus nombreux que les pères de Bâle, ils pouvaient à plus juste titre compter, quand ils étaient réunis, sur l'assistance de l'Esprit saint '.
L'attitude delà France, de la Castille, de l'Angleterre ne pouvait pas ne point contribuer également à produire chez le pape un découragement profond.
Parmi les princes qui, depuis un an, ne cessaient de réclamer le retrait de la bulle de dissolution, il en était un, d'ailleurs, dont la voix commençait à être un peu mieux écoutée. Tant que Sigismond avait été l'hôte et l'allié de Philippe-Marie, Eugène, voyant surtout en lui un ennemi de Venise, avait prêté peu d'attentionàses conseils. Un jour, il invitait le prince à se mêler de ses affaires et à laisser là les questions de droit canon qui lui étaient étrangères 2 : cruelle leçon pour un monarque qui se glorifiait d'avoir mené le concile de Constance et terminé le Schisme d'Occident ! Uneautre fois, dansun mémoire remis à Jean Geparelli 3, lepape faisait de dures allusions à la conduite du prince à l'égard des Hussites. Comme le roi s'apprêtait à descendre en Toscane escorté de ses soudards hongrois et allemands, il fut question de lui barrer le passage avec les troupes pontificales 4. Eugène, en tout cas, demeurant l'allié des Florentins, Sigismond put confondre avec l'armée du pape les troupes de la république qui, durant son séjour à Lucques, eurent le mauvais goût de dévaster les alentours de sa résidence et de lui tuer des hommes 5. Et,